| RÉSEAU Mars 1999 / Magazine
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UQTR
Le département de français de l'Université du Québec à Trois-Rivières a collaboré à un vaste projet de promotion de la lecture auprès des élèves du 2e cycle du primaire. En effet, entre le 15 septembre et le 15 décembre dernier, environ 8 000 jeunes âgés entre 9 et 12 ans, provenant de plus de 70 écoles de la région, ont participé au projet "Le Petit Prince à la découverte des livres".
Hélène Guy, professeure au département de français de l'UQTR, a conçu ce projet dans lequel six étudiants en études littéraires assuraient l'animation des activités d'une première partie. Cette initiative est née d'une collaboration entre l'UQTR, le Regroupement des bibliothèques publiques de la Mauricie et du Centre du Québec, le ministère de la Culture et des Communications et les commissions scolaires de la région 04.
"Le Petit Prince à la découverte des livres" comporte trois volets. Le premier, qui s'intitule "À la recherche du Petit Prince", prend la forme d'un jeu. L'activité, dirigée par deux étudiants-animateurs, consiste, pour des équipes de quatre ou cinq élèves, à visiter cinq planètes. Le trajet d'une planète à l'autre permet aux enfants de découvrir des indices fort utiles pour parvenir à retrouver le Petit Prince. Chacune des planètes présente un type de volume en particulier, soit le roman, l'album, le documentaire, le périodique ou la bande dessinée. Le périple des jeunes élèves s'effectue en une heure environ. Une fois l'activité d'animation terminée dans les écoles, les élèves possèdent la solution d'une charade qui leur indique l'endroit où se cache le Petit Prince.
La poursuite du projet a lieu à la bibliothèque municipale, qui choisit d'animer les deux volets suivants à sa façon. L'un des deux volets permet l'obtention de la "carte privilège du Petit Prince", conférant à l'enfant plusieurs droits (emprunts d'un nombre élevé de volumes, heures gratuites sur Internet, visite des salles techniques de la bibliothèque, etc.). Dans l'autre volet, l'enfant complète un questionnaire permettant de cibler ses habitudes de lecture, de façon à constituer la "Sélection du Petit Prince".
Le projet a donné lieu à 107 animations dans les écoles. Six étudiants de l'UQTR ont visité les écoles aÞn d'expliquer l'activité aux élèves et de leur transmettre le désir de partir à la découverte des livres. Ces étudiants sont Sophie Michaud, Anne Klimov et Michel Desjardins, tous trois inscrits à la maîtrise en études littéraires, Marilène Gill et David Forget, étudiants au baccalauréat, ainsi que Sylvie Bouchard, qui termine une année propédeutique avant d'entreprendre sa maîtrise en études littéraires.
Les étudiants s'entendent pour dire que l'expérience qu'ils ont vécu au cours de la dernière session était des plus pertinentes à leur formation. Pour Sophie Michaud, qui oriente le sujet de son mémoire vers la littérature jeunesse, l'expérience était vraiment enrichissante. "Habituellement, remarque-t-elle, je travaille avec des livres. L'activité d'animation me permet de travailler directement avec les jeunes et ainsi de les connaître davantage."
Lors du lancement officiel du projet, qui a eu lieu à la bibliothèque municipale Gatien-Lapointe, de Trois-Rivières, Hélène Guy a souligné que la promotion de la lecture est essentielle pour une université. La professeure a également signalé l'importance de projets de ce genre dans la formation en études littéraires, surtout pour les personnes qui choisissent la littérature jeunesse comme champ d'intérêt : "Le projet contribue à mettre les étudiants en contact avec le marché du travail. De plus, ces derniers sont appelés à développer leur entrepreneurship, une qualité très importante pour ceux qui travaillent dans ce domaine."
Par ailleurs, au moment où le ministère de l'Éducation place le français au centre de la révision des programmes scolaires, la lecture prend toute son importance et doit être vue comme un moyen incontournable d'apprendre adéquatement le français. Pierre Tremblay, président du comité exécutif de la Commission scolaire Chemin-du-Roy, a insisté sur l'importance de développer des moyens d'apprentissage afin que les élèves prennent plaisir à découvrir la langue française.
Source: Journal En Tête, UQTR
Quelle est la part de travail domestique accomplie par les hommes ? Quels sont les facteurs associés au partage du travail domestique entre hommes et femmes à l'intérieur des familles ? Ces questions tissent la trame d'un rapport de recherche intitulé "La part des pères dans la division du travail domestique au sein des familles canadiennes", produit par Céline Le Bourdais et Annie Sauriol, de l'INRS-Urbanisation. Les chercheures ont exploité les données de l'enquête sociale générale de 1990 sur "La famille et les amis", de Statistique Canada. Quatre tâches ménagères sont abordées : les repas, la vaisselle, le ménage et le lavage ainsi que les travaux d'entretien. À elles seules, les trois premières tâches occuperaient environ les trois quarts du temps hebdomadaire consacré par les femmes au travail domestique, à l'exclusion des soins aux enfants.
Le rapport montre une fois de plus que le travail domestique, du moins en ce qui concerne les tâches routinières, reste l'apanage des femmes. Au Canada, près de la moitié des hommes vivant avec une conjointe et des enfants de moins de 18 ans ne contribuaient aucunement au ménage ou au lavage, tandis qu'environ le tiers ne fournissait aucune aide pour la préparation des repas ou le lavage de la vaisselle. Dans trois cas sur quatre, les femmes assumaient seule la préparation des repas, le lavage et le ménage.
"Si les pourcentages restent modestes, les hommes ne sont pas pour autant complètement absents de l'univers domestique", écrivent les auteures du rapport. "Dans plus d'un cas sur cinq, poursuivent-elles, les hommes sont responsables, entièrement ou de façon partagée avec leur conjointe, de la préparation des repas et de la vaisselle et ils sont à peu près aussi nombreux à effectuer la moitié ou plus des travaux requis par ces tâches. Ils restent également les premiers maîtres d'oeuvre des travaux d'entretien."
La répartition inégale du travail n'est toutefois pas le fruit du hasard. "Certains facteurs pèsent plus lourds que d'autres dans la façon dont se négocie le partage des tâches au sein des familles", notent-elles. Les résultats de l'analyse suggèrent que les femmes sont en meilleure position pour négocier lorsqu'elles détiennent une fraction plus grande des ressources socioéconomiques du ménage. Cependant, les ressources dont disposent ces femmes leur serviraient essentiellement à acheter des services à l'extérieur du ménage pour réduire leur temps domestique et non à obtenir un juste partage avec leur conjoint.
Le partage des tâches domestiques est un peu plus répandu au sein des jeunes générations masculines qu'il ne l'est chez les hommes plus âgés, peu importe les caractéristiques sociodémographiques des familles. Autre élément très important, l'analyse ne fournit pas d'indices d'une participation accrue des hommes lorsque la charge familiale est maximale, c'est-à-dire lorsque le nombre de jeunes enfants (moins de 5 ans) est élevé. En fait, les hommes augmenteraient leur participation, mais insufÞsamment en proportion de l'accroissement du travail domestique.
Pour ce qui est des types d'union, il semble que le partage un peu plus égalitaire chez les familles recomposées et les couples cohabitants soit plutôt le résultat de l'attitude des femmes en matière d'emploi. Ces femmes seraient davantage portées à se maintenir en emploi pour assurer leur sécurité Þnancière et c'est cette attitude qui expliquerait les données d'études antérieures, plus favorables aux hommes, en ce qui concerne le partage des tâches.
EnÞn, le statut d'emploi tant des femmes que des hommes est une variable cruciale pour prédire la répartition des tâches domestiques. Le statut d'emploi de la femme est un facteur plus important que celui des hommes pour expliquer la répartition des tâches. Ainsi, lorsque les femmes occupent un poste à temps plein, le partage des tâches tend à être plus équitable.
Selon les auteures du rapport, la domesticité et la prise en charge des enfants demeurent, malgré les tendances vers un partage plus égalitaire entre conjoints, un phénomène essentiellement féminin. En effet, c'est bien souvent en faisant appel à leur mère, à leurs soeurs, à leurs amies, à des gardiennes ou à des femmes de ménage que les femmes, coincées entre les demandes de leur famille et les exigences d'un emploi à plein temps, arrivent à réduire le temps qu'elles consacrent aux travaux ménagers.
Gilles Drouin
Poisson méconnu et seul vertébré endémique du Québec, le chevalier cuivré se meurt. Quelques centaines d'individus, au mieux quelques milliers, sont conÞnés à la rivière Richelieu, entre Sorel et le barrage de Chambly. Ce sont les seuls spécimens connus au monde. En attendant sa désignation comme espèce menacée, le chevalier cuivré est, depuis quelques années, l'objet d'un plan d'intervention qui a permis d'approfondir les connaissances sur cette espèce. Trois étudiants en sciences de l'environnement de l'Université du Québec à Montréal ont contribué de façon remarquable à cette tâche. Ce sont Alain Branchaud et Andrée Gendron, qui terminent leur doctorat, de même que Nathalie Vachon, qui poursuit une maîtrise. Tous trois sont sous la supervision du professeur Réjean Fortin.
Membre de la famille des catostomidés, qui compte quatre autres espèces de chevalier, le cuivré gagne à être connu, surtout que son ancien nom de "suceur" a semé la confusion. En effet, le chevalier cuivré n'a rien d'un nécrophage ou d'un détrivore qui aspire sans discernement le fond des rivières. Ce poisson, d'un poids moyen de 4 kg, pour une longueur de 65 cm, se caractérise principalement par des dents en forme de molaires situées dans son pharynx. "Il s'en sert pour broyer les moules qui constituent son unique source d'alimentation", explique Alain Branchaud. Outre ses dents, qui repoussent lorsqu'elles cassent, le chevalier cuivré se reconnaît à sa petite tête triangulaire, son dos arqué ainsi que son pédoncule caudal plus large que celui des autres chevaliers.
La fraie se passe en eaux vives entre la dernière semaine de juin et la première de juillet, alors que la température de l'eau atteint 21oC. Cette habitude a deux conséquences importantes. D'abord, les jeunes de l'année vivent leur premier hiver alors qu'ils sont encore relativement petits, en comparaison aux autres espèces de chevaliers. Selon Nathalie Vachon, dont la recherche porte sur la croissance et l'alimentation des chevaliers juvéniles, ceux-ci se nourrissent surtout de microcrustacés et de larves d'insectes au cours des deux premières années de leur vie. "Au départ, note-t-elle, on croyait que le cuivré se distinguait plus rapidement des autres chevaliers, mais, chez les jeunes de moins d'un an, il y a peu de différences dans l'alimentation." Le cuivré a donc un handicap de plus à surmonter puisqu'il arrive sur les lieux d'alimentation après les autres espèces.
Autre conséquence de cette reproduction tardive : les chevaliers cuivrés sont souvent dérangés dans leurs ébats par les plaisanciers. "Ce dérangement n'est cependant qu'un des nombreux facteurs dont l'effet cumulatif peut expliquer le déclin de l'espèce, remarque Alain Branchaud. S'ajoutent, entre autres, la diminution des populations de mollusques, la présence de barrages, l'envasement du fond des rivières et la pollution agricole et industrielle."
Andrée Gendron et Alain Branchaud ont réalisé une étude sur les effets possibles des herbicides utilisés en agriculture sur la reproduction du chevalier cuivré. "Il semble y avoir un blocage qui se produit au moment de la maturation Þnale des gamètes mâles et femelles, explique Andrée Gendron. Conjuguée à d'autres herbicides, l'atrazine viendrait aussi bloquer la perception des phéromones qui sont utilisées par les individus des deux sexes comme moyens de communication pour synchroniser leurs comportements sexuels et la maturation de leurs gamètes."
Les recherches d'Alain Branchaud ont permis de découvrir le moyen de contourner ce blocage dans la reproduction artiÞcielle. "Nous avons mis au point des techniques pour la reproduction artiÞcielle, l'élevage et l'ensemencement du chevalier cuivré. Notre technique permet de produire, en 80 jours et de façon économique, des juvéniles de taille équivalente et même supérieure à la nature."
Soucieux d'assurer la survie du chevalier cuivré, Alain Branchaud et Andrée Gendron ont aussi eu l'idée d'offrir une bière dont les proÞts de la vente alimenteraient un fonds spécial destiné à soutenir les projets de protection et de restauration des espèces menacées. La Rescousse est une bière de dégustation de qualité supérieure, une rousse de blé sur lie, maintenant disponible exclusivement dans les succursales de la Société des alcools du Québec. La bouteille arbore le chevalier cuivré sur son étiquette, une illustration réalisée par le peintre naturaliste Ghislain Caron. Les deux biologistes ont obtenu la collaboration de la Fondation de la faune du Québec et de la brasserie artisanale Le Cheval blanc.
Gilles Drouin