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Lorsqu’on prend un peu recul, force nous est
de constater que les systèmes scolaires sont régulièrement en
questionnement ce qui amène des « réformes », des « renouveaux » et bien
d’autres ajustements. Il ne m’appartient pas de discuter du bien fondé,
du rythme ou de la logique des choses1,
le constat est là. La dernière évolution du régime pédagogique au
secondaire introduit l’approche par compétences et un modèle pédagogique
qui est encore en implantation. Au Cégep de Lévis-Lauzon, nous
construisons des liens avec les établissements de l’ordre secondaire de
notre territoire et nous constatons que l’apprivoisement et
l’appropriation par les professeurs du secondaire sont toujours en
cours. Lorsque nous nous attardons aux élèves admis, la différence n’est
pas évidente à percevoir, mais, il faut convenir qu’elle existe. La
question qui se pose est celle de l’attribution causale. Dans cette
présentation je m’attarderai donc aux constats2
que nous faisons et aux enseignements que nous en tirons. Ce sera
l’occasion de vous indiquer les pistes que nous explorons afin
d’accompagner ces nouveaux collégiens.
Des adulescents3
D’entrée de jeu, convenons que les
collégiens demeurent des adolescents. Si on devient, légalement, un
adulte à 18 ans, il n’en est rien au plan biologique. En effet, les
travaux en neuropsychologie sur le développement du cerveau mettent en
évidente que la maturation de cet organe ne se complète qu’aux environs
de 25 ans4. La dernière zone à mûrir
est celle du cortex préfrontal qui permet de: prévoir, de fixer des
priorités, d’organiser ses pensées, de réprimer ses impulsions, de peser
les conséquences de ses actes, de prendre des décisions. Cela explique
pourquoi les adolescents ont une pensée à court terme et pourquoi
l’adolescent peut avoir de la difficulté à reconnaître les émotions. Ce
constat est important car il nous permet de comprendre certains
comportements sociaux par exemple la prise de risque, ou scolaires comme
l’abandon de cours ou la gestion des priorités.
Par ailleurs, notre compréhension même de
l’intelligence humaine s’affine. Chaque humain est disponible à un large
spectre d’apprentissage à sa naissance, mais plus il vieillit, plus il
devient difficile de réaliser de nouveaux apprentissages5.
Les travaux sur le fonctionnement du cerveau nous aident aussi à mieux
comprendre l’apprentissage et la manière dont le cerveau traite
l’information et les conditions cognitives favorisant l’intégration et
le transfert. Le rôle des émotions, la signification que chaque
apprenant doit trouver afin de réaliser un apprentissage sont de plus en
plus clairs.
Ces constats sont là pour nous
rappeler que nous sommes face à des adolescents comme tous ceux qui ont
fréquenté le réseau collégial depuis la fin des années soixante. Ils
sont en quête de leur identité, ils explorent leurs limites, ils sont en
quête d’autonomie. Ils sont en développement sous plusieurs aspects. Au
plan physique, le travail est presque terminé, mais au plan cognitif,
affectif, social, sexuel et dans plusieurs autres dimensions, par
exemple le choix de carrière, il y a encore du travail en cours. Ils
sont attachants et passionnés6.
Le rapport à la technologie : la grande différence
Se pourrait-il que la fréquentation
régulière (sinon constante) de la technologie ait une influence sur le
cerveau? Quelques chercheurs estiment la chose probable. En effet, comme
le cerveau se développe sous l’effet des stimulations il est possible
que la technologie, du moins ses émanations que sont les images et les
opérations requises pour utiliser les appareils, ait une certaine
influence. Un chercheur, Don Tapscott7,
n’hésite pas à l’affirmer. Selon lui, plus un enfant fréquente la
technologie, plus son mode de pensée est simultanée, imagée. Or,
habituellement en classe, le savoir est présenté comme une séquence qui
se construit par étape. Quelques recherches mettent aussi en évidence
une forme de désensibilisation du cerveau face à la répétition8.
Ainsi par exemple, le fait d’assister passivement à des scènes de
violence à la télévision, sur internet ou via un jeu informatique,
aurait un effet sur le comportement. Comment surprendre des jeunes qui
ont eu accès à des ressources multiples et diverses9?
L’accès à la technologie modifie les
comportements d’apprentissage des jeunes. Ainsi, nous observons que les
apprentissages ayant recours à la mémorisation sont de plus en plus
difficiles à utiliser. Cela se comprend et s’explique. En effet, les
« téléphones intelligents » et autres bidules électroniques se
substituent à la mémoire humaine. Qui prend la peine de mémoriser des
numéros de téléphone? Tout ce que qui est de l’ordre des « savoirs » de
base et qu’il est simple de repérer sur le WEB, perd de son importance
car ces informations demeurent disponibles sur demande, en temps réel.
La motivation n’est pas au rendez-vous pour ce type de tâche qui perd
son sens. Or, ce que l’on sait de ces tâches au plan cognitif, c’est
qu’elle facilite le travail du cerveau via la capacité de raisonnement
et d’abstraction qui découle de ces apprentissages fondamentaux. Faut-il
voir là une explication de la désaffection des jeunes pour les sciences?
De nombreux professeurs affirment qu’au lieu de raisonner, les élèves
cherchent « le truc10 ». Cette
réalité générationnelle liée à l’instantanéité de l’information nous
oblige à revoir notre approche didactique. Cela n’est pas simple car
cela amène un questionnement de fond sur le modèle scolaire11.
Ce rapport au WEB démarque l’actuelle
génération de collégiens de leurs prédécesseurs. Les générations
d’élèves des décennies allant jusqu’à la généralisation de l’accès à
Internet vivaient dans un système au sein duquel les ressources
documentaires étaient triées, choisies par les équipes pédagogiques.
Aujourd’hui, le WEB est devenu une large bibliothèque que fréquentent
les jeunes qui n’ont pas les acquis pour y naviguer ou pour critiquer
l’information obtenue12. Qui plus
est, leur conception du WEB comme lieu de partage, les amène à poser des
gestes qui sont considérés par le milieu scolaire comme de la fraude ou
de la tricherie. La reproduction partielle ou totale de pages web dans
les travaux scolaires, est régulière. Les établissements doivent se
résoudre à se doter d’un logiciel de dépistage et adopter des approches
de formation. Dans ce contexte, les établissements collégiaux de la
région de Québec conjointement avec l’Université Laval travaillent à
développer des outils de formation13.
Il n’en demeure pas moins que malgré l’introduction au secondaire de
compétences transversales portant en partie sur cet objet, les jeunes
collégiens ont beaucoup à apprendre.
L’omniprésence des technologies dans le
quotidien n’est pas neutre en classe. Les médias sociaux donnent une
extension virtuelle au groupe d’appartenance par lequel le jeune se
définit et au sein duquel il trouve du soutien. Interdire les
technologies et les médias sociaux ne paraît pas, dans ce contexte,
comme la bonne solution14.
Les professeurs sont confrontés à la réalité des technologies nomades et
certains élèves ont développé une telle dépendance que la chose atteint
un seuil quasi pathologique. Récemment, une élève du programme de
bureautique demandait de l’aide à ses professeurs afin de s’en sortir.
Elle passait son temps de cours à naviguer sur les médias sociaux. Des
élèves qui sont cognitivement absents tout en étant physiquement
présents, il y en a toujours eu, la technologie n’est que l’instrument
de cette évasion. La solution passe d’abord par une bonne gestion de
classe et ensuite par une meilleure compréhension des perspectives
didactiques et pédagogiques des médias sociaux. Au Collège, une équipe
de travail portant sur l’utilisation des médias sociaux en classe œuvre
à baliser l’utilisation.
Nous notons, et cela n’est pas propre à
l’école, que de plus en plus de personnes introduisent ces outils dans
leurs communications afin de vérifier une affirmation, trouver un
argument ou une information. Ce qui est vrai à l’extérieur de la classe
tend à se répandre en classe15.
Or, si les technologies sont présentes au collège, leur utilisation
dépend pour beaucoup de la capacité du professeur à en tirer une valeur
ajoutée16. Pour que la
pratique pédagogique s’adapte, il faut offrir soutien et accompagnement
aux professeurs. C’est ainsi qu’au Cégep une conseillère pédagogique et
un technicien en audio-visuel sont disponibles afin d’appuyer
l’évolution pédagogique mais aussi pour assurer le dépannage en classe.
De la « récupération » il nous faut passer à la « valorisation »
pédagogique de ces outils et probablement aller au-delà. Selon le NMC
Horizon Report 2012 Higher Education Edition17,
il nous faut élaborer des structures pédagogiques hybrides qui tiendront
compte du rapport au savoir qu’entretiennent les jeunes, de leur intérêt
pour la technologie, de leur rapport aux autres et de leur souhait de
réaliser des apprentissages utiles. C’est dans ce contexte que le Cégep
a soumis, conjointement avec l’UQAR, un projet de recherche dans le
cadre du concours du Programme de collaboration Universités-Collèges.
Cette réalité technologique tend à creuser
le fossé entre le milieu scolaire et les jeunes. Illustrons la chose par
un exemple. Comment peut-on croire qu’un élève puisse produire une
dissertation correcte si on le prive de ses outils habituels de travail?
C’est pourtant le cas lors de l’Épreuve uniforme de français. On demande
à des collégiens, dont une majorité produit ses travaux avec un
traitement de texte (avec les outils qui sont liés à ce type de
logiciel), d’écrire un texte à la main. Sommes-nous dans une situation
authentique d’évaluation18?
Par ailleurs, il ne faut pas perdre de
vue qu’il y a un apprentissage à faire quant à l’utilisation des
nouveaux outils. Il y a un moment et un lieu pour utiliser les
technologies. Le Collège est en réflexion sur ce sujet et il est à se
doter d’une politique d’utilisation des médias sociaux, mais il faudra
sans doute y coupler une sorte de guide des bonnes pratiques afin
d’instruire les usagers. Le comité sur l’utilisation des médias sociaux
en classe croit qu’il faudra aussi développer la connaissance (voire les
compétences d’utilisation) qu’ont les membres du personnel à l’égard des
technologies, particulièrement des médias sociaux.
La transition : des défis nombreux
L’une des difficultés des jeunes est
l’adaptation au collégial. L’accès au postsecondaire est pour bien des
jeunes une étape difficile à franchir compte tenu de l’autonomie
requise. Pour atténuer le choc, de nombreux collèges ont recours à une
« pédagogie de la première session » qui vise justement à contrer les
effets de la transition secondaire collégial sur la réussite. Il faut le
rappeler, les élèves à risque19
font l’objet d’une attention particulière, mais nous sommes divisés
entre les pratiques volontaires et l’obligation. En effet, le bilan du
dernier plan de la réussite met en évidence que certaines mesures de
réussite sont d’abord fréquentées par les meilleurs élèves. Les élèves à
risque, quant à eux, malgré des efforts de sensibilisation, ne semblent
pas saisir le message.
Depuis des lustres, nous notons que des
élèves n’ont pas la maîtrise de certains apprentissages fondamentaux,
par exemple la règle du produit croisé (règle de 3) est un obstacle pour
bien des élèves. C’est pourtant là un apprentissage du primaire. Cela
illustre bien ce que nous commençons à observer, la superficialité des
acquis. Les savoirs sont présents, mais ils ne sont pas suffisamment
intégrés pour être exploités dans une dynamique de transfert. C’est le
cas en mathématiques. En français, le problème est d’un autre ordre. La
capacité à produire des textes et à les comprendre demeure une lacune
pour bien des jeunes et explique bien des problèmes de réussite scolaire20.
Rappelons que lors de l’accès au collégial21
plus de 25% des nouveaux admis demandent de l’aide en français et plus
de 20% font de même en mathématiques.
Plusieurs professeurs nous indiquent que les
jeunes qui nous arrivent du secondaire ne savent pas réagir à l’échec,
qui est une réalité pour au moins 50% des collégiennes et des
collégiens. Cela s’explique par le régime des études du primaire et du
secondaire qui offre différentes alternatives à l’échec, la progression
de l’élève est valorisée, l’échec quasi inexistant. Il y a là une
contradiction importante entre la réalité de l’apprentissage qui repose
sur l’essai et l’erreur et des ajustements requis pour réussir. S’il n’y
a plus d’échec, comment la personne apprend-t-elle à apprendre? Ce mode
de cheminement des élèves qui assure leur progression d’une étape à
l’autre a d’autres effets au collégial. C’est ainsi que depuis peu, il
est possible à un élève d’être admis sous condition dans un programme de
formation collégiale lorsqu’il lui manque que six unités ou moins pour
obtenir son DES. Lors de l’admission d’automne 2010, ce groupe
représentait 10,4% des admis. Ce groupe a présenté un taux de réussite
moyen inférieur à celui des élèves du Collège et, si nous nous fions aux
données relatives à la cohorte de 2008, leur persistance est moins
grande22. Faut-il se
surprendre? Le responsable de la réussite de n’importe quel collège du
Québec vous dira que ce sont des élèves à risque.
En fait, les collèges doivent de plus
en plus offrir des services de soutien à des groupes spécifiques. Aux
élèves admis en session d’accueil et d’intégration, s’ajoutent les admis
sous conditions et depuis quelques années, une autre besoin de service
se développe. De plus en plus de jeunes requièrent des services
scolaires adaptés. Ils sont dix fois plus nombreux aujourd’hui qu’en
2005, soit pour le Cégep de Lévis-Lauzon 111 personnes. Ces dernières
impliquent que les professeurs tiennent compte de leurs particularités
dans la prestation des cours et dans l’évaluation des apprentissages.
Or, des questionnements commencent à émerger parmi les professeurs.
Comment ces jeunes qui se voient offrir des adaptations scolaires (par
exemple plus de temps pour produire un travail) vont-ils pouvoir
affronter les réalités du marché du travail?
De nouvelles réalités
Nous observons de plus en plus que les
jeunes ont des comportements de consommateurs23.
Pour bien des élèves (et leurs parents), le choix du collège devient un
enjeu. Cet enjeu, c’est la « cote R », le sésame ouvrant les portes de
certains programmes voire certaines universités. Lors des portes
ouvertes, il nous faut préparer des réponses aux questions sur la valeur
de la cote R obtenue au Collège par rapport à celle qui pourrait être
obtenue ailleurs. Or, ce type de questionnement ne devrait rejoindre
qu’une faible partie de l’effectif étudiant. La chose a pris une telle
ampleur que lors d’une récente Commission des études, une interrogation
a eu cours afin de savoir s’il fallait se préoccuper de l’impact des
changements apportés à un programme sur la cote R.
Chaque point est négocié âprement surtout
par les élèves les plus performants qui visent des programmes
contingentés. Un professeur de philosophie disait lors d’une rencontre
du Comité de réussite du Collège, qu’un étudiant lui avait affirmé que
les cours de formation générale devaient servir à augmenter la moyenne24,
pas à l’abaisser. Quand la note prend cette importante, nous ne sommes
plus dans un rapport d’apprentissage, mais quasiment dans un programme
de fidélisation! Ce comportement de consommation est vrai aussi pour
l’horaire des cours qu’il est possible de modifier au besoin. L’abandon
d’un cours se fait sur la perception que certains ont du professeur.
Plusieurs professeurs vont jusqu’à nous indiquer que leur rapport aux
élèves s’est modifié significativement depuis deux ou trois ans.
L’absence de respect, l’impolitesse voire l’agressivité, le chantage
émotif se manifestent régulièrement.
Nous notons que le nombre moyen de cours
auxquels les jeunes s’inscrivent lors du troisième trimestre décroît. Il
était, pour les jeunes arrivants du secondaire, de 5,3 en 2004 pour se
situer à 4,4 en 2009. Les études se trouvent sur un pied d’égalité avec
d’autres activités, Dans cette hiérarchie, le travail rémunéré occupe
une place prépondérante, Si certains travaillent par nécessité, d’autres
le font afin de répondre à des besoins personnels de consommation. Quand
on sait que 71% des jeunes de 18-24 ans ont une carte de crédit et que
l’endettement moyen sur ces cartes, pour ce groupe d’âge, est de 1700$25,
on comprend un peu mieux pourquoi l’éducation n’occupe pas la première
place. Nous observons régulièrement des jeunes qui préfèrent conserver
un emploi étudiant qui n’est pas en lien avec leur formation au lieu
d’entreprendre un stage rémunéré de formation (alternance
travail-étude). Récemment, un professeur de mathématiques disait avoir
offert un examen de reprise à un élève qui a préféré avoir un échec au
cours plutôt que de s’absenter du travail. Les pressions du marché du
travail sur les jeunes et sur le réseau de l’éducation sont importantes.
Il arrive régulièrement que des groupes réclament le report de la
rentrée scolaire afin de maintenir l’offre touristique26.
Les jeunes sont coincés entre l’arbre et l’écorce. La sensibilisation
des milieux est nécessaire27,
mais, malheureusement, n’est guère efficace.
Il n’est pas rare d’entendre un élève
dire qu’un professeur « n’est pas motivant ». Il veut dire par là que le
professeur n’a pas généré chez lui une motivation extrinsèque qui aurait
pu l’amener à trouver le cours intéressant. Comme l’approche par
compétence fondant les programmes de formation du collégial repose sur
le rôle prépondérant de l’élève dans son apprentissage, nous nous
retrouvons dans une sorte de cul de sac. Doit-on se surprendre? Sont-ils
différents de leurs prédécesseurs? La question du sens à donner à un
apprentissage à réaliser demeure. Pourquoi s’investir dans quelque chose
d’inutile? Pourquoi un cours de littérature, de philosophie, de physique
ou de mathématiques quant, a priori, il n’y a pas de lien avec la
formation? Le travail de l’enseignant est fondamentalement le même. Le
défi est ailleurs car il faut tenir compte des attentes des jeunes :
désir d’utiliser les technologies, souhait de travailler en communauté,
besoin d’être actif. Il est certain qu’un professeur peut enseigner
comme il l’a toujours fait, mais s’il scénarise son cours et s’il adopte
des approches pédagogiques différenciées ou engageantes, il aura du
succès. Des expérimentations comme Cégep en réseau ont mis en évidence
la pertinence de ces méthodes qui sont cependant très exigeantes.
Un élément est aussi désarmant pour bien des
professeurs. Les référents culturels des jeunes sont différents de ceux
de leurs aînés. Enfants d’une culture plus globale, les collégiens
présentent un profil assez différent de leurs prédécesseurs et de leurs
professeurs. Lors du dernier Superbowl plusieurs commentateurs ont été
surpris de voir paraître sur Twitter des commentaires s’interrogeant sur
l’identité de Paul Mc Cartney.28
Notre société est porteuse de nombreux
messages contradictoires qui affectent les jeunes. Par exemple, les
marginaux qui réussissent sont cités en exemple, comme si l’effort
n’était pas requis. Or l’effort est déterminant en matière de réussite
scolaire. Illustrons la chose. Après combien de temps un élève cède-t-il
devant un problème de mathématiques? Les élèves abandonnent en moyenne
après seulement deux minutes29.
Apprendre exige un certain investissement qui n’est pas toujours au
rendez-vous. Notons qu’au sein du réseau collégial il existe un fort
courant visant à valoriser l’engagement étudiant30,
ce qui témoigne d’une problématique.
La famille demeure un élément moteur de la
réussite scolaire. La difficulté réside dans la manière dont les parents
jouent leurs rôles. Nous tenons deux activités de portes ouvertes à
chaque année. Nous notons de plus en plus la place qu’occupent les
parents dans la quête d’information et dans la prise de décision. Il est
vrai qu’à titre de « pourvoyeurs » ils souhaitent que leurs enfants
aient accès à la meilleure formation, mais cela ne justifie pas les
comportements que nous notons lors de l’inscription (parents qui
viennent compléter pour le jeune les démarches d’inscription ou
d’accueil) et en cours de parcours scolaire (parents qui contestent des
évaluations). Pour notre part, de concert avec l’association des parents
du Cégep, nous proposons une redéfinition du rôle des parents de
collégiens. Un texte est publié dans le guide à l’intention des parents
et une présentation leur est aussi faite lors de la journée d’accueil.
Nous tentons par là d’orienter l’action vers des gestes plus pertinents
tout en favorisant le développement de l’autonomie des jeunes.
Nous sommes toujours en découverte des
jeunes issus du renouveau au secondaire. En fait, nous croyons qu’ils
sont identiques à tous les élèves qui sont passés chez nous, mais qu’ils
ont des particularités, des besoins qui sont propres à une génération
d’apprenants. Rien de surprenant en cela. Comme ce fut toujours le cas,
nous nous adaptons, nous nous ajustons. |