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Que savons-nous : les élèves du secondaire
acquièrent-ils les compétences dont ils ont besoin pour étudier à
l’université?
Bien des gens – y compris les
professeurs d’université – s’inquiètent de constater que les
étudiants dans les universités ne possèdent pas les compétences de
leurs prédécesseurs. Ceci dit, il convient de signaler que les
professeurs se plaignent du manque de préparation des nouveaux
étudiants depuis « la nuit des temps ». Il paraît que Socrate
déplorait lui-même les lacunes de ses disciples! À tous les niveaux
de l’enseignement, les professeurs ne se privent pas de comparer les
élèves et les étudiants d’aujourd’hui à ceux d’hier. Déjà en 1977,
l’Association
des universités et collèges du Canada (AUCC) publiait
un rapport sur les effectifs et les problèmes de qualité dans les
universités, qui affirmait : « Quelle qu’en soit la raison, il ne
fait aucun doute qu’un grand nombre d’étudiants de première année
éprouvent des difficultés à écrire des dissertations, à s’exprimer
avec cohérence, et à manipuler les symboles et expressions
mathématiques » [Barbeau et coll., 1977: 20].
Or, les épreuves récemment administrées
aux élèves laissent à croire que leur maîtrise des habiletés de base
n’est généralement PAS en déclin. Le Canada participe au Programme
international de suivi des acquis (PISA)
de l’Organisation de coopération et de développement économiques
(OCDE),
lequel est administré dans les pays les plus économiquement
développés au monde. Les élèves canadiens de 15 ans ont obtenu des
résultats largement supérieurs à la moyenne internationale dans les
évaluations de mathématiques de 2000 et 2003, et leur rendement
s’est amélioré dans un des sous-domaines des mathématiques (espace
et formes) d’une évaluation PISA à l’autre. En lecture, les élèves
canadiens ont obtenu des résultats largement supérieurs à la moyenne
internationale dans les évaluations de 2000 et 2003; leur rendement
en lecture n'a pas changé entre 2000 et 2003. (PISA)
La plupart des provinces exigent que les
élèves subissent des examens fixés par le gouvernement. En
Alberta, le pourcentage
d’élèves parvenant aux niveaux « acceptable » et « excellent » en
mathématiques a augmenté entre 2000 et 2004. En
Colombie-Britannique, le
rendement en anglais est resté stable entre 1998 et 2004, tandis que
le rendement en mathématiques s’est légèrement amélioré pendant la
même période.
Il existe néanmoins certains éléments à
l’appui de l’impression qu’ont les professeurs d’université que la
maîtrise des compétences de base a décliné chez leurs nouveaux
élèves. Ces éléments sont recueillis dans le cadre d’examens de
compétences administrés dans les universités.
La faculté de génie de l’Université de
Waterloo administre un examen en mathématiques pour évaluer le
niveau de préparation des étudiants de première année. Quatre mille
étudiants de première année ont subi cet examen entre 1991 et 1996.
Les données démontrent un très léger déclin du rendement pendant
cette période, expliquant environ 2 % de la variation totale des
scores au test. L’Université de Western Ontario a administré un test
de diagnostic en mathématiques en 1984 puis en 1992 et a constaté un
léger déclin du rendement (Coutts
et Goyder, 1998).
Selon certains observateurs,
l’accessibilité accrue de l’enseignement universitaire a permis à
des élèves plus faibles d’entamer des études postsecondaires. En
1920, très peu de gens allaient à l’école secondaire, encore moins à
l’université. Même en 1950, moins de 6 % de la population canadienne
de 25 à 44 ans détenait un diplôme universitaire. Aujourd’hui,
l’accès à l’instruction au secondaire est libre à tous et le
pourcentage de Canadiens de 25 à 44 ans qui détiennent un diplôme
universitaire est près de 20 %. Ceci a entraîné une évolution dans
les attentes des élèves du secondaire, aussi bien quant à leur
diplôme que quant à l’ensemble de leurs notes.
Certains autres commentateurs estiment
que l’inflation des notes au secondaire explique pourquoi certains
étudiants ne possèdent pas, en arrivant à l’université, les
compétences que les professeurs d’université attendent d’eux. Mais
cette supposition n’est pas nécessairement confirmée par les données
dont nous disposons. Les preuves généralement citées à l’appui de
l’hypothèse de l’inflation des notes pourraient en fait indiquer
d’autres changements. Par exemple, en Ontario, les notes à l’entrée
des universités ont augmenté modérément entre 1983 et 1993.
Toutefois, cette augmentation est largement due à l’évolution du
nombre des candidats à l’admission à l’université et du nombre de
places disponibles dans les universités (Casas et Meaghan, 1995).
D’autres encore suggèrent que les
examens provinciaux permettent de mesurer le degré d’inflation des
notes. À Terre-Neuve, par exemple, les examens provinciaux ont été
administrés trois fois entre 1992 et 1997. Pendant ces années (1992,
1993, 1995), la note moyenne dans les cours examinés était
inférieure de 4 à 5 % à ce qu’elle était dans les mêmes cours les
années où les examens provinciaux n’étaient pas administrés (1994,
1996, 1997;
Crocker, 1998). En Alberta,
entre 2000 et 2005 (c’est-à-dire les années pour lesquelles les
données sont disponibles), les
notes attribuées par les écoles étaient sensiblement plus élevées
que celles obtenues aux examens provinciaux, dans toutes les
matières et pour toutes les années.
Il est déconseillé de tirer des
conclusions catégoriques de la différence entre les notes attribuées
pour les examens provinciaux et celles décernées par les
professeurs. Les examens provinciaux ne peuvent évaluer que des
aspects limités du rendement d’un élève à la fin d’un cours. Juste
avant de subir les examens provinciaux de fin d’année, les élèves
passent généralement en revue des épreuves administrées
antérieurement et étudient intensément en vue des épreuves. Les
enseignants, en revanche, évaluent une gamme de rendement plus
étendue – y compris des interrogations, des présentations orales,
des dissertations, des travaux de groupe, etc. – sur une année
entière. D’ailleurs, aux États-Unis, les collèges et universités
considèrent que les évaluations des professeurs permettent mieux que
les examens standardisés d’admission aux universités de prédire
quels élèves achèveront leurs études.
Leçons pour l’apprentissage
Même si le niveau de compétence des
étudiants arrivant à l’université ne constitue pas une crise
nationale, les étudiants, leurs familles, les professeurs, les
universités et les gouvernements devraient se pencher attentivement
sur le problème. Quelles leçons en matière d’apprentissage peut-on
tirer à l’égard de la question suivante : les étudiants
possèdent-ils les compétences de base en écriture et en
mathématiques dont ils ont besoin au moment de leur arrivée à
l’université?
Pour les étudiants et les parents
On doit encourager les étudiants à
utiliser les services de soutien disponibles. Presque toutes les
universités au Canada offrent un large éventail de services de
soutien à l’intention des étudiants (y compris des services de
counselling pour ceux qui sont en proie à l’anxiété face à leur vie
et à leur travail dans un environnement nouveau, loin de leur
famille et de leur collectivité), ainsi que des services de soutien
académiques, comme un encadrement personnel en écriture et en
mathématiques. "
Pour les professeurs d’université
et leurs établissements
Les universités subissent des pressions
de la part des gouvernements provinciaux, qui tiennent à ce que les
étudiants de première année – lesquels dans le passé quittaient en
grand nombre les campus poursuivent leurs études jusqu’à la
deuxième année et au-delà. Du point de vue des gouvernements qui
financent les universités, les places vides ne rentabilisent pas
l’investissement du public dans les études universitaires. Il n’est
pas étonnant que les universités tiennent à repérer les étudiants
qui risquent d’échouer et à les aider à s’ajuster aux exigences des
études universitaires et à réussir dans ce milieu.
Fournir des services de soutien sociaux
et académiques aux étudiants, pour les aider à s’ajuster à
l’université et à y réussir, est à l’avantage des étudiants et
rentabilise l’investissement public dans les études universitaires.
Selon le guide des universités canadiennes publié dans la revue
Maclean's en 2005, les étudiants de l’Université
Nipissing sont plus satisfaits de la qualité des
services qu’ils reçoivent que leurs homologues dans toute autre
université du Canada. Les universités
St. Francis
Xavier,
Bishop’s, de la
Saskatchewan,
de l’Alberta
et de
Victoria reçoivent des appréciations très favorables
quant à leurs services aux étudiants. Les autres universités
pourraient avec profit examiner ces programmes et repérer les
pratiques exemplaires qu’elles pourraient adopter.
Les institutions s’efforcent d’assurer
que les étudiants persévèrent dans leurs études jusqu’à la deuxième
année et au-delà, ce qui offre une meilleure rentabilité de
l’investissement.
Évaluer le rendement de générations
successives d’étudiants est un exercice complexe et délicat. Il
exige de recourir à des mesures équivalentes et de procéder à des
comparaisons soigneuses, comportant des groupes témoins, entre
étudiants possédant des caractéristiques et des antécédents
semblables.
Pour les gouvernements
La mise en place de politiques conçues
pour obtenir un résultat donné – par exemple accroître le nombre
d’étudiants dans les cours universitaires de première année et
favoriser leur persévérance – peut entraîner des conséquences
imprévues, comme la nécessité d’offrir des services de soutien plus
coûteux aux élèves qui donnent l’impression de ne pas posséder les
compétences dont ils ont besoin pour réussir.
Pour le Conseil canadien sur
l’apprentissage : le CCA peut entre autres conclure, au terme de
cette étude, que l’identification de moyens précis de déterminer si
les diplômés du secondaire au Canada sont prêts à poursuivre leurs
études, et si les établissements qu’ils fréquentent répondent au
besoin qu’a le Canada de disposer d’une population instruite,
constitue une tâche complexe, pour laquelle il faut tenir compte de
facteurs qui ne sont pas toujours immédiatement apparents. Le CCA
doit assimiler cette leçon rapidement puisqu’il produira, à partir
de 2006, un rapport annuel sur l’enseignement postsecondaire au
Canada.
Évolution récente des projets
d’expansion des effectifs postsecondaires dans les provinces
Voici quelles sont les mesures prévues
par les provinces pour accroître l’effectif universitaire :
-
la Colombie-Britannique a promis de
créer 25 000 nouvelles places dans les collèges et universités
d’ici 2010;
-
l’Alberta promet de créer 60 000
nouvelles places au postsecondaire d’ici 2020;
-
l’Ontario investira 6,2 milliards de
dollars de plus dans l’enseignement postsecondaire.
Barbeau, M., Bruce, I., Clake, J.,
Morgan, J., Patry, R. & Porter, M. (1977). The Role of the
University with Respect to Enrollments and Career Opportunities,
Admission Policies, Continuing Education And Community Colleges.
Ottawa: Association of Universities and Colleges of Canada.
Casas, F. R., & Meaghan, D. E. (1995).
Grade inflation and university admission in Ontario: Separating fact
from perception. Canadian Journal of Higher Education, 25, 50-70.
Coutts, S. & Goyder, J. (1998). Has the
Mathematical Preparedness of First Year Students at UW Declined?: A Follow-Up
on the Vrscay Report. http://www.arts.uwaterloo.ca/~jgoyder/report.htm
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