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Le groupe des étudiants-parents, s’il a
toujours existé, commence à émerger comme une clientèle cible plus
définie et ayant des besoins particuliers. Cette population a,
depuis plusieurs années, été desservie par la formation à distance
qui a développé toute une démarche andragogique pour répondre à
leurs besoins. En situation campus, si d’autres groupes d’étudiants
avant eux, tels les étudiants étrangers ou les étudiants en
situation de handicap, par exemple, ont accès à des services
spécifiques en milieu universitaire, il n’en est pas toujours de
même pour ce groupe d’étudiants.
Nous croyons qu’il est non seulement
important que les institutions universitaires s’investissent dans
cette mission qu’est l’éducation pour l’inclusion des
étudiants-parents, mais qu’elles comprennent que stratégiquement,
elles y gagneront à long terme, comme le signalent Parkin et Baldwin
(2009, p.13). : « The eventual decline in the youth cohort
that is the traditional feeder pool for post-secondary institutions
will lead to greater competition for scarcer students, and
institutions will need to refine their admission processes and
student support offerings in order to continue to improve their
persistence and graduation rates. »
Quelques études canadiennes viennent
corroborer les situations observables dans nos institutions. Nous
nous inspirons particulièrement des travaux de Parkin et Baldwin
(2009), Lero, Smit Quosai et van Rhijn (2007) et de Holmes (2005)
pour présenter les caractéristiques des étudiants-parents.
1.1 FACTEURS DE VULNÉRABILITE
Le sexe, l’âge et la présence de
personnes à charge sont des facteurs déterminants de la persévérance
aux études pour l’ensemble des populations étudiantes et ces
facteurs revêtent une importance particulière pour les
étudiants-parents. En effet, les hommes sont plus susceptibles
d’interrompre leurs études que les femmes, tout comme les étudiants
plus âgés et les étudiants-parents. À l’intérieur de ce groupe, il
ressort que les femmes sont dans une position plus précaire
économiquement que les hommes, étant donné qu’elles passent plus de
temps avec les enfants et moins de temps à travailler à l’extérieur.
Un peu plus du quart d’entre elles ne sont pas en relation stable,
elles sont donc encore plus vulnérables financièrement. Les femmes
sont traditionnellement plus nombreuses à étudier à temps partiel
qu’à temps plein et le fait que ce groupe ait une moyenne d’âge de
plus de 25 ans, suggère que plusieurs étudiantes ont des enfants à
leur charge.
Si les étudiants-parents font face aux
mêmes problèmes que les autres étudiants, leur situation se
complexifie cependant du fait qu’ils ont des responsabilités
supplémentaires comme parents, qu’ils ont des besoins financiers
accrus et qu’ils doivent souvent travailler à temps partiel. De
plus, il s’agit d’un groupe hétérogène qui inclut les jeunes
parents, qui essaient de mener de front études et éducation
d’enfants d’âge préscolaire, et les parents un peu plus âgés qui
tentent un retour aux études. Ils peuvent être dans une relation
stable ou élever seuls un enfant. Leur horaire chargé fait qu’il
leur est souvent moins facile de tisser des liens avec les autres
étudiants et de profiter de ce que la vie universitaire a à offrir
en dehors des cours. Les travaux d’équipe et le travail en
bibliothèque viennent également compliquer leur gestion du temps.
Il nous apparaît utile de signaler que
si certaines études commencent à éclaircir les contours de ce
groupe, elles ne fournissent cependant pas de données sur un autre
groupe : celui des parents qui souhaiteraient aller à l’université,
mais qui, à cause de leur charge familiale et de leurs
responsabilités, voient difficilement comment ils pourraient
concilier travail, études et vie familiale. En fait, et cela
nous semble préoccupant, le Québec a le plus bas taux
d’étudiants-parents au niveau collégial (8 %) et Terre Neuve, elle,
le plus haut taux (37 %). On peut se questionner sur les raisons de
ce taux particulièrement bas et qui soulève plus de questions qu’il
donne de réponses. On peut surtout se questionner sur la proportion
exacte de ce type de population dans les universités québécoises,
alors que les données manquent.
1.2 ZONES DE VULNERABILITE
Tel que mentionné plus haut, si ce
groupe partage plusieurs traits avec le reste de la population
universitaire, il doit faire face, par contre, à de nombreuses
contraintes supplémentaires. Lero, Smit Quosai et van Rhijn (2007)
adoptent une approche intéressante de « barrières à l’entrée » et de
« barrières à la persévérance » que nous tenterons ici de
synthétiser.
Historiquement, les universités sont
desservi les clientèles dites « adultes » ou « à temps partiel »
soit en offrant des programmes pouvant être complétés à temps
partiel, soit en mettant au service de cette clientèle des
conseillers académiques pour répondre à leurs besoins particuliers.
Si les institutions réussissent à répondre en partie à ces besoins;
elles le font cependant selon le paradigme « clientèle adulte-temps
partiel ». Selon nous, une approche intégrée conviendrait mieux et,
comme on le remarque depuis peu, une telle approche commence à
s’imposer comme un nouveau modèle. Nous en reparlerons plus avant.
Barrières à l’entrée :
Les barrières à l’entrée sont de
différentes natures et liées aux conditions de vie de cette
population. Par exemple, les étudiants-parents doivent faire leur
place dans une structure universitaire conçue pour des clientèles
plus jeunes, issues souvent du cégep et sans attaches. Ils sont
appelés à jongler avec un horaire chargé et conjuguer études,
obligations familiales et emploi à temps partiel pour s’acquitter
des charges financières qui leur incombent – y compris, dans
certains cas, payer l’hypothèque. Les programmes de prêts et bourses
répondent peu ou pas aux besoins d’étudiants à temps partiel ou qui
possèdent des biens comme une maison, par exemple. Souvent, ils
préféreront atteindre un certain niveau de sécurité financière avant
de retourner à l’université ou de prendre le risque de s’endetter.
Et ils sont confrontés, comme plusieurs jeunes parents, au problème
de manque de place en garderie.
Barrières à la persévérance :
Les considérations financières
constituent des barrières à la persévérance importantes. Signalons
d’abord que les trois quarts des étudiants-parents ont entre 30 et
44 ans et peuvent se sentir en marge de la vie étudiante, d’autant
plus qu’ils passent peu de temps sur le campus en dehors de heures
de cours. Les jeunes parents, pour leur part, ont tendance à quitter
les études avant l’obtention de leur diplôme (1,7 fois plus).
Tout semble indiquer que les
étudiants-parents optent moins pour des études de second ou
troisième cycles, probablement afin de limiter l’impact négatif sur
leur situation financière et sur la vie familiale. Entre 23 % et
34 % des jeunes parents (22-24 ans) affirment que le soin (et le
coût des soins) des enfants est une barrière à la persévérance. Une
grande partie des étudiants-parents étudient à temps partiel, ce qui
risque d’augmenter le coût des études à long terme et la probabilité
de quitter l’université avant la fin de leur programme. En effet,
des études à temps partiel échelonnées sur plusieurs années
requièrent un certain souffle.
De plus, les étudiants-parents se
verront automatiquement refuser l’accès à certains programmes
tels que la remise de dette (programme visant à réduire de 15 % la
dette d'études de toute personne qui a terminé ses études dans les
délais prévus et qui a reçu une bourse chaque année dans le cadre du
Programme de prêts et bourses). Cette initiative ne peut évidemment
pas profiter financièrement aux étudiants-parents qui étudient à
temps partiel. Bref, la limite de temps d’étude, dans ce cas-ci,
pose problème. Il apparaît que les conditions d’octroi des
programmes de prêts et bourses ne prennent pas toujours en compte
les situations vécues par les étudiants-parents. Les jeunes
parents (22-24 ans) sont également majoritairement des femmes à 69 %.
On sait que ce sous-groupe est encore plus à risque à cause de sa
précarité financière. C’est probablement pourquoi ces jeunes femmes
choisissent souvent d’étudier à temps plein afin d’avoir plus
facilement accès à des prêts et bourses. Fort heureusement, la
proportion de jeunes mères célibataires recevant des prêts et
bourses est passée à 80 % en 2002. Mais cela suffit-il à payer les
frais de scolarité, les frais de garderie, le loyer et les dépenses
courantes? Apparemment non, puisque la dette moyenne des
étudiants-parents canadiens à la fin des études étaient de 16 700 $,
tandis que celle des étudiants sans enfants est de 15 000 $. Les
étudiants-parents ne comptent généralement pas sur l’aide de leurs
parents. De façon plus préoccupante, il y avait peu de différence
entre les montants de prêts et bourses reçus par les
étudiants-parents et les autres étudiants (17 900 $ et 17 400 $
respectivement). Les étudiantes-parents qui ont terminé leurs études
sont celles qui ont fait les plus gros emprunts et ont le ratio
dettes/revenus le plus élevé de tous les diplômés.
En résumé, peu de programmes sont
disponibles pour les étudiants-parents et il serait nécessaire
d’étudier des modèles de soutien financier mieux adaptés aux besoins
de ce groupe. En outre, tout indique que l’accès à des fonds
augmente la capacité de terminer les études. Ainsi, une combinaison
prêt et bourse est plus susceptible d’encourager la persévérance
qu’un prêt seul puisqu’il permet de réduire la dette de
l’étudiant-parent à la fin des études.
Par ailleurs, parallèlement aux
considérations d’ordre financier, une analyse plus approfondie des
besoins des étudiants-parents permettrait d’identifier des modalités
académiques pouvant favoriser leur accès à la réussite.
Modèles de services intégrés
Dans un premier temps, il serait
important de délaisser le double modèle « étudiants adultes-temps
partiel » et de prendre en considération les besoins de cette
population de façon intégrée, tout en ne perdant pas de vue les
sous-groupes et leurs particularités. Les besoins étant à la fois
pédagogiques, financiers, de communication et de réseautage, un
service intégré devrait faire appel à une expertise variée,
préférablement sous un même toit afin d’éviter que l’offre de
services ne soit diffuse, ce qui est le cas à l’heure actuelle. La
preuve a été faite avec d’autres groupes aux besoins particuliers
(comme les étudiants autochtones par exemple) qu’un regroupement des
étudiants et un service intégré offrent la possibilité de tisser des
liens et de faciliter l’intégration.
-
Dans chaque université et à même la
grande famille des services aux étudiants, mettre sur pied un
Service pour les étudiants-parents répondant à leurs besoins
particuliers, et ce, de façon intégrée. Ainsi, les
étudiants-parents pourraient avoir, dans un même lieu, accès à
des conseillers connaissant leurs besoins particuliers :
conseillers pédagogiques (pour aborder des questions comme la
gestion du temps, les mises à niveau, la sélection de cours,
l’équilibre cours sur le campus et cours en ligne, travail à
temps partiel et références à d’autres services pour des besoins
particuliers), conseillers en programmes de prêts et bourses et
services d’inscription à la garderie ou à la halte-garderie,
etc.
-
Offrir des places en résidence
aménagées adéquatement pour les étudiants ayant des familles.
-
Étudier la possibilité d’étendre les
services de la Clinique médicale de l’université aux enfants des
étudiants.
-
Organiser des activités sur le
campus pour les enfants durant la semaine de relâche (et pendant
l’été) afin que les étudiants-parents puissent travailler sur
leurs travaux académiques (Holmes, 2005).
-
Organiser des activités familiales
sur le campus comme des « des journées-familles » au Centre
sportif ou à la Faculté des beaux-arts, etc. où les enfants
pourraient « voir » où leurs parents « vont à l’école » (ces
journées-familles pourraient s’insérer dans des activités plus
larges de type portes ouvertes), etc.
-
Mettre sur pied une série d’ateliers
sur des sujets pertinents (comment faire un budget, l’éducation
d’enfants d’âge préscolaire) et de groupes de soutien
hebdomadaires (pour parents récemment divorcés, les familles
monoparentales).
-
À travers le Service pour
étudiants-parents, offrir des activités de réseautage,
d’échanges de jouets, etc.
-
Offrir également un lieu de
réseautage virtuel de type Facebook.
-
Encourager la formation d’une
association dynamique d’étudiants-parents.
-
Créer une activité d’accueil
spécialement conçue pour les étudiants-parents.
Mesures institutionnelles de soutien
Toutefois, il serait facile de concevoir
des aménagements spécifiques tels qui émergent des besoins
identifiés par les acteurs du terrain afin d’améliorer la situation
des familles, des parents et des enseignants. Ces changements
peuvent être de nature administrative, académique, physique, et
pédagogique.
Services de garde
La clé de voûte, surtout pour ce qui a
trait aux plus jeunes familles, demeure cependant l’accessibilité à
un service de garde à 7 $ et à une halte-garderie. Le ministère de
la Famille, des Aînés et de la Condition féminine devient donc
incontournable dans l’établissement de tels services. Godbout et
coll. (2004) confirment les besoins en affirmant que : « les parents
seraient enclins à recourir de façon régulière à un service de garde
à 7 $ pour leur enfant avant son entrée à l’école pour 63 % des
enfants qui ne faisaient pas l’objet d’une garde régulière et ne
fréquentant pas la maternelle au moment de l’enquête (…) et pour
environ 49 % des enfants qui se faisaient garder sur une base
régulière dans un autre mode que des services de garde à 7 $ et ne
fréquentant pas la maternelle au moment de l’enquête ».
-
Offrir des places en garderie en
nombre suffisant sur le campus à des tarifs préférentiels.
-
Offrir des places en halte-garderie
en nombre suffisant pour les étudiants-parents qui souhaitent y
laisser leurs enfants pour quelques heures.
-
Faire en sorte que les garderies
soient bien aménagées et aient accès à un espace extérieur avec
des jeux.
-
Grâce à un aménagement physique,
permettre aux parents d’avoir accès à des lieux où ils peuvent
assurer les soins des jeunes enfants et, dans le cas des mères,
allaiter les nourrissons.
-
Offrir des services en dehors des
heures régulières pour les étudiants qui suivent des cours en
soirée ou qui souhaitent faire garder leur enfant après 17 h
afin de rencontrer des collègues pour un travail de groupe, par
exemple.
Mesures académiques
-
Dans la mesure du possible, faire en
sorte que tous les programmes académiques offrent la possibilité
de prendre des cours à temps partiel.
-
Certaines institutions ayant déjà
mis sur pied de tels services n’ont pas hésité à formuler
officiellement leur nouvelle politique; ce que nous préconisons
également.
-
Sensibiliser les enseignants et les
encourager, dans la mesure du possible, à une certaine
flexibilité.
-
Assurer, dans le contexte d’un
développement professionnel des enseignants universitaires,
l’intégration dans le programme de formation des nouveaux
enseignants de la sensibilisation et de la formation concernant
les étudiants-parents.
Mesures de recherche
-
Les conseillers des services
intégrés pourraient également tisser des liens
extra-universitaires avec des organismes de soutien aux jeunes
familles, par exemple, pour faire en sorte que les besoins non
comblés par l’institution universitaire le soient par d’autres
intervenants.
-
L’étude sur les différentes
pratiques en milieu postsecondaire fait état de la nécessité de
mieux cerner les comportements de ce groupe d’étudiants sur
lequel les institutions ont, somme toute, peu d’information.
Ainsi, il serait souhaitable avant d’entreprendre
l’établissement d’un service pour étudiants-parents de procéder
à une analyse des besoins en consultant les étudiants eux-mêmes.
Mesures gouvernementales de soutien
Passerelles entre organismes
Les besoins sont variés et les
étudiants-parents, quelquefois laissés à eux-mêmes. Les études
peuvent souvent intimider les étudiants-parents qui choisissent de
repousser leur projet d’études. En facilitant les « passerelles »
avec un réseau d’acteurs extra-universitaires que sont les
nombreuses instances de soutien aux études et aux familles, les
universités créeraient un certain élan très porteur. Ces instances
peuvent être des organismes gouvernementaux, sociaux, des services
de garde, des organismes sans but lucratif, des organisations
sportives et d’appui aux personnes en manque de ressources, etc. Un
service spécialisé au sein de chaque université pourrait développer
une expertise dans ce domaine et devenir un point d’ancrage.
Berger et Parkin (2008, p. 1) affirment
: « Providing financial support for post-secondary students and
their families is one the key ways in which governments ensure that
the country is prepared to face the future’s social and economic
challenges ». Il demeure cependant essentiel que l’institution
s’implique pleinement dans ce processus de développement et de
partenariat avec les ministères et les autres intervenants.
Mesures fiscales
Les étudiantes qui sont seul soutien de
famille et qui obtiennent des prêts et bourses terminent leurs
études avec des dettes dans 80 % des cas, ce qui en décourage
probablement plusieurs. D’autres encore, n’ont pas été sur les bancs
d’école depuis plusieurs années et ont une certaine crainte par
rapport à leur capacité à réintégrer les études. Les programmes
de réinsertion en milieu académique ou de mise à niveau ne sont
pas toujours à la hauteur.
Il est intéressant de noter que les
étudiants-parents termineront leurs études avec plus de dettes que
des groupes qui, traditionnellement, sont perçus comme ayant des
besoins particuliers : les étudiants autochtones et les étudiants en
situation de handicap. Le régime de prêts et bourses devrait donc
prévoir une pondération particulière afin d’éviter ce
surendettement.
Il serait fortement souhaitable de
bonifier, soit par des mesures fiscales, soit par des programmes de
prêts-bourses supplémentaires, la somme d’argent que peut recevoir
un étudiant-parent dans le besoin – particulièrement les jeunes
femmes monoparentales. De façon plus pratique, il serait souhaitable
d’augmenter les exemptions pour le nombre d’enfants à charge;
d’ignorer le montant de la pension alimentaire dans le calcul de
l’aide financière aux études ou d’augmenter ladite exemption qui
n’est que de 1 200 $ et, finalement, de bonifier le montant pour les
frais de garde au calcul de l’aide financière. |