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Résumé
Pour l’ensemble des cégeps
et des collèges privés subventionnés du Québec, la recherche a
mesuré l’influence de certains aspects de l’effet établissement sur
la réussite scolaire, telle que mesurée par la diplomation.
En sociologie de
l’éducation, l’effet établissement désigne l’ensemble des effets que
l’établissement, en tant qu’entité, exerce sur la vie scolaire
des élèves en général et sur leur réussite scolaire en
particulier. L’influence de l’effet établissement sur la réussite
scolaire n’a guère été analysée pour le niveau collégial au
Québec. Les recherches sur les collèges communautaires
américains, les établissements étrangers les plus proches de la
réalité collégiale québécoise, témoignent pourtant de son
importance.
La recherche a considéré
les aspects suivants de l’établissement :
-
la
taille;
-
le nombre de programmes;
-
la taille relative des programmes par rapport à l’établissement;
-
la localisation géographique en distinguant les grands centres
urbains (Montréal, Québec, Ottawa-Gatineau), les centres urbains
de taille moyenne (Saguenay, Sherbrooke et Trois-Rivières) et
les régions périphériques;
-
le volume et la répartition des dépenses par cours:
enseignement, services aux étudiants, soutien scolaire et
administration;
-
l’importance relative des programmes préuniversitaires et
techniques;
-
la sélectivité : la force scolaire moyenne des élèves;
-
la
répartition par sexe des effectifs étudiants.
Certains de ces aspects
sont dérivés de la théorie de Tinto (1993) et des recherches
connexes à propos de l’impact de l’intégration scolaire et sociale
sur la diplomation dans l’enseignement postsecondaire. D’autres
aspects ont été dégagés de recherches empiriques à propos des
universités et des collèges communautaires américains.
L’étude incorpore un
certain nombre de variables de contrôle. Au niveau des individus, il
s’agit du sexe, de la moyenne au secondaire et du type de formation
(accueil-transition, préuniversitaire, technique). Au niveau de
l’établissement, mais pour les seuls cégeps, s’ajoute un indicateur
du statut socioéconomique moyen des élèves, à savoir la proportion
de mères d’élève avec une scolarité postsecondaire.
La population analysée est
la cohorte des 47 182 nouveaux inscrits à l’enseignement régulier
dans des programmes de DEC au trimestre d’automne 2002 : 43 544 dans
les cégeps et 3 638 dans les collèges privés subventionnés. Ce sont
ces 47 182 nouveaux inscrits dont on a observé s’ils obtenaient ou
non un diplôme de niveau collégial.
Les données ont été
colligées auprès de la base de données CHESCO du MELS, de l’enquête
«Aide-nous à te connaître » et des extraits des rapports financiers
des établissements pour l’année 2002-2003.
En utilisant la
diplomation comme variable dépendante, un modèle de régression
logistique a incorporé les variables de contrôle et les aspects de
l’effet établissement mentionnés plus haut. Le modèle a également
été appliqué à des sous-populations afin de comparer les filles et
les garçons, les élèves des programmes préuniversitaires et des
programmes techniques et enfin les cégeps des grands centres urbains
et des régions périphériques.
Sauf indication contraire,
les résultats valent pour les cégeps et pour les collèges privés
subventionnés.
Les variables de contrôle.
Les femmes ont une plus
forte probabilité de diplômer que les hommes.
L’augmentation de la
moyenne au secondaire de l’étudiant favorise la diplomation. Cette
augmentation profite davantage aux hommes qu’aux femmes et davantage
aux élèves des programmes préuniversitaires qu’à ceux des programmes
techniques.
En comparaison des élèves
admis en accueil ou transition, les élèves des programmes techniques
ont plus de chance de diplômer que les élèves des programmes
préuniversitaires.
Plus s’élève la proportion
de mères avec une scolarité postsecondaire, plus les cégépiens ont
des chances de diplômer.
Les aspects de l’effet
établissement
L’augmentation de la
taille de l’établissement exerce un effet positif sur la diplomation.
Pour les cégeps, cet effet résulte de deux mouvements opposés.
L’augmentation est favorable à la diplomation dans les grands
centres urbains et défavorable dans les régions périphériques.
L’augmentation du nombre
de programmes diminue la diplomation. Pour les cégeps, cet effet est
également le fruit de deux forces contradictoires. L’augmentation
réduit la diplomation dans les grands centres urbains alors qu’elle
l’augmente dans les régions périphériques.
La taille relative des
programmes par rapport à l’établissement exerce une influence
négligeable sur la diplomation dans les cégeps. En revanche, les
programmes de taille importante augmentent la diplomation dans les
collèges privés subventionnés.
Pour les cégeps, la
localisation géographique influence la diplomation. En comparaison
des grands centres urbains, la diplomation est supérieure dans les
centres urbains de taille moyenne et encore plus dans les régions
périphériques. La localisation géographique n’a pas été évaluée pour
les collèges privés subventionnés, faute d’une diversité
géographique suffisante.
Dans les cégeps, les
quatre catégories de dépenses par cours ont un impact positif sur la
diplomation. Plus les dépenses par cours sont élevées, plus la
diplomation s’améliore. Cependant, les dépenses ont un impact
uniformément positif dans les grands centres urbains et
majoritairement négatif dans les régions périphériques. Dans les
collèges privés subventionnés, trois catégories de dépenses ont un
effet négatif. Le rapport s’abstient de tirer la conclusion que
certaines catégories de dépenses seraient contreproductives et
propose plutôt une analyse de l’effet des baisses de clientèle sur
le mode de calcul des dépenses par cours.
L’importance relative des
programmes préuniversitaires et techniques n’exerce une influence
que pour les seuls cégeps. Plus s’élève la proportion d’élèves de
programmes techniques, moins bonne est la diplomation. Cette
influence se situe au croisement de deux mouvements contradictoires
: une influence négative dans les grands centres urbains et une
influence positive dans les régions périphériques.
L’augmentation de la
sélectivité exerce un rôle négatif à l’égard de la diplomation dans
les cégeps. Admettre des élèves plus forts produit un effet
contextuel défavorable à la diplomation. Un élève admis dans un
établissement où les élèves sont forts a moins de chance de diplômer
que s’il est admis dans un établissement où ils sont faibles. Pour
les collèges privés subventionnés, le rôle de la sélectivité est
mitigé.
La répartition par sexe
modifie la probabilité de diplômer. Plus augmente la proportion de
femmes, plus la diplomation est favorisée. Un élève admis dans un
établissement avec une forte proportion de femmes a plus de chances
de diplômer que s’il est admis dans un établissement avec une faible
proportion de femmes.
Des constats généraux
Les résultats confirment
l’existence de certains aspects de l’effet établissement pour les
cégeps et les collèges privés subventionnés du Québec. Ces aspects
exercent une influence sur la réussite scolaire telle que mesurée
par la diplomation. Le sens de l’influence et son importance varient
selon les aspects considérés. Le rapport propose des interprétations
de l’influence de plusieurs aspects de l’effet établissement.
Pour les cégeps,
l’opposition des grands centres urbains et des régions périphériques
modifie le sens de l’influence de plusieurs aspects de l’effet
établissement. Le rapport propose des pistes d’explication sur ce
sujet.
Les résultats, tout en
montrant la réalité et la pertinence de l’effet établissement,
confirment ce que de nombreuses recherches antérieures avaient
révélé, à savoir que des caractéristiques individuelles comme le
sexe et la moyenne au secondaire demeurent les meilleurs prédicteurs
de la réussite scolaire. L’impact sur la diplomation des différents
aspects de l’effet établissement est plus modeste que celui des
caractéristique individuelles de l’élève. |