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Introduction
Les
systèmes d’éducation sont structurés par ordre d’enseignement et par
cycle de même qu’en filières et en programmes qui constituent le
champ des possibles et des contraintes pour les élèves et les
étudiants1. Cette structure
balise largement leurs parcours scolaires, c’est-à-dire la suite de
situations éducatives qu’ils réaliseront dans le cadre de leur
formation formelle. Elle définit le champ des possibles (les
différents programmes offerts), elle indique les règles d’accès aux
différents programmes et elle précise les points de bifurcation qui
engagent les élèves et les étudiants dans des transitions, d’un
ordre d’enseignement à l’autre, ou d’un cycle d’enseignement à
l’autre, ou à l’intérieur d’un même ordre, d’une filière à l’autre.
Diverses étapes sont prévues en fonction des types de formation
offerts (ex. : formation générale, formation professionnelle ou
technique) ou en fonction de l’atteinte des objectifs
d’apprentissage des cours à l’intérieur d’un programme d’études (ex.
: cours obligatoires ou optionnels). En outre, les conditions
d’admission aux divers programmes sont établies, et la durée
optimale pour les compléter est également déterminée. Les systèmes
d’éducation prescrivent ainsi un itinéraire officiel, normalisé,
réglementé qui encadre le processus d’orientation2.
Or, si certains étudiants continuent d’emprunter des parcours
scolaires linéaires, suivant un itinéraire type, plusieurs autres
s’engagent quant à eux dans des parcours atypiques (caractérisés par
des sorties suivies de retours dans le système d’éducation), voire
même inversés (réinscription à un programme de niveau collégial
après avoir fréquenté l’université, par exemple). En ce sens, les
descriptions des systèmes éducatifs qui présentent les emboîtements
des différents ordres d’enseignement précisent les étapes d’un
cheminement scolaire formel qui ne correspondent pas nécessairement
à la réalité des parcours empruntés par de nombreux élèves.
Contraintes et rigidités inscrites dans la définition d’itinéraires
types, tout autant que permissivité et souplesse dont témoignent les
parcours scolaires atypiques, caractérisent les systèmes
d’éducation.
Dans les premières études qui ont porté sur le décalage entre les
itinéraires officiels et les parcours scolaires diversifiés
empruntés par les élèves et les étudiants, des auteurs se sont
référés aux concepts de « carrière déviante » (Crossan et al.
2003), pour désigner les parcours non traditionnels des adultes, et
de « désordre » ou de « séquence inconsistante » (Rindfuss,
Swicegood et Rosenfeld; 1987), afin d’analyser les transitions à la
vie adulte dans l’ensemble des domaines de la vie (scolaire,
professionnelle, familiale). Ces concepts sont inspirés des analyses
menées sur la déviance dans d’autres domaines de la vie sociale,
soit la délinquance (Becker, 1963) ou la psychopathologie (Goffman,
1968). Ces perspectives théoriques laissent sous entendre que les
élèves et les étudiants errent lorsqu’ils s’engagent dans des
parcours différents de l’itinéraire officiel3.
Nous estimons qu’il y a lieu de déconstruire cette représentation
négative des parcours dits atypiques ou non traditionnels. Dans la
présente note de recherche, nous verrons que ces parcours ne sont
pas contraires à la logique du système et sont même inhérents à son
fonctionnement. Selon l’explication théorique développée, les
parcours scolaires atypiques empruntés par les élèves ou les
étudiants s’expliquent entre autres par la fonction de sélection du
système d’éducation et des choix stratégiques des élèves et des
étudiants qui témoignent d’une certaine rationalité. En d’autres
mots, ces parcours atypiques découlent des transactions qui
s’opèrent entre l’institution scolaire et les individus.
Jusqu’à quel point les élèves et les étudiants s’engagent-ils dans
des parcours différents de l’itinéraire proposé par le système?
Pourquoi en est-il ainsi pour une proportion non négligeable
d’étudiants? Quels sont les profils de ceux qui empruntent de tels
parcours ou qui excèdent les délais attendus pour l’obtention d’un
diplôme? Ces profils diffèrent-ils de ceux des élèves respectueux
des voies privilégiées par les systèmes? Existerait-il une
polarisation du marché scolaire entre ceux qui suivent l’itinéraire
type et ceux qui s’en éloignent, analogue à celle qu’on observe
entre le marché du travail primaire (emplois à temps plein,
permanents, bien rémunérés avec avantages sociaux à la clé) et le
marché secondaire (emplois à temps partiel, à durée déterminée,
rémunérés au salaire minimum et comprenant peu d’avantages sociaux)?
Il ne sera pas possible de répondre à toutes ces questions dans le
cadre de la présente note de recherche. Plus précisément, notre
objectif est de proposer un cadre théorique et conceptuel de
l’analyse des parcours scolaires qui servira de référent pour
l’ensemble du Projet Transitions. Pour ce faire, dans la
première partie de la note, des perspectives théoriques seront
développées, sur la base des travaux antérieurs et des conclusions
d’études empiriques menées sur la question. Il en découlera certains
repères conceptuels visant à orienter l’analyse des parcours
scolaires dans l’enseignement postsecondaire québécois et canadien.
Différentes approches associées aux concepts de cheminements,
trajectoires, carrières, parcours scolaires et éducatifs
et transitions seront présentées dans la deuxième partie dans
le but de préciser l’approche retenue dans le cadre du Projet
Transitions et de poser les jalons préalables à une analyse
empirique.
Préparé par:
Pierre Doray, France Picard, Claude Trottier, Amélie Groleau
Fondation canadienne des bourses
d’études du millénaire
Table des matières
Pour en savoir plus :
Note
3 |
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1
Le terme « élèves » est utilisé pour désigner les « apprenants » du
primaire et du secondaire, alors que le terme « étudiants » désigne
ceux du postsecondaire.
2.
À titre d’illustration, le cours primaire est généralement précédé
de la maternelle et la durée des deux varie selon les systèmes. Le
primaire est divisé en cycles dont le nombre et la longueur
diffèrent. Selon qu’ils ont atteint ou non les objectifs
d’apprentissage du primaire, ils sont orientés vers des filières
différentes de l’enseignement secondaire; ils peuvent opter pour
l’un ou l’autre des parcours de formation générale ou
professionnelle, à moins qu’ils ne soient tout simplement assignés à
ce dernier par l’école. Les élèves peuvent choisir parmi des cours
optionnels ou en être exclus selon leur réussite scolaire
antérieure. Ces décisions conditionnent leur accès à certains
programmes d’études postsecondaires. À partir de l’âge de la fin de
la scolarité obligatoire, qu’ils soient en formation générale ou
professionnelle, ils ont à prendre la décision de poursuivre leurs
études ou de quitter le système pour entrer sur le marché du
travail. Il en est de même après l’obtention du diplôme d’études
secondaires. Ceux qui poursuivent des études postsecondaires ont à
choisir entre des types d’établissement (collèges, instituts ou
universités) ou entre des programmes de formation menant à un grade
ou à d’autres types de programmes, de formation technique,
notamment. Dans certains cas, ils peuvent se voir refuser
l’admission dans un programme auquel ils souhaiteraient accéder
s’ils ne répondent pas aux critères d’admission ou si son accès est
limité à un nombre restreint d’étudiants.
3.
Certains étudiants ne s’engagent pas toujours avec autant
d’intensité que souhaité dans leurs études et les prolongent
indûment sans toujours se soucier de définir un projet plus précis.
Dans ces cas, il y a lieu de s’inquiéter de la durée des études,
notamment à la maîtrise et au doctorat. Par ailleurs, il faut tenir
compte des coûts de ces longs parcours, aussi bien pour les
principaux intéressés que pour l’efficience du système, ainsi que
des conséquences de l’insertion professionnelle tardive de ces
jeunes dans un contexte démographique où l’on fait face à une
pénurie de main d’œuvre dans certains secteurs de l’économie. Pour
une analyse de ce contexte, voir l’article de Létourneau et Thibault
(2005) publié par l’Institut de la statistique du Québec. |