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Transitions-Note-6 L'influence des déterminants sociaux et culturels sur les parcours et les transitions dans les études postsecondaires


Projet Transitions
Centre Interuniversitaire de Recherche sur la Science et la Technologie (CIRST)

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Transitions est un projet de recherche et de transfert de connaissances qui entend proposer de nouveaux éléments de compréhension sur la situation des inégalités scolaires dans l’enseignement postsecondaire au Canada selon le double point de vue de l’accès et de la persévérance.

Pour en savoir davantage : Projet Transitions

Préparé par :

Pierre Canisius Kamanzi, Pierre Doray, Jake Murdoch, Stéphane Moulin, Élise Comoé,

Amélie Groleau, Catherine Leroy, Frédéric Dufresne

Introduction

Depuis les années 1960, la démocratisation des études postsecondaires et la lutte contre la persistance des inégalités devant l’enseignement postsecondaire sont des visées explicites des politiques éducatives des différents paliers de gouvernements au Canada. Afin d’assurer l’égalité des chances et de réagir aux transformations dans la structure des emplois, les politiques éducatives ont proposé le défi d’ouvrir l’accès à l’école, en particulier aux établissements d’enseignement postsecondaire longtemps restés le domaine privilégié des hommes et des enfants de familles aisées, au Canada comme dans les autres pays occidentaux.

Au nom de l’égalité des chances, les gouvernements ont adopté une série de mesures politiques et administratives visant à faciliter l’accès aux études pour un plus grand nombre d’étudiants : accroissement des ressources financières allouées aux établissements d’enseignement, aide financière aux étudiants démunis, etc. Ces mesures ont surtout permis d’accroître la démocratisation de l’accès à l’enseignement postsecondaire, notamment grâce à la politique de l’enseignement primaire et secondaire gratuit et obligatoire, politique ayant contribué à l’augmentation du nombre de jeunes d’origine modeste qui obtiennent un diplôme d’études secondaires.

Depuis les grandes réformes du milieu du siècle dernier, des progrès remarquables ont été réalisés en matière de scolarisation, si bien qu’au début des années 2000, le Canada a résolument amorcé un virage décisif vers la «massification » de l’enseignement supérieur, pour reprendre l’expression de Dubet (1994). Selon les données de Statistique Canada (2005), l’accès aux études postsecondaires ne cesse de s’ouvrir. Un récent rapport de l’OCDE (2005) indique que 55,8 % des jeunes Canadiens âgés de 20 à 24 ans détiennent un diplôme d’études postsecondaires ou fréquentent un établissement collégial ou universitaire.

L’une des caractéristiques de cette massification est la transformation de la composition des effectifs des établissements d’enseignement postsecondaire amenée par l’augmentation de la proportion d’étudiantes et d’étudiants provenant de catégories sociales ou de groupes sociaux précédemment sous-représentés, voire totalement absents. Autrefois pratiquement réservés aux héritiers, jeunes issus des milieux favorisés et nantis d’un capital culturel élevé (Bourdieu et Passeron, 1964), les établissements d’enseignement supérieur ont connu une forte croissance de leurs effectifs de femmes, d’adultes et de jeunes provenant de familles à faible revenu, de communautés rurales, de communautés ethnoculturelles minoritaires et de groupes autochtones.

En dépit de cette massification découlant des mouvements de mobilisation politique et sociale pour l’éducation, les inégalités scolaires persistent. Certes, le renforcement de l’enseignement secondaire gratuit et obligatoire a permis d’accroître le nombre de jeunes issus des couches sociales défavorisées qui obtiennent un diplôme, mais il a eu moins d’effet sur les inégalités dans l’enseignement supérieur. Celles-ci se sont maintenues et, dans certains cas, se sont renforcées. Les faits témoignent en particulier de ce que les jeunes provenant de familles à faible revenu ou issus des communautés autochtones restent sous-représentés au postsecondaire, alors que la proportion des jeunes issus des familles à revenu moyen ou élevé qui obtiennent un diplôme d’études universitaire ne cesse d’augmenter (Drolet, 2005).

Même dans un contexte de démocratisation quantitative, on observe une perpétuation des mécanismes d’auto-sélection et de reproduction des groupes sociaux. En effet, une abondante littérature recensée par Duru-Bellat (2003) montre que, dans l’ensemble des pays démocratiques, les inégalités scolaires en général sont fortement influencées par l’origine sociale, ce qui est certainement encore plus vrai dans l’enseignement postsecondaire. Au fur et à mesure de la généralisation de l’enseignement secondaire, les familles aisées accroissent le déploiement de leurs ressources et mettent en oeuvre de nouvelles stratégies (mesures d’accompagnement, choix d’établissement hâtifs, etc.) pour permettre à leurs enfants de rester en tête à tous les niveaux d’enseignement et en particulier au postsecondaire. Par exemple, les parents choisissent très tôt les établissements de manière à préparer leurs enfants à emprunter les cheminements scolaires particuliers et à anticiper la concurrence qui caractérise les niveaux postsecondaires. Comme le constatent Duru-Bellat et Kieffer (2008), le nivellement des chances dans l’enseignement primaire et secondaire n’a pas mis fin aux inégalités scolaires; celles-ci se sont vite déplacées et recomposées dans l’enseignement supérieur.

Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer ces inégalités. L’une d’elles se rapporte à l’influence des antécédents scolaires et soutient que la participation aux études postsecondaires est influencée par les compétences et les dispositions acquises au cours des études secondaires. Pour mesurer ces variables, la plupart des études se sont cependant limitées aux aspects strictement scolaires, en tenant compte essentiellement des résultats scolaires. D’ailleurs, plusieurs recherches indiquent que le meilleur prédicteur de la persévérance est la performance scolaire antérieure (Murtaugh, Burns et Schuster, 1999).

Par ailleurs, nombre d’études montrent que les déterminants sociaux et culturels demeurent un facteur primordial des inégalités scolaires qui persistent au niveau postsecondaire; elles attribuent ces inégalités aux déterminants sociaux et culturels, en mettant l’accent sur l’origine sociale, le sexe et le milieu de vie. Dans cette perspective, l’accès aux études postsecondaires est perçu comme le résultat des acquis culturels et intellectuels; il est donc 
inf luencé par l’ensemble des dispositions et des compétences que l’individu peut mobiliser dans ses actions et ses choix, notamment sur le plan scolaire. Sans nier que ces acquis soient eux-mêmes le résultat des actions individuelles, plusieurs études ont démontré qu’ils sont également le fruit de l’héritage social et sont par conséquent fortement influencées par l’origine sociale et par d’autres caractéristiques sociales de l’individu (le sexe, l’origine ethnique, le milieu de résidence, etc.).

Dans cette perspective, la présente étude vise à saisir, à partir de données empiriques récentes, l’influence des déterminants sociaux et culturels sur différentes dimensions de la participation aux études postsecondaires. La perspective d’ensemble adoptée repose sur l’examen des parcours scolaires dans l’enseignement postsecondaire. Constitués d’une suite de décisions et d’événements qui influencent le cours de la scolarité, ces parcours peuvent s’analyser selon les quatre axes présentés dans la note de recherche 3 (Doray et al., 2009) : (1) les articulations entre les traits ou les attributs des individus et les caractéristiques de l’institution scolaire, (2) les traits objectifs ou objectivables des parcours et leurs significations subjectives, (3) les interactions entre l’expérience scolaire et les situations extrascolaires et (4) les articulations entre les différents rythmes de la biographie des individus.

La présente note de recherche explore en particulier le premier et le quatrième axe. En effet, nous souhaitons saisir comment les héritages, les acquis et les expériences passées agissent sur l’accès aux études postsecondaires et la poursuite de celles-ci. Nous nous intéressons donc à l’articulation entre le passé et le présent. Il s’agit de saisir comment des dispositions, des traits culturels, des compétences acquises par les étudiants au cours de leur socialisation et de leur scolarisation antérieure influencent leur parcours d’études postsecondaires, distinction faite entre les deux grands types d’établissements concernés, les collèges et les universités, chacun possédant ses caractéristiques propres.

L’étude s’intéresse à différentes dimensions des parcours. D’abord, nous aborderons la question de l’accès, conçu comme le moment du début des études postsecondaires. Par ailleurs, les parcours sont multiples pour ceux qui poursuivent les études postsecondaires. Certains suivent des parcours continus, poursuivant les études sans interruption ni réorientation jusqu’à l’obtention du diplôme; d’autres empruntent diverses formes de parcours discontinus qui passent soit par une interruption temporaire avec un retour possible aux études, soit par un abandon définitif.

L’étude tentera de répondre aux questions suivantes:

1.     Quelle est l’influence des caractéristiques de l’appartenance sociale et culturelle sur la décision de poursuivre ou non des études postsecondaires?

2.      En quoi ces caractéristiques influent-elles sur la persévérance et les parcours postsecondaires (continus ou discontinus)?

Le texte est divisé en trois parties. Dans la première partie, nous passons brièvement en revue, afin de fixer des repères théoriques, quelques études antérieures portant sur la problématique de la participation aux études et des parcours postsecondaires au Canada. Dans la seconde, nous présenterons la méthodologie et décrirons les données, les variables et le modèle d’analyse. Enfin, dans la troisième partie, nous présenterons et interpréterons les résultats.

Table des matières

Pour en savoir plus : Note 6


Février 2010

 

 

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