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1. Paroles étudiantes : Le discours étudiant sur
la formation générale
Par Claude Julie Bourque(2)
Au Québec, la formation générale est obligatoire dans tous les programmes
d’études collégiales des secteurs pré-universitaire et technique. Certains
doutent de la pertinence de ces cours dans les programmes techniques et les
considèrent au moins partiellement responsables des abandons ou des
prolongations de parcours. D’autres expriment la conviction qu’il est important
de maintenir le modèle actuel qui évite la sur-spécialisation, qui permet
l’appropriation d’un fonds culturel commun et qui assure le maintien du principe
d’accessibilité élargie aux études supérieures.
Mythes et réalités
Selon certains discours fréquemment énoncés, la population étudiante du secteur
technique détesterait les cours de la formation générale et y éprouverait des
difficultés importantes tandis que celle du pré-universitaire y connaîtrait une
plus grande aisance et un intérêt intrinsèque envers les matières enseignées. En
réalité, l’analyse des données et des liens entre les catégories d’expérience
permet de nuancer le discours et de saisir des éléments significatifs et
inédits. Il est vrai que les commentaires étudiants sont de prime abord plutôt
critiques et réservés envers cette dimension de la formation collégiale.
Toutefois, une analyse plus fine souligne que l’intérêt(3) porté aux
cours se révèle le principal vecteur des représentations. Cet intérêt n’est pas
unidimensionnel et se caractérise par huit principaux déterminants. Le premier,
l’utilité des cours de formation générale, se remodule au fil des
entretiens : on reconnaît souvent au moins une forme d’utilité à ces cours soit
dans le parcours scolaire (stratégies, cohortes mixtes, diversité des contenus),
soit dans le projet professionnel (acquisition de compétences et de savoirs),
soit dans la vie en général (culture personnelle, réflexivité). L’intérêt dépend
aussi de l’aisance traduite dans une équation désarmante de simplicité :
« C’est facile, je suis bon, j’aime ça » ou « C’est difficile, je suis faible,
je n’aime pas ». La provenance et les acquis antérieurs jouent un rôle
significatif : plus d’insécurité pour les adultes en retour aux études, un
certain soulagement chez ceux qui ont déjà complété une partie de leur formation
générale, des doutes ainsi que des critiques parfois dures sur la qualité de la
préparation au secondaire traversent le discours. L’enseignement
représente un des éléments les plus forts et présents dans le discours. Les
jeunes arrivent difficilement à détacher la matière de la personne qui
l’enseigne. Les étudiants du secteur technique semblent développer rapidement
une relation de maître et apprenti très satisfaisante dans leurs cours
spécifiques alors que dans les cours de la formation générale, ils sentent une
plus grande distance et interprètent souvent le discours enseignant comme
méprisant, incompréhensible, ennuyeux ou frustrant. L’influence de la charge
de travail se ressent surtout lorsqu’ils sont débordés par les cours
spécifiques et se sentent frustrés par les exigences des cours de formation
générale, surtout en ce qui concerne la lecture et la rédaction. La matière
elle-même suscite un intérêt fluctuant selon les disciplines. La relation avec
les pairs est aussi très significative : chez les garçons du secteur
technique, il semble de bon ton d’adhérer à un certain discours collectif plutôt
négatif envers la formation générale. Par ailleurs, on apprécie en général
l’occasion qu’offrent ces cours de socialiser avec des pairs d’autres
programmes. Enfin, le contexte représente le huitième déterminant avec,
par exemple, la place du cours dans l’horaire qui peut agir comme un éteignoir.
Nos données révèlent que la formation générale peut jouer un rôle significatif
dans le choix de programme lorsqu’il y a changement de programme ou un retour
aux études. L’intérêt particulier pour certains cours provoque parfois une
réorientation, souvent vers le programme de Sciences humaines. Il est aussi vrai
que des étudiants connaissent des difficultés qui sont surtout attribuées à la
méthode d’enseignement. Ainsi, face à un « mauvais prof », certains abandonnent
le cours pour le reprendre plus tard. La flexibilité de l’offre de cours en
formation générale est utilisée pour alléger l’horaire, surtout dans les
programmes techniques. L’échec dans ces cours est vécu dans la frustration et un
vague sentiment de panique : la reprise tarde, plusieurs choisissant l’évitement
et reportent le plus loin possible la recherche d’une solution pragmatique au
problème. Autrement dit, si un cours de formation générale pose problème, il
peut ralentir le cheminement et contribuer au désengagement. Les difficultés
sont alors souvent multiples et elles sont également présentes dans des cours de
la formation spécifique, provoquant souvent une sérieuse remise en cause et un
éventuel rabattement vers le DEP. Par ailleurs, il faut noter que plusieurs
individus ayant quitté le collège avant la fin de leur programme avaient déjà
complété les cours de la formation générale; ce qui laisse penser que leur
orientation n’est pas nécessairement associée à ces cours.
Métier de technicien ou métier d’étudiant
L’analyse permet de constater une réelle opposition entre les formations
spécifique et générale dans le secteur technique. Ces deux branches de la
formation sont investies de sens et de finalités totalement différentes. La
formation spécifique est choisie plus « librement » en fonction d’intérêts
disciplinaires ou d’ambitions professionnelles et d’une passion pour le travail
en laboratoire ou en atelier, de l’amour du travail concret. L’expérience vécue
y est dynamisée par l’apprentissage du métier, de la profession. La
formation générale n’a souvent aucun sens pour ces étudiants qui la qualifient
de « trop abstraite » et qui y revivent le même sentiment de contrainte et de
soumission qu’au secondaire. Les difficultés disciplinaires et l’absence de
maîtrise des éléments élémentaires des méthodes nécessaires accentuent souvent
l’impression de souffrir d’une incompétence insurmontable. Si l’enseignant ne
comble pas l’écart en expliquant ce sens et en apprivoisant ceux qui sont moins
à l’aise, il y a souvent un durcissement de leur posture rébarbative.
Par ailleurs, les étudiants du pré-universitaire considèrent plutôt les
deux branches de leur formation comme les deux facettes d’une même médaille.
Bien que critiques, ils remettent rarement en cause la valeur de la formation
générale dont ils semblent mieux saisir les finalités. Curieux et intéressés par
ces disciplines, dont la philosophie qu’ils découvrent, ils apprécient la
facilité, la créativité et le plaisir qu’offrent ces cours en comparaison à la
difficulté et l’aridité des autres cours. Pour certains, l’aisance avec les
matières et les travaux de formation générale leur assure de bonnes notes
contribuant à une cote R élevée. D’autres sont insécurisés par ces cours aux
contenus parfois étranges et s’inquiètent du mode d’évaluation qu’ils estiment
trop subjectif. Face aux difficultés, ils ont la capacité à réagir rapidement
par l’entraide entre les pairs et les demandes d’aide et d’information faites
directement auprès de l’enseignant concerné. Ici, c’est nettement
l’apprentissage du métier d’étudiant qui se vit.
Trois conclusions se dégagent de cette analyse : le discours commun ne doit pas
être confondu avec le discours saisi de manière plus scientifique où l’
expérience de formation est objectivée sur le mode de la diversité. Les
étudiants ne saisissent pas d’emblée le sens de la formation générale de la même
manière et leur relation aux finalités semble avoir plus d’impact que leur
relation à la matière. Enfin, la diversification des contenus et le contact avec
des cohortes mixtes permettant une socialisation élargie sont hautement
appréciés par la vaste majorité.
2.
Les yeux grands fermés
Le passage du secondaire au
collégial dans des programmes de formation technique
Par Claire Fortier(4)
Le faible taux de diplomation au collégial dans le temps prescrit nous amène à
croire que le passage du secondaire au collégial est ardu pour plusieurs jeunes.
Qu’en disent les principaux concernés ? Comment vivent-ils l’expérience de ce
passage ? Pour répondre à ces questions, l’analyse de la première entrevue
réalisée dès les premières semaines de l’entrée au collégial d’une population
étudiante provenant directement du secondaire et inscrits dans des programmes
techniques au collégial, soit 46 jeunes, permet de saisir que, au croisement de
deux dynamiques (expérimentation et autonomisation), ces jeunes s’engagent dans
leurs études les yeux grands fermés.
Les yeux fermés puisque, depuis leur choix de programme en secondaire V, la
majorité d’entre eux ne savent pas réellement dans quoi ils s’embarquent et vers
quoi ils se dirigent : le choix d’un programme a été et demeure souvent
incertain(5). Les yeux grands puisque ce processus de décision
implique généralement des motifs réfléchis. Certes ce choix se fait souvent
rapidement ou se compose après une valse-hésitation entre différents choix
parfois fort hétéroclites ! Ce sont toutefois des préoccupations d’ordre
pragmatique qui ponctuent régulièrement leur choix. Le discours social
préconisant de s’inscrire dans un programme offrant un accès au marché du
travail avec un salaire convenable, dans un laps de temps relativement court
sans se fermer les portes de l’université a laissé ses marques chez plusieurs
étudiants. Tout aussi paradoxal que cela puisse paraître, ces jeunes, en
général, n’ont pas l’impression de renier leur rêve, malgré que ce choix soit
économiquement et pragmatiquement raisonnable. Ils ont une image simplifiée et
illusoire de leur future profession, basée sur des indicateurs de placement très
élevés, sur des rumeurs – parfois fondées - selon lesquelles les employeurs
recrutent les étudiants avant que ces derniers aient terminé leur DEC, sur des
salaires jugés faramineux et sur une vision idéalisée du travail de laboratoire.
Ils sont loin de se sentir des « galériens de l’économie ». Leur optimisme
exprimé dans cette vision idéalisée de l’avenir leur permet une attitude
désinvolte.
L’influence pour faire ce choix pragmatique provient principalement des parents
et s’effectue souvent avec la marge de manœuvre du « Fais ce que tu veux à la
condition que les résultats scolaires soient là et que ton avenir soit assuré».
Tout en acceptant et en désirant cette approbation parentale, la majorité de ces
jeunes cherchent à prendre une distance et à s’affirmer. Ils veulent être
maîtres de leur destinée. Ils utilisent donc très peu leur réseau social comme
ressource dans leur orientation. Redoutant le trop plein d’informations pour ne
pas subir le poids des influences et pour ne pas complexifier le choix, ils ont
les yeux fermés. En même temps, ils ont les yeux grands voulant «vivre
l’expérience », en procédant par essais et erreurs.
Leur discours ne cadre pas nécessairement avec celui divulgué publiquement au
sujet de l’expérience collégiale. À la question sur leurs premières impressions
du cégep, la majorité d’entre eux répondent : « j’aime ça ». Ce qu’ils
apprécient le plus est la fin de la discipline imposée au secondaire. Certains
ont certes de la difficulté à s’adapter à cette absence d’encadrement au début
mais ils sont contents d’être autonomes, libres et responsables. Ils disent
majoritairement avoir le cœur à l’ouvrage en étant conscients de la nécessité de
la motivation et de la discipline personnelle. Sans avoir une vue d’ensemble de
leur programme d’études, ils aiment les profs qui les incitent à se poser de
nouvelles questions, à maîtriser les ficelles de leur métier d’étudiant ou de
leur future profession et à préciser le sens de leur projet professionnel en
relation avec leur projet scolaire. Même si l’activité manuelle est leur
motivation première parce qu’elle sera utile dans leur futur métier, plusieurs
sont prêts à se poser des questions à caractère social ou existentiel. Certains
n’avaient pas pensé qu’en choisissant un programme technique, ils auraient à
suivre encore des cours de français, mais plusieurs en reconnaissent la
nécessité. La majorité des garçons et certaines filles constatent qu’ils n’ont
pas développé l’habitude d’étudier régulièrement et ils avouent que le temps
consacré aux études était assez court au secondaire. Ces jeunes sont conscients
de l’importance d’acquérir de nouvelles habitudes de travail en tenant compte
d’un horaire de cours qui commence parfois très tôt pour se terminer tard
entrecoupé de temps libres. Ils se plaignent de la difficulté d’étudier le soir
après de telles journées, surtout si des heures de transport s’y ajoutent. Ils
ont néanmoins repéré au cégep des endroits propices à l’étude, et ce n’est pas
toujours la bibliothèque ! Ils se disent prêts à rompre avec leurs amis et à
sabrer dans leur temps de loisir pour étudier. Dès le début de la première
session, plusieurs projettent de terminer leur DEC en trois ans, mais ce n'est
pas un objectif essentiel : la réussite scolaire signifie obtenir de bons
résultats tout en ayant le temps de vivre.
Les deux dynamiques (l’expérimentation et l’autonomisation), qui caractérisent
la jeunesse au moment de l’entrée dans la vie adulte, cadrent bien dans le
régime éducatif du collégial qui ouvre sur un espace de liberté. En rupture avec
les normes et les règles du secondaire, ils s’approprient le métier d’étudiant
par leur désir de réussir leurs études, de s’y investir tout en déployant une
réelle motivation pour se projeter dans un projet professionnel. Ces jeunes sont
motivés et ils veulent apprendre … du nouveau surtout. Ils reconnaissent qu’un
bon prof est celui qui leur ouvre les yeux. Ils sont prêts à se laisser
déstabiliser par « la seule chose que je sais, c’est que je ne sais rien ».
Ils sont à la frontière entre un sentiment d’étrangeté et un sentiment de
l’importance.
À 17 ans, pris au carrefour de ces dynamiques d’expérimentation et
d’autonomisation, quelle forme prend leur engagement dans leurs études ? Le
choix de programme effectué souvent sans grande conviction ne dénote-t-il pas un
certain manque de sérieux, de curiosité à l’égard de la profession à laquelle
ils aspirent ? Certes, cette quête d’autonomie se conjugue avec une immaturité
vocationnelle. Sans être capables de se projeter dans l’avenir, ils jouent à
pile ou face, avancent à tâtons n’ayant pas une position réflexive sur leur
choix en relation avec leurs propres pratiques. Ils sont en quête d’autonomie
sans être bien armés. Ils ont donc de la difficulté à s’assumer, à s’engager.
Toutefois, ils savent, plus ou moins consciemment, que cette décision vient
s’inscrire dans les maillages de l’entrée dans la vie adulte. À 17 ans, les
jeunes ne sont plus des enfants et ils entrent dans le monde adulte par la
grande porte de la décision vocationnelle. Ils agissent en bons « petits
débrouillards », responsables, volontaires et désireux de trouver un sens à leur
vie. Comme le disent si bien Dubet et Martucelli : « Ainsi la jeunesse est à la
fois un temps suspendu et un temps sérieux ».
Ainsi, la transition entre le secondaire et le collégial relève d’un paradoxe
caractérisé tant par un temps indispensable pour apprendre à assumer son
autonomie, pour jouir d’une nouvelle liberté et pour créer des liens que par la
nécessité de leur apprendre à être autonome, de les encadrer et de leur « ouvrir
les yeux ». Comment favoriser cette quête d’autonomie ? Ce dont ils ont besoin,
ce n’est pas tant de l’information, des services, que, comme le disait C.W.
Mills d’« une qualité d’esprit qui leur permette de tirer parti de
l’information ». Ce qu’ils ont besoin, ce sont des mesures non pas pour les
contrôler, mais pour les responsabiliser. Ces jeunes veulent être sujets de leur
vie, mais tant que l’école jouera un rôle accru de prise en charge, ils ne
prendront pas leur formation en main.
3. Du
côté des retours aux études
Par Pierre Doray(6)
Il est souvent dit dans le milieu collégial que les adultes contribuent à
hausser le taux de décrochage parce qu’ils connaissent en plus grand nombre des
échecs. Sans contredire cette affirmation qui est appuyée sur des données
quantitatives, l’analyse d’une population en retour aux études, dite population
adulte, permet de mieux comprendre la situation ou l’expérience étudiante de
cette population étudiante.
Les parcours éducatifs démarrent de manière sensiblement similaire aux autres
populations étudiantes. Leur décision du choix de programme trouve ses racines
dans leur expérience sociale et un projet professionnel. Cette décision
nécessite toutefois une planification de l’organisation de la vie quotidienne
pour assurer la survie économique et la gestion de la vie familiale tout en
dégageant du temps pour les études. Très rapidement, l’expérience scolaire
autour de laquelle se construisent les parcours distingue ces étudiants selon
qu’ils la ressentent ou non comme une épreuve qui revêt deux principaux aspects,
soit l’épreuve scolaire en soi et l’ajustement entre le scolaire et le
non-scolaire. Six parcours éducatifs type se dégagent selon la nature de
l’expérience scolaire : deux de ces parcours se caractérisent par la
persévérance et les quatre autres par des départs du programme.
-
La persévérance tranquille. Le retour aux
études et l’inscription au programme s’inscrivent dans la mise en oeuvre d’un
projet professionnel qui implique souvent une bifurcation ou une rupture
biographique. Pour certains, elle prend la forme d’une réorientation
professionnelle après une déception face à un premier emploi. L’expérience
scolaire de ce sous-groupe d’individus se déroule sans grand problème, ce qui
ne veut pas dire qu’il ne faut pas travailler ou que les cours soient jugés
faciles. Ces étudiants persévérants ne réussissent pas nécessairement avec les
meilleures notes. La persévérance s’avère associée à la conjugaison ou au
cumul de différents facteurs tels des dispositions éducatives facilement
mobilisables, une expérience scolaire positive du fait, par exemple, de
résultats scolaires en amélioration ou de la confirmation de leur orientation
professionnelle et, finalement, de conditions extrascolaires qui favorisent la
persévérance : absence de problèmes financiers majeurs, gestion du temps
relativement souple et encouragement des proches.
-
La persévérance difficile. D’autres
étudiants persévérants se distinguent des premiers par la signification qu’ils
donnent à leur expérience. Ils soulignent les difficultés, le stress et
l’échec rencontrés dans un ou des cours. Ces étudiants ne se distinguent pas
des premiers quant à la nature des motifs qui les ont décidés à revenir aux
études et de s’inscrire au programme, soit le rattrapage scolaire pour
plusieurs, la reconversion professionnelle ou la recherche de mobilité pour
d’autres. Par contre, leur expérience en cours est ressentie comme une épreuve
aux multiples composantes : difficultés scolaires et échecs dans des cours,
ennui ou manque de motivation face à certains types de savoir, absence
d’intégration sociale ou conciliation difficile entre les conditions de vie et
les études.
-
Les départs planifiés. Pour les étudiants
concernés, l’entrée au programme ne signifiait pas qu’ils avaient l’intention
de le terminer. Leur départ était prévu voire planifié. Ce départ ne doit pas
être considéré comme un échec quoique, selon les normes de l’institution, il
soit souvent interprété de cette façon.
-
L’épreuve sans suite. Ce parcours est le
premier qui fait place à un départ non prévu qui, pour certains, se produira
rapidement (au cours de la première année voire du premier semestre). Pour ces
étudiants, le choix du programme visait un rattrapage scolaire ou une mobilité
sociale. Dans tous les cas, le projet scolaire est rapidement interrompu, les
difficultés et les échecs scolaires(7) mettent en veilleuse les
projets de chacun. Un autre aspect commun à plusieurs étudiants est le
problème d’orientation scolaire et professionnelle : ayant choisi leur
programme pour obtenir un emploi rémunérateur, ils ont été rapidement
confrontés à un domaine peu connu, ouvrant sur une désillusion
professionnelle.
-
L’épreuve orientante. Des étudiants ont
aussi quitté leur programme à cause d’échecs scolaires ou de désillusion
professionnelle, mais cette expérience a permis de confirmer leur choix et de
se réorienter. Le passage n’est pas complètement inutile et ouvre même sur de
nouveaux horizons.
-
La conciliation travail rémunéré/études/famille
en déséquilibre. Un dernier cas de figure permet de rendre compte de
certains départs du programme qui ne sont pas le résultat de difficultés
scolaires ou d’une désillusion professionnelle, mais d’un changement de
conditions d’existence qui modifie la conciliation entre travail rémunéré,
famille et études.
La mise en évidence de ces parcours souligne la
diversité des situations au sein même d’une catégorie d’étudiants bien précise,
la population étudiante en retour aux études. Les destinées se distinguent par
le jeu du rapport à l’institution collégiale, des changements des conditions
d’existence ou des deux. Ainsi, l’adaptation entre la formation des adultes du
secondaire et le régime éducatif de l’enseignement collégial régulier n’est pas
facile et plusieurs étudiants trébuchent à ce moment. L’expérience éducative est
aussi le moment de confronter ses projets professionnels et ses représentations
du métier avec les savoirs présentés dans le programme. Or, l’écart entre les
deux représentations conduit à une désillusion professionnelle qui ouvre sur des
départs du programme. Cet écart ou cette distance est particulièrement prégnante
quand le choix de programme et de métier ne repose que sur des arguments
économiques (salaires, conditions de travail, etc.) et que le contenu du métier
n’est pas réellement pris en compte. Dans certains cas, l’expérience restera
sans suite, dans d’autres, elle permettra une réorientation. Il reste que le
processus d’orientation est problématique parce que le choix initial n’a pas
fait l’objet d’une confrontation avant l’entrée au programme.
CONCLUSION
L’étude des parcours scolaires par le moyen de cette recherche qualitative
longitudinale permet donc de mieux comprendre ce qui se passe au sein de
l’expérience collégiale en apportant des données sur des phénomènes
inaccessibles par d’autres techniques. Ainsi, on peut mieux comprendre certains
avis, dont celui du Conseil supérieur de l’éducation en septembre 1997, voulant
renforcer l’arrimage entre la formation générale et la formation spécifique dans
le secteur technique. Certes la formation générale a des finalités moins claires
pour plusieurs étudiants de ce secteur, mais les déterminants de l’intérêt dans
le contexte de l’apprentissage du métier de technicien nous ont permis de
relativiser la perception généralement retenue comme uniquement négative. De
plus, s’il est vrai que l’indécision vocationnelle doit être considérée «(…)
comme un phénomène courant dans le développement des collégiennes et collégiens»(8),
il n’en demeure pas moins que ces jeunes provenant directement du secondaire,
pris dans des dynamiques d’expérimentation et d’autonomisation, veulent vivre
l’expérience du passage du secondaire au collégial avec toutes ces nouvelles
composantes au gré d’essais et erreurs pour tranquillement s’assumer en tant que
jeunes adultes. Réaliser ses études dans le temps prescrit n’apparaît pas
nécessairement comme la principale priorité. Il ne faut donc pas se surprendre
que peu d’étudiants obtiennent leur DEC en formation technique en trois ans(9).
Enfin, si le parcours au collégial de la population étudiante en retour aux
études se caractérise souvent par la nécessité de concilier études, travail
rémunéré et famille, le discours étudiant fait ressortir l’articulation complexe
entre conditions de vie en général, perception de l’expérience scolaire et des
résultats scolaires ainsi que leurs projets tant scolaires, personnels que
professionnels.
Enfin, ces trois analyses permettent de saisir les articulations complexes entre
l’expérience étudiante et les conditions de vie en général. Par exemple, au-delà
des indicateurs de réussite, reconnaît-on cette hétérogénéité des
caractéristiques de la population étudiante des années 2000 dans les révisions
de programme et les mesures d’aide à la réussite ? |