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Les étudiants de première génération universitaire – État de la situation à l’Université du Québec


Sylvie Bonin
Agente de recherche
Direction de la recherche institutionnelle
Université du Québec

Nouvelle page 2

En novembre 2007, les premiers résultats de l'enquête ICOPE de l’automne 2006 ont été publiés dans l'article: Le projet ICOPE : prise de vue récente sur la conciliation études-travail-famille. Cet article donnait suite à une communication présentée lors du colloque : "Agir collectivement pour la réussite au collège et à l'université: sommes-nous prêts?" organisé par le CAPRES dans le cadre du congrès de l’ACFAS.  

L'auteure nous propose ici une analyse nouvelle des données de cette enquête.
 

Introduction

Si dans la littérature on ne s’entend pas toujours sur la définition de la notion d’étudiants de première génération, l’importance de la scolarité des parents en regard de l’accessibilité aux études supérieures ressort toutefois clairement (Butlin 1999, Foley 2001, Looker 2002, etc.). Une étude récente, réalisée dans le cadre du projet MEAFE1 de la Fondation canadienne des bourses d’études du millénaire (voir Finnie et Mueller 2007), indique que la scolarité des parents et les variables qui s’y rattachent (ex. : habiletés en lecture) constituent la principale influence sur l’accès à l’enseignement postsecondaire et, à l’université tout particulièrement. En effet, les jeunes peuvent être amenés à opter pour un parcours similaire à celui de leurs parents parce que c’est celui qui leur a servi de modèle, celui avec lequel ils sont familiers (Foley 2001). Aussi, « les parents plus instruits ont tendance à partager leur quête intellectuelle avec leurs enfants et à leur transmettre des aptitudes et des valeurs propices à la réussite. Ils participent plus aux études de leurs enfants et ont des attentes plus élevées quant à la réussite scolaire » (Knighton 2002).

Rappelons également les liens étroits qui existent entre la scolarité des parents, le revenu de la famille et son statut socio-économique. Selon Statistique Canada (2001), les jeunes de 18 à 21 ans provenant de familles à revenu élevé sont 2,5 fois plus nombreux à poursuivre des études universitaires que ceux issus de familles à faible revenu. Dans le cas de l’Université du Québec (UQ) qui forme la population de notre étude, Bonin et Chenard (2004) ont indiqué que les étudiants de première génération proviennent, dans une plus grande proportion, de milieux moins aisés. De plus, leur taux d’abandon dans les programmes de baccalauréat est relativement plus élevé que celui de leurs pairs issus de milieux mieux nantis.

De par sa mission d’accessibilité, l’UQ accueille une forte proportion d’étudiants de première génération. Connaissant les difficultés que ceux-ci peuvent rencontrer durant leur cheminement, il s’avère crucial pour l’Université de prendre régulièrement le pouls de sa population, notamment pas le biais du projet ICOPE2, pour pouvoir l’accompagner adéquatement. Le présent article se propose donc de tracer un profil sommaire des étudiants de première génération à l’UQ à partir des données de la plus récente enquête ICOPE, soit celle de l’automne 2006. Dans ce texte, l’appellation de première génération référa à un étudiant dont ni le père, ni la mère n’a effectué d’études universitaires.

Projet ICOPE

Le projet ICOPE, mené à l’UQ depuis 1993, permet de recueillir, par le biais d’enquêtes, les caractéristiques des nouveaux étudiants. Il vise ainsi à tracer le profil de la population étudiante à son entrée à l’université, à suivre son évolution et ses besoins au fil des ans, puis à soutenir la réussite étudiante. Il couvre bon nombre de caractéristiques liées à l’étudiant, notamment ses caractéristiques scolaires et sociodémographiques, ses conditions de vie, l’état de sa préparation à entreprendre ses études, ses intentions face à l’obtention du diplôme et à la poursuite des études, ses motivations, son intérêt pour son programme d’études, la connaissance qu’il en a, de même que les liens qu’il entretient avec le marché du travail. Parmi les caractéristiques recueillies, les niveaux de scolarité du père et de la mère permettent de repérer les étudiants de première génération. La plus récente enquête ICOPE, celle de l’automne 2006, est la plus complète réalisée dans le cadre de ce projet. En effet, tous les établissements du réseau de l’UQ, à l’exception de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), y ont participé. Notons que les établissements se sont joints progressivement au projet au fil des enquêtes. En considérant la Télé-université (TELUQ) indépendamment de l’UQAM (étant donné l’existence d’un questionnaire spécifique à la TELUQ), on comptait cinq établissements participants en 1993-1994, six en 1996-1997, sept en 2001 et neuf en 2006. Nous aurons donc, pour la première fois3, grâce à l’enquête 2006, une image complète et représentative4 du réseau de l’UQ.

Statistiques globales

À l’automne 2006, 60% de l’ensemble des nouveaux étudiants de l’UQ étaient de première génération universitaire (Graphique 1). Notons que pour les établissements en région (incluant la Télé-université), la proportion moyenne d’étudiants de première génération s’élève à 67%, alors que pour les établissements offrant principalement des cours à Montréal (Université du Québec à Montréal, École de technologie supérieure (ETS) et École nationale d’administration publique), elle se situe plutôt à 54%. Le choix de l’établissement est souvent fortement lié à la provenance de l’étudiant. Toutefois, compte tenu de la mobilité étudiante, il semble intéressant de nuancer la situation des étudiants selon la région d’habitation de leur enfance5 (Tableau 1), peu importe l’établissement qu’ils fréquentent. On constate que les étudiants de premier cycle qui proviennent du Nord-du-Québec, de la Côte-Nord, de l’Abitibi-Témiscamingue, de Chaudière-Appalaches et de Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine sont de première génération universitaire dans une plus grande proportion (70% ou plus) que ceux des autres régions. À l’opposé, la proportion d’étudiants de première génération en provenance de Montréal, de la Capitale-Nationale ou de l’extérieur du Québec avoisine les 50%.

Le graphique 2 montre l’évolution de la proportion d’étudiants de première génération (tous cycles confondus) pour les établissements en région qui ont participé au projet depuis ses débuts. On constate que cette proportion diminue dans le temps, ce qui indique que le niveau de scolarisation des parents augmente au fil des générations. On peut en effet espérer que les nouveaux étudiants formés à l’UQ, peu importe leur âge, contribueront à réduire le nombre d’étudiants de première génération lorsqu’ils seront parents à leur tour.

Caractéristiques des étudiants de première génération

En croisant l’information sur la scolarité des parents avec les caractéristiques des étudiants qui se trouvent dans les bases institutionnelles, il est possible de nuancer la situation des étudiants de première génération6. Le graphique 3 indique que la proportion d’étudiants dont les parents n’ont jamais fait d’études universitaires décroît avec le niveau d’études. Cette proportion s’établit à 61% pour les nouveaux étudiants de premier cycle alors qu’elle avoisine les 55% pour les étudiants de cycles supérieurs, soit un écart significatif de 6 points de pourcentage7. Si on examine la situation au premier cycle, on constate que les étudiants de première génération sont proportionnellement plus nombreux parmi les nouveaux étudiants à temps partiel (69%) que parmi ceux à temps complet (57%). De plus, comme l’illustre le tableau 2, ils sont relativement plus nombreux à être admis sur une base adulte8 (68%) que sur la base d’études collégiales ou universitaires antérieures (60%) (8 points de pourcentage d’écart). On retrouve également une plus forte proportion d’étudiants de première génération au premier cycle parmi les étudiants plus âgés : 68% parmi les 25 ans et plus, par opposition à 56% pour les moins de 25 ans, pour un écart de 12 points de pourcentage.

Lorsqu’on analyse les données selon le genre de programme, on constate (Graphique 4) que les étudiants de première génération sont davantage représentés dans les programmes de plus courte durée. Au premier cycle, 70% des nouveaux étudiants dans les programmes courts sont de première génération, comparativement à 65% au certificat et 59% au baccalauréat. La même tendance est observée au deuxième cycle. Les écarts entre les différents genres de programmes pour ce niveau d’études ne sont toutefois pas statistiquement significatifs en raison des plus petites tailles de cohorte. On trouve tout de même que 61% des nouveaux inscrits dans les programmes courts de deuxième cycle sont de première génération, comparativement à 58% dans les diplômes d’études supérieures spécialisées (DESS) et 54% à la maîtrise. Notons que dans les programmes de doctorat, 54% des nouveaux sont également dans cette situation.

La situation des nouveaux étudiants varie également en fonction du domaine d’études choisi. Au premier cycle, notamment, on remarque que les sciences de la santé (Tableau 3) constituent le domaine avec la plus forte proportion d’étudiants de première génération, soit 70%. L’UQ ne comptant pas de Faculté de médecine, une analyse plus approfondie des données indique que les programmes rattachés à ce domaine sont essentiellement des programmes en sciences infirmières (baccalauréats en sciences infirmières, certificats ou programmes courts en soins infirmiers) et qu’on y retrouve une forte proportion de femmes (88%). Les seconds domaines en importance sont les sciences de l’administration et les sciences de l’éducation, qui affichent une proportion d’étudiants de première génération de 65%. Ces trois domaines représentaient à eux seuls plus de la moitié des nouveaux étudiants de l’UQ au premier cycle à l’automne 2006. À l’opposé, les sciences pures et le droit sont les deux domaines avec les plus faibles proportions d’étudiants de première génération (environ 48%). Les nouveaux étudiants de ces domaines sont relativement plus jeunes que ceux des sciences de la santé (qui, sur ce plan, se situent à l’autre bout du spectre) et représentent moins de 5% des nouveaux étudiants de l’UQ au premier cycle. Environ 60% de ceux-ci sont âgés de moins de 25 ans, comparativement à 50% seulement en sciences de la santé. La proportion d’étudiants à temps complet y est également plus élevée (près de 76%), par opposition à 48% en sciences de la santé. En sciences pures, on note également une proportion moindre de femmes (56%).

Situation des femmes

Le sexe des étudiants se veut une des variables fréquemment considérée dans les études portant sur l’accessibilité à l’enseignement postsecondaire et la persévérance scolaire. Dans ce contexte, il est intéressant de noter que les étudiants de première génération sont davantage représentés chez les femmes que chez les hommes (62% contre 58%). Bien que cet écart ne soit pas très grand (4 points de pourcentage), il s’avère toutefois significatif. Selon toute logique, le fait de naître fille plutôt que garçon n’a pas d’influence sur la situation de ses parents et qui plus est, sur leur niveau de scolarité. On peut alors se demander quelles sont les caractéristiques attribuables aux femmes qui font en sorte qu’elles se retrouvent en plus grande proportion parmi les étudiants de première génération. Notons que le présent article s’intéresse à quelques uns de ces facteurs seulement, laissant place à une analyse subséquente plus approfondie sur le sujet.

L’âge représente l’un des premiers facteurs d’intérêt. Sachant que l’UQ accueille un plus grand nombre d’étudiantes que d’étudiants9, on serait porté à croire qu’un certain nombre d’entre elles font un retour aux études ou une formation tardive, entraînant ainsi à la hausse la moyenne d’âge des femmes. L’âge moyen des femmes qui étudient à l’UQ n’est toutefois pas supérieur à celui des hommes et se situe entre 28 et 29 ans. De plus, si on regarde la proportion d’étudiants de première génération au premier cycle pour des tranches d’âge spécifiques (Graphique 5), un écart demeure entre les femmes et les hommes pour chacune des tranches d’âge considérées et, fait intéressant, voire surprenant, il se veut plus prononcé chez les plus jeunes.

Par ailleurs, la dimension régionale semble avoir une influence sur la répartition selon le sexe. Le tableau 4 nous montre que les femmes proviennent davantage que les hommes de régions associées à une forte proportion d’étudiants de première génération (Tableau 1). Compte tenu de la forte corrélation qui existe entre la région de provenance et l’établissement d’enseignement choisi, l’écart entre les sexes varie donc sensiblement selon l’établissement (Tableau 5). Pour plusieurs établissements en région, l’écart entre les femmes et les hommes dépasse grandement la valeur réseau (4 points d’écart), pouvant atteindre jusqu’à douze points de pourcentage d’écart entre les deux. Pour l’UQAM, par contre, il n’y a pas de différence significative entre les sexes. L’ETS est pour sa part le seul établissement avec une proportion significativement plus faible d’étudiants de première génération chez les femmes. Il faut dire que les femmes qui choisissent d’étudier dans cette école d’ingénieurs, davantage fréquentée par des hommes, ont assurément un profil distinctif, qu’il serait intéressant de creuser éventuellement.

Conclusion

Cette étude a permis d’actualiser l’information sur les étudiants de première génération au sein du réseau de l’Université du Québec. La plus récente enquête ICOPE, qui offre une image complète du réseau, indique que 60% des nouveaux étudiants de l’automne 2006 sont de première génération universitaire. De plus, l’analyse des caractéristiques de base de l’étudiant et de son programme d’études indique que l’étudiant de première génération se retrouve davantage :
* au premier cycle;
* à temps partiel;
* parmi le groupe des 25 ans ou plus;
* inscrit dans des programmes de plus courte durée;
* dans les domaines des sciences de la santé, de l’administration ou de l’éducation;
* parmi les femmes;
* et provient d’une région éloignée des grands centres urbains.
Bien entendu, il ne s’agit là que d’une analyse sommaire du sujet, et des analyses complémentaires des données ICOPE seront nécessaires pour raffiner le profil de ces étudiants et mieux cerner leurs motivations et leur niveau d’engagement face à leur projet d’études.

Références

1 MEAFE signifie « Mesurer l’efficacité de l’aide financière aux étudiants ».

2 ICOPE veut dire « Indicateurs de COnditions de Poursuite des Études ».

3 L’INRS se voulant un établissement spécialisé en recherche qui accueille relativement peu

  d’étudiants, l’impact de cette exclusion sur les statistiques pour l’ensemble du réseau s’avérera très

  marginal.

4 Le bilan de l’enquête ICOPE 2006 (voir Bonin 2007) montre que les répondants sont assez

  représentatifs de la population des nouveaux étudiants, mise à part une légère surreprésentation

  des femmes, des étudiants des programmes de baccalauréat à temps complet et des jeunes de 20

  ans ou moins.

5 Le questionnaire ICOPE 2006 demande à l’étudiant d’indiquer la région où il a passé la plus grande

  partie de sa jeunesse, soit avant l’âge de 20 ans.

6 Les statistiques qui suivent reposent toutes sur les données de l’enquête ICOPE 2006 et, sauf avis

  contraire, couvrent l’ensemble des étudiants du réseau de l’UQ.

7 Un test de Student a été appliqué pour vérifier si l’écart entre les étudiants de premier cycle et ceux

  de cycles supérieurs s’avérait significatif au seuil 0,05. Notez que des tests similaires ont été

  effectués pour toutes les autres caractéristiques considérées dans cette section et que, sauf avis

  contraire, les écarts présentés seront statistiquement significatifs.

8 La base adulte suppose un étudiant âgé de 21 ans ou plus et admis sur la base d’une expérience

  pertinente.

9 À l’automne 2006, on dénombrait 62% de femmes parmi les nouveaux étudiants de l’UQ.

 

Mars 2008

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