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Le projet ICOPE : prise de vue récente sur la conciliation études-travail-famille


Sylvie Bonin
Agente de recherche
Direction de la recherche institutionnelle
Université du Québec

Nouvelle page 2

Cet article donne suite à une communication présentée lors du colloque : "Agir collectivement pour la réussite au collège et à l'université: sommes-nous prêts?" organisé par le CAPRES dans le cadre du congrès de l’ACFAS. Les résultats de l'enquête présentés dans cet article reflètent l'état des travaux d'analyse au mois de mai 2007. Pour plus d'information vous êtes invités à communiquer avec l'auteure.

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Bon nombre d’étudiants mènent une double vie et même une triple vie! Leur défi : mener à bien un projet d’études postsecondaires tout en intégrant le marché du travail et en prenant soin d’une famille. Pour mieux comprendre ce phénomène, le présent article vous propose une exploration des données recueillies dans le cadre du projet ICOPE (Indicateurs de COnditions de Poursuite des Études), projet réalisé auprès des étudiants de l’Université du Québec qui débutent un programme d’études. Quelle est la proportion des étudiants qui concilient travail et études? Combien d’heures consacrent-ils à un emploi rémunéré par semaine? Quel pourcentage des étudiants assument des responsabilités parentales? Comment vivent-ils cette conciliation études-travail-famille? Quel est l’impact de cette conciliation sur leur projet d’études? Voilà autant de questions auxquelles nous tenterons de répondre dans cet article à l’aide des données de la plus récente enquête du projet ICOPE, celle de l’automne 2006.

Projet ICOPE et limites des données

Le projet ICOPE a été mis en place à l’Université du Québec par la Direction de la recherche institutionnelle au début des années 90. Il permet, par une cueillette récurrente d’informations, de tracer le profil de la population étudiante à son entrée à l’université, de suivre son évolution et ses besoins au fil des ans et de soutenir la réussite étudiante. Il couvre bon nombre de caractéristiques liées à l’étudiant, notamment ses caractéristiques scolaires et sociodémographiques, ses conditions de vie, l’état de sa préparation à entreprendre ses études, ses intentions face à l’obtention du diplôme et à la poursuite des études, ses motivations, son intérêt pour son programme d’études, la connaissance qu’il en a, de même que les liens qu’il entretient avec le marché du travail.

L’enquête de 2006, la plus récente, a rejoint près de 27 000 nouveaux étudiants de huit établissements1 de l’Université du Québec. La participation des étudiants a été excellente. Les taux de réponse varient entre 45% et 73% selon l’établissement participant. Le taux de réponse globale de l’enquête se situe à 52% avec près de 14 000 questionnaires complétés. Pour cette enquête, une stratégie offrant parallèlement deux formats de questionnaires, papier et électronique, a été mise de l’avant pour assurer une bonne représentativité des résultats. En effet, l’expérience de 2001 nous avait démontré que les étudiants dits plus traditionnels (plus jeunes, à temps complet, dans un programme de baccalauréat) choisissaient plus volontiers le formulaire électronique, alors que les étudiants non traditionnels, qui sont très nombreux à l’Université du Québec2, complétaient plus facilement le questionnaire papier.

Il est à noter que l’enquête est fermée depuis la fin de janvier seulement (et même la mi-mars pour un des établissements). Compte tenu du volume des répondants et de l’importance de la réponse papier (50% des répondants ont choisi le questionnaire papier), l’opération de saisie et de validation des informations n’était pas complétée au moment de publier cet article. Nous disposions donc de données pour six des huit établissements. De plus, deux des six établissements disponibles ayant une vocation d’enseignement spécialisée, il a été décidé de les retirer des premières analyses en raison de la grande variabilité qu’ils introduisaient dans les résultats. Il faut donc garder en tête que les résultats qui vous sont présentés dans ce document sont partiels et reposent sur les données de quatre établissements à vocation générale, c’est-à-dire l’UQTR, l’UQAC, l’UQAR et l’UQAT, nous donnant un échantillon d’environ 4 400 étudiants. Notre objectif est évidemment de mettre à jour ces résultats dès que l’ensemble des données sera disponible pour fins d’analyse.

Conciliation études-travail

Travailler pour subvenir à ses besoins est un mal nécessaire et plusieurs étudiants doivent partager leur temps entre les études et un ou plusieurs emplois rémunérés. L’analyse des données ICOPE recueillies au cours des dix dernières années montre que la proportion d’étudiants qui occupent un emploi lors de leur premier trimestre d’études a sensiblement augmenté au cours de cette période, passant de 58% en 1996 à 71% en 2006. En 2006, les étudiants qui travaillent déclarent avoir fait en moyenne 25 heures par semaine et occupé plus d’un emploi dans 15% des cas. De plus, 77% des nouveaux étudiants souhaitent travailler durant leurs études, qu’ils occupent ou non un emploi au moment de l’enquête.

Au 1er cycle, 71% des nouveaux étudiants occupent un emploi et ceux qui travaillent le font à raison de 25 heures en moyenne par semaine. En fait, parmi ceux-ci, 59% travaillent 20 heures ou plus par semaine. Si on nuance les résultats selon le régime d’études, on constate que les étudiants à temps complet travaillent dans une proportion de 62% et que le nombre moyen d’heures travaillées est de 16 heures par semaine. Pour ceux qui sont à temps partiel, la proportion atteint 90% et le nombre d’heures moyen travaillées grimpe à 34 heures.

Au 2e cycle, 69% des nouveaux étudiants occupent un emploi et ils travaillent en moyenne 30 heures par semaine. Des différences marquées sont encore une fois observées selon le régime d’études. La proportion d’étudiants à temps complet qui travaillent se situe à 53% (moyenne de 22 heures travaillées par semaine) comparativement à 89% pour ceux qui sont inscrits à temps partiel (moyenne de 37 heures).

Au 3e cycle, on constate que 62% des nouveaux travaillent parallèlement à leurs études et que, ceux qui travaillent, le font en moyenne à raison de 18 heures par semaine. Les données pour le 3e cycle ne sont toutefois pas nuancées selon le régime d’études en raison du faible nombre de répondants à temps partiel. Notons tout de même que tous les inscrits à temps partiel qui ont répondu travaillaient à leur premier trimestre d’études.
(voir Graphique 1 et Graphique 2 pour une synthèse des informations)

Conciliation études-famille

Prendre soin de ses enfants tout en étudiant est aussi une problématique vécue par bon nombre d’étudiants à l’université. Depuis le début des années 1990, la proportion des nouveaux étudiants à l’Université du Québec qui ont des enfants sous leur responsabilité oscille autour de 25%. En 2006, plus précisément, on dénombre 23% de nouveaux étudiants avec des responsabilités parentales. Parmi ceux-ci, 60% ont plus d’un enfant et l’âge moyen des enfants se situe à 8 ans. De plus, 21% d’entre eux disent être seuls à assumer la responsabilité de leurs enfants, tant en termes de temps qu’en termes financiers. On note également une proportion un peu plus élevée d’étudiants-parents chez les femmes (24%) que chez les hommes (18%). Aussi, l’âge des nouveaux étudiants est fortement influencé par la présence d’enfants. En effet, ceux qui ont des enfants sous leur responsabilité sont en moyenne âgés de 35 ans, alors que l’âge moyen de ceux sans enfant se situe à 25 ans.

Au 1er cycle, on observe une différence appréciable dans la proportion de nouveaux étudiants admis sur une base adulte en fonction de la présence ou non d’enfants. Être admis sur une base « adulte » signifie être âgé d’au moins 21 ans et être admis sur la base d’une expérience pertinente, plutôt que sur la base d’un diplôme. Ces étudiants n’ont habituellement pas de diplôme d’études collégiales. Ainsi, 35% des nouveaux étudiants qui sont parents sont admis sur une base adulte, par opposition à 12% seulement pour ceux qui n’ont pas d’enfants sous leur responsabilité. Une autre différence notable se trouve au niveau du régime d’études adopté par l’étudiant. Celui qui est parent choisit plus volontiers d’étudier à temps partiel que celui qui est sans enfant (72% vs 25%). La présence d’enfants a également une influence sur le genre de programme choisi. L’étudiant qui a des responsabilités parentales s’inscrit à un programme de baccalauréat dans une moins grande proportion (38% seulement) que celui qui n’a pas d’enfant (74%). La majorité des étudiants-parents optent donc pour un programme d’une durée moins longue, tel un programme court de 1er cycle ou un certificat.
(voir Graphique 3)

Tout comme au 1er cycle, les nouveaux étudiants de 2e cycle qui ont des enfants sous leur responsabilité s’inscrivent à temps partiel dans une plus grande proportion (65%) que ceux qui n’en ont pas (35%). Les nouveaux étudiants de 2e cycle avec enfants choisissent aussi dans une plus grande proportion des programmes d’une durée plus courte (programme court de 2e cycle ou diplôme d’études supérieures spécialisées). En effet, ils sont proportionnellement moins nombreux (64%) que ceux sans enfant (72%) à opter pour un programme de maîtrise. Si on considère les nouveaux étudiants de tous les cycles d’études confondus, on voit que 27-29% des étudiants évaluent leur situation financière comme étant précaire. Il est intéressant de noter que les étudiants-parents ne jugent pas leur situation financière plus difficile que ceux sans enfant. Comme nous avons pu le constater précédemment, leurs choix sont toutefois ajustés à leur réalité (réduction du nombre de cours suivis et inscription à un programme d’études d’une durée moins longue), laissant ainsi plus de temps pour un emploi rémunéré, comme le démontrera la section suivante. (voir Graphique 4)

Conciliation études-travail-famille

Les données ICOPE 2006 montrent que les trois quarts des nouveaux étudiants qui assument des responsabilités parentales occupent en plus un emploi rémunéré. En nuançant ces résultats selon le cycle d’études, on constate que cette proportion est de 72% pour les nouveaux étudiants de 1er cycle qui ont des enfants. Si la proportion des nouveaux qui occupent un emploi rémunéré est à peu près la même au 1er cycle que l’on ait ou non des enfants, il en va tout autrement du nombre d’heures travaillées. En effet, ceux qui ont des enfants sous leur responsabilité travaillent en moyenne 33 heures par semaine comparativement à 22 heures pour ceux qui n’en ont pas. Au 1er cycle, 86% des nouveaux étudiants qui ont des enfants travaillent 20 heures ou plus par semaine, alors que cette proportion n’est que de 51% pour ceux qui sont sans enfant. Au 2e cycle, cette fois-ci, la proportion des nouveaux étudiants qui travaillent diffère sensiblement selon la présence ou non d’enfants. Ceux qui ont des enfants travaillent dans une proportion beaucoup plus grande (81%) que ceux qui n’en ont pas (64%) et l’écart entre les nombres d’heures travaillées par semaine est également appréciable (37 heures pour les parents-étudiants vs 27 heures pour ceux sans enfant). La même situation est observée au 3e cycle : les étudiants-parents travaillent dans une plus grande proportion que les autres (78% vs 46%) et ils travaillent davantage (27 heures par semaine vs 14 heures). (voir Tableau 1)

Subdivisons à présent notre échantillon des nouveaux étudiants en quatre groupes :

  1. ceux qui n’ont ni enfant, ni emploi (1 026 répondants);

  2. ceux qui ont des enfants, mais ne travaillent pas (254 répondants);

  3. ceux qui travaillent, mais n’ont pas d’enfant (2 408 répondants) et

  4. ceux qui ont à la fois des enfants et un emploi (720 répondants).

Comment se définit alors le projet de l’étudiant selon qu’il appartienne à l’un ou l’autre de ces quatre groupes? Diverses questions ICOPE se rapportent directement au projet d’études. On demande entre autres à l’étudiant de nous préciser ses intentions face à l’obtention du diplôme (obtenir le diplôme de son programme, peut-être celui d’un autre programme ou suivre quelques cours seulement). Pour trois des groupes précédents, les nouveaux étudiants indiquent, dans une proportion autour de 88%, qu’ils veulent obtenir le diplôme du programme dans lequel ils viennent de s’inscrire. Par contre, ceux qui ont à la fois enfants et emploi disent le vouloir dans une proportion moindre (79%). On leur demande également s’ils prévoient cheminer sans interruption ou si, au contraire, des interruptions sont prévues à certains trimestres (mis à part les trimestres d’été). On constate alors un écart important entre les réponses des groupes 1 et 4. Pour le premier groupe, qui n’ont ni enfant, ni emploi, 88% disent prévoir cheminer de manière continue, alors que ceux qui ont à la fois enfants et emploi prévoient cheminer sans interruption dans une proportion de 63% seulement. Ces derniers sont donc proportionnellement plus nombreux à prévoir des interruptions ou encore, à ne pas savoir s’ils devront s’absenter en cours de route. Quand on leur demande comment ils évaluent leur préparation (études antérieures, expériences de travail, cheminement personnel, etc.) à entreprendre leurs études actuelles, à peu près tous nous répondent dans une proportion de 95% que leur préparation est bonne, très bonne ou excellente, peu importe leur groupe d’appartenance. Des questions sur l’intérêt porté au programme sont ensuite posées. L’intérêt que l’étudiant porte à son programme d’études semble avoir un lien plus fort avec l’emploi qu’avec le présence ou non d’enfants à la maison. En effet, ceux qui ne travaillent pas, qu’ils aient ou non des enfants, ont un intérêt marqué pour leur programme d’études (grand ou très grand intérêt) dans une proportion de plus de 90%. La proportion des nouveaux étudiants qui portent un intérêt marqué à leur programme diminue lorsque ceux-ci travaillent : elle passe à 81% s’ils travaillent mais n’ont pas d’enfant et chute à 63% pour ceux qui travaillent tout en prenant soin de leurs enfants. On s’intéresse ensuite à leur choix de programme et d’établissement d’enseignement. A priori, il n’y a pas de différence significative entre les quatre groupes relativement à ces deux éléments. En moyenne, 80% des nouveaux étudiants considèrent le choix de leur programme d’études comme étant définitif, et 78% considèrent le choix de leur université comme étant définitif.

Avec l’accord des étudiants, il est possible de jumeler leurs données de cheminement aux réponses fournies à leur entrée dans le programme dans le cadre du projet ICOPE. Les étudiants qui ont débuté à l’automne 2006 ont maintenant complété leur premier trimestre d’études. Un indicateur de réussite des cours au premier trimestre peut alors être défini en divisant le nombre de crédits réussis par le nombre de crédits suivis3. Celui que nous avons considéré ici est la réussite de tous les cours (100% des cours réussis), peu importe que l’étudiant suive un seul cours ou qu’il en suive plusieurs. Il est intéressant de constater que la proportion d’étudiants ayant réussi tous leurs cours au premier trimestre est nettement supérieure chez ceux qui ont à la fois enfants et emploi (87%) que chez ceux qui n’ont ni l’un, ni l’autre (68%). De plus, ceux qui doivent composer avec l’une ou l’autre de ces situations de vie (emploi seulement ou famille seulement) réussissent également tous leurs cours dans une plus grande proportion que ceux qui n’ont ni enfant, ni emploi. Toutefois, l’indicateur étant le même pour tous, peu importe le nombre de crédits suivis, il est important de nuancer les résultats selon le régime d’études. Mentionnons également que les nouveaux étudiants avec enfants et emploi se retrouvent majoritairement dans la catégorie des étudiants à temps partiel (83% sont inscrits à temps partiel), alors que ceux sans enfant et sans emploi sont principalement inscrits à temps complet (seulement 8% étudient à temps partiel). Pour les deux groupes intermédiaires, avec enfants seulement ou avec emploi seulement, 34% d’entre eux ont choisi d’étudier à temps partiel. Si on regarde la réussite des cours au premier trimestre des étudiants à temps partiel, on constate que ceux qui travaillent (avec ou sans enfant), réussissent dans une plus grande proportion tous leurs cours (environ 90%) que ceux qui ne travaillent pas (environ 80%). Finalement, quand les étudiants qui ont à la fois des enfants et un emploi optent pour des études à temps complet, il devient plus difficile de mener à bien tous leurs cours. Par contre, leur situation n’est pas différente de celles des étudiants qui sont sans enfant et sans emploi, les deux groupes réussissant tous leurs cours au premier trimestre dans une proportion d’environ 68%. (voir Tableau 2)

Conclusion

Cette première exploration des données ICOPE 2006 nous a permis de tracer le portrait moyen de l’étudiant qui concilie études, travail et famille lors de son premier trimestre d’études. Celui-ci est admis plus fréquemment sur une base adulte, choisit plus volontiers des programmes d’une durée moins longue que ses pairs, réussit généralement bien tous ses cours au premier trimestre, mais étudie surtout à temps partiel, prévoit des interruptions d’études en cours de route et travaille un nombre appréciable d’heures par semaine. Il porte un intérêt moins marqué à son programme d’études que ses pairs, par contre, tout comme ceux-ci, il désire le diplôme de son programme dans une proportion d’environ 80%.

Qui dit première exploration, dit suite. Il est prévu d’effectuer de nouvelles analyses lorsque la saisie et la validation des données de l’ensemble des établissements du réseau de l’Université du Québec seront complétée, en vue d’actualiser le portrait réseau. Des tests statistiques sont également au programme pour déterminer les écarts significatifs entre les distributions des différents groupes. De plus, il serait intéressant de nuancer le portrait en considérant de nouvelles variables telles que le genre de programme, le régime d’études, voire même le domaine d’études, si les tailles d’échantillon le permettent, pour obtenir des populations plus homogènes.
 

1 Université du Québec à Montréal (UQAM) et sa composante Télé-université (TÉLUQ), Université du

  Québec à Trois-Rivières (UQTR), Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), Université du Québec

  à Rimouski (UQAR), Université du Québec en Outaouais (UQO), Université du Québec en Abitibi

  Témiscamingue (UQAT) et, pour la première fois en 2006, École de technologie supérieure (ETS) et

  École nationale d’administration publique (ENAP).

2 Au premier cycle, on dénombre 85% d’étudiants non traditionnels à l’Université du Québec.

3 Les cours suivis hors programme n’ont pas été considérés dans la création de cet indicateur.
 

 

Novembre 2007

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