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Bon nombre
d’étudiants mènent une double vie et même une triple vie! Leur défi :
mener à bien un projet d’études postsecondaires tout en intégrant le
marché du travail et en prenant soin d’une famille. Pour mieux
comprendre ce phénomène, le présent article vous propose une
exploration des données recueillies dans le cadre du projet ICOPE
(Indicateurs de COnditions de Poursuite des Études), projet réalisé
auprès des étudiants de l’Université du Québec qui débutent un
programme d’études. Quelle est la proportion des étudiants qui
concilient travail et études? Combien d’heures consacrent-ils à un
emploi rémunéré par semaine? Quel pourcentage des étudiants assument
des responsabilités parentales? Comment vivent-ils cette conciliation
études-travail-famille? Quel est l’impact de cette conciliation sur
leur projet d’études? Voilà autant de questions auxquelles nous
tenterons de répondre dans cet article à l’aide des données de la plus
récente enquête du projet ICOPE, celle de l’automne 2006.
Projet ICOPE et limites des données
Le projet ICOPE a été mis en place à l’Université du Québec par la
Direction de la recherche institutionnelle au début des années 90. Il
permet, par une cueillette récurrente d’informations, de tracer le
profil de la population étudiante à son entrée à l’université, de
suivre son évolution et ses besoins au fil des ans et de soutenir la
réussite étudiante. Il couvre bon nombre de caractéristiques liées à
l’étudiant, notamment ses caractéristiques scolaires et
sociodémographiques, ses conditions de vie, l’état de sa préparation à
entreprendre ses études, ses intentions face à l’obtention du diplôme
et à la poursuite des études, ses motivations, son intérêt pour son
programme d’études, la connaissance qu’il en a, de même que les liens
qu’il entretient avec le marché du travail.
L’enquête de 2006, la plus récente, a
rejoint près de 27 000 nouveaux étudiants de huit établissements1
de l’Université du Québec. La participation des étudiants a été
excellente. Les taux de réponse varient entre 45% et 73% selon
l’établissement participant. Le taux de réponse globale de l’enquête
se situe à 52% avec près de 14 000 questionnaires complétés. Pour
cette enquête, une stratégie offrant parallèlement deux formats de
questionnaires, papier et électronique, a été mise de l’avant pour
assurer une bonne représentativité des résultats. En effet,
l’expérience de 2001 nous avait démontré que les étudiants dits plus
traditionnels (plus jeunes, à temps complet, dans un programme de
baccalauréat) choisissaient plus volontiers le formulaire
électronique, alors que les étudiants non traditionnels, qui sont très
nombreux à l’Université du Québec2, complétaient plus
facilement le questionnaire papier.
Il est à noter que l’enquête est fermée depuis la fin de janvier
seulement (et même la mi-mars pour un des établissements). Compte tenu
du volume des répondants et de l’importance de la réponse papier (50%
des répondants ont choisi le questionnaire papier), l’opération de
saisie et de validation des informations n’était pas complétée au
moment de publier cet article. Nous disposions donc de données pour
six des huit établissements. De plus, deux des six établissements
disponibles ayant une vocation d’enseignement spécialisée, il a été
décidé de les retirer des premières analyses en raison de la grande
variabilité qu’ils introduisaient dans les résultats. Il faut donc
garder en tête que les résultats qui vous sont présentés dans ce
document sont partiels et reposent sur les données de quatre
établissements à vocation générale, c’est-à-dire l’UQTR, l’UQAC, l’UQAR
et l’UQAT, nous donnant un échantillon d’environ 4 400 étudiants.
Notre objectif est évidemment de mettre à jour ces résultats dès que
l’ensemble des données sera disponible pour fins d’analyse.
Conciliation études-travail
Travailler pour subvenir à ses besoins est un mal nécessaire et
plusieurs étudiants doivent partager leur temps entre les études et un
ou plusieurs emplois rémunérés. L’analyse des données ICOPE
recueillies au cours des dix dernières années montre que la proportion
d’étudiants qui occupent un emploi lors de leur premier trimestre
d’études a sensiblement augmenté au cours de cette période, passant de
58% en 1996 à 71% en 2006. En 2006, les étudiants qui travaillent
déclarent avoir fait en moyenne 25 heures par semaine et occupé plus
d’un emploi dans 15% des cas. De plus, 77% des nouveaux étudiants
souhaitent travailler durant leurs études, qu’ils occupent ou non un
emploi au moment de l’enquête.
Au 1er cycle, 71% des nouveaux étudiants occupent un emploi
et ceux qui travaillent le font à raison de 25 heures en moyenne par
semaine. En fait, parmi ceux-ci, 59% travaillent 20 heures ou plus par
semaine. Si on nuance les résultats selon le régime d’études, on
constate que les étudiants à temps complet travaillent dans une
proportion de 62% et que le nombre moyen d’heures travaillées est de
16 heures par semaine. Pour ceux qui sont à temps partiel, la
proportion atteint 90% et le nombre d’heures moyen travaillées grimpe
à 34 heures.
Au 2e cycle, 69% des nouveaux étudiants occupent un emploi
et ils travaillent en moyenne 30 heures par semaine. Des différences
marquées sont encore une fois observées selon le régime d’études. La
proportion d’étudiants à temps complet qui travaillent se situe à 53%
(moyenne de 22 heures travaillées par semaine) comparativement à 89%
pour ceux qui sont inscrits à temps partiel (moyenne de 37 heures).
Au 3e cycle, on constate que 62% des nouveaux travaillent
parallèlement à leurs études et que, ceux qui travaillent, le font en
moyenne à raison de 18 heures par semaine. Les données pour le 3e
cycle ne sont toutefois pas nuancées selon le régime d’études en
raison du faible nombre de répondants à temps partiel. Notons tout de
même que tous les inscrits à temps partiel qui ont répondu
travaillaient à leur premier trimestre d’études.
(voir
Graphique 1 et
Graphique 2 pour une
synthèse des informations)
Conciliation études-famille
Prendre soin de ses enfants tout en étudiant est aussi une
problématique vécue par bon nombre d’étudiants à l’université. Depuis
le début des années 1990, la proportion des nouveaux étudiants à
l’Université du Québec qui ont des enfants sous leur responsabilité
oscille autour de 25%. En 2006, plus précisément, on dénombre 23% de
nouveaux étudiants avec des responsabilités parentales. Parmi ceux-ci,
60% ont plus d’un enfant et l’âge moyen des enfants se situe à 8 ans.
De plus, 21% d’entre eux disent être seuls à assumer la responsabilité
de leurs enfants, tant en termes de temps qu’en termes financiers. On
note également une proportion un peu plus élevée d’étudiants-parents
chez les femmes (24%) que chez les hommes (18%). Aussi, l’âge des
nouveaux étudiants est fortement influencé par la présence d’enfants.
En effet, ceux qui ont des enfants sous leur responsabilité sont en
moyenne âgés de 35 ans, alors que l’âge moyen de ceux sans enfant se
situe à 25 ans.
Au 1er cycle, on observe une différence appréciable dans la
proportion de nouveaux étudiants admis sur une base adulte en fonction
de la présence ou non d’enfants. Être admis sur une base « adulte »
signifie être âgé d’au moins 21 ans et être admis sur la base d’une
expérience pertinente, plutôt que sur la base d’un diplôme. Ces
étudiants n’ont habituellement pas de diplôme d’études collégiales.
Ainsi, 35% des nouveaux étudiants qui sont parents sont admis sur une
base adulte, par opposition à 12% seulement pour ceux qui n’ont pas
d’enfants sous leur responsabilité. Une autre différence notable se
trouve au niveau du régime d’études adopté par l’étudiant. Celui qui
est parent choisit plus volontiers d’étudier à temps partiel que celui
qui est sans enfant (72% vs 25%). La présence d’enfants a également
une influence sur le genre de programme choisi. L’étudiant qui a des
responsabilités parentales s’inscrit à un programme de baccalauréat
dans une moins grande proportion (38% seulement) que celui qui n’a pas
d’enfant (74%). La majorité des étudiants-parents optent donc pour un
programme d’une durée moins longue, tel un programme court de 1er
cycle ou un certificat.
(voir
Graphique 3)
Tout comme au 1er cycle, les nouveaux étudiants de 2e
cycle qui ont des enfants sous leur responsabilité s’inscrivent à
temps partiel dans une plus grande proportion (65%) que ceux qui n’en
ont pas (35%). Les nouveaux étudiants de 2e cycle avec
enfants choisissent aussi dans une plus grande proportion des
programmes d’une durée plus courte (programme court de 2e
cycle ou diplôme d’études supérieures spécialisées). En effet, ils
sont proportionnellement moins nombreux (64%) que ceux sans enfant
(72%) à opter pour un programme de maîtrise. Si on considère les
nouveaux étudiants de tous les cycles d’études confondus, on voit que
27-29% des étudiants évaluent leur situation financière comme étant
précaire. Il est intéressant de noter que les étudiants-parents ne
jugent pas leur situation financière plus difficile que ceux sans
enfant. Comme nous avons pu le constater précédemment, leurs choix
sont toutefois ajustés à leur réalité (réduction du nombre de cours
suivis et inscription à un programme d’études d’une durée moins
longue), laissant ainsi plus de temps pour un emploi rémunéré, comme
le démontrera la section suivante. (voir
Graphique 4)
Conciliation études-travail-famille
Les données ICOPE 2006 montrent que les trois quarts des nouveaux
étudiants qui assument des responsabilités parentales occupent en plus
un emploi rémunéré. En nuançant ces résultats selon le cycle d’études,
on constate que cette proportion est de 72% pour les nouveaux
étudiants de 1er cycle qui ont des enfants. Si la
proportion des nouveaux qui occupent un emploi rémunéré est à peu près
la même au 1er cycle que l’on ait ou non des enfants, il en
va tout autrement du nombre d’heures travaillées. En effet, ceux qui
ont des enfants sous leur responsabilité travaillent en moyenne 33
heures par semaine comparativement à 22 heures pour ceux qui n’en ont
pas. Au 1er cycle, 86% des nouveaux étudiants qui ont des
enfants travaillent 20 heures ou plus par semaine, alors que cette
proportion n’est que de 51% pour ceux qui sont sans enfant. Au 2e
cycle, cette fois-ci, la proportion des nouveaux étudiants qui
travaillent diffère sensiblement selon la présence ou non d’enfants.
Ceux qui ont des enfants travaillent dans une proportion beaucoup plus
grande (81%) que ceux qui n’en ont pas (64%) et l’écart entre les
nombres d’heures travaillées par semaine est également appréciable (37
heures pour les parents-étudiants vs 27 heures pour ceux sans enfant).
La même situation est observée au 3e cycle : les
étudiants-parents travaillent dans une plus grande proportion que les
autres (78% vs 46%) et ils travaillent davantage (27 heures par
semaine vs 14 heures). (voir
Tableau 1)
Subdivisons à présent notre échantillon des nouveaux étudiants en
quatre groupes :
-
ceux qui n’ont ni enfant, ni emploi
(1 026 répondants);
-
ceux qui ont des enfants, mais ne
travaillent pas (254 répondants);
-
ceux qui travaillent, mais n’ont pas
d’enfant (2 408 répondants) et
-
ceux qui ont à la fois des enfants et un
emploi (720 répondants).
Comment se définit alors le projet de
l’étudiant selon qu’il appartienne à l’un ou l’autre de ces quatre
groupes? Diverses questions ICOPE se rapportent directement au projet
d’études. On demande entre autres à l’étudiant de nous préciser ses
intentions face à l’obtention du diplôme (obtenir le diplôme de son
programme, peut-être celui d’un autre programme ou suivre quelques
cours seulement). Pour trois des groupes précédents, les nouveaux
étudiants indiquent, dans une proportion autour de 88%, qu’ils veulent
obtenir le diplôme du programme dans lequel ils viennent de
s’inscrire. Par contre, ceux qui ont à la fois enfants et emploi
disent le vouloir dans une proportion moindre (79%). On leur demande
également s’ils prévoient cheminer sans interruption ou si, au
contraire, des interruptions sont prévues à certains trimestres (mis à
part les trimestres d’été). On constate alors un écart important entre
les réponses des groupes 1 et 4. Pour le premier groupe, qui n’ont ni
enfant, ni emploi, 88% disent prévoir cheminer de manière continue,
alors que ceux qui ont à la fois enfants et emploi prévoient cheminer
sans interruption dans une proportion de 63% seulement. Ces derniers
sont donc proportionnellement plus nombreux à prévoir des
interruptions ou encore, à ne pas savoir s’ils devront s’absenter en
cours de route. Quand on leur demande comment ils évaluent leur
préparation (études antérieures, expériences de travail, cheminement
personnel, etc.) à entreprendre leurs études actuelles, à peu près
tous nous répondent dans une proportion de 95% que leur préparation
est bonne, très bonne ou excellente, peu importe leur groupe
d’appartenance. Des questions sur l’intérêt porté au programme sont
ensuite posées. L’intérêt que l’étudiant porte à son programme
d’études semble avoir un lien plus fort avec l’emploi qu’avec le
présence ou non d’enfants à la maison. En effet, ceux qui ne
travaillent pas, qu’ils aient ou non des enfants, ont un intérêt
marqué pour leur programme d’études (grand ou très grand intérêt) dans
une proportion de plus de 90%. La proportion des nouveaux étudiants
qui portent un intérêt marqué à leur programme diminue lorsque ceux-ci
travaillent : elle passe à 81% s’ils travaillent mais n’ont pas
d’enfant et chute à 63% pour ceux qui travaillent tout en prenant soin
de leurs enfants. On s’intéresse ensuite à leur choix de programme et
d’établissement d’enseignement. A priori, il n’y a pas de différence
significative entre les quatre groupes relativement à ces deux
éléments. En moyenne, 80% des nouveaux étudiants considèrent le choix
de leur programme d’études comme étant définitif, et 78% considèrent
le choix de leur université comme étant définitif.
Avec l’accord des étudiants, il est
possible de jumeler leurs données de cheminement aux réponses fournies
à leur entrée dans le programme dans le cadre du projet ICOPE. Les
étudiants qui ont débuté à l’automne 2006 ont maintenant complété leur
premier trimestre d’études. Un indicateur de réussite des cours au
premier trimestre peut alors être défini en divisant le nombre de
crédits réussis par le nombre de crédits suivis3. Celui que
nous avons considéré ici est la réussite de tous les cours (100% des
cours réussis), peu importe que l’étudiant suive un seul cours ou
qu’il en suive plusieurs. Il est intéressant de constater que la
proportion d’étudiants ayant réussi tous leurs cours au premier
trimestre est nettement supérieure chez ceux qui ont à la fois enfants
et emploi (87%) que chez ceux qui n’ont ni l’un, ni l’autre (68%). De
plus, ceux qui doivent composer avec l’une ou l’autre de ces
situations de vie (emploi seulement ou famille seulement) réussissent
également tous leurs cours dans une plus grande proportion que ceux
qui n’ont ni enfant, ni emploi. Toutefois, l’indicateur étant le même
pour tous, peu importe le nombre de crédits suivis, il est important
de nuancer les résultats selon le régime d’études. Mentionnons
également que les nouveaux étudiants avec enfants et emploi se
retrouvent majoritairement dans la catégorie des étudiants à temps
partiel (83% sont inscrits à temps partiel), alors que ceux sans
enfant et sans emploi sont principalement inscrits à temps complet
(seulement 8% étudient à temps partiel). Pour les deux groupes
intermédiaires, avec enfants seulement ou avec emploi seulement, 34%
d’entre eux ont choisi d’étudier à temps partiel. Si on regarde la
réussite des cours au premier trimestre des étudiants à temps partiel,
on constate que ceux qui travaillent (avec ou sans enfant),
réussissent dans une plus grande proportion tous leurs cours (environ
90%) que ceux qui ne travaillent pas (environ 80%). Finalement, quand
les étudiants qui ont à la fois des enfants et un emploi optent pour
des études à temps complet, il devient plus difficile de mener à bien
tous leurs cours. Par contre, leur situation n’est pas différente de
celles des étudiants qui sont sans enfant et sans emploi, les deux
groupes réussissant tous leurs cours au premier trimestre dans une
proportion d’environ 68%. (voir
Tableau 2)
Conclusion
Cette première exploration des données ICOPE 2006 nous a permis de
tracer le portrait moyen de l’étudiant qui concilie études, travail et
famille lors de son premier trimestre d’études. Celui-ci est admis
plus fréquemment sur une base adulte, choisit plus volontiers des
programmes d’une durée moins longue que ses pairs, réussit
généralement bien tous ses cours au premier trimestre, mais étudie
surtout à temps partiel, prévoit des interruptions d’études en cours
de route et travaille un nombre appréciable d’heures par semaine. Il
porte un intérêt moins marqué à son programme d’études que ses pairs,
par contre, tout comme ceux-ci, il désire le diplôme de son programme
dans une proportion d’environ 80%.
Qui dit première exploration, dit suite. Il est prévu d’effectuer de
nouvelles analyses lorsque la saisie et la validation des données de
l’ensemble des établissements du réseau de l’Université du Québec
seront complétée, en vue d’actualiser le portrait réseau. Des tests
statistiques sont également au programme pour déterminer les écarts
significatifs entre les distributions des différents groupes. De plus,
il serait intéressant de nuancer le portrait en considérant de
nouvelles variables telles que le genre de programme, le régime
d’études, voire même le domaine d’études, si les tailles d’échantillon
le permettent, pour obtenir des populations plus homogènes.
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