Je complète présentement ma formation en génie mécanique à l’École de
Technologie Supérieure (ÉTS) et suis impliqué dans le club étudiant Omer depuis
le début de mes études universitaires. Le but de ce club est de construire un
sous-marin à propulsion humaine en vue de la participation de l’équipe
responsable à des compétitions d’ingénierie.
Dans le présent article, je présenterai une des facettes de l’École qui, selon
moi, représente un facteur favorable à la réussite scolaire : l’implication
parascolaire dans un club étudiant. Afin de mieux comprendre les enjeux de
carrière d’un futur ingénieur, je présenterai aussi ma propre vision de la
réussite étudiante. Je terminerai finalement en insistant sur les aspects que
les institutions d’enseignement supérieur devraient examiner et améliorer le cas
échéant, afin de favoriser davantage l’implication des étudiant(e)s dans leur
milieu.
La réussite : un concept bien personnel
Mais qu’est-ce qu’au juste la réussite?
Lorsque j’ai eu à écrire ce texte, je me suis demandé si je faisais
partie de cette catégorie des étudiant(e)s qui réussissent. La
réussite est un concept très personnel. Il importe avant tout que
chacun en définisse sa vision personnelle, afin de toujours avoir un
objectif en tête. Comme tout individu possède des buts de vie
différents, il est impossible d’établir un modèle de réussite bien
défini.
Dans son sens le plus commun, la réussite scolaire fait souvent
référence aux résultats obtenus en classe. Cette définition n’est pas
totalement fausse, puisqu’elle indique à quel point l’étudiant(e)
s’est préparé(e) à la fois pour ses travaux et examens. Dans un
contexte professionnel, ce type d’évaluation n’est pas représentatif
des performances d’un individu. En effet, il est très rare d’avoir à
compléter des évaluations de type examen en seulement quelques heures.
Les personnes qui sont stressées de nature sont donc désavantagées
lorsque le temps ainsi réduit devient une contrainte.
Selon moi, la réussite étudiante va bien au-delà des résultats
scolaires. Le mot clé pour représenter ce succès est la persévérance,
c'est-à-dire la ténacité. La réussite est un objectif qui n’est jamais
totalement accessible. Il s’agit plutôt d’une façon de penser afin de
faire les choix les plus judicieux possible. La persévérance est donc
une qualité importante à acquérir si l’on veut continuer dans son
chemin vers la réussite. Dans cet ordre d’idée, un(e) étudiant(e) qui
performe moins en classe peut être aussi bien préparé pour réussir.
Cette qualité est aussi importante lorsque vient le temps d’acquérir
de nouvelles connaissances, objectif qui exige beaucoup de patience et
de volonté.
Les autres aspects de la réussite qui sont extrêmement importants sont
les expériences acquises par l’individu. En comparaison avec les
résultats scolaires, ces caractéristiques sont bien souvent plus
importantes aux yeux d’un employeur. En effet, une personne
persévérante et ouverte d’esprit est plus apte à diversifier ses
apprentissages et ainsi mieux se préparer à être polyvalente. Cette
polyvalence est de plus en plus recherchée par les employeurs.
Le marché de
l’emploi actuel
De nos jours, compte tenu des restrictions
de ressources et de personnel dans les entreprises, la maîtrise d’une
grande variété de connaissances prend toute son importance. Les
employeurs recherchent des candidats ayant le potentiel d’effectuer
plusieurs tâches et de se débrouiller avec les moyens qu’ils
possèdent. Les nouveaux employés sont aussi appelés à travailler de
plus en plus avec des équipes interdisciplinaires, ce qui est
particulièrement le cas dans le domaine de l’ingénierie. Les
ingénieurs d’aujourd’hui doivent être en mesure, lors de l’élaboration
d’un projet, de suivre le déroulement de chacune de ses facettes sans
toutefois en connaître tous les détails.
L’ingénierie simultanée exige cette polyvalence. En effet, de la
conception jusqu’à la fabrication, tous les employés concernés par un
projet sont amenés à travailler «ensemble» afin de partager leurs
connaissances. De cette façon, il est plus facile de faire face aux
différentes situations qui peuvent se présenter. Cette façon de
travailler est devenue de plus en plus commune. Les compagnies doivent
maintenant innover de jour en jour afin de réduire les temps et les
coûts au maximum. L’ingénieur de demain devra donc être le plus
débrouillard possible.
En raison du développement des communications ces dernières années, il
est maintenant beaucoup plus facile d’établir des relations d’affaires
avec des clients et des fournisseurs à l’étranger. Ce faisant le
travail d’équipe a maintenant changé d’échelle. Ainsi, en plus d’avoir
à collaborer avec des gens de domaines et milieux variés, il faut
maintenant s’adapter aux rythmes de vie et coutumes de chacun. La
maîtrise des langues étrangères, l’anglais et espagnol en particulier,
devient par le fait même un nouveau préalable.
Vis-à-vis les exigences de la situation actuelle, on peut se demander
comment il est possible de se préparer uniquement en classe pour faire
face à un avenir aussi exigeant.
Le système d’éducation actuel
Les institutions d’enseignement comme les
universités et les cégeps nous préparent pour nos carrières futures en
nous apportant un bagage de connaissances générales. La difficulté pour
un(e) étudiant(e) dans le système actuel c’est qu’on lui offre très peu
de cours faisant appel à plusieurs connaissances de façon simultanée et
intégrée. Les acquis faits dans les cours traditionnels risquent donc
d’être rapidement oubliés.
Le système coopératif (alternance études-travail) offre par contre aux
étudiant(e)s une solution intéressante pour faire face à ce problème.
Lorsque l’étudiant(e) effectue son stage, il doit souvent se débrouiller
par ses propres moyens et les connaissances acquises pour réaliser son
projet. Cet apprentissage autonome lui permet de mieux se préparer à
entreprendre sa future carrière.
Mais il existe également une autre manière d’acquérir de l’expérience et
de se préparer aux besoins du marché de l’emploi actuel. À mon avis
l’implication dans un club étudiant ou un comité constitue en effet un
complément valable aux cours sinon une occasion privilégiée de formation
originale à maints égards.
Les clubs étudiants ont la faculté d’apporter aux étudiant(e)s plusieurs
éléments qu’ils ne retrouvent pas en classe. Les expériences qui sont
vécus dans ces milieux étudiants sont similaires à celles du milieu de
l’emploi. De plus ce milieu est particulièrement riche puisqu’il offre
une vision du travail d’équipe que les cours ne peuvent pas donner. En
effet, comme les projets s’étendent sur des périodes beaucoup plus
longues, le travail en équipe revêt une toute autre dimension.
L’implication est aussi une source de motivation pour les étudiant(e)s
en difficulté. En effet, certain(e)s sont parfois démotivé(e)s à l’égard
de leurs études puisqu’ils(elles) n’en voient pas le but.. Les clubs
étudiants peuvent alors combler ce manque en leur démontrant que la
théorie acquise en classe s’applique en fait à des problèmes concrets.
Un parallèle peut par ailleurs être établi entre l’apprentissage réalisé
dans un club étudiant et la démarche scientifique. Lorsqu’un
scientifique veut valider ses théories, il effectue des expérimentations
et vérifie ainsi sa compréhension d’un phénomène. L’application des
connaissances dans un club étudiant découle du même principe.
Le développement d’habiletés de gestion est un autre aspect auquel un
club étudiant contribue. Comme les ressources sont limitées, les membres
sont appelés à planifier leurs activités pour respecter les contraintes
de temps et d’argent. Ces expériences favorisent aussi le leadership et
l’esprit d’équipe. En période de travail intense, il n’est pas toujours
facile de garder les membres d’une équipe motivés, enthousiastes et
unis. Tous ces éléments font partie des défis qu’une entreprise et ses
employés rencontrent dans la vie de tous les jours.
L’implication dans des clubs étudiants demande énormément de temps. Or
selon les professeurs il faudrait y consacrer seulement quelques heures
par semaine. Par contre si l’on veut vivre pleinement l’expérience, ces
quelques heures ne suffisent pas. Il y a donc un coût important associé
à ce genre d’activité parascolaire puisque comme le temps consacré aux
études diminue, les résultats scolaires risquent d’en souffrir. Aussi le
secret de la réussite réside-t-il avant tout dans la discipline et la
bonne planification de son temps.
Reconnaissance scolaire
Un club
comme le sous-marin Omer nécessite beaucoup de ressources, qu’elles
soient financières, matérielles ou personnelles. Pour que de tels
projets soient possibles, il est essentiel que l’institution
d’enseignement croit en ce genre d’activité. L’ École de Technologie
Supérieure favorise ses clubs étudiants en leur apportant tout le
support dont ils ont besoin. L’École encourage ce type de projet,
puisqu’elle valorise le coté pratique de l’ingénierie.
Cependant, cet appui n’est pas partagé par tous .Certains professeurs
ont tendance à sous-estimer ce genre d’activité. Il est normal que les
professeurs conçoivent les choses de la sorte, parce qu’ils ont à cœur
la réussite académique de leurs étudiant(e)s et constatent que
certains consacrent moins de temps à leurs études afin de se préparer
et participer aux compétitions interuniversitaires.
Comparativement aux universités américaines présentes lors des
compétitions, on se rend compte que leurs professeurs occupent une
place beaucoup plus importante dans l’accompagnement des clubs.
Certains d’entre eux sont même en charge de projets, ce qui, il faut
le reconnaître, suscite parfois de l’insatisfaction chez des
étudiant(e)s qui peuvent se sentir exclus de l’étape de conception et
relégués aux tâches secondaires.
L’ETS offre un cours intitulé « Projets spéciaux (3crédits) » qui
s’adresse spécifiquement aux étudiants qui participent aux diverses
compétitions en ingénierie, notamment les clubs étudiants. Certes, il
s’agit là d’une occasion pour le professeur d’exercer un encadrement
sur le travail de l’étudiant. Cela dit, en raison de l’impact positif
des clubs étudiants sur la « formation » et la préparation
professionnelle de leurs membres, l’École et ses professeurs auraient
avantage à examiner, avec la collaboration des étudiant(e)s
concerné(e)s et leurs représentants, la possibilité de reconnaître
encore davantage au plan académique la participation des étudiant(e)s
aux clubs eux-mêmes. Pour ma part, j’ai pris la décision de m’engager
pleinement dans le club Omer, avec les conséquences que cela peut
avoir sur le ralentissement du rythme de mes études et sur l’équilibre
à maintenir entre mon travail scolaire et le temps consacré au club.
Avec les ressources financières dont je dispose, je peux me permettre
ce type de cheminement. Ce n’est malheureusement pas le cas pour tous
les étudiant(e)s. L’université pourrait tirer avantage d’une plus
grande implication de ses étudiant(e)s dans ce type d’activités
complémentaires qui contribue de façon véritable à faire de nous de
meilleurs ingénieurs. Ce type d’implication pourrait aussi avoir un
effet positif pour l’accès et intégration aux milieux de stage ainsi
qu’au marché du travail après les études.