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Les clubs étudiants: un outil privilégié pour la réussite scolaire


Jonathan Lemay
Étudiant de troisième année
Département de génie mécanique
École de technologie supérieure (ETS)

Nouvelle page 2

L’équipe de rédaction du CAPRES a inscrit parmi ses objectifs, de donner la parole aux étudiants afin de mieux connaître leur point de vue sur ce qui contribue à favoriser la réussite étudiante. Voici le premier article sorti de la plume d’un étudiant qui exprime son point de vue sur la réussite.

Cet article fait état d’une perception sur des solutions à envisager pour favoriser la persévérance des étudiants et améliorer la qualité des compétences professionnelles. Cette vision est nécessairement « unidimensionnelle » et fait abstraction d’importants éléments de la réalité institutionnelle toutefois, elle a le mérite de présenter un point de vue de l’intérieur de l’institution qui contribuera certainement à nous faire mieux comprendre des aspects importants des conditions de réussite des études à l’université.

Je complète présentement ma formation en génie mécanique à l’École de Technologie Supérieure (ÉTS) et suis impliqué dans le club étudiant Omer depuis le début de mes études universitaires. Le but de ce club est de construire un sous-marin à propulsion humaine en vue de la participation de l’équipe responsable à des compétitions d’ingénierie.

Dans le présent article, je présenterai une des facettes de l’École qui, selon moi, représente un facteur favorable à la réussite scolaire : l’implication parascolaire dans un club étudiant. Afin de mieux comprendre les enjeux de carrière d’un futur ingénieur, je présenterai aussi ma propre vision de la réussite étudiante. Je terminerai finalement en insistant sur les aspects que les institutions d’enseignement supérieur devraient examiner et améliorer le cas échéant, afin de favoriser davantage l’implication des étudiant(e)s dans leur milieu.


La réussite : un concept bien personnel

Mais qu’est-ce qu’au juste la réussite? Lorsque j’ai eu à écrire ce texte, je me suis demandé si je faisais partie de cette catégorie des étudiant(e)s qui réussissent. La réussite est un concept très personnel. Il importe avant tout que chacun en définisse sa vision personnelle, afin de toujours avoir un objectif en tête. Comme tout individu possède des buts de vie différents, il est impossible d’établir un modèle de réussite bien défini.

Dans son sens le plus commun, la réussite scolaire fait souvent référence aux résultats obtenus en classe. Cette définition n’est pas totalement fausse, puisqu’elle indique à quel point l’étudiant(e) s’est préparé(e) à la fois pour ses travaux et examens. Dans un contexte professionnel, ce type d’évaluation n’est pas représentatif des performances d’un individu. En effet, il est très rare d’avoir à compléter des évaluations de type examen en seulement quelques heures. Les personnes qui sont stressées de nature sont donc désavantagées lorsque le temps ainsi réduit devient une contrainte.

Selon moi, la réussite étudiante va bien au-delà des résultats scolaires. Le mot clé pour représenter ce succès est la persévérance, c'est-à-dire la ténacité. La réussite est un objectif qui n’est jamais totalement accessible. Il s’agit plutôt d’une façon de penser afin de faire les choix les plus judicieux possible. La persévérance est donc une qualité importante à acquérir si l’on veut continuer dans son chemin vers la réussite. Dans cet ordre d’idée, un(e) étudiant(e) qui performe moins en classe peut être aussi bien préparé pour réussir.

Cette qualité est aussi importante lorsque vient le temps d’acquérir de nouvelles connaissances, objectif qui exige beaucoup de patience et de volonté.

Les autres aspects de la réussite qui sont extrêmement importants sont les expériences acquises par l’individu. En comparaison avec les résultats scolaires, ces caractéristiques sont bien souvent plus importantes aux yeux d’un employeur. En effet, une personne persévérante et ouverte d’esprit est plus apte à diversifier ses apprentissages et ainsi mieux se préparer à être polyvalente. Cette polyvalence est de plus en plus recherchée par les employeurs.


Le marché de l’emploi actuel

De nos jours, compte tenu des restrictions de ressources et de personnel dans les entreprises, la maîtrise d’une grande variété de connaissances prend toute son importance. Les employeurs recherchent des candidats ayant le potentiel d’effectuer plusieurs tâches et de se débrouiller avec les moyens qu’ils possèdent. Les nouveaux employés sont aussi appelés à travailler de plus en plus avec des équipes interdisciplinaires, ce qui est particulièrement le cas dans le domaine de l’ingénierie. Les ingénieurs d’aujourd’hui doivent être en mesure, lors de l’élaboration d’un projet, de suivre le déroulement de chacune de ses facettes sans toutefois en connaître tous les détails.

L’ingénierie simultanée exige cette polyvalence. En effet, de la conception jusqu’à la fabrication, tous les employés concernés par un projet sont amenés à travailler «ensemble» afin de partager leurs connaissances. De cette façon, il est plus facile de faire face aux différentes situations qui peuvent se présenter. Cette façon de travailler est devenue de plus en plus commune. Les compagnies doivent maintenant innover de jour en jour afin de réduire les temps et les coûts au maximum. L’ingénieur de demain devra donc être le plus débrouillard possible.

En raison du développement des communications ces dernières années, il est maintenant beaucoup plus facile d’établir des relations d’affaires avec des clients et des fournisseurs à l’étranger. Ce faisant le travail d’équipe a maintenant changé d’échelle. Ainsi, en plus d’avoir à collaborer avec des gens de domaines et milieux variés, il faut maintenant s’adapter aux rythmes de vie et coutumes de chacun. La maîtrise des langues étrangères, l’anglais et espagnol en particulier, devient par le fait même un nouveau préalable.

Vis-à-vis les exigences de la situation actuelle, on peut se demander comment il est possible de se préparer uniquement en classe pour faire face à un avenir aussi exigeant.


Le système d’éducation actuel

Les institutions d’enseignement comme les universités et les cégeps nous préparent pour nos carrières futures en nous apportant un bagage de connaissances générales. La difficulté pour un(e) étudiant(e) dans le système actuel c’est qu’on lui offre très peu de cours faisant appel à plusieurs connaissances de façon simultanée et intégrée. Les acquis faits dans les cours traditionnels risquent donc d’être rapidement oubliés.

Le système coopératif (alternance études-travail) offre par contre aux étudiant(e)s une solution intéressante pour faire face à ce problème. Lorsque l’étudiant(e) effectue son stage, il doit souvent se débrouiller par ses propres moyens et les connaissances acquises pour réaliser son projet. Cet apprentissage autonome lui permet de mieux se préparer à entreprendre sa future carrière.

Mais il existe également une autre manière d’acquérir de l’expérience et de se préparer aux besoins du marché de l’emploi actuel. À mon avis l’implication dans un club étudiant ou un comité constitue en effet un complément valable aux cours sinon une occasion privilégiée de formation originale à maints égards.

Les clubs étudiants ont la faculté d’apporter aux étudiant(e)s plusieurs éléments qu’ils ne retrouvent pas en classe. Les expériences qui sont vécus dans ces milieux étudiants sont similaires à celles du milieu de l’emploi. De plus ce milieu est particulièrement riche puisqu’il offre une vision du travail d’équipe que les cours ne peuvent pas donner. En effet, comme les projets s’étendent sur des périodes beaucoup plus longues, le travail en équipe revêt une toute autre dimension.

L’implication est aussi une source de motivation pour les étudiant(e)s en difficulté. En effet, certain(e)s sont parfois démotivé(e)s à l’égard de leurs études puisqu’ils(elles) n’en voient pas le but.. Les clubs étudiants peuvent alors combler ce manque en leur démontrant que la théorie acquise en classe s’applique en fait à des problèmes concrets.

Un parallèle peut par ailleurs être établi entre l’apprentissage réalisé dans un club étudiant et la démarche scientifique. Lorsqu’un scientifique veut valider ses théories, il effectue des expérimentations et vérifie ainsi sa compréhension d’un phénomène. L’application des connaissances dans un club étudiant découle du même principe.

Le développement d’habiletés de gestion est un autre aspect auquel un club étudiant contribue. Comme les ressources sont limitées, les membres sont appelés à planifier leurs activités pour respecter les contraintes de temps et d’argent. Ces expériences favorisent aussi le leadership et l’esprit d’équipe. En période de travail intense, il n’est pas toujours facile de garder les membres d’une équipe motivés, enthousiastes et unis. Tous ces éléments font partie des défis qu’une entreprise et ses employés rencontrent dans la vie de tous les jours.

L’implication dans des clubs étudiants demande énormément de temps. Or selon les professeurs il faudrait y consacrer seulement quelques heures par semaine. Par contre si l’on veut vivre pleinement l’expérience, ces quelques heures ne suffisent pas. Il y a donc un coût important associé à ce genre d’activité parascolaire puisque comme le temps consacré aux études diminue, les résultats scolaires risquent d’en souffrir. Aussi le secret de la réussite réside-t-il avant tout dans la discipline et la bonne planification de son temps.
 

Reconnaissance scolaire

Un club comme le sous-marin Omer nécessite beaucoup de ressources, qu’elles soient financières, matérielles ou personnelles. Pour que de tels projets soient possibles, il est essentiel que l’institution d’enseignement croit en ce genre d’activité. L’ École de Technologie Supérieure favorise ses clubs étudiants en leur apportant tout le support dont ils ont besoin. L’École encourage ce type de projet, puisqu’elle valorise le coté pratique de l’ingénierie.

Cependant, cet appui n’est pas partagé par tous .Certains professeurs ont tendance à sous-estimer ce genre d’activité. Il est normal que les professeurs conçoivent les choses de la sorte, parce qu’ils ont à cœur la réussite académique de leurs étudiant(e)s et constatent que certains consacrent moins de temps à leurs études afin de se préparer et participer aux compétitions interuniversitaires.

Comparativement aux universités américaines présentes lors des compétitions, on se rend compte que leurs professeurs occupent une place beaucoup plus importante dans l’accompagnement des clubs. Certains d’entre eux sont même en charge de projets, ce qui, il faut le reconnaître, suscite parfois de l’insatisfaction chez des étudiant(e)s qui peuvent se sentir exclus de l’étape de conception et relégués aux tâches secondaires.

L’ETS offre un cours intitulé « Projets spéciaux (3crédits) » qui s’adresse spécifiquement aux étudiants qui participent aux diverses compétitions en ingénierie, notamment les clubs étudiants. Certes, il s’agit là d’une occasion pour le professeur d’exercer un encadrement sur le travail de l’étudiant. Cela dit, en raison de l’impact positif des clubs étudiants sur la « formation » et la préparation professionnelle de leurs membres, l’École et ses professeurs auraient avantage à examiner, avec la collaboration des étudiant(e)s concerné(e)s et leurs représentants, la possibilité de reconnaître encore davantage au plan académique la participation des étudiant(e)s aux clubs eux-mêmes. Pour ma part, j’ai pris la décision de m’engager pleinement dans le club Omer, avec les conséquences que cela peut avoir sur le ralentissement du rythme de mes études et sur l’équilibre à maintenir entre mon travail scolaire et le temps consacré au club.

Avec les ressources financières dont je dispose, je peux me permettre ce type de cheminement. Ce n’est malheureusement pas le cas pour tous les étudiant(e)s. L’université pourrait tirer avantage d’une plus grande implication de ses étudiant(e)s dans ce type d’activités complémentaires qui contribue de façon véritable à faire de nous de meilleurs ingénieurs. Ce type d’implication pourrait aussi avoir un effet positif pour l’accès et intégration aux milieux de stage ainsi qu’au marché du travail après les études.


Conclusion

On ne saurait trop insister sur le fait que l’implication dans des projets comme les clubs étudiants est extrêmement enrichissante et motivante même s’il faut être prêt à faire certains sacrifices dans les conditions actuelles. Lors d’un entrevue d’embauche ou en situation d’emploi, l’expérience a en effet souvent un poids plus important que les résultats scolaires.

En terminant, il est important que chacun identifie ses objectifs professionnels. Encore une fois, les employeurs sont, la plupart du temps, à la recherche de candidats qui ont des objectifs ou des buts précis. En effectuant cette démarche, chaque personne trace son chemin vers la réussite.

 

Décembre 2003

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