ARTICLES

L'accessibilité aux études est encore à la mode


Martin Toulgoat
Journaliste

Nouvelle page 2

Les 12 et 13 mai 2004, le CAPRES a tenu un colloque sur les "Multiples visages en enseignement supérieur" dans le cadre du 72ième congrès de l'ACFAS. Quatre thèmes ont été abordés, dans lesquels plusieurs conférenciers provenant des milieux collégial et universitaire, sont intervenus. Le journaliste Martin Toulgoat vous présente, dans cet article, une synthèse du thème 1: "Qu'est-ce que la réussite?"

Même si les collèges et universités québécois sont les plus accessibles en Amérique du Nord, ils encore plusieurs lacunes. Programmes d’aide financière devenus inadéquats, abandons de programme, ou obtention du diplôme sur une longue période, le réseau postsecondaire a besoin de se renouveler.

Martin Toulgoat

Professeur de Sociologie à l’Université Laval, Renée Cloutier a recensé 31 articles qui proviennent de l’Amérique du Nord, de la Russie et de l’Inde. Elle y a découvert que les inégalités sociales font encore partie des facteurs qui influencent la réussite des étudiants.

« L’enseignement supérieur est considéré comme un bien, non pas seulement en terme d’apport positif pour une meilleure réinsertion professionnelle et la qualification de la main-d’œuvre mais aussi comme un lieu d’affirmation de ses diverses identités et l’occasion d’une meilleure contribution à la participation-citoyenne», selon Renée Cloutier.

Elle explique que les mécanismes d’adhésion demeurent encore discriminatoires. Une réalité palpable dans les corridors ou salles de classe, à travers les discours véhiculés « comme en font foi les contestations juridiques d’étudiants blancs aux Etats-Unis à l’endroit de la politique pour favoriser l’insertion de minorités ethniques.»

Renée Cloutier note tout de même des gains pour les minorités ethniques, des gains, toutefois, encore frileux. Ces inégalités sociales sont le produit, selon elle, des valeurs néo-libérales véhiculées dans la société civile qui se traduisent par une baisse de l’aide financière aux étudiants et aux établissements. Une attitude que certains auteurs qualifient de capitalisme académique.

« C’est sûr, les études le démontrent, le Québec est la province canadienne où les frais de scolarité sont les plus bas, mais les besoins sont là et il faut maintenir le statu quo dans le financement. Malheureusement, on emprunte la voie des prêts comme l’a fait notamment l’Angleterre. Suite à ma recension, j’estime que si on complexifie davantage les politiques d’aide financière, entre autres en favorisant les prêts plutôt que les bourses, on va perdre des étudiants de minorités ethniques. »
Et déjà, au cégep, une proportion non négligeable d’étudiants se disent insatisfaits de leur situation financière. Comparativement à leurs parents, ils sont davantage obligés de conjuguer l’école et le travail rémunéré. Selon une étude menée auprès de 800 étudiants des cégeps du Vieux Montréal, de Sainte-foy et de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, 30% d’entre eux aimeraient avoir une meilleure situation financière. « Avant les années 80, seulement 17 % des étudiants travaillaient en même temps qu’ils étudiaient à temps plein, maintenant cette proportion est de 70% », explique Jacques Roy, enseignant au Cégep de Sainte-Foy et chercheur à l’Observatoire Jeunes et Société.

Un système d’enseignement encore stratifié

Mais globalement, le système d’enseignement supérieur demeure complexe et stratifié, tout autant par son organisation que par sa population étudiante. Pour garantir un minimum d’accessibilité, Renée Cloutier estime qu’il est « essentiel que nos collèges et universités demeurent publics, pour maintenir cette ouverture à plusieurs diversités culturelles. Il faut surtout résister à l’idée de garder seulement des cégeps professionnels et techniques et de réserver les diplômes préuniversitaires qu’à une minorité, en imitant la classification sociale qui perdure dans d’autres pays. »

Le Québec se démarque avec le réseau de l’Université du Québec et les programmes professionnels et préuniversitaires qu’offrent ses cégeps. PROPOSITION : Mais l’existence du réseau collégial tel qu’on le connaît demeure compromise face aux revendications des commissions scolaires pour abolir, ou du moins limiter leurs services. « Je pense que si l’on compare notre système avec celui des Etats-Unis, c’est certain qu’au Québec, les universités sont beaucoup moins hiérarchisées et
il y a une stratification moins grande, cependant il y en a encore une, qui est présente à l’intérieur des programmes», ajoute la sociologue.

Davantage d’encadrement pour favoriser la rétention étudiante

L’UQAC a voulu s’attaquer au problème d’abandon. Elle a établi en 2001 l’Opération Réussite, un groupe d’aide aux études qui vise à augmenter le nombre de diplômés et réunit directeurs, professeurs et étudiants. Par exemple, l’institution avait remarqué de nombreux abandons au département de psychologie après une année passée au baccalauréat. Pour améliorer la situation, une équipe d’animateurs-étudiants offre une révision de la matière avant chaque examen. Au sein d’autres départements, l’initiative s’est matérialisée par des devoirs individualisés disponibles sur Internet, ou par des encadrements dans les laboratoires.

«Les commentaires que j’entends de la part des élèves sont : « cela m’a permis de réussir ma session et de poursuivre en deuxième année ». Même si les données recueillies en entrevue ne sont pas encore toutes compilées, çela permet tout de même de mesurer les impacts positifs», explique Carole Dion, responsable du projet et professeure à l’Université du Québec à Chicoutimi.

C’est que des entrevues sont menées actuellement avec les intervenants et les étudiants bénéficiaires du projet. Même si leurs résultats devraient être connus cet automne, l’UQAC note déjà une augmentation du nombre d’étudiants inscrits au premier cycle qui poursuivent leurs études, soit 6 % de plus en deuxième année et 7.5 % en troisième année. Plus précisément, le taux de réinscription des étudiants à la deuxième année de leur baccalauréat a augmenté de 8.8% en psychologie, 4.5 % en administration, 4.5% en arts et de 2.1% en génie.

Carole Dion se dit tout de même surprise de la popularité du programme. Rencontrés individuellement, les directeurs de chaque programme ont accepté d’établir un projet qui serait adapté aux besoins spécifiques de leur clientèle.

« Je m’attendais à plus de résistance de la part des enseignants. Nous avons discuté des types de mesures qui pourraient avoir des effets sur la réussite de leurs étudiants et nous avons proposé ce projet qui ne représentait pas une charge de travail supplémentaire.

La réussite, conditionnelle du passé ou du présent?

Une étude menée au collège anglophone Champlain, à Saint-Lambert dans la région de Montréal, a tenté d’aller au-delà des résultats scolaires antérieurs afin de prédire si un étudiant connaîtra ou non du succès. Cette étude vise, également, à identifier si un certain travail « d’alignement » du curriculum peut augmenter les taux globaux de réussite et de rétention. Trois professeurs du collège ont voulu analyser la correspondance entre les objectifs-cours et les outils mis à la disposition de l’étudiant. Le Collège Champlain vit un contexte particulier : s’il est majoritairement composé d’anglophones, depuis le début des années 90, les francophones représentent environ 30 % de sa clientèle, dont la motivation naît de leur volonté de parfaire leur maîtrise de la langue. Il y a aussi un pourcentage important d’allophones et d’anglophones qui ne maîtrisent pas suffisamment l’anglais.

Cette nouvelle réalité, le département d’anglais a souhaité s’y adapter, en regroupant les élèves selon leurs niveaux de compréhension au sein de deux groupes distincts, tout en gardant les mêmes objectifs. Ainsi les élèves plus faibles se retrouvent dans des classes moins nombreuses, sont davantage encadrés, tout en étant soumis aux mêmes examens. . Cette expérience a été accompagnée d’un travail collectif de tout le département d’anglais pour harmoniser les activités d’apprentissage à travers les groupes et pour renforcer leur lien avec les objectifs du cours. Et c’est pour mesurer l’impact de cette approche que les trois professeurs ont tâté le pouls de près de 800 étudiants, arrivés en 2001 et qui ont décroché leur diplôme en 2004.

Selon les premiers résultats disponibles à partir quand on étudie la distribution des notes pour un cours donné dans les divers groupes qui suivent ce cours, on observe une très grande variation entre les groupes. «Or ces variations n’ont pas de lien avec les variations de la moyenne des notes obtenues au secondaire pour le groupe, et n’ont pas de lien avec la performance dans le cadre des autres cours collégiaux », révèle Rachad Antonius, sociologue à l’UQAM. Ceci signifie que la variation des résultats scolaires entre les divers groupes dépendait plus des particularités de l’enseignement dans ce groupe que du niveau général des étudiants. Par contre, lorsqu’on considérait le cours d’anglais qui préconise le travail d’équipe intense entre tous les professeurs qui le dispensent et une correction collective des examens finaux, on note une cohérence beaucoup plus grande entre les moyennes des groupes pour ce cours et leurs moyennes au secondaire. Cette cohérence a été attribuée au fait que les objectifs d’apprentissage pour le cours, ainsi que les outils d’évaluation tant formative que sommative étaient similaires d’un groupe à l’autre, et collaient de près aux objectifs du cours. Ainsi, les élèves ciblent clairement les objectifs à atteindre, conscients que leur note de 80% a la même valeur que celle de leurs collègues. à travers les divers groupes de ce cours En somme, ils en retirent une plus grande motivation.

Suite à ces résultats, une démarche expérimentale similaire a été réalisée dans certains autres départements du Collège , mais ses résultats ne seront mesurables que dans une autre année Il reste encore du boulot à accomplir, pour que ces étudiants décrochent leur diplôme d’études collégiales selon le temps prescrit. Rachad Antonius rappelle que « seulement 40% finissent au bout de 4 sessions, alors que 60% ont obtenu leur diplôme au bout de 5 sessions, ce qui est incroyablement bas parce qu’on s’attendait à ce que ces étudiants terminent selon le temps prévu.»
L’appui des parents favorise la réussite

Mais la réussite scolaire dépasse les frontières du collège ou de l’université. Le travail rémunéré et la réalité socioéconomique des étudiants, leur système de valeurs et l’appui parental notamment, influent sur leurs résultats scolaires. La majorité des 800 collégiens observés par Jacques Roy se disent satisfaits du soutien que leur apporte leur famille. « Il est intéressant de constater que de 70 à 80% des jeunes considèrent que leur famille occupe une place centrale, autant par leur support moral que financier», explique-t-il.

Une surprise pour les parents concernés. « Lorsque nous avons rencontré l’association de parents pour présenter les résultats, çela a eu l’effet d’une bombe, ajoute-t-il. Ils m’ont dit : «  ce que vous nous faites réaliser c’est que nous sommes importants pour la réussite de nos jeunes. Nous n’avions jamais pensé que nous l’étions autant.»


Et contrairement à la croyance populaire, le travail rémunéré peut avoir des effets positifs sur la réussite. Il suffit de bien le doser. « Il est vrai qu’il est démontré qu’au-delà d’un certain nombres d’heures travaillées, l’étudiant a plus de difficulté à performer en classe, mais il ne faut pas pour autant conclure que le travail est nocif pour l’étudiant,  parce qu’il peut notamment y développer sa capacité à communiquer et à se responsabiliser. Ce sont des valeurs qui le serviront tout au long de son cheminement scolaire», conclut Jacques Roy.

Bien que certains obstacles sont encore bien réels, des initiatives locales permettent d’en limiter les effets. En offrant plus d’encadrement, en diminuant le nombre d’élèves par classe et en favorisant l’implication des parents, certaines institutions persistent, se démarquent, pour favoriser la réussite.

 

Janvier 2005

Faites-nous part de votre opinion
Retour à l'accueil CAPRES


Le site du CAPRES est hébergé sur le serveur de la vice-présidence à l'enseignement et à la recherche de l'Université du Québec. Le CAPRES regroupe les universités, les collèges et organismes intéressés par les questions reliées à l'accès aux études, à la persévérance, à la diplomation et à l'insertion professionnelle.
Copyright © 2003 Université du Québec
Tous droits réservés.
Optimisé pour Internet Explorer