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Au coeur de la réussite, la volonté et l'engagement


Danielle Pageau
Agente de recherche
Direction du recensement étudiant et de la recherche institutionnelle


Il n'est pas toujours facile de bien cerner et comprendre comment et pourquoi certains étudiants arrivent à se rendre jusqu'au diplôme, tandis que d'autres abandonnent en cours de route. Plusieurs facteurs liés à la conjoncture socio-économique, à la culture académique et organisationnelle des établissements universitaires et de leurs programmes d'études, de même qu'aux caractéristiques des étudiants et de leur projet d'études, se combinent souvent pour faire des conditions de réussite un phénomène assez complexe. Il est certes difficile de tenir compte de tous ces facteurs à la fois. Or, qu'en est-il des caractéristiques des étudiants, de leur projet d'études et des conditions de vie dans lesquelles évolue ce projet ?

Une vaste enquête et des informations uniques et nouvelles

L'enquête ICOPE, menée par le Bureau de la recherche institutionnelle de l'Université du Québec depuis l'automne 1993, a pour objectif de mieux connaître les étudiants qui fréquentent les établissements de l'Université du Québec, mais surtout d'examiner si les caractéristiques que présentent les étudiants à leur arrivée dans un programme peuvent permettre d'expliquer leur cheminement dans ce programme. Ainsi, des informations permettant de tracer le profil des étudiants sont recueillies par voie de questionnaire auprès des nouveaux étudiants qui entreprennent un programme d'études. Par la suite, ces informations sont jumelées avec les données concernant le cheminement de manière à dégager ce que l'on appelle des " Indicateurs de COnditions de Poursuite des Études ".

Six établissements du réseau de l'Université du Québec participent à cette enquête qui est répétée après un cycle de trois ans de manière à voir si les caractéristiques des étudiants évoluent ou non dans le temps. Ces établissements sont l'UQTR, l'UQAR et la TELUQ (1993 et 1996), l'UQAC et l'UQAT (1994 et 1997), de même que l'UQAH (1997)1. Une première analyse à partir du jumelage des caractéristiques des étudiants qui entreprenaient un programme de baccalauréat à l'automne 1993 ou 1994 avec les données concernant leur cheminement est sur le point d'être publiée.2 En voici les principaux constats.

Plein temps ou temps partiel, des caractéristiques différentes...

On observe des différences assez importantes entre les étudiants qui entreprennent un programme de baccalauréat dans un régime à plein temps et ceux qui optent pour le temps partiel. En fait, ces derniers sont plus âgés que les premiers, ont des parents moins scolarisés, proviennent de milieux socio-économiques moins favorisés, sont proportionnellement plus nombreux à avoir des enfants, à occuper un emploi et à avoir fait l'expérience d'au moins une interruption d'études (au secondaire, au collégial ou à l'université). Ainsi, lorsque l'on compare le taux de diplomation des étudiants à temps partiel avec celui des étudiants à plein temps, il n'est peut-être pas surprenant d'observer un écart de 38% (33% pour les étudiants à temps partiel et 71% pour ceux à plein temps), puisque ces différences de profils s'ajoutent à la problématique inhérente à chaque régime d'études. Mais quelles sont les conditions qui font que les deux tiers des étudiants à plein temps et le tiers des étudiants à temps partiel se rendent jusqu'au diplôme ?

Des facteurs de réussite semblables :

1.    Savoir d'abord ce que l'on veut

On a longtemps considéré que le régime d'études à l'entrée était un facteur explicatif et prédictif du cheminement ultérieur. Il est vrai que l'on observe des différences importantes entre les taux de diplomation des étudiants des deux régimes d'études, mais il est aussi vrai que nous n'avions pas d'autres informations nous permettant une meilleure explication. En fait, les données de l'enquête ICOPE nous apprennent quelque chose de très important : les intentions des étudiants concernant leur objectif et leur mode de cheminement sont encore plus importantes pour expliquer la réussite que le régime d'études qu'ils choisissent. Ce qui veut dire qu'indépendamment de leur régime d'études, les étudiants qui disent à leur arrivée dans un programme de baccalauréat vouloir obtenir le diplôme du programme dans lequel ils sont inscrits se rendent effectivement jusqu'au diplôme dans une proportion beaucoup plus grande que les autres étudiants (75% vs 42% chez les étudiants à plein temps et 40% vs 13% chez les étudiants à temps partiel).

Toutefois d'autres caractéristiques relatives aux intentions s'ajoutent à l'explication de la réussite et distinguent les étudiants à plein temps de ceux à temps partiel. Ainsi, chez les étudiants à plein temps, ceux qui en plus de vouloir le diplôme du programme disent qu'ils considèrent leur choix d'établissement comme définitif et qu'ils ont l'intention de cheminer sans interruption autre que le trimestre d'été obtiennent quant à eux un diplôme dans une proportion de 80%. Chez les étudiants à temps partiel, ceux qui ont non seulement l'intention d'obtenir le diplôme du programme dans lequel ils sont inscrits, mais également de suivre leurs cours le jour atteignent le diplôme dans une proportion de 61%. Chez cette dernière catégorie d'étudiants, le taux de diplomation atteint même 78% chez les hommes et 58% chez les femmes.

2.     Réussir ses cours au premier trimestre

Si les bonnes intentions sont une bonne garantie de succès, la réussite de la totalité des cours au premier trimestre en augmente tout de même la probabilité. Ainsi, les étudiants qui en plus d'avoir les intentions mentionnées plus haut réussissent tous leurs cours à leur premier trimestre portent leur taux de diplomation à 85% pour ceux qui s'inscrivent à plein temps et à 67% pour ceux qui optent pour le temps partiel. Cependant, il se dégage de l'analyse que la réussite des cours au premier trimestre a une plus grande importance dans l'explication de la réussite des étudiants à plein temps que des étudiants à temps partiel. Ce qui veut dire que l'impact de la réussite des cours au premier trimestre est non négligeable chez les deux catégories d'étudiants, mais que les intentions sont encore plus importantes que la réussite des cours au premier trimestre pour expliquer l'accès au diplôme chez les étudiants à temps partiel, tandis que ces deux facteurs sont d'importance équivalente chez les étudiants à plein temps.

3.     Et ne pas trop travailler

Ce n'est pas tant le fait d'occuper un emploi rémunéré tout en étudiant qui a un impact sur la poursuite des études comme le nombre d'heures par semaine consacrées à cet emploi. En fait, que l'on étudie à plein temps ou à temps partiel, plus le nombre d'heures consacrées à un travail rémunéré est grand, moins le taux de diplomation est élevé. L'impact du travail chez les étudiants à temps partiel est plus important puisqu'ils sont non seulement plus nombreux à travailler que les étudiants à plein temps, mais surtout plus nombreux à travailler plus de 15 heures par semaine.

Bref : s'engager pleinement dans un projet qui tient à cœur

On pourrait résumer les caractéristiques qui distinguent les étudiants qui poursuivent leurs études jusqu'au diplôme de ceux qui quittent sans l'obtenir par deux mots : volonté et engagement. En fait, qu'il s'agisse de vouloir obtenir le diplôme du programme, de considérer le choix d'établissement comme définitif, de vouloir poursuivre les études sans les interrompre autrement que durant le trimestre d'été, de vouloir suivre les cours le jour, d'étudier à plein temps, de réussir tous les cours au premier trimestre ou d'occuper un travail rémunéré 15 heures ou moins par semaine, il s'agit toujours de caractéristiques qui témoignent de la place qu'occupe le projet d'études dans la vie des étudiants. Ainsi, pour favoriser la réussite aux étudiants qui le désirent, peut-être devons-nous simplement les aider à préciser leur projet d'études, à le placer au centre de leurs préoccupations et leur en donner les moyens. À cet égard, peut-être pouvons-nous également nous poser la question, nous tous, intervenants à différents niveaux du milieu de l'éducation : quelle est la place que nous faisons à l'étudiant et à son projet d'études parmi nos propres préoccupations ?

 
Notes 

1  Une deuxième enquête devrait être réalisée à l'UQAH à l'automne 2000.

2  Deux autres rapports d'analyse suivront soit un sur les programmes de certificat et un autre sur les programmes de maîtrise

Mars 2000


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