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Il n'est pas toujours facile de bien cerner et comprendre comment et pourquoi certains
étudiants arrivent à se rendre jusqu'au diplôme, tandis que d'autres abandonnent en
cours de route. Plusieurs facteurs liés à la conjoncture socio-économique, à la
culture académique et organisationnelle des établissements universitaires et de leurs
programmes d'études, de même qu'aux caractéristiques des étudiants et de leur projet
d'études, se combinent souvent pour faire des conditions de réussite un phénomène
assez complexe. Il est certes difficile de tenir compte de tous ces facteurs à la fois.
Or, qu'en est-il des caractéristiques des étudiants, de leur projet d'études et des
conditions de vie dans lesquelles évolue ce projet ?
Une vaste
enquête et des informations uniques et nouvelles
L'enquête ICOPE, menée par le
Bureau de la recherche institutionnelle de l'Université du Québec depuis l'automne 1993,
a pour objectif de mieux connaître les étudiants qui fréquentent les établissements de
l'Université du Québec, mais surtout d'examiner si les caractéristiques que présentent
les étudiants à leur arrivée dans un programme peuvent permettre d'expliquer leur
cheminement dans ce programme. Ainsi, des informations permettant de tracer le profil des
étudiants sont recueillies par voie de questionnaire auprès des nouveaux étudiants qui
entreprennent un programme d'études. Par la suite, ces informations sont jumelées avec
les données concernant le cheminement de manière à dégager ce que l'on appelle des
" Indicateurs de COnditions de Poursuite
des Études ".
Six
établissements du réseau de l'Université du Québec participent à cette enquête qui
est répétée après un cycle de trois ans de manière à voir si les caractéristiques
des étudiants évoluent ou non dans le temps. Ces établissements sont l'UQTR, l'UQAR et
la TELUQ (1993 et 1996), l'UQAC et l'UQAT (1994 et 1997), de même que
l'UQAH (1997)1. Une première analyse à partir du jumelage des
caractéristiques des étudiants qui entreprenaient un programme de baccalauréat à
l'automne 1993 ou 1994 avec les données concernant leur cheminement est sur le point
d'être publiée.2 En voici les principaux constats.
Plein
temps ou temps partiel, des caractéristiques différentes...
On observe des différences assez importantes entre les
étudiants qui entreprennent un programme de baccalauréat dans un régime à plein temps
et ceux qui optent pour le temps partiel. En fait, ces derniers sont plus âgés que les
premiers, ont des parents moins scolarisés, proviennent de milieux socio-économiques
moins favorisés, sont proportionnellement plus nombreux à avoir des enfants, à occuper
un emploi et à avoir fait l'expérience d'au moins une interruption d'études (au
secondaire, au collégial ou à l'université). Ainsi, lorsque l'on compare le taux de
diplomation des étudiants à temps partiel avec celui des étudiants à plein temps, il
n'est peut-être pas surprenant d'observer un écart de 38% (33% pour les étudiants à
temps partiel et 71% pour ceux à plein temps), puisque ces différences de profils
s'ajoutent à la problématique inhérente à chaque régime d'études. Mais quelles sont
les conditions qui font que les deux tiers des étudiants à plein temps et le tiers des
étudiants à temps partiel se rendent jusqu'au diplôme ?
Des facteurs de réussite semblables :
1. Savoir d'abord ce que l'on veut
On a
longtemps considéré que le régime d'études à l'entrée était un facteur explicatif
et prédictif du cheminement ultérieur. Il est vrai que l'on observe des différences
importantes entre les taux de diplomation des étudiants des deux régimes d'études, mais
il est aussi vrai que nous n'avions pas d'autres informations nous permettant une
meilleure explication. En fait, les données de l'enquête ICOPE nous apprennent quelque
chose de très important : les intentions des étudiants concernant leur
objectif et leur mode de cheminement sont encore plus importantes pour expliquer la
réussite que le régime d'études qu'ils choisissent. Ce qui veut dire
qu'indépendamment de leur régime d'études, les étudiants qui disent à leur arrivée
dans un programme de baccalauréat vouloir obtenir le diplôme du programme dans lequel
ils sont inscrits se rendent effectivement jusqu'au diplôme dans une proportion beaucoup
plus grande que les autres étudiants (75% vs 42% chez les étudiants à plein temps et
40% vs 13% chez les étudiants à temps partiel).
Toutefois
d'autres caractéristiques relatives aux intentions s'ajoutent à l'explication de la
réussite et distinguent les étudiants à plein temps de ceux à temps partiel. Ainsi,
chez les étudiants à plein temps, ceux qui en plus de vouloir le diplôme du programme
disent qu'ils considèrent leur choix d'établissement comme définitif et qu'ils ont
l'intention de cheminer sans interruption autre que le trimestre d'été obtiennent quant
à eux un diplôme dans une proportion de 80%. Chez les étudiants à temps partiel, ceux
qui ont non seulement l'intention d'obtenir le diplôme du programme dans lequel ils sont
inscrits, mais également de suivre leurs cours le jour atteignent le diplôme dans une
proportion de 61%. Chez cette dernière catégorie d'étudiants, le taux de diplomation
atteint même 78% chez les hommes et 58% chez les femmes.
2. Réussir ses cours au premier trimestre
Si les
bonnes intentions sont une bonne garantie de succès, la réussite de la
totalité des cours au premier trimestre en augmente tout de même la probabilité.
Ainsi, les étudiants qui en plus d'avoir les intentions mentionnées plus haut
réussissent tous leurs cours à leur premier trimestre portent leur taux de diplomation
à 85% pour ceux qui s'inscrivent à plein temps et à 67% pour ceux qui optent pour le
temps partiel. Cependant, il se dégage de l'analyse que la réussite des cours au premier
trimestre a une plus grande importance dans l'explication de la réussite des étudiants
à plein temps que des étudiants à temps partiel. Ce qui veut dire que l'impact de la
réussite des cours au premier trimestre est non négligeable chez les deux catégories
d'étudiants, mais que les intentions sont encore plus importantes que la réussite des
cours au premier trimestre pour expliquer l'accès au diplôme chez les étudiants à
temps partiel, tandis que ces deux facteurs sont d'importance équivalente chez les
étudiants à plein temps.
3. Et ne pas trop travailler
Ce n'est pas
tant le fait d'occuper un emploi rémunéré tout en étudiant qui a un impact sur la
poursuite des études comme le nombre d'heures par semaine consacrées à cet emploi. En
fait, que l'on étudie à plein temps ou à temps partiel, plus le nombre
d'heures consacrées à un travail rémunéré est grand, moins le taux de diplomation est
élevé. L'impact du travail chez les étudiants à temps partiel est plus
important puisqu'ils sont non seulement plus nombreux à travailler que les étudiants à
plein temps, mais surtout plus nombreux à travailler plus de 15 heures par semaine.
Bref : s'engager pleinement dans un projet qui
tient à cur
On pourrait
résumer les caractéristiques qui distinguent les étudiants qui poursuivent leurs
études jusqu'au diplôme de ceux qui quittent sans l'obtenir par deux mots : volonté
et engagement. En fait, qu'il s'agisse de vouloir obtenir le diplôme du
programme, de considérer le choix d'établissement comme définitif, de vouloir
poursuivre les études sans les interrompre autrement que durant le trimestre d'été, de
vouloir suivre les cours le jour, d'étudier à plein temps, de réussir tous les cours au
premier trimestre ou d'occuper un travail rémunéré 15 heures ou moins par semaine, il
s'agit toujours de caractéristiques qui témoignent de la place qu'occupe le projet
d'études dans la vie des étudiants. Ainsi, pour favoriser la réussite aux étudiants
qui le désirent, peut-être devons-nous simplement les aider à préciser leur projet
d'études, à le placer au centre de leurs préoccupations et leur en donner les moyens.
À cet égard, peut-être pouvons-nous également nous poser la question, nous tous,
intervenants à différents niveaux du milieu de l'éducation : quelle est la place que
nous faisons à l'étudiant et à son projet d'études parmi nos propres préoccupations ?
-
- Notes
1 Une deuxième
enquête devrait être réalisée à l'UQAH à l'automne 2000.
2
Deux autres rapports
d'analyse suivront soit un sur les programmes de certificat et un autre sur les programmes
de maîtrise
Mars 2000
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