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En mars dernier, le cabinet virtuel
recevait le prix Alan Blizzard, ex æquo avec une équipe en sciences de la
santé de l'Université d'Alberta. Ce prix est attribué par la Société pour
l'avancement de la pédagogie dans l'enseignement supérieur. Le jury de sélection s'est dit impressionné notamment
par la qualité de l'apprentissage envisagé, par les activités pédagogiques prévues et
par les nombreuses retombées du programme.
Mardi
matin, 8h : Claude monte les escaliers. Elle est un peu en avance car elle veut prendre le
temps d'aménager son espace de travail. Malgré un lourd bagage qui lui accapare mains et
épaules, son esprit trotte. Fraîchement diplômée d'un baccalauréat en sciences
comptables, elle en est à sa deuxième journée de travail chez Vire, Tuelle &
associés, cabinet d'experts-comptables. L'accueil reçu hier l'a comblée : tout semble
confirmer qu'elle a choisi le bon employeur.
Comme toute personne qui
entreprend son premier emploi au terme d'une formation universitaire, Claude se demande si
ses succès scolaires se répéteront dans la carrière qu'elle entreprend. Elle a
toutefois la chance d'avoir un nouvel employeur qui l'a précisément embauchée pour lui
donner la chance de faire des erreurs et d'en tirer un nouvel apprentissage. Vire,
Tuelle & associés n'est pas un cabinet comme les autres, il est ... virtuel !1 Il s'agit en effet d'un jeu d'entreprise servant de
fil conducteur dans une formation de 2e cycle universitaire, soit le Diplôme d'études
supérieures spécialisées (DESS) en sciences comptables à l'Université du Québec à
Trois-Rivières, offert aux aspirants au titre de comptable agréé.
Un programme branché sur
la pratique
Le programme repose sur un concept
d'apprentissage adapté au monde des affaires. Puisque le corpus des connaissances croit
à un rythme exponentiel, l'accent est mis sur le développement des compétences plutôt
que des connaissances. Le professionnel d'aujourd'hui ne peut plus se targuer de posséder
un bagage de connaissances immuable jusqu'à la fin de sa carrière. Il doit apprendre à
apprendre et apprendre à entreprendre. Le programme vise le développement de ces
compétences, de sorte que l'étudiant puisse transférer ses apprentissages dans sa
carrière professionnelle.
Depuis plusieurs années, les professionnels
comptables appliquent leurs connaissances de diverses disciplines dans la réalisation
d'un même mandat. Pour recréer cette réalité, les connaissances couvertes par le
programme sont découpées par contextes d'application plutôt que par disciplines. Des
cours, tels "règlement de litiges", "occasions d'affaires" ou
"entreprise en difficulté", remplacent les traditionnels cours de
"comptabilité financière", "vérification", "fiscalité"
ou "finance". L'approche par mission, dont Daniel McMahon résume ici l'essence
(extrait 1 et
extrait 2), complète ce
découpage.
Des stagiaires qui
interagissent avec les associés
Le travail quotidien de
l'étudiant/stagiaire est axé sur l'action afin que l'apprentissage remplace
l'enseignement. Le mot d'ordre est simple : c'est en forgeant qu'on devient forgeron. Les
activités réalisées par l'étudiant/stagiaire sont variées :
conférenciers du
monde des affaires;
psychologues
traitant les moyens à prendre pour lutter contre l'inévitable stress inhérent à
l'examen national de l'Institut canadien des comptables agréés;
simulations d'un
tel examen;
création par
l'étudiant/stagiaire d'un portfolio contenant des cartes de connaissances (cartes
détaillées complétées par des cartes synthèses);
mandats au terme
desquels l'étudiant/stagiaire joue le rôle d'une partie impliquée à la Cour;
mandats
réalisés en utilisant la formule de l'apprentissage par problème, etc.
En fait, l'une des
caractéristiques des journées de travail chez Vire, Tuelle & associés est
précisément qu'une journée doit le moins possible ressembler à une autre, la
diversité étant source d'apprentissage. C'est ici que les forces spécifiques à chaque
professeur trouvent un vaste terrain d'application.
Le professeur impliqué dans le
DESS en sciences comptables n'est pas perçu comme la principale source du savoir; il joue
le rôle d'un associé ou d'un consultant travaillant pour Vire, Tuelle &
associés. Il confie à l'étudiant des mandats à réaliser pour le compte de
clients fictifs, lui indique quelques sources d'information, tels des banques de données,
des applications de logiciels ou des volumes, et agit continuellement comme personne
ressource. Sa tâche s'apparente à celle d'un mentor. Occasionnellement, un professeur
peut organiser un cours de formation continue et inviter des conférenciers.
L'étudiant/stagiaire travaille pour le
compte de Vire, Tuelle & associés cinq jours par semaine, à raison de neuf
heures par jour2. Il a accès à un calendrier
mensuel indiquant le nom des clients fictifs pour lesquels il travaillera. Ce calendrier
évoluant au gré des demandes des clients fictifs du cabinet, l'étudiant ne sait pas
nécessairement quel type d'activités il réalisera à chaque jour, encore moins le cours
universitaire dans lequel s'intègre l'activité. Ce mode de fonctionnement contribue au
développement de ses capacités de diagnostic.
La volonté de recréer un
milieu d'apprentissage adapté au monde des affaires se répercute aussi au niveau de
l'environnement de travail. L'étudiant/stagiaire dispose d'un ordinateur portable prêté
par son futur employeur. L'université a aménagé deux salles de travail, exclusivement
réservées aux étudiants du programme, pour donner à chaque étudiant un accès direct
à l'Internet. L'étudiant utilise quotidiennement les TIC comme outil de communication,
outil de recherche et outil de travail, tel les logiciels de la suite Office et des
logiciels spécialisés.
Quelques
mesures de performance
Même si nous ne
disposons pas encore de résultats d'études empiriques, des faits confirment le succès
de l'entreprise.
D'abord, les étudiants se
montrent des plus satisfaits dans leurs évaluations de la qualité des enseignements. En
1999, la moyenne générale de ces
évaluations s'élève à 5,30 sur 6,00, tel que l'explique Michèle Legault.
Dans leurs commentaires
qualitatifs accompagnant les évaluations de la qualité des enseignements, les étudiants
soulignent qu'ils sont satisfaits de la planification et de la structure des activités
académiques et qu'ils se sont sentis écoutés des professeurs. Ils confirment que les
interventions conjointes de plusieurs membres de l'équipe leur permettent de bénéficier
pleinement des forces de chacun. Ils adorent le travail lié à la pratique qui les
mènent à la "vraie vie".
De plus, le taux de placement
des étudiants obtient un score parfait. Tous les finissants des deux premières
promotions ont un emploi stable dans leur discipline. De même, tous les étudiants qui
poursuivent actuellement le programme ont non seulement trouvé un stage, mais ils ont
aussi une promesse d'emploi valide au moment où ils termineront leurs cours.
Enfin, les étudiants de l'UQTR
se distinguent avantageusement quant à leurs résultats à l'examen final uniforme de
l'Institut canadien des comptables agréés. Le taux de réussite montre que les
étudiants ont vécu un apprentissage significatif. Ainsi, 89 % des étudiants de l'UQTR
ont réussi cet examen en 1999, alors que les moyennes québécoise et canadienne
s'élevaient respectivement à 79 % et 73 %.
Conclusion
Devenir un professionnel, c'est
bien plus que mémoriser des connaissances ! C'est essentiellement savoir apprendre,
savoir-faire et savoir être. Le DESS en sciences comptables de notre université s'appuie
sur cette réalité.
Note
1 Depuis la création du programme en 1997, nous employons le mot
"virtuel" au sens de "fictif" et non pour désigner des activités
"en ligne".
2 Selon le ratio de trois heures de travail chez Vire, Tuelle &
associés en remplacement d'une heure d'enseignement traditionnel,
l'étudiant/stagiaire du cabinet
virtuel se voit reconnaître un crédit universitaire, soit quinze heures d'enseignement
traditionnel, par semaine de travail. Cette équivalence sert à justifier le statut à
temps complet de l'étudiant, notamment important pour son éligibilité aux programmes d'aide financière, à déterminer les
frais de scolarité exigés par l'université et à composer la tâche annuelle
d'enseignement des professeurs participant au programme.
Novembre 2000
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