2012-11-21 | INRS

Didymo, l'indésirable visiteuse des rivières de Gaspésie

Photo © Marc Robitaille

Didymo : on dirait un petit nom mignon pour un jouet, un personnage de dessin animé dont tous les enfants seraient dingues. Un Pokémon nouveau genre. Mais non. Didymo est plutôt le diminutif de Didymosphenia geminata, l'appellation latine d'une algue qui a une fâcheuse tendance à proliférer dans les rivières du Québec. Didymo : c'était le mot rédigé sur le bocal qui trônait sur le bureau d'un professeur de Carole-Anne Gillis, en 2006, lorsqu'elle a commencé son baccalauréat en biologie à l'Université du Québec à Rimouski. Dans le récipient en question flottait la fameuse algue. «Sur l'étiquette, c'était aussi écrit "Matapédia". Je me suis dit : "Ça, c'est dans ma rivière!"», se souvient la Gaspésienne de 26 ans. Depuis, Carole-Anne n'a pas lâché le morceau, devenant la seule experte québécoise de l'algue Didymo, dont la présence dans nos cours d'eau n'est pas sans conséquence sur le monde animal et les activités humaines. Histoire d'une passion qui a commencé au fond d'un pot Mason.

Au Canada, l'algue Didymo se trouve fréquemment sur la côte ouest depuis plusieurs années. Au Québec, elle n'est apparue qu'en 2006, envahissant férocement la rivière Matapédia. Le tapis alors formé était d'une épaisseur allant jusqu'à 20 cm. Actuellement, le tapis moyen observé au Québec est de 2 cm d'épaisseur. Depuis 2006, l'algue a été repérée à plusieurs endroits, principalement en Gaspésie, au Nouveau-Brunswick et un peu dans le Bas-Saint-Laurent , mais en moindre quantité. Bien que Didymo soit présente ailleurs dans le monde -- en Nouvelle-Zélande, particulièrement --, on connaît relativement peu de choses de cette diatomée (famille d'algues) et des impacts qu'elle peut avoir sur l'environnement aquatique dans lequel elle se développe.

Cette méconnaissance, Carole-Anne Gillis l'a constatée en 2006, lorsque les médias du Québec se sont intéressés à l'algue en déformant bien des réalités. Certaines coupures de journaux incohérentes sur le plan scientifique ont certainement motivé la jeune femme à se lancer dans des recherches. «Il y avait une urgence d'acquérir de l'information, il fallait savoir à quoi s'en tenir, explique-t-elle. C'est une nouvelle problématique, et on ne peut ni minimiser ni accentuer les impacts parce qu'on ne sait pas.» L'experte s'est montrée d'autant plus intéressée à creuser la question que dans son coin de pays, l'économie dépend de la rivière, et que «depuis 2006, il y a une angoisse liée à cette méconnaissance».

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Source :
Sophie Gall
PLANÈTE INRS.ca, 13 novembre 2012