2012-12-03 | INRS

Lettres à un jeune scientifique

Photo © Christian Fleury

Pour le commun des mortels, les recherches de Tudor Wyatt Johnston relèvent du domaine de l'incompréhensible ou de la science-fiction. Et pourtant, le parcours de cet éminent physicien, reconnu comme un des plus grands spécialistes de la physique des plasmas au Canada, est un passionnant cours d'histoire scientifique qui a pour toile de fond deux grands rêves ayant marqué le 20e siècle : l'exploration spatiale et la fusion nucléaire comme inépuisable source d'énergie. Tout récemment nommé professeur émérite par l'INRS pour sa contribution exemplaire au Centre Énergie Matériaux Télécommunications, Tudor Wyatt Johnston nous reçoit dans sa maison des Cantons-de-l'Est, où il vit paisiblement ses années de retraite avec la sérénité du devoir accompli. Rencontre avec un homme de science exceptionnel.

Montréal, 1958. Fraîchement diplômé de l'Université de Cambridge d'où il rapporte un doctorat en génie physique, le jeune Tudor Wyatt Johnston est recruté par le laboratoire montréalais de RCA Victor, alors situé sur la rue Lenoir dans le quartier Saint-Henri. Surtout connue pour ses tourne-disques, transistors et téléviseurs, la compagnie mène pourtant des travaux de plus grande envergure, mandatés par les armées canadienne et américaine. Contexte de guerre froide oblige, les dirigeants politiques de l'époque sont préoccupés par les missiles, les armes nucléaires et l'exploration spatiale, et de nombreux scientifiques sont sollicités pour participer à ces efforts nationaux.

Pour sa part, le jeune Johnston est mis à contribution pour son expertise en physique des plasmas. L'étude du plasma, souvent défini comme le quatrième état de la matière, était alors un domaine émergent, mais crucial à plusieurs aspects de l'exploration spatiale : «Durant cette période, nous étions préoccupés par la formation de plasmas autour des sondes spatiales lors de leur retour dans l'atmosphère, raconte Tudor Wyatt Johnston. C'est un phénomène qu'on avait tout d'abord observé avec les missiles et qui nous a amenés à nous inquiéter du phénomène de black-out avec les futures navettes spatiales -- soit une perte totale de communication avec l'équipage de la navette lors de son retour dans l'atmosphère. C'est un phénomène auquel on s'est finalement habitué et qui perdure encore puisqu'on n'y a jamais trouvé de solution, mais autrefois, ça nous préoccupait beaucoup.» Parmi les multiples projets de recherche sur lesquels il est appelé à travailler, Tudor Johnston collabore notamment au développement du satellite canadien Alouette 2 envoyé dans l'espace par la NASA en 1965.

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Source :
Marianne Boire
PLANÈTEINRS.ca