2013-07-16 | INRS

Chronique d'une mort annoncée

Dans la forêt, la complainte d'un grand mélèze en phase terminale se fait entendre. Entre le bois et l'écorce, la gangrène a pris. Irréversible. Rongé de l'intérieur par un mal minuscule, le patient arboricole mourra debout, asphyxié, avant de s'effondrer. Une agonie causée par le dendroctone du mélèze, un des insectes nuisibles responsables du ravage de milliers d'hectares de forêt chaque année au Canada. Prédateur connu? Aucun. L'approche de lutte biologique préconisée par Claude Guertin, professeur au Centre INRS-Institut Armand-Frappier, pourrait changer la donne. Ses armes de bataille? Des champignons pathogènes capables d'infecter l'insecte tout au long de son cycle de vie - et de le tuer.

«Avec le dendroctone du mélèze ou l'agrile du frêne, plus connu, la pulvérisation de pesticides est inefficace. Au stade larvaire, ces insectes se développent sous l'écorce des arbres infestés. Celle-ci leur sert de bouclier. Bien à l'abri dans l'arbre et invisibles de tous, ils creusent des galeries qui empêcheront la circulation de la sève. À terme, l'arbre se dessèche et meurt», explique Claude Guertin. Si l'utilisation d'insecticides systémiques peut être envisagée en milieu urbain, une telle opération sanitaire est impensable en zone forestière. Évidemment.

Tel est pris qui croyait prendre

Grâce à l'expérience acquise en forêt où il se rend régulièrement pour ses recherches, Claude Guertin mise plutôt sur des champignons pathogènes pour provoquer une épidémie parmi les insectes, ou épizootie. En pleine nature, cette méthode est radicale. Au contraire des virus ou des bactéries, les champignons n'ont pas besoin d'être ingérés pour rendre malade l'insecte visé. Un seul contact leur suffit pour déposer une charge mortelle sur la carapace de l'insecte et s'introduire dans son organisme avant de contaminer d'autres congénères. «Nos travaux exploitent certains comportements des insectes, afin qu'ils viennent eux-mêmes chercher l'insecticide. On parle d'autocontamination et d'autodissémination de l'agent fongique infectueux», précise le professeur Guertin.

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Source :
Bruno Geoffroy
PLANÈTEINRS.ca, juin 2013