2013-10-21 | UQ

Les enfants d'une révolution

Photo : istock

Les cahiers sentaient le papier frais, les consignes polycopiées à l'alcool dégageaient des odeurs suaves, les jeunes étaient tous sur leur trente-six, bien propres et bien mis. Le matin du 7 septembre 1965, plus d'un million et demi d'enfants ont pris le chemin de l'école. Une grande journée; la rentrée la plus importante de l'histoire du Québec! Et c'est ainsi que nous avons mis les deux pieds dans la Révolution tranquille.

Cinquante ans plus tard, que reste-t-il de cette frénésie? «Tout!» répond Julien Prud'homme, historien en éducation, chercheur au Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST) et professeur associé à l'Université du Québec à Montréal. «On a tendance à critiquer les initiatives prises à ce moment-là, dit-il, mais on oublie les grands principes qui les accompagnaient ? comme celui d'offrir à tous une éducation gratuite ? et qui ont fait voler en éclats le modèle scolaire de jadis pour transformer le Québec à tout jamais.»

Ce n'était pas un luxe. Au tout début des années 1960, à peine 63% des élèves «canadiens-français» terminaient leur septième année. Le décrochage dans toute sa misère! Et que dire du système d'éducation constitué de 1 500 commissions scolaires qui évaluaient la qualité de leurs manuels et géraient leur programme chacune à sa façon, et de manière bien différente selon qu'on se trouvait à Gaspé ou à Valleyfield? «C'était quoi, un niveau d'éducation convenable? On n'en avait aucune idée! rappelle Julien Prud'homme. Il n'y avait aucune normalisation. La qualité de l'enseignement pouvait varier d'une école à l'autre.»

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Source :
Raymond Lemieux, «Les enfants d'une révolution»
La recherche dans le réseau de l'Université du Québec,
vol. 3, no 2, 2013, pp. III-VII.