2013-10-29 | UQ

La fin des crayons

Dès la petite enfance, les écoliers préfèrent utiliser le clavier plutôt que d'écrire à la main. Les instituteurs seraient-ils en retard d'une technologie? Cela augure-t-il la fin des crayons en classe?

«Entre le clavier ou le crayon, les écoliers semblent avoir fait leur choix : c'est l'ordinateur, affirme Nathalie Lavoie, titulaire de la Chaire de recherche sur la persévérance scolaire et la littératie à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR). Cela nous force à jeter un regard nouveau sur la façon de leur enseigner l'écriture. Mais le rythme de développement des technologies est tel que les enseignants ont maintenant du mal à les suivre.»

C'est une étude, réalisée l'an dernier dans des classes de maternelle et de première année à Rimouski et à Lévis, qui a indiqué bien clairement le choix que faisaient les enfants dès leur plus jeune âge. «Près de 70% optent en effet pour le clavier. Mais attention, cela ne leur permet pas de mieux réussir leurs leçons», précise Nathalie Lavoie.

Faut-il donc changer la méthode d'apprentissage de l'écriture? «J'ai cherché, je n'ai pas trouvé d'études démontrant qu'un outil est plus avantageux que l'autre, explique la chercheuse. Il faut dire que la présentation des lettres sur le clavier ne correspond pas à l'ordre alphabétique. Si cela devait changer la façon d'apprendre à écrire, on devra ouvrir un autre débat. Ainsi, faut-il privilégier l'enseignement de l'écriture cursive (lettres attachées) ou de l'écriture scriptée (lettres moulées ou détachées)? Notons que l'écriture scriptée participe mieux à la représentation et à la mémorisation. La reconnaissance des lettres est meilleure. En plus, les caractères reproduits sont semblables à ceux que les enfants découvrent dans les livres. Cela dit, il peut y avoir, pour eux, de la confusion dans la perception de certaines calligraphies où le b ressemble au d, et le p ressemble au q

Au fil des ans, Nathalie Lavoie a tout de même remarqué que les élèves écrivent de plus en plus. Encore l'effet de l'ordinateur? «J'ai enseigné au primaire pendant les années 1990. C'est étonnant de constater combien le rapport des élèves avec l'écriture a changé. Ils "clavardent", ils "chattent", ils "tweetent". Jamais les jeunes n'ont autant écrit. Cependant, ils ne réussissent pas mieux leurs travaux! Et leur écriture est plutôt phonétique, sans souci de l'orthographe.» «Ojordui» plutôt qu'aujourd'hui? «Eureu» plutôt qu'heureux? À ce rythme, à quoi ressemblera la langue française en 2070?

Voir le numéro de novembre de La Recherche dans le réseau de l'Université du Québec.

Source :
Raymond Lemieux, «La fin des crayons»
La recherche dans le réseau de l'Université du Québec, vol 3, no 2, 2013, p. IX.