2013-04-09 | UQAM

Voyager par l'imprimé

Couvertures craquées, papiers jaunis, reliures épuisées... Jusqu'au 17 mai prochain, les étudiants d'un cours d'activité de recherche en histoire présentent à la Bibliothèque centrale Ces livres qui font voyager, une exposition de dix livres rares tirés de la collection de l'UQAM. Ces ouvrages, dont le plus vieux remonte à 1680, invitent le lecteur à s'engager dans plusieurs types de voyages : voyage d'aventure, voyage spirituel, voyage d'exploration des connaissances et même de l'imaginaire. L'initiative est pilotée par Dominique Marquis et Lyse Roy, deux professeures du Département d'histoire. «Nous ne nous attendions pas à ce que les étudiants s'approprient le projet à ce point, a commenté Dominique Marquis lors du vernissage de l'exposition. À certains moments, nous ne nous sentions plus très utiles.»

L'idée d'une exposition a été présentée très tôt dans ce cours qui se déroule sur deux sessions. Dès leur inscription, les étudiants savaient ce à quoi s'attendre. Raphaëlle Blard et Sébastien Lecompte-Ducharme semblaient tout de même un peu surpris de l'ampleur du travail accompli. Logistique, finances, recherche sur chaque livre... Les deux étudiants résument leur expérience en trois mots : «beaucoup d'heures!» «Les recherches et nombreux séminaires ont été l'occasion de nous mettre à niveau, explique Sébastien Lecompte-Ducharme, parce que les livres rares et l'imprimé n'étaient pas nécessairement nos sujets de prédilection.»

Féminisme et religion

Chaque étudiant devait choisir parmi une liste d'une cinquantaine de titres celui qui l'intéressait le plus. Certains étaient motivés par l'esthétisme des bouquins, d'autres par leur âge et d'autres encore y sont allés selon leurs champs d'intérêt. C'est en vertu de ce dernier critère que Raphaëlle Blard a jeté son dévolu sur Corinne ou l'Italie, un roman de Madame de Staël aux aspirations féministes, dont l'édition remonte à 1809. Le livre met en scène Corinne, une artiste épanouie vivant de son art en Italie qui tombe amoureuse d'Oswald, un homme aux valeurs plus conservatrices, notamment en ce qui a trait à la place des femmes dans la société. «Il est intéressant de voir comment l'auteure, à travers Corinne, fait des revendications pour la femme à une époque où l'on se penche beaucoup sur les droits des hommes», souligne Raphaëlle Blard.

«On ne connait pas l'histoire de chaque livre, mais certains ont parcouru un long chemin avant de nous parvenir», note la professeure Dominique Marquis. C'est le cas de Corinne ou l'Italie, dont l'auteure, censurée par le régime napoléonien pour sa critique du pouvoir en place, a dû passer par la Russie pour contourner le blocus d'Angleterre et y publier son livre. «Germaine de Staël était une femme qui voyageait et vivait le contraire de ce à quoi on s'attendrait d'une femme de son époque, raconte Raphaëlle Blard. Elle a même tenu tête à un empereur.»

Sébastien Lecompte-Ducharme a choisi Le parfum de Rome. L'auteur de ce bouquin, Louis Veuillot, utilise sa visite de Rome comme un prétexte pour expliquer sa position ultramontaine -- l'ultramontanisme est une orientation politique qui place l'autorité du pape au-dessus de tout, y compris du pouvoir des États -- et à l'encontre de la modernité qu'il qualifie de «vent de mort». Passionné, c'est en partie après avoir lu ce livre écrit en 1861 que l'étudiant a décidé d'amorcer une maîtrise sur l'ultramontanisme.

La collection des livres rares

Depuis 2008, le Service des livres rares de l'UQAM organise avec divers partenaires une exposition par année environ, mettant en valeur des ouvrages tirés de sa collection de 50 000 titres. Voyages de Samuel de Champlain, imprimés vénitiens, livres de la Renaissance et association avec Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) : le bibliothécaire responsable des livres rares de l'UQAM, Benoît Kelly, n'en finit plus d'énumérer les occasions où des portions de sa collection ont été présentées au public. «Mais c'est la première fois qu'une exposition est organisée au sein d'un cours d'activité dirigée au baccalauréat, précise-t-il. Quand il y a des initiatives comme ça, elles sont toujours les bienvenues.»

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Source :
Benjamin Tanguay
Journal L'UQAM, vol. XXXIX, no 14 (2 avril 2013)