2014-10-03 | INRS

Comment les virus passent-ils d'une espèce à une autre?

VIH, grippes aviaires ou porcines : il ne se passe pas une année sans qu'un virus capable de sauter d'une espèce à une autre ne donne des sueurs froides à la communauté internationale. Pourtant, les virus jouent des rôles essentiels pour la vie sur Terre. Par exemple, c'est grâce à une infection virale que les mammifères, dont l'homme, ont développé un placenta et l'immunotolérance envers le foetus, ou que les ailes des pucerons peuvent se former. Le problème survient lorsqu'un virus d'origine animale saute d'une espèce à une autre ou vers l'homme : c'est à ce moment-là qu'il devient hostile. Dans l'espoir de résoudre le mystère de cette migration, Peter Tijssen, virologue et professeur au Centre INRS-Institut Armand-Frappier, étudie les parvovirus, une sous-catégorie plus simple de ces microorganismes qui peuvent infecter tant les mammifères, les insectes que les humains.

Le Québec a connu son lot d'épreuves en raison de virus qui ont fait un saut d'espèce. En 1993, un nouveau virus de diarrhée virale bovine a décimé 25 % de la population de veaux. Peter Tijssen et son équipe ont découvert que cette diarrhée virale tirait son origine d'un virus de mouton. «On est parvenus à caractériser la maladie et à développer un vaccin pour la neutraliser », déclare le virologue, toujours très fier de cet accomplissement vingt ans plus tard. Les résultats, publiés en 1994, figurent d'ailleurs parmi les 0,1 % des articles les plus cités dans le journal Virology. Les virus pathogènes pour l'homme sont en général si complexes qu'il est difficile de dire, même en séquençant et en analysant leur génome, quelle mutation permet leur propagation interespèce. Quant aux parvovirus, que le professeur Tijssen étudie, ils sont d'une simplicité trompeuse puisqu'ils causent des ravages importants. Le virologue donne en exemple les grillons, élevés principalement pour nourrir les reptiles en captivité. En 2011, cette industrie de 600 millions de dollars a durement été secouée par un parvovirus. « La mortalité a sévi partout, se souvient le professeur Tijssen. En Europe, au Japon, aux États-Unis... Des fermes ont fait faillite.» L'ouvrage n'a pas manqué pour le chercheur, qui a analysé des échantillons de grillons en provenance des quatre coins du globe envoyés par des éleveurs, inquiets à l'idée de placer leur production en quarantaine.

Décrypter le parvovirus porcin

Parvovirus de crevettes, parvovirus d'insectes, parvovirus humain B19 : le professeur Tijssen étudie plusieurs sortes de parvovirus dans son laboratoire, mais il s'intéresse en particulier au parvovirus porcin. Ce parvovirus est responsable d'avortements, de foetus momifiés, de porcelets malformés, faibles ou sous-développés, voire simplement porteurs du virus : on estime qu'au Québec la maladie a causé des pertes se chiffrant entre 5 et 13 millions de dollars. Contrairement aux parvovirus affectant les insectes ou l'homme, il est possible d'en cultiver une souche pathogène active et une souche vaccinale, donc inoffensive. Son équipe et lui ont comparé les deux souches pour déterminer ce qui faisait que l'une d'entre elles était dangereuse et l'autre non. « Nous avons séquencé les deux virus, muté et échangé certaines de leurs parties et infecté différentes cellules hôtes avec les deux souches », explique-t-il. Conclusion : la mutation de trois nucléotides, des molécules à la base de l'ADN, permet de transformer une souche bénigne du parvovirus en une version pathogène.

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Source :
Benjamin Tanguay
PLANÈTE INRS.CA
Septembre 2014