2014-12-12 | UQ

La science sous zéro - Le Père Noël est-il canadien?

Professeur titulaire à l'École nationale d'administration publique (ENAP), le politologue Stéphane Roussel se passionne pour les questions de souveraineté et de sécurité dans le Grand Nord.

Le Canada a considérablement augmenté les ressources militaires déployées dans le Grand Nord, ces dernières années. Comment doit-on interpréter cela?

Officiellement, le gouvernement veut assurer une présence dans le Nord pour veiller à la sécurité et à l'application des lois. Mais il y a une autre raison, qu'on passe souvent sous silence : le Canada est en plein processus de reconstruction identitaire. Le pays symbolique que les Canadiens ont porté durant la seconde moitié du XXe siècle - celui de la paix, de la négociation, de la tolérance - est en train de laisser place au pays qui gagne ses guerres, qui se bat contre les «méchants» et qui a des richesses extraordinaires à offrir. L'Arctique joue un rôle central dans la construction de cette nouvelle identité. Il devient un élément de fierté, de richesse et de prospérité.

Le Canada voudrait exercer sa souveraineté sur un éventuel passage du Nord- Ouest ouvert à la navigation. A-t-il les moyens de ses ambitions?

Oui, mais ces moyens seront très limités et il faudra nécessairement accepter une forme de gestion du risque. On ne pourra jamais atteindre là-bas le niveau de sécurité qu'on a dans le fleuve Saint-Laurent. Par exemple, on ne dispose pas de bases militaires dans le Nord, ce qui compliquerait les opérations de recherche et de sauvetage. Il faut huit heures à un avion Hercules pour faire le trajet entre la base de Trenton, dans le sud de l'Ontario, et Resolute Bay, au Nunavut.

Sur la photo : Patrouille militaire canadienne au-dessus de l'île de Baffin, l'été dernier. (Adrian Wyld / La Presse canadienne)

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Source :
Joël Leblanc
La recherche dans le réseau de l'Université du Québec
Vol. 4, no 2, 2014, p. XII.