RÉSEAU Janvier-février 2000 / Magazine de l'Université du Québec
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ADAP-WEB :

UNE NOUVELLE APPROCHE QUI FACILITE LA CONCEPTION D'ACTIVITÉS D'APPRENTISSAGE SUR I N T E R N E T

par Claire Harvey

Louis VillardierLouis Villardier

Révolue l'époque où il fallait détenir des compétences en programmation pour bâtir un site Web. Sous la direction de Louis Villardier, une équipe de chercheurs de la Télé-université a mis au point un nouvel outil générique dont l'interface facilite grandement le travail des professeurs, des tuteurs et des étudiants.

Appelé ADAP-WEB (assistant pour le développement d'activités pédagogiques sur environnement Web), cet outil repose sur un modèle "mécano informatique", c'est-à-dire un modèle qui combine à la fois l'architecture modulaire et la technologie informatique.

À partir d'une coquille à architecture ouverte et d'outils bureautiques (traitement de texte, tableur, présentation multimédia, etc.), l'équipe pédagogique peut construire rapidement un site Web qui répond à ses besoins et à ceux des étudiants, en plus d'y déposer du matériel pédagogique sous diverses formes : texte, image, son et site Internet.

Louis Villardier, professeur et directeur de l'unité d'enseignement et de recherche (UER) Science et technologie, fait observer que ADAP-WEB utilise le langage naturel comme support d'information. « Ce langage libère l'équipe pédagogique des contraintes liées à la programmation HTML ou à tout autre langage de programmation. L'équipe pédagogique se concentre ainsi sur ce qu'elle connaît le mieux : l'enseignement. »

Un campus virtuel

Chercheur spécialisé dans l'intégration des nouvelles technologies en formation à distance, M. Villardier précise que la coquille comprend une interface dynamique, un module auteur, un module étudiant, un module tuteur et un module sécurité. « Cette interface permet de créer un véritable campus virtuel à partir de la base de données Oracle. Une base de données robuste qui peut desservir un nombre quasi illimité d'utilisateurs. »

À partir de cette interface, l'auteur structure le contenu de son cours et choisit l'approche pédagogique qui convient le mieux, soit par tâches, objectifs, compétences, etc. L'auteur précise également le caractère de l'activité pédagogique (obligatoire, facultatif, suggéré, etc.), ainsi que le mode de travail de l'étudiant (individuel, en équipe, en groupe, etc.). Il édite au besoin trois modèles de fiches pédagogiques : référence, activités notées ou non notées. Autre facteur important : l'auteur dispose d'un outil qui lui permet de créer le glossaire du cours et de procéder sur-le-champ à la demande de dégagement des droits d'auteur.

Parallèlement, le module auteur construit automatiquement l'environnement de l'étudiant et celui du tuteur. L'architecture ouverte de la coquille permet de passer d'un module à l'autre sans difficulté. En cliquant sur l'onglet étudiant, on accède à l'environnement de ce dernier. Cet environnement présente toutes les caractéristiques d'un agenda de gestion personnel. On y trouve un calendrier, un carnet d'adresses, une liste des tâches à accomplir et un aide-mémoire des travaux notés.

Cependant, le module étudiant offre beaucoup plus. Grâce à une feuille de route dynamique, l'étudiant peut personnaliser sa démarche, suivre la progression de son apprentissage, consulter le matériel pédagogique du cours ou encore des ouvrages de références. Il a aussi accès au courrier électronique que lui fait parvenir son tuteur. Autres exemples : il peut prendre des notes, bavarder en ligne dans un café virtuel, visiter le kiosque à journaux, faire appel au registraire ainsi qu'au Service d'accueil et de renseignements.

ADAP-WEB facilite aussi le suivi pédagogique et le suivi administratif de l'étudiant. Dans les deux cas, le tuteur accède aux renseignements qui mesurent la progression de l'étudiant et celle de l'ensemble du groupe. Il peut aussi communiquer directement avec l'étudiant par courriel ou par les forums de discussion. Il dispose également des outils nécessaires à la production des relevés de notes et des rapports administratifs.

Il a fallu, bien sûr, protéger l'accès au site et à la documentation pédagogique du cours. Le module de sécurité introduit des paliers de sécurité par type d'acteurs : concepteur, professeur, tuteur, étudiant et visiteur. Par l'intermédiaire de fiches d'identité, ce module permet également de créer des collèges virtuels et de garantir l'envoi sécuritaire des examens et des travaux notés.

De nombreux avantages

Comme M.Villardier le souligne, la coquille ADAP-WEB a l'avantage d'être entièrement générique. « Contrairement à d'autres approches d'ingénierie didactique, le concept de Web générique laisse au professeur l'entière liberté de choisir l'approche pédagogique qu'il préfère, sans avoir recours à une aide professionnelle externe. Jouissant d'une complète autonomie, le professeur peut créer des environnements pédagogiques et les mettre à jour en fonction de l'évolution des cours et des besoins d'apprentissage des étudiants. »

Pour une institution comme la Télé-université, un tel outil représente un gain de temps appréciable lors de la conception et de la révision des cours. Il ouvre aussi de nouvelles perspectives sur le plan de la formation à distance. D'ores et déjà, l'équipe de M. Villardier a bâti 15 cours dans la série Internet : autoroute pour la pédagogie.

Andrée BabinEn outre, la coquille ADAP-WEB s'adapte à tous les niveaux d'enseignement. « Par exemple, un professeur pourrait concevoir des modules adaptés aux besoins des élèves du primaire ou du secondaire qui présentent des difficultés d'apprentissage », explique Andrée Babin, didacticienne d'application à l'UER Science et technologie, à qui on doit la conception didactique de la coquille.

Compte tenu de tous ces facteurs, la coquille ADAP-WEB est promise à un bel avenir. Au moment de mettre sous presse, la Télé-université poursuivait des discussions avec des entreprises du secteur privé en vue de commercialiser la technologie à grande échelle. Des retombées sur le plan international étaient, par ailleurs, sur le point de se concrétiser. En février dernier, M. Villardier a rencontré des professeurs de l'École nationale supérieure d'informatique et d'analyse des systèmes (ENSIAS) de l'Université Mohamed V, située à Rabat, au Maroc. Ces professeurs voulaient en savoir plus long sur les multiples possibilités de la coquille. Plus près de nous au Québec, l'Université du Québec à Montréal (UQAM), l'École de technologie supérieure (ETS), l'École nationale d'administration publique (ENAP) et le ministère de l'Éducation attendent de recevoir le feu vert pour concevoir des cours avec ADAP-WEB.

Les collaboraeurs du projet ADAP-WEB

Les collaborateurs du projet ADAP-WEB.

 

Évidemment, le chercheur se réjouit de l'intérêt que l'on porte à cette technologie. Il tient cependant à souligner qu'elle est le fruit du travail d'une équipe multidisciplinaire formée d'experts en éducation, en multimédia, en informatique et en design graphique et linguistique. « Sans leur précieuse collaboration, ce projet n'aurait jamais vu le jour. »

Loin de se reposer sur ses lauriers, M. Villardier coordonne actuellement les travaux de l'équipe de chercheurs responsables du développement de l'interface du projet Synchromédia. Dirigé par Hamadou Saliash, professeur à l'UER Science et technologie, ce projet a pour but de concevoir des environnements pédagogiques sur Windows, par exemple, des salles d'étude ou des bibliothèques virtuelles. Il est subventionné par le ministère de l'Éducation et le fonds FODAR de l'Université du Québec.

Pour M. Villardier, il s'agit de paver la voie de l'inforoute pédagogique, bref, de faire en sorte que la technologie favorise l'apprentissage.

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