| RÉSEAU Été 2001
/ Magazine de l'Université du Québec Reproduction autorisée avec la mention de l'auteur et de la source. |
| Par Michel Bélair * |
Le cybermentorat
L'idée n'est pas vraiment « neuve »... En Occident seulement, elle plonge des racines jusque dans ces premières manifestations organisées de transmission des savoirs que furent les séances de l'Académie de Platon dans l'Antiquité grecque. Se retrouvaient là des gens qui voulaient apprendre et d'autres qui, eux, souhaitaient transmettre leurs connaissances. Le concept était neuf : d'un côté l'expérience pratique de la vie et de l'autre le désir d'en savoir plus. Plus de 2000 ans plus tard et dans un espace devenu virtuel avec les années, la même dynamique, le même désir s'incarnent dans Academos et Psybermentor, deux programmes de cybermentorat mis sur pied à l'UQAM.
La culture, au sens large, ce sont toutes ces manifestations par lesquelles le fait de vivre en société devient possible. Et même quand la culture emprunte les chemins de la création, c'est toujours à partir de l'acquis de l'Histoire et des savoirs qu'elle peut devenir « neuve » et revendicatrice. Globale, par définition, la culture, comme on l'entend répéter chaque année à l'occasion des journées du même nom, c'est autant la forme d'une fourchette que le design d'un site Web, un livre, une chanson retrouvée que les alignements d'escaliers dévalant des maisons de brique rouge dans une rue de Montréal. C'est une saisie d'ensemble. Un réservoir de formes, d'expériences et de solutions inventées de toutes pièces. C'est tout... Ce sont là des évidences que notre époque technomatérialiste a tendance à découper en petits morceaux remplissant tout autant de petites cases.
Jacques Lajoie du Département de psychologie de l'UQAM et Catherine Légaré, son étudiante au doctorat, ont choisi la richesse de l'expérience concrète plutôt que les « petites cases », en mettant sur pied deux sites Web consacrés au cybermentorat : Academos (www. academos. qc.ca) et Psybermentor (www.psybermentor.ca).

L'idée est toute simple : il s'agit de donner la chance aux étudiants de développer une relation privilégiée avec un adulte passionné par son travail - il en reste ! -, et ce, par l'entremise d'un site Web. Psybermentor, comme on peut le lire sur le site du projet, « s'adresse aux étudiants et étudiantes en psychologie des universités du Québec. Il a pour but de faciliter le choix de carrière, la poursuite des études et l'insertion au marché du travail en leur permettant d'entrer en contact avec des professionnels de la psychologie passionnés par leur métier et désireux de communiquer leur expérience ». Sur Academos, on cible plutôt les étudiants du niveau collégial en leur permettant d'éclaircir leur choix de carrière à partir de l'expérience pratique de professionnels déjà sur le terrain ou à la retraite. Dans les deux cas, le principe est le même : faire profiter tous ceux qui le désirent d'une banque d'expérience le plus souvent inexploitée.
Une coquille adaptable
Comment tout cela fonctionne-t-il ? C'est simple. Dans le cadre d'Academos, par exemple, le mentorat se définit comme une relation dans laquelle une personne expérimentée dans le monde du travail, le mentor, apporte son expérience, des conseils et des encouragements à un étudiant qui se pose des questions sur son avenir professionnel. En accédant au site Web Academos l'étudiant du collégial peut s'inscrire en remplissant une fiche et en s'engageant à suivre un code de conduite. S'offrent alors à lui une boîte privée de courrier électronique, la possibilité de participer à des forums de discussion et, surtout, de contacter un mentor dans le secteur d'activités qui l'intéresse. Et là, le terrain est vaste! En visitant le site Academos, on trouvera plus de 80 secteurs d'activités regroupés en grandes catégories : la communication, la production de biens, la quête des ressources, la politique, le savoir et la culture, l'économie et le bien-être des personnes. Derrière chacun des secteurs (presse écrite, métallurgie, justice, mathématiques, histoire, conservation de la faune, etc.) qu'il coche selon son intérêt, l'étudiant entre directement en contact avec un mentor impliqué dans le secteur visé. Academos permet de puiser à même un réservoir de plus de 150 mentors. Évidemment, tout cela est gratuit.
Catherine Légaré coordonne, depuis septembre 1999, le projet du cégep du Bois-de-Boulogne avec une petite équipe de trois ou quatre personnes, et sa thèse de doctorat qui sera présentée à l'UQAM portera sur l'implantation du projet et l'évaluation qu'on peut en faire. S'il faut se fier aux chiffres, Academos est un succès : après six mois d'activités on comptait 121 étudiants et 75 mentors inscrits et aujourd'hui, après un an et demi de fonctionnement, on en est à 630 étudiants participants pour plus de 150 mentors !
Détail intéressant, le concept d'Academos semble éminemment adaptable. En utilisant la même « coquille » et le même type de paramètres, Catherine Légaré et Jacques Lajoie ont donné naissance à Psybermentor (depuis février 2001) qui, lui, s'adresse de façon spécifique, on l'a noté plus haut, aux professionnels et aux étudiants en psychologie. Voilà un aspect d'Internet, l'entraide, qu'on ne voit pas souvent se manifester. Encore moins dans une dimension intergénérationnelle. Pourtant, on se rendra compte en visitant les liens proposés par les deux sites que le cybermentorat est particulièrement développé aux États-Unis et en Europe. On trouvera là, par exemple, des sites s'adressant de façon très spécifique aux femmes impliquées dans une grande variété de professions. En prime, on pourra même visiter un site français absolument délicieux du nom de Cyberpapy...
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BIG BROTHER
DANS LE COURRIER...
La
parution du numéro de mars de Réseau nous
a valu cette lettre fort sympathique de M. André Régimbald
de l'INRS. Elle concernait plutôt la chronique Sciences
et technologie, mais comme elle porte surtout sur un détail
de l'histoire littéraire, nous la reproduisons ici.
« J'ai lu avec intérêt votre entrevue avec M. Robert Dupuis dans le magazine Réseau de l'Université du Québec. J'aimerais corriger une erreur historique qui apparaît dans votre article lorsque vous parlez de l'origine du terme Big Brother qui a été inventé, en effet, par George Orwell dans son célèbre roman 1984. Or, ce livre a été écrit justement dans les années 40 et non à la fin des années 30 ; Orwell avait proposé à son éditeur d'intituler son livre : Le dernier Européen ou quelque chose comme Le dernier homme en Europe. L'éditeur a refusé un tel titre parce qu'il ne lui apparaissait pas assez "accrocheur". Comme le livre a été écrit en 1948, Orwell a décidé d'inverser les derniers chiffres pour appeler son livre 1984, ce qui lui donnait un ton futuriste. De plus, il est vrai qu'il s'est inspiré du totalitarisme qu'incarnait le nazisme. Mais pour dénoncer le totalitarisme, il ne s'est pas inspiré du fascisme italien, mais plutôt et surtout du stalinisme encore bien vivant et triomphant après la Seconde Guerre mondiale. En fait, la figure de Big Brother est nettement celle de Staline et tout le roman baigne dans cette atmosphère propre au stalinisme.
En toutes amitiés, André Régimbald, Service des études avancées et de la recherche (INRS). »
(Merci M. Régimbald. C'est à me faire souhaiter de commettre des fautes de frappe à tous les jours !)
D'âmes et de boisDiplômée en arts et design
de l'UQAH, Ysabel Jetté propose jusqu'au 29 avril
une exposition intitulée D'âmes et de bois.
Les oeuvres présentées s'inspirent des professions
féminines de l'époque médiévale et
mettent en relief « la profondeur de vie et la noirceur
des siècles passés » à travers
le mobilier. Ysabel Jetté s'est fait remarquer par la sensualité
de ses patines et le souci du détail troublant de ses miniatures;
l'exposition, présentée à la galerie Montcalm,
explore une fois de plus un univers construit autour d'objets-tableaux
déroutants. On peut visiter l'exposition à :
http://ysabeljette.iquebec.com/ysabeljette/
*Michel Bélair est journaliste et chroniqueur multimédia au journal Le Devoir. On peut le rejoindre par courriel à belmic@videotron.ca