| RÉSEAU AUTOMNE 2001 / Magazine de l'Université
du Québec Reproduction autorisée avec la mention de l'auteur et de la source. |
Illustration : Philippe Brochard

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Bologne, début du 12e siècle. La première université voit le jour. L'institution jouit d'un statut d'extra-territorialité qui la soustrait à l'influence du prince et de l'Église. Cette distance lui permet de jeter un regard critique sur le monde. Il s'agit du fondement de l'autonomie universitaire ou encore de la liberté académique. Ce sujet fait encore couler beaucoup d'encre. Et pour cause.
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Quelque neuf cents ans plus tard, cette liberté est devenue somme toute relative. Après avoir été entre les mains des étudiants, puis des professeurs, l'université est de plus en plus assujettie aux objectifs utilitaires de la société. Jadis à l'avant-garde du développement des connaissances et de la pensée critique, l'institution devient aujourd'hui de plus en plus inféodée aux impératifs politiques et économiques qui gouvernent la nouvelle « société du savoir ».
S'inscrivant dans le courant du néolibéralisme,
ce changement de cap provoque des tensions entre ceux qui ont
une conception humaniste de l'université et ceux qui en
ont une vision « utilitaire ». En bref,
les premiers la conçoivent comme un lieu de réflexion
privilégiée, indépendant des pouvoirs économiques
et politiques. Les seconds la perçoivent comme une institution
destinée à former des gens capables de répondre
aux besoins du marché.
Cette seconde conception tend actuellement à s'imposer au Québec. Cela se traduit, notamment, par l'emprise croissante du secteur privé sur les universités. Alors qu'autrefois on donnait aux salles des universités le nom d'universitaires émérites tels que Édouard Montpetit, elles portent aujourd'hui les noms de Bell, Téléglobe, Industrielle-Alliance. Autre exemple : l'augmentation du nombre de programmes de subvention repose sur une participation croissante du secteur privé. En témoigne, entre autres, le Fonds canadien pour l'innovation (FCI).
Ce rapprochement avec les entreprises privées a suscité bon nombre de critiques. Comme les effectifs professoraux sont limités, des universitaires craignent que la recherche commanditée se fasse au détriment de la recherche fondamentale et de l'encadrement des étudiants. De plus, ils estiment que ce mode de financement a des répercussions négatives sur l'autonomie des universités. Bref, ils croient que l'université est en train de reléguer au second plan le rôle central qu'elle joue dans l'élaboration des connaissances et leur diffusion.
Pourtant, et c'est préoccupant, la majorité des personnes interrogées dans le cadre de ce dossier tiennent des propos rassurants sur les transformations en cours. Cette évolution risque pourtant de se faire au détriment de la mission première des institutions de haut savoir, soit former des citoyens capables de faire preuve d'esprit critique.
L'emprise croissante du secteur privé
Benoit Godin
Ne devrait-on pas s'inquiéter du rôle de plus en plus important que joue l'entreprise privée dans les universités ? Benoît Godin, professeur en urbanisation à l'Institut national de recherche scientifique (INRS), explique qu'il n'y a pas encore lieu de s'alarmer. « Les professeurs qui font de la recherche commanditée figurent parmi les plus actifs en recherche fondamentale et en enseignement. Ces professeurs ne substituent pas un mode de recherche à un autre, mais établissent des liens entre les deux. Si dichotomie il y a, ce n'est pas entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée, mais entre les professeurs qui font seulement de la recherche fondamentale et ceux qui font les deux à la fois. »
Michel
Trépanier
Directeur du Groupe de recherche sur l'enseignement supérieur (GRES) et professeur en sociologie des sciences et en technologie à l'INRS, Michel Trépanier abonde dans le même sens. « Il y a trois ans, nous avons mené une recherche sur les laboratoires universitaires travaillant en collaboration avec l'industrie pharmaceutique. Dans le cadre de cette étude, nous avons réalisé que la majorité des chercheurs universitaires réinvestissaient l'argent des commandites dans des activités de recherche fondamentale, soit dans les équipements des laboratoires ou encore pour financer en partie les travaux de doctorat et de post-doctorat. »
Cependant, poursuit Benoît Godin, également directeur de l'Observatoire des sciences et des technologies (OTS), il ne faudrait pas que les recherches appliquées ne constituent que la moitié de l'effort total de recherche. « Si c'était le cas, les universités deviendraient un peu comme de grandes boîtes de consultants. » À son avis, l'augmentation des fonds d'aide à la recherche, tant fédéraux que provinciaux, peut contribuer à maintenir un équilibre. « Mais comme une partie de la recherche doit être utile au marché, il y a lieu de regarder de près l'évolution de la situation. »
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Recherche universitaire La recherche universitaire au Québec se fonde sur les compétences d'environ neuf mille professeurs-chercheurs actifs dans tous les domaines du savoir, sans compter les chercheurs, les professionnels de la recherche et les étudiants de 2e et 3e cycles. Cette recherche est réalisée dans vingt établissements universitaires, dans les centres de recherche hospitaliers et dans les centres de recherche et de transfert en partenariat. On compte plus de trois cents laboratoires, centres ou regroupements de recherche universitaires et hospitaliers, et près de cinquante chaires industrielles. E.H. |
Les contrats de performance :
La réussite dangereuse ?
À ce contexte s'ajoutent les nouvelles règles du jeu introduites par le ministre de l'Éducation, François Legault. En février 2000, celui-ci publie la « Politique québécoise à l'égard des universités ». Une politique qui exerce une grande pression sur les gestionnaires universitaires. Il faut dire que le versement des deux tiers des investissements de 600 millions de dollars promis lors du Sommet du Québec et de la jeunesse est conditionnel à l'atteinte par les établissements des objectifs qu'ils se sont fixés dans les contrats de performance. Au nombre de ces objectifs figure, entre autres, l'obligation d'augmenter le taux de réussite des étudiants, soit le taux d'obtention des diplômes.
Pierre
Doray
À cela s'ajoute un autre point d'interrogation. « Sommes-nous en train de définir la réussite scolaire en fonction d'un seul critère : l'obtention des diplômes ? », se demande Pierre Doray, professeur de sociologie à l'Université du Québec à Montréal et directeur du Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST). « Pour avoir une meilleure idée de la situation, il faudrait savoir ce qui arrive aux étudiants après qu'ils aient quitté l'université avec un diplôme ou non, dit-il. Bon nombre d'étudiants vont trouver un emploi et utiliser au travail le savoir acquis à l'université, même s'ils n'ont pas obtenu leur diplôme. Cela veut dire qu'il y a une valeur ajoutée parce qu'ils ont été à l'université. »
Pierre Doray souscrit toutefois à
l'idée qu'il faut améliorer la réussite scolaire.
« Les contrats de performance ne changent rien pour
les étudiants qui ont de bonnes notes. Cette formule de
financement pose toutefois l'enjeu suivant : il faut accorder
un meilleur soutien aux étudiants qui éprouvent
de la difficulté. »
Guy Massicotte
Même son de cloche de la part de Guy Massicotte, directeur du bureau de la planification à l'Université du Québec. « Les contrats de performance ont l'intérêt de recentrer l'université sur ses priorités, soit de faire en sorte que les étudiants complètent leur formation », dit-il en ajoutant que l'Université du Québec se préoccupe de cette question depuis une bonne dizaine d'années.
Clément
Lemelin
Clément Lemelin, professeur au Département des sciences économiques de (UQAM), explique que le ministère de l'Éducation cherche ainsi à évaluer la gestion des universités. « Le Ministère veut que les gestionnaires des universités lui rendent des comptes parce qu'il est lui-même imputable auprès de la population de la façon dont il dépense les fonds publics. » Selon lui, « le Ministère aurait pu vouloir contrôler les moyens de production, ce qui aurait donné à l'uniformisation. Il a plutôt choisi de contrôler les résultats, ce qui apparaît préférable. »
Clément Lemelin signale toutefois que cette façon de faire peut donner lieu à des comportements opportunistes. « Ainsi, des professeurs pourraient abaisser les exigences des cours afin d'atteindre le taux de performance requis par le ministère. Cela augmenterait la sanction des études, mais conduirait à une dévaluation des diplômes. » Autre exemple : les universités pourraient écrémer leurs clientèles en n'acceptant que les étudiants très performants. Cela porterait un dur coup aux principes de démocratisation.
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La formation sur mesure (souvent appelée formation continue) est une façon pour les universités d'être au service de la collectivité. Le développement de cette formation présente toutefois de nombreux défis. Denis Rhéaume, professeur invité à l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) et professeur-chercheur à l'INRS, estime que cette formation devrait devenir un axe reconnu de la formation universitaire. « La formation sur mesure est non seulement importante pour la société québécoise, mais aussi pour les institutions d'enseignement supérieur. Elle constitue une avenue formidable pour favoriser un rapprochement sain entre les universités et les milieux d'emploi. » Selon lui, un tel rapprochement pourrait avoir des retombées positives sur les plans de la pertinence et de la diffusion de la recherche et du développement professionnel des professeurs, ainsi que sur le plan de l'amélioration des programmes de formation initiale. Denis Rhéaume explique toutefois qu'il est utopique de croire que l'université pourra répondre à tous les besoins en la matière ; elle n'a pas les ressources humaines pour le faire. |
La marchandisation de l'université
Certains chercheurs n'hésitent pas à dire que l'université est en train de vendre son âme. C'est le cas de l'Équipe de recherche sur la gestion des organisations scientifiques, universitaires ou multiuniversitaires (ERGOSUM) rattachée à la Téluq et à l'Université Laval. Dans deux textes intitulés Les gestionnaires universitaires : serviteurs dans l'ambivalence et Connivence inquiétante, l'ERGOSUM utilise les données d'une recherche d'envergure sur les administrateurs des universités québécoises pour mettre en relief l'adoption de plus en plus confirmée de la logique marchande par les universités.
À la lumière de ces données, l'équipe de recherche déplore, entre autres, la « vision essentiellement utilitariste et réductrice qui a inspiré la récente politique publique à l'égard des universités et (...) le modèle d'une université asservie aux priorités des pouvoirs publics et aux intérêts des pouvoirs économiques ». Elle estime que l'on assiste « à l'avènement d'une université où les connaissances et les diplômes aussi bien que les personnels et les diplômés semblent de plus en plus réduits au seul statut de marchandises devant répondre à des critères d'excellence et à la standardisation ».
Lynda Gosselin
Interrogée au sujet de ce constat, Lynda Gosselin, « chercheure » à l'ERGOSUM, explique que l'université est devenue un instrument de développement économique comme les autres. « Raffermie par le phénomène de la mondialisation, cette transformation se traduit par le fait que l'université endosse désormais un discours axé sur la compétitivité, la performance, la concurence. » Pour elle, l'exemple des « contrats de performance » est éloquent. « Comment peut-on prétendre qu'on augmentera le taux d'obtention des diplômes parce que cette augmentation est inscrite dans un contrat ? se demande Lynda Gosselin. Comment peut-on avoir une conception aussi étroite du savoir ? C'est comme si on exigeait que les hôpitaux augmentent leur taux de guérison ou réduisent leur taux de mortalité. Que penseraient les patients et les médecins d'une telle conception de la santé ? »
Lynda Gosselin fait observer une autre grande transformation des universités québécoises. « Alors que traditionnellement les fonctions administratives étaient intégrées au cheminement de carrière des professeurs-chercheurs, elles sont aujourd'hui assumées par des gens qui ne proviennent pas des universités. On assiste donc à une professionnalisation de l'administration universitaire et à l'adoption de valeurs et de façons de faire étrangères à la tradition académique. » Selon Lynda Gosselin, ce phénomène n'est pas une cause mais un reflet des transformations en cours. « Celles-ci seraient plutôt attribuables à un consensus des acteurs, qui croient qu'il faut accorder priorité à un rendement quantifiable et prévisible. »
Peut-on renverser la vapeur ? « Cela dépend, dit la "chercheure" . En éducation comme ailleurs, il semble actuellement difficile d'exercer une résistance face à cette logique et de faire valoir d'autres valeurs. » Difficile peut-être, mais pas impossible. « C'est étonnant, mais le milieu économique pourrait être à l'origine d'un renversement de la situation ou de la recherche d'un meilleur équilibre, poursuit-elle. Si l'on se fie aux récentes allocutions des gens d'affaires, certains d'entre eux commencent à en avoir assez d'une université qui se cloisonne dans le court terme et le sur mesure, au détriment de ses assises humanistes. »
L'université : les professeurs, les étudiants et la connaissance
L'université a été très souvent définie comme étant la somme des relations entre les professeurs et les étudiants. Est-ce encore vrai ? En quelque neuf cents ans, le rôle des professeurs a considérablement évolué.
Ce n'est qu'au 19e siècle, à l'Université de Berlin, qu'est apparu le professeur-chercheur. Ce modèle s'est rapidement étendu en Angleterre et aux États-Unis. Au Québec, il est apparu à l'Université McGill au début du 20e siècle, et s'est vraiment implanté dans l'ensemble de la province vers les débuts des années 70. Parallèlement, l'université est passée d'une institution culturelle s'adressant à une élite à une institution à vocation économique et sociale fréquentée par les masses.
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Cette transformation s'est traduite par une mutation profonde du rôle des professeurs. Autrefois, les professeurs avaient d'abord pour rôle de faire avancer les connaissances et de transmettre cet idéal aux étudiants. En tant qu'intellectuels désintéressés, les professeurs faisaient la recherche dite « fondamentale », libre des contraintes du marché.
Aujourd'hui, la situation est fort différente. Bon nombre de professeurs ne sont plus à la tête de petites équipes, mais dirigent plutôt de véritables PME de recherche, qui comptent parfois plus de cent personnes, et dont le financement repose en grande partie sur les entreprises privées. Autre énorme changement : au lieu de former des « érudits », les professeurs doivent désormais former des gens capables de répondre aux besoins du marché. Par ailleurs, dans l'esprit de satisfaire surtout les besoins des étudiants adultes, l'université offre aussi la formation à distance.
Pierre Gagné
Pierre Gagné, professeur à l'unité d'enseignement et de recherche science et technologie à la Téluq, précise que le modèle élaboré par l'institution a modifié en profondeur la relation entre les professeurs et les étudiants en séparant l'acte d'enseigner de celui d'apprendre. « Lorsque l'étudiant commence son apprentissage, le professeur, lui, a terminé son cours. À toute fin pratique, ce professeur n'aura plus à intervenir contrairement à son collègue qui donne un cours à chaque semaine sur le campus. »
De l'avis de Pierre Gagné, la plus grande raison d'être de ce modèle est l'accessibilité. « La formation à distance rapproche le savoir des étudiants. De plus, l'apprentissage se fait dans la communauté. Cela permet de mettre la théorie en pratique dans un contexte qui ne sera pas différent de celui où l'on devra l'utiliser. À cela s'ajoutent la diversification des interactions, ainsi que la flexibilité que cette formule procure sur le plan de la gestion du temps d'apprentissage. En formation à distance, l'étudiant a accès aux ressources de sa communauté, de son milieu professionnel, de son milieu familial et de son milieu social, tout en pouvant avoir recours à des ressources de type individuel, comme ses pairs, par l'intermédiaire des nouvelles technologies de l'information et des communications. »
Denis Bertrand
Historien et professeur au regroupement Organisation et gestion des ressources humaines à l'École des sciences de gestion de l'UQAM, Denis Bertrand estime qu'il y a lieu d'abandonner notre conception du rôle du professeur axé seulement sur l'enseignement et la recherche au profit d'une vision plus réaliste. « Dans les universités modernes, il n'y a pas un type, mais une dizaine de types de professeurs : professeur-chercheur, professeur-entrepreneur, enseignant, gestionnaire académique, etc. En tenant compte de la richesse de la réalité, on comprendrait peut-être mieux la dynamique réelle de l'université où il y a un besoin pour tout. »
Une université coupée en deux
La réalité universitaire est aujourd'hui infiniment complexe. Pour cette raison, bon nombre de chercheurs, dont ceux de l'ERGOSUM, souhaiteraient mieux comprendre les différentes fonctions qu'assume aujourd'hui l'université. Selon ces chercheurs, la poursuite de recherches sur l'université s'avère indispensable.
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M. Lucier fait observer que l'on parle souvent unilatéralement de partenariat avec le secteur privé, au détriment du nécessaire apport de l'université au développement des individus, de la collectivité et de ses partenariats avec les autres secteurs. « Les universités subissent des pressions voulant qu'elles répondent aux besoins ponctuels et immédiats du marché du travail. C'est de la courte vue. En témoignent des entreprises de la nouvelle économie qui congédient actuellement des milliers de personnes », dit-il. Selon M. Lucier, les gens semblent en avoir assez d'entendre parler des universités seulement pour des questions d'argent. « Il nous faut parler d'autres sujets. Ce n'est pas que les contrats de performance aient tout réglé au chapitre du financement des universités, mais il existe beaucoup d'autres enjeux, encore plus importants à long terme. » Parmi ceux-ci, il y a évidemment ceux de l'apprentissage et de la formation, ceux de la nécessaire pensée critique, ceux de l'avancement des connaissances, ceux du bon discernement des voies porteuses d'avenir, etc. « L'université est d'abord au service de la société », poursuit-il. « C'est un endroit où les personnes, jeunes et moins jeunes, vont chercher une formation. Ce ne serait pas la trouvaille du siècle de la réduire à n'être qu'un des bras séculiers de la mondialisation marchande, d'autant plus que cette dernière ne réussit pas encore à éviter l'exclusion de millions de personnes et la répartition terriblement inégale de la richesse. Les lois du marché ne répondent pas à tous les besoins et ne détiennent pas toute la vérité, loin de là. » Devrait-on mettre un holà ? « Non, et encore moins bouder! Il s'agit plutôt de faire entendre d'autres sons de cloche », affirme le président, conscient de la difficulté de la tâche. Un réseau bien positionné Quant au réseau de l'Université du Québec, M. Lucier croit qu'il est bien positionné pour promouvoir cet équilibre. « Depuis sa création, le réseau a toujours mis l'accent sur la formation des jeunes et des adultes en privilégiant l'accessibilité et la démocratisation de l'enseignement supérieur, notamment en faveur des régions et des classes populaires ; il a contribué au développement du savoir en étant branché sur les besoins des collectivités et les caractéristiques du territoire et des communautés du Québec.» En témoignent les quelque 300 000 diplômes décernés au cours des trente dernières années, et dans toutes les régions du Québec. Cet engagement dans les milieux, fait observer M. Lucier, n'a pas empêché l'Université du Québec de développer l'enseignement et la recherche, et d'atteindre de hauts niveaux d'excellence. « L'occupation du territoire et l'engagement dans le développement économique ne s'opposent pas à la mission de l'université ! » C'est pourquoi, dit le président, l'Université du Québec doit continuer à se définir en fonction des priorités de développement de la société québécoise et des besoins des populations, y compris des moins bien nanties. Pour les années qui viennent, ajoute M. Lucier, le réseau s'emploiera notamment à hausser le taux d'accès au diplôme, comme il en a été convenu dans les contrats de performance. Ceux-ci relèvent d'une approche fondamentalement saine, qui est déjà pratiquée ailleurs depuis un bon moment. « Cette approche contractuelle n'est pas une panacée elle ne crée pas le génie ! Mais elle a l'avantage de clarifier les engagements réciproques des établissements et du gouvernement. L'enjeu à plus long terme est de savoir si on peut en faire le point de départ d'un véritable contrat social », conclut-il. |
L'université virtuelle. Bien réelle. Fini le temps où la formation à distance (FAD) était vue comme un succédané des études sur le campus. En 2001, la FAD est non seulement en train de révolutionner la pédagogie, par la recherche d'une articulation plus fine des stratégies éducatives avec les besoins des apprenants, mais elle est aussi en voie de combler les fossés séparant les universités les unes des autres. Optimiser un cheminement de formation en arrimant les atouts de différents établissements deviendra bientôt possible. Et pour cause. L'horloge de la planétarisation ne s'enfarge pas dans les chapelles. Pas de mondialisation du savoir sans FAD. Pas de FAD sans réseaux. Pas de réseaux sans partage et sans harmonisation. Au-delà des beaux concepts rassembleurs qui ont fouetté le milieu universitaire québécois au cours des dernières années, il faudra sans doute convenir, encore une fois, que c'est la fonction qui crée l'organe. Dans le répertoire du Réseau d'enseignement francophone à distance du Canada (REFAD), on retrouve une cinquantaine d'établissements d'enseignement qui offrent plus de mille cinq cents cours en français. Lentement, mais sûrement, le partage de cours s'ancre dans la toile universitaire tout comme les accréditations complémentaires tant attendues. Des fonds de Patrimoine Canada soutiennent actuellement l'enracinement du Réseau d'enseignement francophone à distance du Canada destiné à offrir des services communs en français à tous les étudiants, de la Colombie-Britannique à Terre-Neuve en passant par le Yukon. Si le Québec profite moins que les autres provinces de ces subsides, il se situe très bien au niveau des fournisseurs du savoir, notamment par le biais de la Télé-université. E.H. |
On observe actuellement d'importantes tensions qui provoquent bon nombre de ruptures au sein de l'université, par exemple entre l'enseignement et la recherche, la recherche fondamentale et la recherche appliquée ou encore entre la formation fondamentale et la formation professionnelle. « L'université est véritablement coupée en deux, note Lynda Gosselin. En témoigne l'évolution de la nature de l'université. Par exemple, les disciplines valorisées aujourd'hui en raison de leur pertinence sociale, comme le génie, étaient considérées de haut par les universitaires il y a cinquante ans, signale-t-elle. À l'inverse, après avoir été la raison d'être de l'université, les sciences humaines et sociales se retrouvent aujourd'hui marginalisées, voire menacées, parce qu'elles n'arrivent pas à faire la preuve de leur utilité et de leur valeur. »
Ce changement de cap peut certainement rendre certaines personnes nostalgiques. Mais il peut aussi, croit Lynda Gosselin, être à l'origine d'une démarche qui permettra à l'université de préserver sa spécificité et de la faire valoir auprès des populations auxquelles elle appartient.
L'université doit tenir compte des nouvelles règles du jeu. Elle est révolue l'époque où l'institution était à l'abri du prince et de l'Église. Les forces économiques et politiques tirent désormais de nombreuses ficelles. Et mondialisation oblige, ces forces chercheront à accroître leur emprise. Reste donc à savoir quelle forme prendra la résistance.
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Utiles les universitaires ? Au niveau de la formation et de l'enseignement, l'opinion publique soutient généralement les universités et mise sans réserve sur leur utilité dans une société. En ce qui a trait à la recherche, les bémols sont souvent très imagés. Les « Professeurs Tournesols » et les « Pelleteux de nuages » habitent encore les discours. Il est vrai que certains projets de sciences peuvent paraître fous. Par exemple, à la fin de 1995, les responsables du télescope spatial Hubble ont pris une initiative jugée démente et démesurément onéreuse par des gestionnaires du projet en pointant le télescope sur « rien », c'est-à-dire la partie du ciel la plus vide qui soit. Cette extravagance a permis de voir quelque trois mille objets, chacun étant une galaxie composée de centaines de milliards d'étoiles, et, la même année, les physiciens enthousiasmés ont annoncé la découverte d'une particule élémentaire qui leur échappait : le légendaire quark top. Par contre, d'autres découvertes qui relèvent de travaux effectués sur le coin d'une table, comme l'assemblage du premier transistor, ont eu des impacts spectaculaires. Chose certaine, il faudra continuer à vivre avec l'imprévisibilité de l'entreprise scientifique en sachant que les résultats et les applications qui en découlent dépassent pratiquement toujours les attentes de leurs initiateurs. E.H. |