RÉSEAU AUTOMNE 2001 / Magazine de l'Université du Québec
Reproduction autorisée avec la mention de l'auteur et de la source.

Sciences et technologie

ON EN PARLE PARTOUT : l'agriculture et le vaste complexe des industries de l'alimentation en sont déjà saturés; la médecine et les multinationales du médicament ne jurent que par elles; le secteur de l'énergie les utilise de plus en plus dans ses pratiques exploratoires; même l'informatique s'y intéresse depuis qu'un chercheur d'Atlanta travaille sur le développement d'un ordinateur fonctionnant à partir de neurones de sangsues ! Les biotechnologies ont la cote, c'est le moins qu'on puisse dire. Et en se faisant partenaire de la Cité de la biotechnologie avec la Technopole de Laval, l'INRS ne fait que se positionner encore plus à l'avant-plan dans un secteur de pointe.

L'ère des « Biotechs »

 Par Michel Bélair *

Pierre Lapointe, le directeur général de l'INRS (Institut national de la recherche scientifique), est très clair : la Cité de la biotechnologie n'est pas d'abord un lieu, c'est avant tout un concept.

Ce rassemblement unique, qui tient à la fois de l'incubateur d'entreprises et du campus universitaire, a pris vraiment forme au tout début de l'été : le 5 juin dernier, la ministre Pauline Marois annonçait officiellement la création de la Cité de la biotechnologie et de la santé humaine du Montréal métropolitain. Une créature hybride dotée, c'est le cas de le dire, d'une impressionnante série d'incitatifs fiscaux visant à attirer encore plus de partenaires dans l'aventure.

Groupe

Dans l'ordre habituel, le président de Laval Technopole, Pierre Bélanger, le maire de Ville de Laval, Gilles Vaillancourt, le directeur général de l'INRS, Pierre Lapointe, la ministre Pauline Marois et le ministre David Cliche.

« Concrètement, tout était déjà là, ou presque », explique toutefois Pierre Lapointe. Dans les faits, il y a déjà près de trois ans qu'il travaillait avec son équipe au concept de la Cité. Depuis l'intégration de l'IAF (Institut Armand-Frappier) à l'INRS, plus précisément. « Une fois réalisé le mariage de ces deux cultures, reprend le directeur de l'INRS, il fallait donner un nouveau souffle au campus. Et c'est à ce moment que nous avons pris conscience de tout ce que nous avions à offrir : des laboratoires modernes, un centre de biologie expérimentale, un campus universitaire, un musée, un incubateur d'entreprises à caractère scientifique, des infrastructures de transport... Il ne manquait en fait que le dernier maillon de la chaîne, celui des incitations fiscales que la ministre Marois est venue mettre définitivement en place en juin dernier. »

Ces incitatifs, ils sont majeurs. On en aura un portrait complet en consultant l'onglet Avantages fiscaux sur le site Web www. citebiotech.com, mais on peut en retenir que ce sont essentiellement des crédits d'impôt visant à favoriser la recherche, les projets novateurs et la création d'emplois dans des secteurs reliés aux biotechnologies. Dans les meilleures conditions, c'est-à-dire à l'intérieur du périmètre de la Cité, cela veut dire un congé fiscal complet de cinq ans ; 40 % de crédits d'impôt sur les salaires (pendant dix ans) ; sur l'équipement (pendant trois ans) ; et sur l'utilisation d'installations spécialisées - lire : équipements de laboratoires - (pendant cinq ans). C'est absolument énorme, on en conviendra. Et Pierre Lapointe a toutes les raisons du monde de se réjouir, d'autant plus que la journée de l'entrevue, le laboratoire du docteur Christiane Ayotte de l'INRS se voyait confié par le Comité olympique international le mandat d'établir à Montréal le siège de l'Agence mondiale antidopage. En clair, cela signifie que dans la prochaine année, les chercheurs, les techniciens et les laboratoires de l'Agence viendront s'installer dans la Cité. Et qu'il ne restera plus à réaliser qu'un élément du plan global de ce qui apparaissait comme un rêve farfelu au moment du divorce BiochemPharma-IAF, alors que l'INRS se donnait la mission de faire des bâtiments tout neufs - perdus entre les autoroutes de Laval - dont elle venait d'hériter, son campus biomédical. Dans ce scénario idéal, Pierre Lapointe voyait déjà la transformation du Musée de l'IAF en un centre d'interprétation des biotechnologies... avec salles de congrès et chambres attenantes. À en juger par son enthousiasme, le rêve se rapproche à grands pas...

L'approche condo

C'est que notre visionnaire excelle aussi, on l'aura deviné, à développer des approches pratiques... ce qui semble plutôt essentiel dans un monde où des multinationales investissent des sommes colossales pour le développement de nouveaux produits.

« Notre centre de biologie clinique, explique Pierre Lapointe, a ainsi appris à gérer les exigences très précises des grandes compagnies qui, pour la plupart, sont toutes très pointilleuses quand on en vient à aborder la notion de secret. C'est ainsi que nous en sommes venus à développer notre "approche condo, clés en mains". On le devine, les négociations de contrat prennent parfois des mois puisque tout doit être clairement explicite. Il faut tout passer en revue : les approvisionnements possibles, les protocoles de recherche, les questions de sécurité, les bonnes pratiques de laboratoire, le traitement et les techniques de conservation des échantillons régies par des codes internationaux, etc. Sans parler du code d'éthique, de la propriété intellectuelle et de la diffusion éventuelle. Mais à la conclusion, tout est clair, tout est là : les chercheurs n'ont plus qu'à travailler. Et les compagnies à faire appel aux installations de l'INRS ou à ses chercheurs pour réaliser des secteurs de leurs travaux, s'il le faut. »

L'approche s'est révélée fort rentable jusqu'ici. Pierre Lapointe note un net accroissement de la recherche américaine et européenne, ici. « Du côté des Américains, ce sont essentiellement des raisons économiques qui expliquent cette recrudescence, reprend-il : chaque dollar investi équivaut à 1,50 $ chez nous. Avec la qualité de nos chercheurs, cela devient très intéressant. Les Européens eux viennent pour d'autres facteurs : les recherches impliquant des animaux de laboratoire, par exemple, la disponibilité de la main d'oeuvre, la qualité de vie et la sécurité générale de l'environnement montréalais. Eux aussi sont de plus en plus présents. »

Évidemment, il est un peu tôt pour parler de success story puisque, officiellement, la Cité de la biotechnologie n'existe que depuis un peu plus de trois mois. Mais c'est quand même bien tentant...


EN VRAC


* « Colloquite »
Matane et Rimouski accueillaient chacune, fin août, leur batterie de spécialistes, de chercheurs et d'industriels intéressés par la problématique de l'énergie et des ressources. Du côté de Matane, c'était couru, un colloque organisé par l'UQAR s'intéressait à l'énergie éolienne en climat froid, du 29 au 31 août. Il faut avoir visité la région et ses impressionnants parcs d'éoliennes pour savoir que le colloque ne pouvait que se tenir là...

Rimouski, quant à elle, recevait, du 26 au 29 août, la 46e conférence AFTC (pour Atlantic Fisheries Technology Conference) sur la technologie des pêches de l'Atlantique. L'AFTC est un événement d'envergure tenu chaque année sur la côte est du Canada et des États-Unis. Comme l'indique le communiqué, « la conférence porte sur les technologies et les procédés de transformation des produits aquatiques, incluant certains aspects de l'aquaculture ». Ici aussi, on devrait pouvoir consulter bientôt en ligne le déroulement des débats et des conférences.

* Michel Bélair est journaliste et chroniqueur multimédia au journal Le Devoir. On peut le rejoindre par courriel à belmic@videotron.ca