| RÉSEAU HIVER 2002 / Magazine de l'Université
du Québec Reproduction autorisée avec la mention de l'auteur et de la source. |
Illustration : Philippe Brochard

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Soudain, la situation devient préoccupante. L'écart entre la réussite scolaire des garçons et celle des filles se creuse de plus en plus au fil des ans, et ce, à tous les niveaux du parcours pédagogique. Avis d'experts, études scientifiques, enquêtes médiatiques se multiplient. Même le ministre Legault s'inquiète du décrochage des garçons au secondaire et entend instituer des mesures pour le contrer. Quelles sont les causes et la portée du phénomène ? Et comment y remédier tout en continuant de favoriser le succès des filles ? De délicates et troublantes questions auxquelles tentent de répondre des spécialistes du réseau de l'UQ.
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À l'école,
les filles raflent tout. Ou presque. À preuve, deux
garçons redoublent ou sont en difficulté d'apprentissage
pour une fille, tant au primaire qu'au secondaire. Soixante-dix
neuf pour cent des filles obtiennent leur diplôme d'études
secondaires avant l'âge de vingt ans contre 65 % des
garçons. Une situation à l'avantage croissant des
filles depuis quelques années. En 1995, trois fois plus
d'hommes (22 %) que de femmes (7,1 %) décrochaient
sans DES. Et la différence entre les taux de réussite
au baccalauréat s'amplifie depuis 1987, passant de 3,5 %
en faveur des femmes à 10,8 % en 1994-1995.
Qu'on se rassure. Au chapitre de l'écart garçons-filles, le Québec ne fait pas cavalier seul. Une étude de l'OCDE publiée en 1997 révélait, en effet, que les taux d'accès à l'université sont plus élevés chez les femmes dans la plupart des pays développés.
Mais les chiffres se corsent quand on aborde la question des troubles de comportement. Il y a, en effet, de quoi s'alerter à l'idée que cinq fois plus de garçons que de filles en souffrent. Dans la foulée, un autre triste record s'ajoute à la liste : sur cinq petits qui se voient prescrire du Ritalin, quatre sont des garçons. Au-delà de cette cascade de statistiques, il y a les enfants. Des enfants qui risquent la disqualification sociale, dans une économie du savoir qui misera de plus en plus sur la formation universitaire. Et pour qui on se doit d'agir.
Deux sexes, deux réalités
Nombreux sont ceux qui attribuent en grande partie les résultats supérieurs des filles aux caractéristiques de genre. Pour une meilleure réussite scolaire des garçons et des filles, l'Avis au ministère publié par le Conseil supérieur de l'éducation en octobre 1999, en répertorie tout un ensemble, notamment : des rôles sociaux de sexe bien distincts ; un rythme de maturation différent ; des modes d'interaction presque aux antipodes (plus coopératif pour la fille, plus compétitif pour le garçon) ; des styles cognitifs dissemblables, etc.
L'école, pour filles seulement ?
Thérèse Bouffard, professeure titulaire au Département de psychologie de l'UQAM, a sa propre opinion sur le sujet : « On dit que l'école est plus adaptée aux filles, en ce qu'on exige des enfants des comportements et des attitudes conformes, attendus, et que les filles répondent mieux à ces attentes. Or, à ma connaissance, on a toujours voulu que les élèves soient attentifs et travaillants. C'était du moins le cas quand j'étais jeune. Aujourd'hui, par contre, l'école m'apparaît convenir beaucoup mieux aux enfants : on privilégie souvent le travail par projets, en groupes ; les jeunes peuvent bouger sans avoir à plancher pendant quatre heures sur des exercices de mathématiques. Selon moi, si le milieu scolaire a changé, c'est pour mieux s'adapter aux enfants. »
La réussite : aux garçons intelligents, aux filles travaillantes
Soit. Mais d'où viennent alors les écarts ? Thérèse Bouffard poursuit : « Je crois plutôt que tout cela a à voir avec le discours dominant sur l'excellence et avec la socialisation de la réussite qui a une portée différente chez les garçons et chez les filles. On socialise les petits garçons par l'attribution de l'intelligence." Si tu as bien réussi, c'est que tu es intelligent. " Tandis que le succès des petites filles est associé au travail, à l'effort. Mis à part les deux ou trois meilleurs, les trente autres garçons de la classe comprennent vite qu'ils ne pourront aspirer à l'excellence puisqu'ils ne sont pas suffisamment intelligents. À quoi bon s'acharner ? Les filles, elles, savent une chose : si elles travaillent fort, elles vont réussir. Les garçons s'en tirent donc sans trop de peine. C'est vrai jusqu'à la fin du secondaire, où la réalité les rattrape et les écarts se creusent. Là se pose un sérieux problème de préservation de l'image de soi. En réponse les garçons ont développé une stratégie défensive, pour sauver la face. Résultat : nos garçons sont démotivés. »
Apprendre pour le plaisir ou pour avoir l'air intelligent?
Robert
Vallerand, professeur et directeur du Laboratoire de recherche
sur le comportement social de l'UQAM, apporte un autre éclairage
sur le sujet : « Une vingtaine d'études
montrent que le profil motivationnel des filles est plus autodéterminé.
Elles apprennent davantage par choix, par plaisir, tandis que
les garçons veulent avoir l'air intelligent et visent un
bon emploi, un salaire élevé. En règle générale,
garçons et filles montrent les mêmes aptitudes à
apprendre. Mais les filles sont plus matures, plus autonomes,
tant sur le plan social que cognitif. La motivation des garçons
est plus fragile. Ce qui explique leur propension plus grande
à abandonner dès que se présente un problème.
Pourtant, la motivation se cultive. Et cela, dès la maternelle. »
Faut-il comprendre que l'école s'adapte mal au rythme de développement des enfants ? « On reconnaît volontiers que les filles sont rapidement plus réflexives, qu'elles peuvent s'arrêter et prêter attention plus longtemps, précise Thérèse Bouffard. Tandis que les garçons montrent davantage d'impulsivité, qu'ils ont besoin plus longtemps de jouer, de bouger. Ces différences s'inscrivent dans le développement normal des individus. Pourquoi, par exemple, ne pas permettre aux garçons de commencer l'école un an plus tard ? »
À
la bougeotte des gars s'ajoute par ailleurs l'aptitude des filles
à mieux maîtriser la lecture et l'écriture.
« Il est vrai que, dès leur entrée à
l'école, les filles montrent déjà plus de
compétences sur le plan du langage, admet Pierre Potvin,
directeur du Laboratoire de recherche sur les jeunes en difficulté
d'adaptation de l'UQTR. « Et comme la langue fait partie
des préalables à l'apprentissage, il y aurait à
cet égard des dispositions facilitantes pour les filles. »
Certes, les garçons « compensent » encore avec de meilleurs résultats en sciences et en mathématiques. Bien sûr, on a démontré que l'écart enregistré entre garçons et filles dans l'apprentissage de la lecture et de l'écriture ne se répercute pas sur l'apprentissage des autres matières. Il reste, toutefois, que les difficultés éprouvées en français, comme en maths, sont « les deux motifs principaux qui mènent à l'identification d'un élève comme étant en difficulté d'apprentissage ou encore sur lesquels les autorités scolaires vont s'appuyer pour justifier une décision de redoublement », selon l'Avis du Conseil. Quand on sait que les garçons redoublent deux fois plus que les filles, il y a là matière à réflexion.
Fragilité biologique des garçons...
Et comme
si ce n'était pas assez, les garçons décrochent
par-dessus le marché la palme au chapitre des troubles
de comportement. Comme de plus en plus d'intervenants en éducation
et en psychologie, Suzanne Dugré, psychoéducatrice
et professeure au Département des sciences du développement
humain et social de l'UQAT, avance la thèse de la fragilité
biologique des garçons : « Ils
présentent plus de troubles moteurs, de dyslexie, d'hyperkinésie,
d'hyperactivité. » Dans un article
de Renée Nolet, intitulé Échec scolaire :
que sont nos garçons devenus ? et paru dans la
revue Convergences de l'UQAT en octobre 1999, elle précisait :
« La fragilité biologique des garçons
est très bien documentée partout dans le monde.
Zazzo, notamment, soutient que de façon générale
la supériorité des filles ne repose pas, comme on
le laisse souvent entendre, sur leur docilité et leur conformisme,
mais plutôt sur leur développement plus harmonieux
et mieux assuré. Plus résistantes, moins affectées
par les accidents de naissance, les filles sont mieux armées
pour affronter les contraintes de l'environnement. »
...et dépression chez les filles
Mais d'autres facteurs viennent toutefois désavantager les filles sur le plan de la santé mentale. Selon Pierre Potvin : « On a découvert qu'on peut prédire les risques de décrochage d'un jeune à partir d'une vingtaine de variables dont le rendement scolaire en français et en mathématiques, la relation maître-élève, le soutien affectif des parents et... la dépression, jusque-là insoupçonnée. Or, les filles ont tendance à souffrir davantage de dépression que les gars. C'est un trouble intériorisé, plus courant chez les sujets féminins comparativement aux troubles extériorisés, typiques des hommes. La dépression pourrait aussi être liée à la puberté au cours de laquelle les filles voient leurs changements corporels de façon plus négative que les garçons. »
L'offre de l'école
C'est vrai, l'école est encore aujourd'hui plutôt monolithique. Elle privilégie un modèle de comportement unique, valorise l'ordre et la discipline, règle l'agenda de travail et écarte les divergences. « Et les filles ont effectivement les caractéristiques, les habiletés, les compétences qu'il faut pour réussir dans cette collectivité, rappelle Pierre Potvin. L'école a été en quelque sorte structurée d'une façon qui correspondrait bien au caractère des filles. »
Comme le précise Suzanne Dugré, une recherche réalisée par Jean-Pierre Terrail en 1992 mettait clairement en évidence le rapport discordant à l'école entre les deux sexes. « Quand on les invite à choisir des mots pour décrire l'école, les filles optent pour "apprendre", "réfléchir", "écouter", "découvrir". Tandis que, pour les garçons, l'école est synonyme d'"interdiction", de "corvée", d'"ennui", d'"abandon". Les garçons ne se battent même plus. Ils admettent tout simplement que les filles sont meilleures. »
Les relations maître-élève
Cette
notion de « club privé féminin » prend
davantage de poids au regard de la prépondérance
des femmes dans le personnel enseignant des premiers cycles :
elles représentaient 98,4 % des maîtres au préscolaire
en 1994-1995 et 84,4 % au primaire, en 1996-1997. Des facteurs
économiques et sociaux - la faible reconnaissance
sociale, par exemple - expliquent sans doute le désengagement
des hommes au primaire, comme le note Gérald Boutin,
professeur titulaire en adaptation scolaire et sociale et directeur
du Bureau de la formation pratique de l'UQAM. Faut-il voir dans
ce contexte un désavantage pour les garçons?
« Sincèrement, je ne crois pas que le sexe des enseignants ait une influence sur les résultats scolaires, lance Pierre Potvin. Nos analyses sur les relations maîtres-élèves, effectuées à la fin du primaire et au secondaire, montrent clairement que les attitudes des enseignants, hommes ou femmes, sont les mêmes envers les enfants. »
Richard
Pallascio, professeur en didactique des mathématiques
et responsable de la formation des maîtres à l'UQAM
en plus d'être chercheur régulier au CIRADE (Centre
interdisciplinaire de recherche sur l'apprentissage et le développement
en éducation), n'est pas de cet avis. « Dans
les rares classes où un homme est titulaire, les garçons
réagissent négativement à l'arrivée
d'une femme stagiaire. Pour plusieurs, le professeur représente
en effet une figure paternelle. Je crois
que beaucoup plus d'hommes devraient se lancer dans l'enseignement
au primaire. Pour bien des garçons, il pourrait s'agir
du seul homme signifiant qu'ils vont rencontrer dans leur enfance. »
Et si, pour changer de perspective, on examinait plutôt la question sous l'angle des relations maître-élève ? Selon Pierre Potvin, « des études menées dans différentes commissions scolaires ont mesuré le niveau de perception des enseignants envers leurs élèves. On découvre que la perception positive se présente dans cet ordre décroissant : d'abord les filles, puis les garçons, puis les filles en difficulté scolaire suivies des garçons en difficulté. Par ailleurs, on a classé les élèves selon quatre qualificatifs : les élèves attachants, les préoccupants (ceux qui demandent beaucoup de l'enseignant), les indifférents (qui passent inaperçus) et les rejetés (qui éprouvent des problèmes d'hostilité, des troubles de comportement). Partout, la proportion de filles attachantes est supérieure à celle des garçons. Inversement, beaucoup plus de garçons que de filles sont rejetés. Tout cela est affaire de comportements. Les filles sont plus attachantes parce qu'elles font ce qu'il faut pour l'être. Autrement dit, les gars sont considérés tout aussi attachants quand ils font comme les filles. Ces données s'accentuent par ailleurs en milieu défavorisé. Mais ne nous trompons pas! La majorité des enfants sont considérés comme attachants par leur maître puisqu'on compte 55 % de filles pour 45 % de garçons ».
Le rôle des parents
Il apparaît un peu trop simple de tout mettre sur le dos de l'école. Pour Suzanne Dugré, notre société matriarcale y serait pour quelque chose dans la propension des filles à mieux réussir. « Il y a encore quelques décennies, les pères faisaient beaucoup d'argent en région, dans les mines et les forêts, sans avoir à aller à l'école. L'instruction était peu valorisée. Les femmes, elles, savent qu'elles sont dans un élan d'émancipation et elles éduquent leurs petites filles en conséquence. Elles favorisent leur autonomie, les poussent à accomplir ce qu'elles-mêmes n'ont pu réaliser. »
Mère marquante, père absent
La présence marquante de la mère équivaudrait-elle, encore et toujours, à l'absence du père ? Comment les pères peuvent-ils jouer un rôle actif dans la réussite scolaire des enfants ? Peut-être, d'abord, en contribuant à dissiper les stéréotypes. « Un garçon qui n'a presque jamais vu lire son père ne dispose pas d'un modèle très fort pour l'inciter à la lecture, l'un des outils, l'une des armes de base pour apprendre, » affirme Gérald Boutin.
De façon plus large, Gérald Boutin se dit très sensible à l'influence familiale dans la quête de l'apprentissage. « La famille, aujourd'hui, est plutôt en difficulté. Les parents ont beaucoup à faire. Pourtant, on sent chez eux une grande préoccupation, un souci de préparer les tout-petits de quatre-cinq ans à l'école. L'école doit faire sentir au garçon qu'il aura le droit de jouer, de ne pas être une fille. Si le père se retire de l'éducation de son fils, en pensant qu'il sera plus intéressant d'interagir avec lui à l'adolescence, c'est perdu. J'observe un changement marqué chez les jeunes pères. Mais les pères ont besoin de soutien, d'outils, de groupes d'échange sur la parentalité, par exemple. »
Pour que l'intervention des parents soit efficace, cela dit, il faut beaucoup de tact. « Le vrai défi des parents, précise Robert Vallerand, c'est de montrer leur intérêt sans prendre les décisions à la place du jeune. D'interagir avec lui, en disant : " Ce sont tes études, tes choix et je suis là pour t'aider ". Autrement, s'installe très vite chez l'enfant un sentiment d'incompétence ou, au contraire, d'abandon. La clé, c'est le doigté. »
L'influence de la société
Si on
extrapole jusqu'à l'université, d'autres facteurs
externes influent sur le taux de diplomation au baccalauréat.
Danielle Pageau, agente de
recherche à la Direction du recensement étudiant
et de la recherche institutionnelle au siège social de
l'UQ, vient de terminer une étude auprès des étudiants
à temps plein. Elle observe « que de nombreuses
variables jouent, comme les antécédents scolaires
(expérience d'échec ou d'abandon, obtention d'un
DEC), le fait de réussir tous les cours au premier trimestre,
de viser l'obtention du diplôme à la fin du programme,
de vouloir éviter les interruptions. Mais des influences
externes s'exercent aussi, comme le choix de l'établissement
et la situation financière de l'étudiant. Autant
de conditions traditionnelles qui sont encore et toujours gages
de succès et que réunissent seulement 25 %
des candidats ».
À la question « qu'est-ce qui sépare les garçons des filles ? », madame Pageau répond par une hypothèse : « Je crois qu'il existe une forme de détresse chez la jeunesse et que le manque de projection dans l'avenir est plus prononcé chez les gars. La prospérité économique n'est plus garantie. Les jeunes grandissent dans un monde différent où les maigres perspectives d'emploi sapent vite l'espoir de se tailler une place enviable. »
Des solutions : quelques pistes
Trente ans après le rapport Parent qui prônait la mixité pour augmenter le niveau de scolarité général et améliorer la scolarisation des filles, de nombreux intervenants la remettent aujourd'hui en cause. Ce sujet chaud suscite les débats. « Les garçons sont davantage dérangés par la mixité, soutient Suzanne Dugré. Ils veulent à tout prix impressionner leurs compagnes de classe tandis qu'elles, au contraire, continuent de travailler. On aurait peut-être intérêt à séparer garçons et filles au cours des trois premières années du secondaire. »
Un reportage
diffusé en début d'année à Zone
libre, à la télé de la SRC, montrait
avec éloquence à quel point l'attirance, les tactiques
de séduction et les histoires d'amour risquent de faire
vagabonder l'esprit bien loin des études. À côté
de ceux qui revendiquent la séparation complète
et des écoles distinctes pour garçons et filles,
d'autres, comme Simon Papillon, sont plus nuancés.
« Je pense qu'il faut plutôt rejoindre les garçons
dans leurs intérêts, amorcer des projets spécifiques
au groupe garçons. Masculiniser certaines activités
pour que les gars se sentent eux aussi interpellés par
l'école. »
À cet égard, la plupart de nos intervenants accueillent positivement l'approche par projets, prévue dans la réforme du ministre Legault. Une mesure qui aurait le bonheur de stimuler le côté physique et « concret » des garçons tout en donnant une voix aux filles pour intervenir et s'exprimer.
Pour Gérald
Boutin, tout passe par l'intervention dans le milieu. « C'est
certain, les programmes d'aide fonctionnent dans la mesure où
les parents participent. Mais il faut mettre l'accent sur les
développements physique, cognitif, affectif et social de
l'enfant. Favoriser, par exemple, un dépistage en douce
des problèmes d'apprentissage et de comportement qui respecte
le rythme des petits sans les cataloguer. Créer des "centres
d'éveil" où les parents apprendraient par le
jeu à entrer en contact avec la dimension cognitive de
leur enfant. De tels centres naissent dans des CLSC et certaines
commissions scolaires. Mais l'idée reste encore embryonnaire.
On ne sent pas, de la part du ministère de l'Éducation,
un grand intérêt pour ce genre d'exercice. Il s'agit
pourtant de modèles intéressants à explorer. »
Au CIRADE, on travaille depuis 1995 à mettre au point une méthode pour le moins originale, axée sur le développement de la pensée réflexive dans l'apprentissage des mathématiques : l'approche philo. Les jeunes de huit à treize ans sont ainsi appelés à aborder les maths par la lecture de romans « philosophico-mathématiques » mis au point par le centre de recherche. Les enfants choisissent les thèmes qui les intéressent et réfléchissent à des questions qui, par ricochet, les forcent à s'interroger sur leurs propres processus d'apprentissage. « On constate que les premiers à s'inscrire au projet sont les élèves en difficulté, et par voie de conséquence les garçons. Tout simplement parce qu'ils se rendent compte qu'ils ne sont pas censurés ni évalués. Ce sont les arguments des élèves entre eux qui incitent le jeune à s'autocorriger. »
Études, programmes, solutions... Chercheurs, professeurs, intervenants, acteurs et responsables gouvernementaux travaillent fort pour favoriser la réussite scolaire des garçons. Une préoccupation qui inquiète pourtant les féministes. Vrai, bien que les femmes envahissent désormais les universités, on ne peut en dire encore autant de leur présence aux grands postes de commande. Souhaitons que de ces efforts, individuels ou concertés, découlent des projets porteurs qui rendront le succès accessible à tous. Pour que le mot équité prenne tout son sens et ouvre, pour les garçons comme pour les filles, des perspectives d'avenir stimulantes. Et cela, dès les premiers stades de l'apprentissage et de l'acquisition des connaissances.
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RITALIN : UN MÉDICAMENT POUR GARÇONS ?
Les chiffres, en effet, font frémir. Selon les données
de Santé Canada, l'usage annuel du Ritalin était
cinq fois plus élevé en 1997 qu'il ne l'était
en 1990. Des statistiques de IMS Canada (Intercontinental
Medical Statistics) montrent par ailleurs qu'entre 1990 et
2000, le nombre de prescriptions annuelles est passé au
Québec de 33 000 à 247 730. Garçon = hyperactif ? En fait, ce qu'on appelle en termes scientifiques le « trouble déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité » (THADA, TDA/H ou TDAH selon les auteurs) n'est pas un phénomène nouveau. Mais on le connaît sous ce nom depuis les années 80, au moment de son apparition dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, le fameux DSM. C'est le trouble de développement le plus fréquent chez les enfants. En gros, trois caractéristiques permettent de le reconnaître : l'inattention, l'agitation et l'impulsivité. Bref, l'enfant a du mal à se concentrer et à terminer exercices et devoirs (comme si le moindre facteur extérieur le faisait constamment décrocher) ; il est fébrile, bouge, parle vite, dérange; il a des réactions spontanées, agit avant de penser... Dans un article publié sur le Site de l'adaptation scolaire et sociale de langue française, auquel collabore le réseau de l'UQ, Jean-Marie Honorez énonce que la forme pure du TDHA, sans trouble associé, toucherait au Québec une population de 7 500 à 12 500 élèves. Et qu'à cela s'ajouterait un groupe de 22 500 à 37 500 élèves souffrant de la forme pure de THADA associée à d'autres troubles mentaux. Donnée cruciale, de six à neuf garçons pour une fille, dans la population en général, sont étiquetés THADA. Et les enfants touchés ont le plus souvent entre cinq et douze ans. Des causes multiples Pourquoi tant d'enfants atteints ? On n'a pas encore de réponse claire et précise. Le Collège des médecins du Québec et l'Ordre des psychologues du Québec attribuent la situation « à la grande variabilité dans les critères diagnostiques, des critères en constante évolution. » Il est vrai qu'en dehors du DMS, il n'existe pas de définition de l'hyperactivité à l'école. Une étude effectuée auprès de médecins et publiée par Santé Canada en 1999 mentionnait pour sa part que certaines des raisons expliquant l'augmentation de l'usage du Ritalin comprenaient : « Les pressions exercées pour prescrire le médicament; une plus grande sensibilisation de la population à l'égard de l'usage des médicaments en guise d'alternative ; [...] trop peu de ressources pour des approches alternatives ; une plus grande acceptation des médicaments, et un manque de discipline à la maison et à l'école ». L'incidence de la biologie et de la génétique
L'hérédité semble jouer un rôle majeur sur l'incidence des symptômes 1. « On n'a pas encore réussi à identifier les marqueurs génétiques en cause, précise Suzanne Lavigueur, mais on est sûr qu'il y a des prédispositions héréditaires. Dans environ 80 % des cas étudiés, on observe d'autres cas de déficit d'attention/hyperactivité dans la famille. »
Serait-il justifié, par ailleurs, de mettre en cause l'environnement, le contexte structurel et social de l'école ? Pierre Paradis répond : « Beaucoup de parents disent que l'école fait pression sur eux pour inciter leurs enfants à prendre du Ritalin. Les médecins en prescriraient plus parce que les enseignants référeraient davantage de cas. Or, ce sont des femmes qui enseignent au primaire. Des commentaires écrits et d'autres diffusés à la radio soulignent que les hommes accepteraient davantage le comportement désorganisé des garçons. Les enseignantes sont-elles plus intolérantes ? Faut-il voir là une démonstration de la velléité de la gent féminine à dominer l'homme, comme certains le prétendent ? » Reste que l'étude de Santé Canada auprès des médecins est claire : « En général, 39 % des répondants qui ont traité le THADA ont déclaré avoir, souvent ou toujours, subi des pressions de la part des enseignants pour prescrire le Ritalin et 16 % ont, souvent ou toujours, subi des pressions de la part des parents. » Que faire ? Pour Suzanne Lavigueur, la solution passe souvent par des approches éducatives appropriées, un encadrement adéquat, un travail concerté. « C'est trop simple de dire que si l'on avait des écoles parfaites, il n'y aurait pas de Ritalin. Il faut sortir du débat " pour ou contre " le Ritalin et se demander si l'enfant est heureux dans la classe et avec ses pairs. Lui offre-t-on les mesures éducatives dont il a besoin ? Lui propose-t-on un travail stimulant ? Bénéficie-t-il de toutes les ressources qu'il lui faut pour réussir à l'école ? Tous ces enfants pour qui l'école est difficile sont pénalisés par le manque de ressources. J'ai vu trop de parents se sentir coupables, humiliés, jugés par l'entourage. L'école est plus difficile pour un enfant qui souffre du déficit d'attention et qui doit prendre du Ritalin que pour un autre. Tout comme la vie est plus difficile pour un enfant asthmatique qui doit prendre du Ventolin que pour un autre. Avec la médication et les moyens d'apprentissage appropriés, je crois que l'enfant peut apprendre. » Dans cet esprit, Mme Lavigueur prône des stratégies éducatives d'inspiration behaviorale pour agir et non réagir, fondées sur la règle des quatre C : Compenser les déficits, Clarifier les demandes, Construire sur le positif et Contrecarrer l'inacceptable. Dans les cas plus sévères, la médication devient parfois un complément utile pour soutenir ces approches. De son côté, le gouvernement québécois a voulu fournir des pistes aux nombreux intervenants du système. Le ministère de la Santé et des services sociaux du Québec a ainsi financé les travaux d'un comité conjoint formé du Collège des médecins du Québec et de l'Ordre des psychologues du Québec. Ce comité publiait en septembre dernier Le Trouble déficit de l'attention/hyperactivité et l'usage de stimulants du système nerveux central, des lignes directrices visant à fournir aux médecins et aux psychologues un cadre de référence en matière de dépistage, d'évaluation, de diagnostic, d'intervention et de traitement des jeunes en âge scolaire (5-18 ans) aux prises avec le TDAH ou en présentant les symptômes. Pierre Paradis commente : « Les connaissances des médecins sont peu évoluées sur le sujet. Le document propose des approches multimodales. Dans les faits, les psychologues seront prêts à diagnostiquer tandis que les médecins vont prescrire. Il s'agit là d'un mariage de raison où chacun va combler les limites de l'autre. » Reste à voir ce que réserve l'avenir. 1 C'est aussi vrai pour les filles que pour les gars... |
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PLUS DE GARÇONS SE SUICIDENT
« On l'a dit déjà, les problèmes de comportement des garçons sont plus visibles, plus extériorisés. Tout comme l'hyperactivité dérange la classe, le suicide, à sa façon, est spectaculaire. Deux facteurs expliquent toutefois le taux de suicide plus élevé chez les hommes : une plus grande impulsivité agressive (les hommes commettent davantage d'actes de violence, de crimes) et l'abus d'alcool et de drogues (plus important chez les garçons). « Les développements cognitifs et affectifs ne sont pas en interrelation. Ce n'est donc pas parce qu'on réussit bien à l'école qu'on est en meilleure santé mentale... » NOMBRE DE DÉCÈS PAR SUICIDE
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Plus
rien n'arrête les filles dans leur promotion individuelle
et sociale. Même celles qui obtiennent des résultats
scolaires sous la moyenne veulent faire des études universitaires
en plus grand nombre que les garçons obtenant les mêmes
notes ! Les impacts du mouvement féministe sur la
motivation des filles pour les études et leurs possibilités
d'accès à toutes les professions sont clairs et
reconnus. Mais peut-on retourner l'énoncé et mettre
en cause le féminisme dans la vraisemblable démotivation
des garçons pour les études ?
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C'est la faute des féministes
« Si
elle est rarement soulevée clairement, la mise en cause
du féminisme n'est jamais très loin, constate Marie-Paule
Desaulniers, professeure au Département des sciences
de l'éducation à l'UQTR. Même si les avantages
des filles en termes de réussite scolaire et de diplomation
s'étiolent dès leur arrivée sur le marché
du travail, le malaise des garçons à l'école
est parfois présenté comme un backlash du
féminisme, du moins dans l'opinion publique. »
Mme Desaulniers, comme d'autres éducatrices, perçoit
plutôt le backlash dans l'exploitation antiféministe
de l'écart entre le succès des filles et celui des
garçons dans le système scolaire.
« Bien sûr, dit-elle, le rattrapage spectaculaire des femmes sur tous les plans depuis trente ans peut paraître menaçant ! Mais il faut surtout chercher la cause du désarroi des garçons, et d'un certain nombre d'hommes, dans des problématiques sociales plus larges reliées, entre autres, à l'ouverture rapide du Québec à la modernité. Le mouvement de prise d'autonomie de la femme n'est pas venu seul », rappelle la professeure qui enseigne l'éducation sexuelle aux futurs enseignants et aux futures enseignantes. Ce mouvement s'est notamment conjugué avec la perte de pouvoir du clergé et avec des changements juridiques (contraception, divorce...) qui allaient bouleverser la vie de famille et la vie de couple. Pas de doute, le quotidien des hommes et des femmes, mais aussi les valeurs et les attentes ancestrales liées au statut de l'homme dans la société ont été touchées.
Le succès pour tous
La mathématicienne
Louise Lafortune, également professeure en éducation
à l'UQTR, pousse les hauts cris lorsque l'on insiste sur
la performance supérieure des filles à l'école :
« En sciences et en mathématiques, au Québec,
les résultats sont identiques pour les garçons et
les filles chez les jeunes de 3e secondaire, dit-elle en se référant
à la Troisième enquête internationale sur
les mathématiques et les sciences (TEIMS-99). Dans cette
étude internationale réalisée en 1999, les
jeunes Québécois et Québécoises affichent
des résultats supérieurs aux élèves
des autres provinces, mais des résultats qui, en termes
absolus, sont déplorables. En effet, malgré des
résultats supérieurs à l'échelle canadienne,
nos jeunes échouent et abandonnent trop ces disciplines.
Ils sont ceux qui aiment le moins apprendre les mathématiques. »
Pour Louise Lafortune, des questions plus globales doivent être posées au sujet de la réussite scolaire. La professeure estime qu'en se penchant trop exclusivement sur les problèmes des garçons, une nouvelle situation désastreuse risque d'être créée. « Il faut plutôt rechercher des solutions ailleurs. Je crois plus à la pédagogie de l'équité qu'à la pédagogie différenciée, dit-elle. En misant sur le développement de la métacognition, nous aurions davantage de chances de permettre à chaque personne d'apprendre en développant sa créativité, sa propre autonomie et ses propres stratégies. Pour ma part, je ne favorise pas des stratégies qui incitent à la différenciation au départ, autant pour les types d'intelligence que pour les styles d'apprentissage ou les genres. Je crains trop que l'on catégorise les élèves. »
Les impacts selon les genres, oui
Les inventaires sexués, non
La tendance
à l'inventaire des réussites des garçons
et des filles à l'école indispose aussi la chercheure
Anita Caron, pionnière de l'Institut d'études
féministes de l'UQAM. « Toute étude qui
établit de la sorte une différenciation des sexes,
des ethnies et des religions mène à l'impasse, dit-elle.
C'est très vicieux de faire ainsi des catégories.
C'est aussi dangereux, car si l'on établit que les filles
sont meilleures que les garçons, évidemment que
les gars ne seront pas bons ! »
Si Mme Caron se réjouit que les filles bénéficient maintenant d'un accès plus généralisé aux études et d'une ouverture à différentes professions et métiers, elle ne voit pas en quoi le féminisme serait la cause de l'insuccès des garçons. « Il faut regarder d'autres éléments, croit-elle. Par exemple, l'école qui n'a pas su s'adapter et répondre aux attentes des garçons... L'absence d'un projet de société qui aurait su répondre aux jeunes des deux sexes... En effet, même s'il est évident que le combat des femmes a contribué à changer les règles du jeu en ce qui concerne l'accès à de nombreuses professions, dit la professeure, il n'a pas changé les conditions sociales et économiques qui prévalent dans la société. Ce combat n'a pas changé non plus les modalités de l'éducation dans les écoles et dans les familles. » Selon Mme Caron, les stéréotypes « homme » et « femme » sont toujours bien présents dans la société et continuent à dicter les comportements et les attitudes.
Non sans sourire, Mme Caron s'étonne du peu d'inventaires des postes et des réussites qui étaient faits quand les hommes étaient partout. Maintenant, on fait ce décompte, car c'est dérangeant de voir des femmes accéder à tous les postes. « Il faut reconnaître qu'à l'heure actuelle des entreprises délibérées cherchent à maintenir des préjugés sociaux à l'encontre de l'égalité des personnes, admet-elle. Je crois que le vrai backlash, c'est là qu'il se situe. »
Du travail et du stress
Parmi les
arguments invoqués pour expliquer le désarroi des
enfants et adolescents, notamment des garçons : l'absence
de la mère au foyer. Selon Louise Vandelac, professeure
titulaire au département de sociologie de l'UQAM et à
l'Institut des sciences de l'environnement : « Sans
doute vaudrait-il mieux parler de la faible disponibilité
des parents découlant largement des modalités de
restructuration du marché du travail, ayant pour effets
la nécessité du double revenu et des horaires de
travail de plus en plus atypiques. Au début des années
1990, selon les statistiques canadiennes, il fallait entre 75
et 80 heures de travail par semaine pour faire vivre une famille
moyenne, deux adultes et deux enfants. Vingt ans plus tôt,
en 1970, il en fallait entre 35 et 40. En 20 ans, on a donc doublé
le temps de travail requis pour le même revenu familial.
En outre, cette contrainte économique s'est accompagnée
d'une intensification du rythme de travail et d'horaires de plus
en plus atypiques, irréguliers, à contretemps des
rythmes sociaux.
« On estime, en effet, qu'au-delà des deux tiers des familles canadiennes sont à double revenu et que dans plus des deux tiers des cas, les conjoints travaillent à des horaires autres que de neuf à cinq du lundi au vendredi. En clair, précise la sociologue, les enfants sont davantage laissés à eux-mêmes et doivent épouser les rythmes des parents, eux-mêmes de plus en plus débordés, voire épuisés par des exigences professionnelles plus lourdes. Tout cela augmente, bien sûr, le stress et l'anxiété de tout le monde et réduit le temps de disponibilité véritable pour les enfants. » [...]
Du bonheur d'être fille
Le bien-être des filles dans le système scolaire actuel, comme dans la société en général, est en train de devenir une légende urbaine. Lorsque l'on s'attarde aux problèmes de décrochage, de comportement et de démotivation qui affectent davantage les garçons, un effet de comparaison simpliste peut laisser croire que les filles évoluent désormais dans la vie comme des poissons dans l'eau. « Il est faux de croire que les filles ont gagné une assurance à toute épreuve, dénonce Marie-Paule Desaulniers. La conscience de leur vulnérabilité est très présente chez les filles, et leur travail à l'école, et même à l'université, est en grande partie lié à cette insécurité. Elles savent notamment que pour réussir dans la vie, elles devront être plus performantes et mener la double fonction de mère et de travailleuse. »
Louise
Cossette, professeure au Département de psychologie
de l'UQAM, abonde dans le même sens : « Les
filles agissent comme si elles savaient qu'une femme non scolarisée
s'en tire moins bien qu'un homme non scolarisé sur le marché
du travail, dit-elle. Un homme sans diplôme trouvera du
travail mieux payé qu'une femme dans la même situation.
À l'inverse, il faut bien constater qu'à niveau
de scolarité égal, les plus hautes fonctions sont
toujours occupées par les hommes et le seront sans doute
encore pour un bon moment, compte tenu des choix familiaux que
font les femmes et que continueront à faire les femmes. »
Tout comme Marie-Paule Desaulniers, Louise Cossette se fonde,
entre autres, sur la conscience de ces réalités
qu'ont les filles pour expliquer leurs efforts en classe.
Enfin, dans la série (à écrire) Il est temps que Calamity Jane rentre à la maison, on dit aussi que les filles réussissent mieux à l'école parce qu'elles sont plus obéissantes que les garçons. Ouf ! Heureusement, là encore, la recherche en éducation apporte des arguments de réflexion. Dans son Avis Pour une meilleure réussite des garçons et des filles, le Conseil supérieur de l'éducation fait ressortir que les élèves les moins conformes aux rôles sexuels traditionnels réussissent mieux que les autres à l'école. L'Avis cite la professeure Pierrette Bouchard, de l'Université Laval, dont les recherches démontrent que plus un élève (garçon ou fille) adhère aux stéréotypes propres à son sexe, plus cet élève se retrouve à distance du monde scolaire. Inversement, plus l'élève résiste à cette assignation sociale, telle que véhiculée par les rapports sociaux de sexe, plus il (ou elle) est en situation de proximité scolaire. De manière attendue, les chercheurs ont vérifié que les garçons, plus que les filles, manifestent leur conformité aux stéréotypes.
Pas de pitié pour les garçons ! Les féministes ont réponse à tout, diront leurs détracteurs à la fin de cet article. Pourtant, ces professeures et chercheures sont les premières à dénoncer le poids mis sur les épaules de nos garçons et plusieurs d'entre elles cherchent des solutions. Louise Lafortune est de celles-là. Toute mathématicienne qu'elle soit, elle avance l'idée qu'« une valorisation de la réflexion, de la créativité et de l'autonomie pour tous et toutes pourrait soutenir le succès de la trajectoire scolaire des filles comme des garçons. » On a sans doute fait jouer aux sciences et aux maths, traditionnellement perçues masculines, un rôle disproportionné dans le succès des études et l'accession à l'université. Parallèlement, on a aussi accepté un peu trop facilement que les aptitudes et le goût pour la lecture et l'écriture soient des histoires de filles. Pourtant, selon Statistique Canada, ce sont les échecs en langue d'enseignement qui empêchent les jeunes d'accéder aux études universitaires, pas les échecs en mathématiques.
Pour les chercheures féministes, reconnaître les effets des rôles sociaux de sexe et de socialisation, ce n'est pas les entériner. Au contraire, leur reconnaissance serait plutôt un préalable vers une éducation enfin équitable. Plus personne ne veut d'une société où les destins sont joués à la naissance !
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Des aspirations et des faits
- Chez les filles, le mouvement vers des études universitaires s'est amorcé dans les années 70 et s'est poursuivi. (Breton 1965 : 10 %, Perron 1997 : 45 % - aspirations mesurées en 5e secondaire) - La proportion de garçons entrant à l'université a cessé de croître vers la fin des années 70 et est demeurée stable depuis. En 2001, au premier cycle, il y a 60 % de filles au Québec - Ces phénomènes ne sont pas spécifiques au Québec, ils s'étendent à l'Amérique du Nord - Parallèlement, la proportion des sans diplôme du secondaire (décrocheurs) est restée stable depuis la fin des années 70 - La plus grande scolarisation des mères ne serait pas déterminante pour la motivation des filles à faire des études plus poussées. En effet, la proportion des enfants (garçons et filles) qui aspirent à des études universitaires est plus élevée quand le père a fait des études universitaires que lorsque la mère a fait des études universitaires Données tirées d'une présentation faite au congrès de l'ACFAS en 2001 par le groupe de recherche Ergosum de l'Université Laval et de la Téluq. |