RÉSEAU HIVER 2003 / Magazine de l'Université du Québec
Reproduction autorisée avec la mention de l'auteur et de la source.

Sciences et technologie

Ville RimouskiVille RimouskiRimouski
ville océane

Au cours des dix dernières années, la grande région de Rimouski et du Bas-Saint-Laurent a valorisé le potentiel énorme du « milieu maritime ». Un bel exemple de transfert de savoir universitaire à l'échelle régionale.

L'UQAR déroule le tapis rouge au 27e Congrès des biologistes du Québec

Par Michel Bélair*

Avec le recul, ça semble évident. D'une part, Rimouski est vraiment devenue une ville océane au cours des dix dernières années. Et de l'autre, l'Association des biologistes du Québec (ABQ) - qui n'avait encore jamais tenu son congrès dans le Bas- Saint-Laurent - décide de se pencher sur un sujet en or : « l'importance des océans dans l'équilibre écologique et économique de la planète ».

Rajoutez-y des rafales salées sifflant sur les embruns dans la vaste baie de Rimouski, considérez la part qu'y a joué l'UQAR en la colorant d'un soupçon du soleil pâle et presque mouillé de la mi-novembre... et vous avez un congrès scientifique d'envergure accueilli à bras ouverts par une région tout entière.

Le domaine maritime est devenu le sujet numéro un dans tous les ministères et dans tous les organismes implantés dans la région.

Le fait est que la capitale régionale se définit plus que jamais, et différemment, en rapport direct avec la mer... et qu'ici tout le monde connaît pertinemment « l'importance des océans dans l'équilibre écologique et économique ».

ISMERL'ISMER (Institut des sciences de la mer).

C'est un peu ce que soutient d'ailleurs Serge Demers, directeur de l'Institut des sciences de la mer (ISMER) de l'UQAR, aussi hôte du Congrès. « Ce Congrès est important pour une région comme la nôtre, précisait-il lors d'une entrevue téléphonique. Important à plusieurs titres. D'abord, cela consacre le caractère maritime de la ville. Avec ses institutions tout autant que ses entreprises tournées vers la richesse maritime, Rimouski est vraiment devenue avec les années une ville océane. D'autre part, cela vient aussi souligner le rôle positif d'entraînement que l'UQAR a joué dans cette transformation progressive. »

L'importance des sciences de la mer

AfficheL'affiche du 27e Congrès des biologistes du Québec qui se tenait à l'UQAR.

C'est entre les années 1995 et 1999 que la région semble avoir réalisé l'immense potentiel des sciences de la mer dont le programme scientifique du congrès de l'ABQ donne une fort bonne idée (on peut probablement le trouver encore en ligne au www.abq.qc.ca /congres2002.htm). Jusque-là, les sciences de la mer étaient mal connues. À l'époque, l'industrie des pêcheries vivait des heures sombres, et la région tout entière n'avait plus vraiment le choix : il fallait voir plus large, autrement. Inventer à partir de ce qui restait acquis. Et se tourner encore vers la mer. Serge Demers explique : « Je prêche un peu pour ma paroisse, mais je pense qu'avec la création de l'ISMER, on a commencé à réaliser l'ampleur du domaine maritime.

Depuis, les recherches et les actions concrètes se sont multipliées entraînant des retombées socioéconomiques extrêmement importantes. Et le domaine maritime, avec les multiples secteurs de recherche et d'activités qu'il met en relief, est devenu le sujet numéro un dans tous les ministères et dans tous les organismes implantés dans la région. »

échosondeursL'échosondeurs multifaisceaux

Cela a débouché, par exemple, sur la création du Centre de recherche en biotechnologie maritime, un organisme qui est extrêmement conscient des besoins de l'industrie. Ou du Centre interdisciplinaire de cartographie des océans qui peut aussi mettre ses techniques de pointe au service de tous les intervenants. Sans parler des expertises diverses et multiples développées par les institutions de la région qui se consacrent à la mer. Un beau cas de transfert de savoir universitaire à l'échelle régionale.

G. Roy et C. LangloisLors du Congrès de l'Association des biologistes du Québec, à Rimouski, Gaétan Roy, à gauche, est devenu le nouveau président de l'ABQ, en remplacement de Claude Langlois.

Ce n'est certainement pas par hasard que plusieurs professeurs et chercheurs de l'UQAR présentaient leurs travaux lors du Congrès de l'ABQ.

« Le Congrès, reprend Serge Demers, s'articulait autour de quatre grands thèmes qui nous touchent directement ici : les changements climatiques, la santé des écosystèmes marins, les nouveaux outils océanographiques - certains entendaient parler des échosondeurs multifaisceaux ou de l'hydroacoustique pour la première fois - et la biodiversité. En plus d'experts dans tous les secteurs, quatre conférenciers de réputation internationale y participaient. Louis Legendre, du Laboratoire océanographique de Villefranche, est venu parler de l'Arctique et des changements climatiques et Daniel Pauly, de l'UBC, a présenté une vision globale des effets de la pêche sur les écosystèmes marins. Quant à Émilien Pelletier de l'ISMER, il a donné l'heure juste sur l'état de l'estuaire du Saint-Laurent pendant que Thomas Piekutowski, de l'Agence spatiale canadienne, faisait le point sur les tendances dans les techniques d'observation des écosystèmes marins de la planète. Bref, il y avait là de quoi nourrir la curiosité de tout le monde pendant longtemps.»

Il sera intéressant d'y revenir dans quelques années voir si la tendance s'est poursuivie et comment, cette fois, le transfert de savoir de l'université vers « la vraie vie » se sera effectué...

En vrac

METTEZ-Y DU BOEUF !

L'entente n'a pas occasionné de changements notables sur l'échelle de Richter, mais les chercheurs de l'UQAT ont trouvé une autre façon d'inscrire la présence de l'Université en Abitibi-Témiscamingue. Cette fois, c'est du côté de l'agriculture et de l'agroalimentaire qu'ils ont investi en signant une entente par laquelle les chercheurs de l'Unité de recherche et de développement en agroalimentaire (URDAAT) s'engagent à poursuivre leurs travaux sur la production de viande de boeuf dite « de créneau ». Il s'agit d'une viande haut de gamme et exportable.

« Dans le contexte actuel, affirmait lors de la signature du protocole, Carole Lafrenière, chercheuse à l'URDAAT, nous croyons pouvoir développer une niche particulière en Abitibi-Témiscamingue, grâce à notre richesse régionale, nos herbages. » Il faut se rappeler que 50 % des entreprises agricoles régionales sont liées à la production de viande bovine. De plus, la région se classe bonne première au Québec quant à la taille des entreprises : 22 % d'entre elles ont plus de 100 unités animales.

L'objectif du projet «  Boeuf de créneau », souligne encore Mme Lafrenière, est de mettre au point des méthodes qui permettront de produire une viande bovine faite aux herbages, sans implants et sans antibiotiques, à des coûts compétitifs sur les marchés spécialisés. Les chercheurs accorderont une importance particulière à la saveur, à la tendreté, à l'innocuité et à la possibilité de retracer l'origine du produit.

Il y a toutes sortes de façons de refléter les besoins d'un milieu et ce projet en fait la preuve de façon originale.

Source : site de l'UQAT (www. uquebec.ca/cgi-bin/frame.pl?t=http://www.uqat.ca/)

INVESTIR DANS LES LANGUES

Un nouveau projet galvanise les énergies du côté de l'Université du Québec en Outaouais (UQO) : celui de la création d'un centre de recherche en technologies langagières. Comme l'explique Francis Whyte, recteur de l'UQO, cet institut de recherche qui serait situé sur le campus de l'université, constituerait une infrastructure de recherche et développement majeure pour la région. Son objectif serait de dynamiser les industries nationales de la langue dans le contexte de la mondialisation des marchés.

«  Notre université, affirme le recteur, offre déjà la formation langagière la plus complète au pays. Nous disposons d'un laboratoire linguistique de pointe, qui accueille une vaste gamme de logiciels spécialisés en traduction et en localisation, et nous avons créé le premier programme d'études supérieures spécialisées en localisation et en rédaction hypermédia en Amérique. Un tel institut de recherche viendrait compléter et enrichir la formation que nous offrons, tout en étant un levier de développement économique remarquable. »

Précisons que le projet bénéficie de nombreux appuis parmi les entreprises de la région impliquées tant dans le milieu de la traduction et de l'industrie langagière que dans celui des technologies de l'information.

Source : site de l'UQO (www.uqo.ca/nouvsirp/archives/communi/documents/CO2_03_008.html)

* Michel Bélair est journaliste au quotidien Le Devoir. On peut le rejoindre pour tout commentaire à : belmic@videotron.ca

Retour rubrique