RÉSEAU PRINTEMPS 2003 / Magazine de l'Université du Québec
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Paule LebrunL'empereur est nu!

Le dossier de ce mois-ci est un survol des réflexions on ne peut plus actuelles de cette jeune et si vieille discipline : l'éthique.

From Las Vegas...

Parlant éthique, par l'une de ces délicieuses coïncidences, je vous écris ce mot de Las Vegas (devenue l'une des destinations familiales américaines les plus courues) - où je suis de passage.

Me mouvant au coeur de la bête, je suis à même de vérifier plusieurs hypothèses de notre dossier. Comme les belles hystériques de Freud ont permis au père de la psychanalyse de voir à la loupe grossissante le fonctionnement normal du psychisme humain, Las Vegas est la loupe grossissante du mythe américain. Tout ici est amplifié jusqu'à la caricature : l'avidité (la mienne et la vôtre...), l'inconscience, le matérialisme primaire, le toc, le déni de l'abîme dans le divertissement, la mégalomanie culturelle et l'infantilisme chronique, ceci sur un fond de créativité débridée. Las Vegas exprime bien ce que les jungiens appellent l'inflation d'un mythe, sa démesure, le moment où la passion tourne à l'obsession, où l'intelligence rétrécit et commence à délirer. Cartoon land !

Fin de concensus

Cette inflation du mythe américain, visible, et dénoncée par le monde entier ces jours-ci, évoque la fable de l'Empereur nu. Vous rappelez-vous ?

Grosse production au château : l'habile couturier dit que seuls les sages peuvent voir les vêtements qu'il tisse pour le roi. Consensus général, of course, au passage du cortège : « Quels magnifiques vêtements ! » Jusqu'à ce qu'un enfant s'écrie : « Mais l'empereur est tout nu ! » Le voile tombe, le mensonge est mis à jour. Fin de consensus, fin d'une époque, et début sans doute d'une nouvelle ère à la cour.

Remettre en question les paradigmes sociaux et les consensus qui nous conduisent aux abus de gains et de pouvoir, ce n'est pas qu'être « pour la vertu et contre le vice », comme le veut une expression cynique des années 1980, mais bien, comme le fait remarquer notre éminent invité de ce mois-ci, Pierre Dansereau, être réaliste quant aux conditions d'un futur collectif viable.

Ce changement de paradigme demande, me semble-t-il, un autre point de vue, une métavision, une perspective beaucoup plus large que la simple perspective socio-économique dans laquelle nous semblons tous être englués.

Des questions occultées

Joseph Campbell, le grand mythologue américain, a eu, peu de temps avant sa mort, une réflexion prophétique qui prend tout son sens en ces temps de possible destruction et d'intense communication planétaire.

« Le seul mythe qui vaut la peine d'être considéré dans un proche avenir est celui de la planète vivante. Pas une localité ou un peuple, mais la planète avec les êtres qui sont dessus. Quel rapport la société entretient-elle avec la terre dans son entier ? Qui sommes-nous ? Que sommes-nous venus faire ici ? Ce que nous aurons à affronter là-dedans, c'est toutes nos valeurs concernant la naissance, la croissance, la maturité, la vieillesse, la mort. Tant que ce mythe-là ne sera pas apparu, il ne se passera pas grand-chose socialement. »

Campbell nous pointe ici une possible méta-vision, et, à sa façon, fait de la complexe réflexion sur l'éthique et les valeurs l'un des facteurs clés de la résolution de la perpétuelle crise où nous sommes.

Retour de l'activisme social

On peut donc s'attendre, à plus ou moins long terme, comme plusieurs de nos experts le prédisent, à un retour en force de la philosophie, de la formation morale, voire de la théologie qu'on a fait cavalièrement sortir de nos écoles et de nos universités par la porte d'en arrière. Sur un fond de désintégration sociale, on peut aussi prévoir un retour en force de l'humanisme et de l'activisme social. Et comme le pot suit - hélas - inévitablement les fleurs, on verra aussi - on le voit déjà à l'horizon - une remontée radicale de toutes sortes de fondamentalismes. Beaucoup de pain sur la planche, donc, pour les éthiciens du futur !

De plus, dans ce numéro, vous pourrez apprécier l'apport inusité (ou méconnu) du Département des sciences religieuses de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) à la communauté universitaire, constater les avancées de la traduction à l'heure du multimédia à l'Université du Québec en Outaouais (UQO), de même que celles des recherches de pointe de la nouvelle Chaire en douleur de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT).

Bonne lecture !

Paule Lebrun
Rédactrice en chef

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