| RÉSEAU PRINTEMPS 2003 / Magazine
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La « boomerite » chronique
Les milieux branchés de Californie parlent beaucoup, depuis quelque temps, d'un nouveau « virus socio-culturel » découvert par le philosophe Ken Wilber, baptisé « boomerite » (boomeritis)1.
Ce virus, qui s'est d'abord propagé chez les baby-boomers, constituerait aujourd'hui le principal frein à l'évolution de la société post-moderne. Wilber reconnaît, dans un premier temps, l'immense apport de la génération des baby-boomers à l'évolution sociale, grâce au formidable élan humaniste du mouvement qu'elle a représenté : féminisme, écologisme, pacifisme, socialisme, égalitarisme, etc. Puis, dénonçant les effets pervers de ce mouvement de libération, il la pourfend ensuite. Condamnant son narcissisme et son attitude hyper-tolérante, il fustige l'immobilisme dans lequel sa philosophie du laisser-faire (tant que ça ne nuit pas aux autres) et de l'anti-hiérarchie fige désormais tout progrès. C'est cette maladie chronique qu'il désigne par le terme « boomerite ». Et toute personne vivant dans notre culture post-industrielle porterait maintenant - de façon active ou dormante - ce néo-virus post-moderne !
Si l'on se fie à l'écho - tant dans les médias que dans les réactions personnelles - provoqué par notre dernier dossier Baby-boomers. Moi vieillir ?, la problématique semble bien s'inscrire dans l'air du temps. Sans accuser les baby-boomers de tous les péchés du monde, on voit bien, cependant, que cette fameuse génération a le dos bien large...
Pourtant, d'autres phénomènes pourraient expliquer - du moins en partie - la crise sociale (ou spirituelle) dont parlent de plus en plus de philosophes. À commencer par notre capacité d'adaptation au rythme du changement. Ainsi, comme l'avait établi Teilhard de Chardin puis l'ingénieur Buckminster Fuller, le rythme du changement va toujours en s'accélérant. L'inventeur et futurologue Ray Kurzweil a calculé, pour sa part, que le rythme du changement de paradigme double à chaque décennie. D'après lui, nous accomplirons, au cours des 25 prochaines années, quatre fois plus de progrès techniques que ceux réalisés pendant tout le 20e siècle ! Ce qui est tout à fait ahurissant. Et éprouvant pour les êtres (encore) humains que nous sommes.
Ainsi, qui aurait pu imaginer à l'époque où tout le Québec regardait, le lundi soir à la télévision en noir et blanc, Les belles histoires des pays d'en haut, que nous vivrions aujourd'hui à l'ère du clonage, d'Internet, des écoles mixtes et non confessionnelles, du divorce et du « mariage » gai ?
Les temps changent, mais l'être humain demeure essentiellement, le même. Sauf qu'aujourd'hui, il n'y a plus ces repères communs, ces « autorités », pour dicter la bonne conduite à tous et chacun. Plus de curé, de patron ou de père de famille pour déterminer le bien et le mal, pour distinguer le vrai du faux. À l'ère du clavardage et du virtuel, où l'on se questionne même sur ce qui est réel, la tentation est forte de se demander, face aux petites et aux grandes questions éthiques qui nous assaillent : « Qui me dira la vérité ? »
Trouverons-nous réponses aux grandes questions morales concernant l'avortement, l'euthanasie, la manipulation génétique et le clonage ? Quand on sait qu'aujourd'hui les trains de marchandises ont priorité de passage sur les trains de passagers (just on time oblige), il y a de quoi demeurer perplexes.
1Boomeritis, de Ken Wilber, © 2000
Serge Cabana
Éditeur