| RÉSEAU PRINTEMPS 2003 / Magazine
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Au
cours des dernières années, le Département
des études langagières de l'UQO a, ni plus ni moins,
redéfini le secteur d'étude des langues à
partir de la réalité géographique et du développement
fulgurant des nouvelles technologies de l'information dans la
région.Par Michel Bélair
S'impliquer dans une région, c'est tenir compte de ses particularités. Voilà une vérité de La Palice qui a réussi à transformer de fond en comble l'enseignement de la langue à l'UQO. Le campus de l'UQO à Hull s'inscrit dans une réalité géographique, économique et sociale bien particulière. Et les besoins concrets de sa population étudiante sont largement définis par ce contexte. D'un côté, l'appétit insatiable de la gigantesque machine bureaucratique fédérale et de l'autre, le développement exponentiel de ce que l'on surnomme « la Silicone Valley du Nord ». Mélangez ces éléments, saupoudrez quelques éclairs de clairvoyance sur l'amalgame en ébullition et cela donne un tout nouveau département : celui des études langagières.
Nouveaux liens
Il est facile d'imaginer que les besoins en traduction sont particulièrement aigus dans la région d'Ottawa. Depuis le régime Trudeau et la mise en place du bilinguisme officiel, la capitale fédérale avale les traducteurs au rythme où les lui fournissait surtout - jusqu'à maintenant - l'Université d'Ottawa. À l'UQO, on a choisi de regarder cette réalité bien en face et de proposer une « nouvelle conception de la formation », comme l'explique Christiane Melançon, directrice et professeure au Département d'études langagières.
« C'est une appellation nouvelle dans le jargon universitaire, reprend-elle, parce que c'est une approche fondée sur les liens entre les différentes disciplines orbitant autour du langage et de la traduction. Cours de langue, rédaction, terminologie, traduction, rédaction hypermédia et localisation viennent désormais redéfinir la profession langagière qui devient de plus en plus complexe avec les nouvelles technologies de l'information. C'est un peu ce que nous expliquons au Canal Savoir dans une série qui porte d'ailleurs ce titre : Profession, langagiers. »
« Localisation » ? « Rédaction hypermédia » ? Ces mots étranges résonnent comme autant de chants de sirènes et d'appels au large... Sur le site de l'UQO, on apprend que « la localisation, c'est l'adaptation de logiciels et de documents techniques. [...] Plus qu'une simple traduction dans une langue donnée, elle s'efforce d'intégrer la totalité des caractéristiques du produit de façon cohérente dans la langue et le contexte de la culture visée ». La « localisation » est ce qui permet d'adapter un CD-Rom ou un DVD à une réalité culturelle. Cela permet, par exemple, de restructurer toute une série de CD-Rom ludo-éducatifs visant le marché des écoliers québécois (ou belges, ou bulgares...) en tenant compte des programmes scolaires, comme dans le cas d'Adibou.
Christiane
Melançon, directrice et professeure au Département
d'études langagières de l'Université du Québec
en Outaouais.
Bon. Voyons maintenant ce qu'on dit de la « rédaction hypermédia »... « Les documents hypermédias conjuguent à la fois l'hypertexte et le multimédia... » Ça va. « ...englobent toutes les représentations non linéaires d'information textuelle, graphique, filmique et sonore. » On suit. « Ils peuvent s'intégrer à des logiciels et leur servir de support, se destiner à Internet ou encore servir de contenu à des CD-Rom. Ainsi conçue, la rédaction hypermédia se trouve en amont de la localisation dans la production de documents électroniques. »
En clair, c'est la langue, le vocabulaire, la grammaire, bref, la matière même de l'écriture multimédia. Et on discerne bien le type de spécialistes que forme maintenant l'UQO. « Nous formons des personnes cumulant toutes ces compétences, reprend Christiane Melançon. Et je pense que nous avons réussi à cibler les besoins de la région et à proposer une série de réponses concrètes. Le département compte déjà 300 étudiants et les premiers diplômés en localisation sortiront de l'Université cette année. »
Synergies
Mission accomplie ? « Oui et non », poursuit la directrice du Département qui porte le dossier depuis les tout premiers débuts. « Oui parce que nous avons atteint rapidement nos objectifs. Le baccalauréat est contraignant avec un cheminement obligatoire exigeant, toutefois nous comptons plus d'étudiants à temps plein qu'à temps partiel.
Nous savons que notre clientèle comprend une bonne part d'adultes et c'est le signe que nous comblons un besoin. Mais la mission n'est pas accomplie parce que nous avons encore plusieurs projets en tête dont celui d'un Centre de recherche en technologies langagières », (voir Réseau, Automne 2002). Rappelons que ce Centre de recherche serait situé sur le campus de l'Université et constituerait une infrastructure de recherche et développement majeure dont l'objectif serait de dynamiser les industries nationales de la langue dans l'omniprésent contexte de la mondialisation des marchés. Le projet bénéficie déjà de nombreux appuis parmi des entreprises de la région qui sont impliquées tant dans le milieu de la traduction que dans celui des technologies de l'information. Et comme le soulignait par voie de communiqué le recteur de l'UQO, Francis Whyte, : « Un tel institut de recherche viendrait compléter et enrichir la formation que nous offrons tout en étant un levier de développement économique remarquable pour toute la région ».
| La rédaction hypermédia... c'est la langue, le vocabulaire, la grammaire, bref, la matière même de l'écriture multimédia. |
Christiane Melançon penche évidemment dans le même sens : « Nous devons continuer à nous distinguer par rapport à l'Université d'Ottawa ; élargir nos champs d'activités en nous greffant aux particularités de la région. Les nouvelles technologies des communications évoluent rapidement et l'Université doit continuer à occuper une position d'avant-garde dans le secteur. Pourquoi ne pas fonctionner, par exemple, sur le modèle du CNRC (Centre national de recherche du Canada) ? Nous avons tous avantage à développer des synergies, et il serait intéressant dans ce contexte de travailler auprès de chercheurs associés à d'autres universités. »
Le moins que l'on puisse dire, c'est que le concept même du Département d'études langagières semble avoir déjà stimulé beaucoup de monde autour de l'UQO, en plus de répondre à des besoins réels. Ça sert aussi à cela une université...