É T H I Q U E
JUSQU'OÙ PEUT-ON
TRICHER ?
Par Denise Proulx
Caricatures : Serge Chapleau

Il ne se passe plus une
journée sans que le mot éthique apparaisse dans
une conversation ou une lecture. Des dirigeants d'entreprises
encaissent des millions de dollars en vendant des actions avant
que leur entreprise pique du nez ; des chefs de gouvernement
créent des zones franches d'impôts pour des multinationales ;
le clonage humain, les manipulations génétiques,
la pauvreté, la dégradation de l'environnement,
les bombes larguées par de jeunes kamikazes désespérés :
qu'en pense-t-on ? Autant de questionnements qui font appel
à la morale. Un malaise s'installe subrepticement, une
sonnette d'alarme retentit dans les consciences. Un constat :
le dérapage des valeurs. Un besoin : revoir sa façon
de vivre.
Quel est le sens de l'existence ? Qu'est-ce qui gouverne l'être dans la vie ? L'appât du gain, la performance, la rentabilité exigée par le capital et l'État ? Quelles actions, quels comportements, quel horizon moral doit-on adopter pour conserver son humanité dans sa propre vie et dans la société ? Comment protéger le bien-fondé et la crédibilité des organisations sociales et économiques ainsi que des institutions politiques sans basculer dans l'adoption de normes rigides ? Comment être un soutien pour les jeunes qui ont grandi sans références religieuses ni morales ? Les chercheurs en éthique de l'Université du Québec réfléchissent, se questionnent, discutent et proposent des pistes.
| Les féministes, les environnementalistes, les jeunes, les pauvres, les capitaines d'industries, les pédophiles, chacun cherche à légitimer sa condition particulière. |
Le pluralisme de nos sociétés est sans contredit une évolution, un acquis sacré. Mais du point de vue éthique, il engendre un véritable casse-tête.

José Prades
« Tous ne peuvent pas se soumettre à la loi du plus fort », explique José Prades, sociologue et professeur retraité, responsable du Groupe de recherche interdisciplinaire en gestion de l'environnement à l'UQAM. Depuis Platon, toutes les civilisations, tous les groupes sociaux : mafia, médecins, chauffeurs de taxi, etc., se sont donnés une éthique commune, un code commun pour mieux vivre ensemble. Se donner une éthique est un geste anthropologique, comme celui de parler. L'éthique est la recherche d'une conduite respectueuse envers soi-même et autrui où n'intervient ni le pouvoir autoritaire ni la force brutale. Mais il existe plusieurs façons de la considérer et de la comprendre, car l'humain fonctionne dans de multiples registres. Selon l'évaluation de chacun, l'éthique peut être bonne, très bonne, dégueulasse, inacceptable, c'est un continuum de plus et de moins, un phénomène d'une grande richesse parce qu'en constante évolution. Il existe en éthique des choses discutables et discutées auxquelles se confrontent la tradition, le pouvoir, le jugement et le raisonnement. À chaque moment de sa vie, une personne fait des choix éthiques qui reposent sur ses valeurs. « Mais un fait demeure, insiste José Prades, la personne et le collectif coexistent toujours ensemble. Lorsque je parle, je suis aussi porte-parole d'un groupe social. Nous sommes tous fondamentalement des agents doubles. Il n'y a aucun acte de notre vie qui ne soit purement personnel. La vie collective nous laisse libre pour certaines choses, mais pas pour d'autres. »
Les Québécois font une distinction entre éthique et morale, même si les deux termes reflètent en réalité la même chose. Moral, moralisateur, moralisant, faire la morale...
« La morale est perçue plus rigide, plus bête, remplie d'interdits, sclérosante, tandis que l'éthique apparaît plus élégante, plus grandiose, davantage associée à des idées contemporaines », constate M. Prades.
Cataplasme sur le bobo
L'intérêt
renouvelé pour l'éthique témoigne de la nécessité
pour les sociétés contemporaines de redécouvrir,
renommer ce qui lui apparaît moral ou pas.
« Au plan macro-social, la société québécoise est sous le primat de l'économie néolibérale et elle cherche ses valeurs éthiques sans les trouver », dit Jacques Beauchemin, sociologue au Département de sociologie de l'UQAM.
Nous voyons surgir des éthiques qui agissent comme caution... qui ne servent en réalité qu'aux relations publiques, au bien paraître.
« Nous voyons surgir des éthiques qui agissent comme caution. Nous pouvons identifier cette tendance à travers les codes de déontologie, souvent appelés codes d'éthique, mais qui ne servent en réalité qu'aux relations publiques, au bien paraître, à faire la preuve devant l'État que l'industrie peut s'autoréguler. Cette éthique caution ne part pas d'une quête de sens mais plutôt de considérations pragmatiques. Se doter d'une telle image éthique est payant pour les entreprises qui se présentent ainsi comme de bons citoyens corporatifs. Il s'agit dans ce cas d'une éthique instrumentalisée, récupérée par les grands acteurs économiques qui disent se poser la question du "devoir être". C'est la démonstration que l'éthique est devenue une valeur marchande», enchaîne Jacques Beauchemin. « C'est ce que j'appellerais une éthique cataplasme. »
L'ombre du pluralisme
Avec le pluralisme, nos sociétés sont devenues incapables de se donner un horizon moral partagé. Chaque individu juge légitime d'avoir une éthique différente de son voisin. Chacun crée sa propre morale et s'identifie au regroupement avec lequel il se sent des affinités. Les féministes, les environnementalistes, les jeunes, les pauvres, les capitaines d'industries, les pédophiles, chacun cherche à légitimer sa condition particulière, au nom d'une éthique de la reconnaissance de tous par tous.
« Ces éthiques à la carte, qui se concurrencent les unes les autres, épuisent la cohérence des sociétés. On n'y retrouve pas d'horizon commun. En conséquence, le monde contemporain n'est plus en mesure de tirer une ligne entre le bien et le mal, les devoirs et les pouvoirs, ce qui le plonge dans de profondes angoisses », complète M. Beauchemin.
Redécouvrir un sens commun
Yves Boisvert, politicologue, directeur de la revue Éthique publique publiée par la Chaire Fernand-Dumont de l'INRS urbanisation, culture et société, et professeur en éthique à l'ENAP, croit que les Québécois sont mûrs pour redécouvrir un sens commun qui les rassemble. Ils sont en train de réaliser que poussé à son extrême, l'individualisme amène une fragmentation de la société et engendre une multitude de conflits. Mais comment développer des actions communes sans rendre démoniaque la culture de l'individu, si chère à notre société néolibérale ?
« L'éthique publique a redonné un sens au terme vivre ensemble, une valeur au sens commun. Elle remet cette réalité sur la table. Dans l'esprit de Fernand Dumont, le sens commun engendre le partage des biens et des idées en fonction de l'intérêt public.
Il faut donc faire un diagnostic avec les gens, mais sans agir comme des curés. À mon avis, l'éthique doit être dans une logique d'action, de mode d'intervention, pas juste de vertu. La moralisation des murs doit se faire à petits pas. Les problèmes éthiques ne sont jamais tout noir ou tout blanc, ils sont beaucoup plus complexes. À l'ENAP, nous réfléchissons sur l'éthique dans nos services publics, sur la responsabilité sociale de l'État dans la commercialisation des jeux d'argent, et sur la conduite éthique de nos élus à la suite des scandales politico-financiers.
![]() QUELQUES QUESTIONS D'ÉTHIQUE... LUES DANS LES MÉDIAS RÉCEMMENT... - Des enfants à la carte ? Peut-on sélectionner les qualités génétiques d'un enfant conçu in vitro ? - Les trois premiers dirigeants d'une entreprise de télécommunications empochent 20 % des profits d'exploitation, en supplément de leur salaire de base. Aurait-il fallu d'abord baisser la facture aux consommateurs ? - Pénurie de médecins en région : faut-il amener en ville tous les patients du Québec ? - Les entreprises doivent-elles répondre financièrement et juridiquement des préjudices économiques et environnementaux que causent leurs activités ? - Faut-il abolir la dette extérieure des pays les plus pauvres de la planète, laquelle engloutit les faibles ressources dont ils disposent pour nourrir leur population ? - Doit-on autoriser l'euthanasie des personnes gravement
malades pour éviter les coûts médicaux extrêmes
qu'ils imposent à la société ? JUSQU'OÙ PEUT-ON TRICHER ? Primes reçues par deux grands patrons américains lors de leur congédiement en juin 2002. Dennis Kozlowski, p.d.g.
de TYCO Bernie Ebbers, p.d.g.
de WORLDCOM Source : Le Monde, 7 juin 2002. |
Les valeurs collectives
Nous nous positionnons dans une logique d'aide à la décision, afin de fournir des outils, innover, développer des méthodes d'analyse en éthique appliquée. Nous sommes une société qui est passée d'une homogénéité morale à une pluralité des morales, pluralité à laquelle nous tenons de manière quasi sacrée. Il est devenu impératif de construire des valeurs communes si nous voulons éviter que cette pluralité ne dégénère en conflits multiples. Au Québec, on peut affirmer qu'il existe une bonne dizaine de valeurs communes, même si elles se positionnent sur différents niveaux d'interprétation. De nombreuses études soulignent que la tolérance, la liberté, la démocratie et l'équité sont entre autres des valeurs partagées par l'ensemble des citoyens d'ici.
L'art de la discussion
Comment justifier
l'imposition de normes déontologiques en tenant compte
des différents contextes moraux ? avons-nous demandé
à Jean Larouche, directeur du Département
des sciences religieuses de l'UQAM. « La réalisation
de soi peut s'inscrire dans un cadre de référence
religieuse comme chez certains chrétiens, musulmans ou
juifs. Pour d'autres, l'accomplissement de soi peut représenter
une réussite matérialiste, y associant le bonheur
immédiat, ici maintenant. D'autres encore voient leur vie
comme une oeuvre d'art où le beau est garant du bien. Chacune
de ces visions est valable. Cependant, nous ne pouvons pas nous
entendre sur ce qu'est une bonne vie, à moins de régresser
à vouloir imposer aux autres sa conception comme ont pu
le faire les talibans en Afghanistan.
Il est vrai que les gens parlent d'éthique et de morale sans trop s'arrêter sur ces distinctions-là. Cela nous amène souvent dans des dialogues de sourds. C'est en ce sens que s'est développé un courant d'éthique de la discussion, principalement initié par les philosophes allemands Karl Otto Appel et Jürgen Habernas, et des approches de délibérations éthiques telles celles développées au Québec par Georges A. Legault.
Je vois l'incommunicabilité
comme un véritable virus anti-démocratique. En conséquence,
la question morale est aussi une question de démocratie. »
Le ministre des travaux publics, Don Boudria, retrouve après deux ans un rapport de Groupeaction qui avait été égaré.
L'impasse légale
« Il faut donc élever notre capacité à communiquer, dit encore Larouche, à faire en sorte que les discours des uns et des autres puissent être entendus et accueillis dans tous les débats. Mais, au-delà de cette écoute réciproque nécessaire à toute discussion, se profile aussi le devoir de respecter les personnes. À ce titre, nos débats dits éthiques prennent souvent une allure légale et utilisent la justice pour résoudre les conflits. Cependant, le règlement juridique ne comble pas toujours l'attente de réparation. Les orphelins de Duplessis en témoignent. Dans ce cas, la blessure est profonde et la réparation doit donc aussi aller en profondeur, permettre la réconciliation de la personne blessée avec elle-même et les autres. Cela va au-delà du droit et pointe vers l'exigence d'une véritable "transaction" éthique traduite par un acte de pardon. »
Le respect des droits fondamentaux
Pierre-Paul Parent, psychanalyste
et directeur du programme de maîtrise en éthique
offerte à l'UQAR.
« On a beau vouloir encadrer les pratiques par un code de déontologie, on doit tout de même adopter des conduites concrètes, prendre des décisions, réaliser des actions qui exigent parfois une réflexion que seul l'énoncé de codes ne permet pas. » Prenons l'exemple des enjeux éthiques auxquels sont confrontés les centres hospitaliers.
« Il existe des situations qui ne peuvent pas être réglées par des codes. Des personnes peuvent se sentir davantage interpellées par leurs questionnements personnels concernant leur pratique que par un code de déontologie qui leur est imposé de l'extérieur. Ainsi en est-il de la personne qui voit un proche souffrir gravement et qui serait tentée de ne plus s'acharner sur une assistance thérapeutique. Cela réfère à toute la problématique du suicide assisté et à celle de l'euthanasie, ou, par exemple, à l'achat de marijuana (jusqu'ici illégal) pour contrer les effets de la chimiothérapie. Que faire ? La personne aidante fait face à des choix, des décisions. L'éthique fait appel au questionnement sur la raison d'être même des normes. Quelles sont les valeurs qui sous-tendent certains actes professionnels ? »
| L'éthique peut être bonne, très bonne, dégueulasse, inacceptable... |
Ce questionnement est dans plusieurs lieux de pratiques professionnelles, le personnel et la direction doivent constamment améliorer leur performance et répondre à des exigences de rentabilité, à la manière d'une industrie.
Prenons le cas d'un suicide...
À titre d'exemple, sur quelle base la direction d'un centre hospitalier décidera-t-elle d'utiliser un traitement expérimental sur un grand malade ? Doit-elle tenir compte de son âge, de sa condition économique, de son sexe ? La personne humaine est-elle alors vraiment prise en considération ? La façon de faire actuelle ne vise en général que les aspects techniques, économiques et rentables d'une situation. Quel sens voulez-vous donner à votre travail ? Quelles valeurs voulez-vous véhiculer ?
« Dans les milieux de santé, nous sommes de plus en plus confrontés à un discours qui peut entraîner une certaine forme de déresponsabilisation du personnel. Un individu choisit de se suicider. Est-ce juste un problème de santé mentale ? On minimise alors un questionnement souvent présent chez le patient et qui a trait au sens à donner à son existence. Ne le dépossède-t-on pas, d'une certaine façon, de sa responsabilité face à son geste ? Ne lui soustrait-on pas l'exercice même d'un jugement moral ou éthique porté sur sa propre vie ? L'éthique invite au questionnement de certaines idéologies et idées toutes faites », suggère M. Parent.
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LA SOUFFRANCE DES JEUNES
« L'adolescence est une période où les jeunes sont fragilisés. Ils vivent le complexe du homard, ils muent, ils ont besoin de références stables. Ils n'ont plus de contact avec les sources traditionnelles de valeurs : l'Église, la famille, l'école ne jouent pas leurs rôles sociaux puisqu'elles se cherchent elles-mêmes. Les jeunes ne savent plus à qui se référer. Les personnes âgées ont conservé certains rituels catholiques tandis que les jeunes ne les ont pas appris. Ils n'ont rien sur quoi s'appuyer dans leur souffrance. Le suicide est un cri d'alarme. Il est l'écho des jeunes à la recherche d'un sens à la vie. Je crois que la liberté totale a servi davantage les parents que les enfants. Les enfants ont besoin d'un cadre. Je crois que dans le futur les jeunes parents encadreront plus leurs enfants. Je pressens un retour à des valeurs dites traditionnelles. L'intérêt pour la spiritualité renaît. On peut maintenant parler de la mort, ce qui était tabou il y a dix ans. Une éthique de la responsabilité, même athée, est en reconstruction. Regardez autour de vous, chacun cherche un contact avec l'amour, avec la capacité de pardonner. Ce besoin dépasse le quotidien. Même les personnes d'orientation matérialiste veulent quelque chose de transcendant, même si elles ne veulent plus de la religion traditionnelle. À mon avis, la voie du changement est entamée. » |
Revoir la formation morale des jeunes
Bruno Boulianne
« L'éducation ne prépare sûrement pas les jeunes à assumer leurs responsabilités éthiques », complète Bruno Boulianne, philosophe et professeur à la maîtrise en éthique à l'UQAR. Il croit qu'il y a un important débat à tenir sur la dimension éducative de l'éthique. « Comment une société peut-elle former des individus capables de s'intéresser de manière critique aux divers enjeux sociaux, s'ils n'ont aucune formation morale ? Actuellement au Québec, au lieu de bonifier ce qui s'enseignait en éducation morale, on a coupé dans cette formation pour ne lui laisser qu'un contenu qui me paraît appauvri. On a oublié que le processus de construction d'une conscience morale, d'une raison éthique, ça ne se fait pas en une seule année. Ça demande du temps et du travail. Il faut apprendre à définir ses choix moraux personnels tout en étant capable de les lier à des choix publics et sociaux. Si en éducation on vise le rendement scolaire et que la seule priorité consiste dans des finalités économiques et techniques, on travestit carrément la mission éducative.
Deux éthiques contradictoires
De nos jours, les gens poursuivent leurs propres visées sans se préoccuper de celles des autres. Cette situation crée une certaine confusion au sein de la société qui, pour mieux y faire face, multiplie les normes. À l'heure actuelle, nous observons deux courants contradictoires en éthique. Certaines personnes voudraient lui faire jouer un rôle de régulation des conduites, des pratiques et des individus. Par ailleurs, d'autres, comme moi, pensent que l'éthique consiste avant tout dans la capacité à raisonner et fait appel à une capacité d'autonomie de la part des individus. Cela revient à remettre en question notre rapport à la morale et à la norme. Raison de plus pour revoir la formation morale des jeunes », revendique Bruno Boulianne.
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DES LIVRES DE RÉFLEXION
DUPUY, Jean-Pierre, Pour un catastrophisme
éclairé, Éditions du Seuil, Paris, 2002. OÙ EST LA LIMITE ? Salaire d'un chef d'entreprise aux États-Unis par rapport à celui d'un ouvrier moyen : En 1980 : 20 fois supérieur à celui
de l'ouvrier ![]() |
Développer le jugement
Marc Jean, professeur en éthique professionnelle, est responsable des trois cycles d'études des programmes en éthique, et directeur de l'Unité d'enseignement en études religieuses, éthique et philosophie de l'UQAC.
Marc Jean et une équipe de professeurs ont développé un type de formation où la personne participe à son apprentissage et devient un support pour la formation d'autres personnes. Par exemple, dans le monde des affaires, un cadre d'une entreprise peut acquérir des connaissances qui l'aideront lui et ses collègues à définir le code de déontologie qui convient adéquatement à leur type de production.
« Au quotidien, on a affaire à des gens qui se sentent plus solides pour intervenir dans leur milieu et qui ont davantage confiance en leur jugement.
L'UQAC a formé à ce jour près de cent intervenants en service de garde au Québec et dans plusieurs autres domaines professionnels. L'éthique dont ces personnes sont porteuses dans leur secteur professionnel a influencé les paramètres d'interventions. À la garderie que fréquente son fils, un parent révèle la violence d'un autre père face à son enfant. La formation en éthique des membres du personnel de garde peut contribuer au développement d'interventions de pointe, ajustées aux pratiques en émergence dans leur milieu», se félicite Marc Jean.
L'éthique contre l'économie?
Pour Corinne
Gendron, sociologue rattachée au Département
d'organisation et de gestion des ressources humaines, et chercheure
principale à la Chaire économie et humanisme de
l'UQAM, il faut clarifier que le débat en jeu n'est pas
l'éthique contre l'économie, ce sont des éthiques
contre des économies.
« Reconnaissons d'entrée de jeu que l'économie a transformé les rapports sociaux et humains en rapports économiques. Mais ce n'est qu'une partie du phénomène. D'autres modes de fonctionnement sont en train d'entrer dans la sphère économique.
Par exemple, l'investissement socialement responsable est en marche. On assiste de plus en plus à des investissements collectifs, comme de la part de Fondaction et de la Caisse d'économie Desjardins des Travailleuses et Travailleurs du Québec dans des projets qui soutiennent l'économie des régions et des quartiers qui aident de nouveaux arrivants à s'intégrer dans la société québécoise. Les actionnaires de communautés religieuses, comme celles du Regroupement pour la responsabilité sociale des entreprises, utilisent leur statut d'investisseurs pour forcer les entreprises à adopter des pratiques socialement plus acceptables. Ces nouveaux mouvements économiques sont donc soutenus par des mouvements sociaux. Depuis décembre 1999, on a vu émerger la société civile quand des dizaines de milliers de citoyens se sont rendus à Seattle pour protester contre l'hégémonie du capitalisme sur les valeurs sociales et environnementales. Il existe aussi un processus générationnel dans les changements. Par exemple, concernant les problèmes sociaux et environnementaux, les hauts dirigeants d'entreprise se font pousser dans le dos par les jeunes dirigeants qui sont plus éveillés aux conséquences de leurs décisions et qui agissent avec responsabilité. Le problème c'est que les gouvernements nationaux sont moins en mesure de réguler et moins intéressés à le faire. Nos élus seraient-ils devenus trop influencés par les lobbies économiques au détriment de leurs responsabilités face à leur peuple ou leurs communautés ? Les entreprises sont en train de prendre la place des gouvernements, et la société est en droit de les questionner sur leur légitimité. Quand un gouvernement prend des décisions douteuses, il peut être questionné. Avec les entreprises, ce n'est pas le cas. »
| Je vois l'incommunicabilité comme un véritable virus antidémocratique. |
Réfléchir : un geste politique
« Je ne suis pas certaine que les développements actuels de l'éthique sectorielle ou "appliquée" aident véritablement les individus et la société québécoise à développer une conscience morale. Je vois bien la préoccupation qui est de se donner des normes, d'uniformiser des pratiques professionnelles, mais il me semble que ces tentatives participent souvent d'un certain conformisme, du discours politiquement correct », observe Jocelyne Couture, professeure au Département de philosophie de l'UQAM.
« Je
m'intéresse à la méta-éthique. Certains
croient que seule la rationalité permet de découvrir
les principes moraux, d'autres estiment que ces principes moraux
nous viennent de l'intuition. D'autres encore les croient révélés
par Dieu. Ce sont des conceptions différentes de l'éthique
et de ce que nous voulons en tant qu'agents sociaux et moraux.
Partons d'où nous sommes. Nous vivons dans une société
fortement technologique que plusieurs estiment dépersonnalisante,
non démocratique et où le néolibéralisme
inspire, trop souvent, les politiques publiques. Est-ce que c'est
ce que nous voulons ?
Lorsque nos concitoyens réfléchissent à ces questions, ils mettent de l'avant des valeurs qui ne sont pas nécessairement celles que reflètent nos modes actuels d'organisation sociale. Quelle influence réelle ces valeurs peuvent-elles avoir au sein de la société ?
Les philosophes se sentent parfois coupables de participer à des activités intellectuelles qui les obligent à se distancier de la société. Mais la réflexion, même si elle doit partir de ce que nous sommes, ne se fait pas dans la rue. Écrire, même dans le domaine de la méta-éthique, c'est aussi faire un geste politique », estime Jocelyne Couture.
![]() DES LIVRES DE RÉFLEXION Le commerce de la faim La grande désillusion Morts sans ordonnance Source: Journal Le libraire, automne 2002. |
Derrière la préoccupation éthique actuelle, on sent l'émergence d'une protestation citoyenne.
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| S'il n'y a pas de liberté, il n'y a pas d'éthique. |
Extraits d'une allocution de
Pierre Lucier, président de l'Université du Québec,
prononcée en 1999 à l'occasion du Colloque sur l'éthique
et les conflits d'intérêts .
[...] L'expérience éthique [...] est une des expériences humaines les plus fondamentales. Probablement une de celles auxquelles on accède le plus lentement, vers laquelle la maturation est la plus longue. En tant qu'expérience de la conscience, personnelle ou collective, elle est caractérisée, pourrait-on dire, par cette tension vers ce qui nous apparaît comme devant être fait ou évité, non pas parce qu'on nous dit que c'est bien ou que c'est mal, mais parce que nous sentons qu'il est bon de faire cela ou de ne pas le faire, parce que nous sentons qu'il est préférable de faire cela dans la seule perspective de la réussite ou de l'accomplissement d'une vie authentiquement humaine.
[...] Le registre de l'éthique est d'emblée le registre de la liberté et de la décision. S'il n'y a pas de liberté, il n'y a pas d'éthique. Là où il y a pure coercition, il n'y a pas de problème éthique, et là où il n'y a pas de décision à prendre, il n'y a pas non plus d'angoisse éthique. L'éthique, contrairement à ce qu'en dirait une définition étroite, se situe bien au-delà de la conformité à la norme. On l'a vu dans l'histoire de la pensée, tous les extrinsécismes moraux finissent par se transformer en coercition ou en conformisme. Et cela, ce n'est plus dans l'ordre éthique.
[...] L'expérience éthique se déroule toujours dans une zone de clair-obscur, une zone d'angoisse aussi, parce qu'on n'y est pas dans l'ordre des évidences, même si les choses finissent par s'imposer à nous avec la force de l'évidence. Poser la question éthique à ce niveau nous élève [...] au-dessus des perspectives qui se limiteraient à la concevoir en termes de respect de normes, de codes, de règles, voire d'étiquette - ce qui ne serait en fait, si vous me permettez le jeu de mots, qu'une « éthiquette », une éthique étriquée.
L'éthique élémentaire
Actuellement, j'observe, avec beaucoup d'autres, que le terrain de l'éthique publique est passablement occupé : d'une part, par des questions de conflits d'intérêts [...] d'autre part, par des questions de bioéthique, qui se prolongent là aussi dans des déclarations, dans des codes. Dans le monde universitaire, tout ce qui concerne la recherche est à cheval, pour ainsi dire, sur ces deux thèmes. Il y a une question d'intégrité par rapport aux comportements à l'égard des commandites, par exemple, et il y a des questions éthiques qui sont soulevées par les domaines d'intervention sur le vivant. On ne fait pas n'importe quoi en recherche avec des vivants.
J'oserais dire que c'est assez élémentaire comme objet. Il faut s'y attarder, bien sûr, mais il me semble qu'on est là à un niveau qui nous rappelle presque deux articles du bon vieux décalogue : tu ne tueras point, tu ne voleras point. Il me semble qu'on n'est pas là dans un domaine de très grande angoisse. À la limite, on peut même penser que la prolifération des codes va amener une certaine coercition et un certain contrôle des comportements. On vise à supprimer les abus et on veut surtout, comme organisation, éviter d'être pris dans des histoires impossibles. Mais cela demeure un aspect élémentaire - ce qui ne veut pas dire secondaire, cela dit sans jeu de mots - de la conscience éthique. Il me semble qu'il faut élargir la perspective et considérer tout le champ des décisions personnelles, politiques, corporatives, gouvernementales, tout ce qui influe sur la vie des gens.
Les enjeux sociaux
Il y a actuellement dans nos sociétés d'énormes enjeux et des décisions importantes à prendre qui devraient être considérés sous l'angle éthique et qui, à mon avis, ne le sont pas suffisamment. Je pense ici, par exemple, à tout ce qui tourne autour de la mondialisation avec tout ce que cela apporte de nouveaux phénomènes d'exclusion. À qui profite la mondialisation? Il y a des questions éthiques derrière cela, comme il y en a derrière les questions relatives à l'environnement, au développement durable ; derrière celles qui concernent la prolifération des valeurs marchandes, le profit à tout prix ; derrière celles qui concernent l'accès (accès à l'éducation, accès aux soins de santé, accès à la culture), la pauvreté, celle des enfants et celle des autres, les ruptures entre générations et les blocages imposés aux générations montantes, le déficit zéro ou l'utilisation des surplus budgétaires, le commerce des armements, les clauses « orphelin », ce que nous faisons actuellement dans nos systèmes de services publics, tout ce qui se passe autour de l'assurance emploi et je vous ferai grâce des loteries et jeux publics. Dans tous ces domaines se posent des questions éthiques. Et elles sont considérables. Mon souhait, c'est que nous dépassions le seul secteur des conflits d'intérêts où les choses sont finalement réductibles à deux ou trois vérités de base, à deux ou trois comportements, pour entrer sur le terrain des grands enjeux éthiques. Il ne faudrait pas que nos institutions publiques, celles que nous portons démocratiquement, prennent sans crier gare le relais d'autres forces qui imposent des valeurs (du moins, il ne faudrait pas le faire sans qu'on le sache).
Lois écrites et lois non-écrites
Pour que cela se réalise, il faut compter sur une responsabilité citoyenne et sur une responsabilité politique. Il faut aussi pouvoir disposer de lieux où on puisse discuter, débattre, dialoguer. Je crois qu'il faut multiplier ces lieux. Il faudrait aussi inviter les partis politiques et les gouvernements à être un peu plus explicites sur les valeurs qui orientent leurs programmes, me semble-t-il.
Je conclurai en exprimant un sentiment qui me semble partagé par beaucoup, à savoir que, derrière la diffusion du discours et la préoccupation éthique actuelle, il y a quelque chose comme une protestation citoyenne. Il y a quelque chose comme le cri d'Antigone, qui allait jusqu'à défier les lois écrites pour être fidèle aux lois non écrites. Une espèce d'appel, me semble-t-il, à des valeurs qui nous permettraient de nous dégager de l'emprise croissante de pouvoirs dont nous ne voulons pas totalement. Il me semble que le débat éthique doit pouvoir donner une voix à Antigone.
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En opposition à la guerre contre l'Irak, l'UQAM se déclare « zone de paix ». U Q A M
Cette prise de position du Conseil réaffirme la résolution entérinée par la Commission des études de l'UQAM : inviter l'ensemble de la communauté à s'opposer à la guerre contre l'Irak et oeuvrer à une solution pacifique du conflit, cela au nom des valeurs fondamentales de l'Université, fondées sur la liberté, le dialogue entre les cultures, l'inclusion, la collégialité et la démocratie. Peu de temps avant le déclenchement de la guerre, un appel à la collectivité a été lancé pour s'opposer à la violation du droit international, au concept de guerre préventive, et pour promouvoir une issue pacifique au conflit. La proposition a été transmise à toutes les instances de l'UQAM et le recteur, M. Roch Denis, a reçu une réponse massive de soutien de la part des cadres, employés de soutien, syndicats, professeurs, chaires d'études, instituts de recherche, conseils académiques, etc. À titre d'établissement universitaire, l'UQAM unit sa voix aux autres voix qui, comme elle, se sont levées pour appuyer la paix et dénoncer le recours à la guerre comme mode de règlement des conflits. « L'UQAM, zone de paix », officialise donc la volonté institutionnelle qui s'oppose au non-respect des valeurs éthiques, que les conflits aient lieu ici ou ailleurs dans le monde. En ce sens, une semaine après le déclenchement de la guerre, l'UQAM s'est fait l'hôte d'un débat, dirigé par le journaliste Marc Laurendeau, impliquant des professeurs et des chercheurs de plusieurs chaires d'études et centres de recherche. Cet événement, qualifié d'« exemplaire » par M. Roch Denis, a favorisé l'expression des opinions et des positions de chacun, et a engendré un sentiment d'appartenance et de fierté à être associé à la communauté de l'Université du Québec. |
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SERGE CHAPLEAU « La caricature a ses propres règles éthiques, nous-dit-il. Je traite de tout ce qui est du domaine public. Mais jamais je ne parle de la vie privée et des proches de mes modèles. » CHAPLEAU, Serge |
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![]() SAVIEZ-VOUS QUE... Par Rachel Chouinard Saviez-vous que l'Université du Québec à Rimouski (UQAR) est la seule université au Québec à offrir une maîtrise en éthique et que son programme existe depuis 1977 ? À ce véritable carrefour interdisciplinaire de réflexion, se greffe le groupe Ethos, qui est à l'origine de la création de l'Institut de recherche sur l'éthique et la régulation sociale. Le groupe publie aussi deux fois l'an la revue Ethica. Aviez-vous remarqué qu'à l'Université du Québec à Montréal (UQAM) c'est autant par la voie des sciences des religions que par celle de l'engagement social que la question éthique est débattue ? En plus d'aborder l'éthique comme thème de recherche dans ses programmes de maîtrise et de doctorat en sciences des religions et en philosophie, l'UQAM abrite des groupes de recherche qui étudient des questions d'éthique particulières. Aux côtés du Groupe de recherche sur la sociologie des religions et de la laïcité, et du Groupe éthique et société, on trouve un Centre de recherche et d'intervention sur le suicide et l'euthanasie (CRISE), de même qu'un Collectif de recherche sur l'itinérance, la pauvreté et l'exclusion sociale (CRI). Saviez-vous que la question d'instaurer un code d'éthique pour encadrer les études génétiques intéresse particulièrement une équipe de chercheurs de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) ? Elle est associée au projet de recherche Cart@gène. Ce projet s'inscrit dans le plan de Génome Québec et vise à mieux comprendre l'impact du patrimoine génétique sur la santé des populations. Il rejoint l'expertise en génétique des populations de l'équipe du professeur Gérard Bouchard qui a mis au point la base de données généalogiques BALSAC. |
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QUELQUES LIENS UTILES... UQAR UQAR UQAM UQAM UQAM |
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