RÉSEAU PRINTEMPS 2003 / Magazine de l'Université du Québec
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Sciences et technologie

Sois sage,
ô ma douleur...

L'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue et l'Université de Sherbrooke créent la Chaire conjointe UQAT-UdeS en douleur.

Tout le monde comprend le mot « douleur ». Mais tous, nous savons aussi à quel point la douleur est une expérience personnelle : personne ne souffre de la même façon, de la même chose, ni au même degré. Pourquoi ? Serge Marchand, de l'UQAT / UdeS s'interroge avec nous.

Par Michel Bélair *

L'équipeL'équipe de recherche de la Chaire UQAT-UdeS en douleur (Abitibi); Isabelle Gaumond, étudiante au doctorat, Nancy Julien, professeure-chercheure, Paule Julien, agente de recherche, et Guylaine Leblond, infirmière et agente de recherche.

Il y a déjà plus de 20 ans que Serge Marchand s'intéresse au phénomène de la douleur. Pour lui, la douleur n'est plus ce qu'elle était ! Chercheur émérite, il a passé la majeure partie des quatorze dernières années à diriger des laboratoires à l'UQAT, soit entre 1980 et 2000. Un secteur bien précis de la recherche qui aura été marqué pendant ce temps par une série de bouleversements en profondeur. Mais permettons-nous d'abord un bref retour en arrière. Alors que Serge Marchand obtenait son baccalauréat, au début des années 1980, le monde scientifique était secoué par les découvertes et les théories sur la douleur d'un chercheur montréalais, Roland Melzack. Sa théorie des « portillons » venait bouleverser les idées reçues en nous apprenant que les signaux nerveux précurseurs de la douleur doivent passer par un système d'intégration « portillon » qui pourra augmenter ou réduire leurs activités avant qu'ils n'arrivent au cerveau. Ainsi une stimulation légère sur le site douloureux (frotter la blessure) pourra réduire la douleur (fermer le portillon) dès son entrée dans la moelle épinière. La douleur n'est donc plus perçue comme la résultante unique de la blessure, mais comme l'intégration d'une série d'informations facilitantes et inhibitrices. Ses travaux remarquables sur les membres fantômes - un membre disparu dont le patient a été amputé mais qui continue à le faire souffrir - font d'ailleurs encore autorité. Sauf que depuis, les tentatives d'explication des mécanismes de contrôle de la douleur n'ont pas cessé de se multiplier et, s'il faut en croire Serge Marchand, on comprend mieux maintenant le phénomène dans son ensemble.

« Oui, on connaît beaucoup mieux le phénomène de la douleur. Nous savons maintenant que l'état psychologique tout comme la condition physique d'un patient vont faire varier sa perception de l'intensité de la stimulation douloureuse. Nous connaissons mieux le rôle de la moelle épinière et de certains récepteurs nerveux bien identifiés qui jouent des rôles très précis dans la transmission et la perception de la douleur. Et on a aussi fait la preuve que la fibromyalgie, une maladie de plus en plus fréquente impliquant une intense sensibilité nerveuse, n'est pas une somatisation comme on le croyait d'abord. Bref, même si on n'arrive pas encore à tout expliquer, et surtout à traiter tous les types de douleur, nous la connaissons mieux qu'il y a 20 ans. »

Double vocation

Aujourd'hui, Serge Marchand poursuit ses recherches sur le sujet, un pied à Rouyn et l'autre à Sherbrooke. Depuis la création en février 2002 de la toute nouvelle Chaire conjointe UQAT-UdeS en douleur, M. Marchand partage son temps entre les deux campus.

Serge MarchandSerge Marchand, professeur-chercheur au Département des sciences de la santé à l'UQAT et à la Faculté de médecine de l'UdeS. Il est aussi titulaire de la Chaire conjointe UQAT-UdeS en douleur.

La nouvelle chaire aura une double vocation axée à la fois sur la recherche fondamentale et la recherche clinique auprès des patients. Comme l'explique Serge Marchand, « nos chercheurs tentent de mieux comprendre le rôle des mécanismes endogènes de contrôle de la douleur (ceux que l'organisme développe lui-même) chez des sujets sains et des patients souffrant d'une pathologie. Nous essayons, par exemple, de savoir pourquoi certains patients développent des douleurs chroniques et d'autres non. Le modèle de Melzack permet d'expliquer en partie ces mécanismes endogènes de contrôle de la douleur, mais nos recherches et nos expériences vont au-delà de ce modèle puisque notre connaissance, des neurorécepteurs, par exemple, est beaucoup plus précise. C'est ainsi que nous nous intéressons de façon spécifique à ce qui se passe lorsqu'il y a un déficit des mécanismes descendant du contrôle de la douleur (la réponse du cerveau en direction de la région stimulée) dans la fibromyalgie. »

En couplant ainsi recherche fondamentale et recherche clinique, le docteur Marchand et son équipe espèrent combler le fossé parfois béant qui sépare les travaux en laboratoire et le traitement en clinique.

Parmi les autres champs de recherche au programme, soulignons deux secteurs particulièrement prometteurs : celui du rôle des odeurs et celui des hormones sexuelles dans la perception de la douleur...

La sommation spatiale d'un patient avec Nancy Julien, professeure-chercheure à l'UQAT et responsable-adjointe du Laboratoire de recherche sur la douleur.

Concrètement, et malgré la distance considérable qui sépare les deux capitales régionales, le lien entre les deux universités sera assuré principalement de deux façons. D'abord par des télé et vidéoconférences régulières entre Rouyn et Sherbrooke, et par un programme intensif de stages de recherche effectués dans l'une ou l'autre des universités par les étudiants-chercheurs et les professeurs. Sur le campus de l'UQAT, Serge Marchand sera assisté par Nancy Julien. Elle supervisera les travaux des étudiants, alors qu'il verra à tout mettre en place à Sherbrooke. La nouvelle chaire offre déjà un programme de maîtrise et de doctorat en médecine clinique à l'Université de Sherbrooke.

En vrac

ARTS MÉDIATIQUES

C'est dans notre numéro d'hiver 2001 que nous vous parlions d'HEXAGRAM (Institut de recherche et de création en arts médiatiques et technologiques). En septembre 2002, HEXAGRAM se liait au Centre interuniversitaire en arts médiatiques (CIAM) pour créer le TestLab tec, un laboratoire centrant ses recherches sur les ordinateurs vestimentaires et les textiles interactifs. L'équipe du laboratoire réunit des chercheurs de l'UQAM, de l'Université Concordia, de la Société des arts technologiques (SAT) et de l'entreprise Thought Technology Inc. Au début du mois de décembre 2002, à l'UQAM, le groupe présentait déjà le résultat de ses premiers travaux. Joanna Berzowska, professeure à la Faculté des arts de Concordia, et auparavant au MIT, montrait sa plus récente réalisation en tissu interactif, alors que Didier Combatalade, de Thought Technology, expliquait les relations entre les mesures électromagnétiques du corps et la représentation infographique.

Ce n'est qu'un début : ils poursuivront le combat. Et on vous en reparlera.

Source : Service des communications de l'UQAM.

SOUTIEN DES COMMUNAUTÉS

C'est en décembre 2002 que l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) lançait un nouvel organisme : le Laboratoire de recherche pour le soutien des communautés (LARESCO).LL'ÉQUIPE

De gauche à droite, les professeurs Suzanne Dugré, André Gagnon, Daniel Thomas et Sébastien Savard. Absent sur la photo : Patrice LeBlanc.

Loin des ordinateurs vestimentaires et des textiles interactifs, on se propose ici de donner aux organismes régionaux un appui scientifique pour les aider à évaluer leurs interventions et leurs services. Laresco est composé d'un groupe de professeurs-chercheurs de l'UQAT : Suzanne Dugré, André Gagnon, Patrice LeBlanc, Sébastien Savard et Daniel Thomas. Ce nouveau lieu de recherche vise à favoriser les échanges scientifiques dans la communauté tout en encadrant le travail des étudiants de deuxième cycle en psychoéducation, en travail social et en développement régional. L'équipe du Laresco se penche déjà sur plusieurs projets dont l'évaluation de l'implantation du projet Génies des Sages de la Fédération des clubs de l'âge d'or Abitibi-Témiscamingue-Ungava.

Source : Service des communications de l'UQAT.

* Michel Bélair est journaliste au quotidien Le Devoir. On peut le rejoindre pour tout commentaire à : belmic@videotron.ca

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