RÉSEAU HIVER 2004 / Magazine de l'Université du Québec
Reproduction autorisée avec la mention de l'auteur et de la source.

Mystérieuse culture arabe !

Brahim
BRAHIM

Les photos du dossier sur la culture arabe sont l'oeuvre du photographe TSHI.

ThématiqueVaste, exotique, multiforme culture arabe ! nous en connaissons finalement très peu de choses, même si nous sommes médiatiquement obsédés par elle. Les pays arabes sont devenus politiquement L'Autre.

Voici quelques propos de professeurs d'origine arabe qui enseignent à l'Université du Québec ou de certains de nos experts en relations internationales sur l'histoire, la culture et les mystères de cet Autre.

Poésie sensuelle, effervescence intellectuelle et charme andalou, les arts et les sciences en provenance du Moyen-Orient se sont imposés à travers les siècles comme une vibrante recherche de la beauté.

Des forêts de minarets

Petit tour d'horizon historique, avec minarets comme arrière-fond, sur un tapis d'images plus ou moins fausses, d'une culture aux visages multiples que nous connaissons très peu.

Par Michel Bélair

Les observateurs ne cessent de souligner le lent surgissement d'un phénomène nouveau : celui de la cristallisation de la conscience arabe et musulmane. Et cela, malgré le tissu de différences souvent radicales dans lesquelles cette conscience s'incarne. Comme lorsque, à l'échelle de l'univers, les nébuleuses se condensent soudain ou que les amas gazeux se densifient...

Une multiplicité de cultures

Gaby HsabPour Gaby Hsab, professeur en communication internationale et interculturelle au Département de communication de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), nous faisons face à un problème majeur de perception. « Il n'y a pas un monde arabe, il y en a plusieurs. À l'intérieur de ce grand ensemble, tout change d'un pays à l'autre : la culture, les mentalités, les modes de vie et même l'interprétation de la religion. L'histoire, la géographie et l'économie soulignent plutôt la multiplicité des différentes cultures selon les pays et les régions du monde arabe... ». Dans la plupart des pays occidentaux, cependant, les médias réaffirment constamment cette perception biaisée en mettant tous les Arabes et les Musulmans dans le même grand sac.

Historiquement, la méfiance commence à prendre dangereusement forme autour de l'an 711, soit moins de 70 ans après la mort du prophète Mahomet. Les armées arabo-musulmanes envahissent alors et le sous-continent indien et la péninsule ibérique. Dans cet empire immense, qui enserrera l'Occident sous diverses formes pendant presque un millénaire, par le sud tout autant que par l'est, une civilisation mixte d'un raffinement indicible se mettra à fleurir un peu partout avec des variantes qu'il est presque gênant de qualifier de « locales » tant elles mettent en cause des cultures entières.

...des transes des derviches tourneurs aux interprétations des grandes stars de la chanson maghrébine ou égyptienne en passant par le théâtre, la danse classique et les rencontres avec des écrivains ou des penseurs arabes, le Festival du monde arabe de Montréal est une sorte d'oasis prometteuse au beau milieu d'une mer
d'incompréhension.

De Delhi jusqu'à Séville ou Saragosse, de Mazar-e Charif à Marrakech, et d'Istanbul jusqu'au golfe d'Aden, une fine forêt de mosquées, de minarets, de palais et de mausolées s'étendra au pied des montagnes comme des plateaux et des déserts. L'islam, la dernière des grandes religions monothéistes révélées, a partout donné naissance à des merveilles, et les fondamentalismes auxquels on l'associe aujourd'hui nous le font oublier trop souvent.

Les Québécois et le monde arabe

Rachad AntoniusRachad Antonius a travaillé à la Chaire Raoul-Dandurand et au CÉETUM (Centre d'études ethniques de l'Université de Montréal) avant d'enseigner au Département de sociologie de l'UQAM. Il s'intéresse de façon plus spécifique à la façon dont les Québécois perçoivent les Arabes. C'est un homme qui, avec une attention presque maniaque, décortique chaque jour les pages d'opinion des grands quotidiens et les rares débats d'idées sur le sujet à la télé ou à la radio. D'après ses recherches, on ne peut parler d'une vision uniforme chez les Québécois.

« Dans le discours public des Québécois sur les Arabes, deux tendances s'affirment, explique-t-il. Dans la première, on ne connaît le contenu de cette culture arabe que sous la forme de stéréotypes, de clichés qui témoignent avant tout de l'ignorance de ceux qui parlent et de la méconnaissance de l'Autre. »

« Vous trouverez aussi dans les pages d'opinion des grands quotidiens d'ici, des discours expliquant toute la situation politique du Moyen-Orient par "la haine des Arabes pour les Occidentaux". Ce cliché fait de l'islam une religion à la fois haineuse et réactionnaire. Malheureusement, on ne dénonce pas assez ce discours biaisé et si ouvertement raciste qu'il intimide parfois ceux qui voudraient prendre position. »

Par ailleurs, au Québec, on manifeste clairement un intérêt pour les cultures « autres », et la culture arabe est si diversifiée, si riche qu'on y perçoit un exotisme certain. Les gens qui sont passionnés d'art et de littérature sont de plus en plus attirés par la culture arabe... Même avec ses pointes négatives dues à l'actualité au Moyen-Orient, poursuit Rachad Antonius, il faut noter qu'il y en général beaucoup plus d'ouverture et de curiosité qu'auparavant... ».

Du côté du public, en effet, cet intérêt pour les cultures « autres » trouve à s'affirmer, par exemple, dans ce Festival du monde arabe (FMA), qui en était à sa troisième édition en novembre dernier. Rassemblant un public de plus en plus vaste de Montréalais et des invités de prestige, l'événement est axé tout autant sur la création et la modernité que sur les traditions des différentes cultures arabes. Pendant une dizaine de jours, le FMA reçoit des artistes de tous horizons. Par l'éventail et la diversité des disciplines que ce lieu de rencontre exceptionnel propose, allant des transes des derviches tourneurs aux interprétations des grandes stars de la chanson maghrébine ou égyptienne en passant par le théâtre, la danse classique et les rencontres avec des écrivains ou des penseurs arabes, le FMA est une sorte d'oasis prometteuse au beau milieu d'une mer d'incompréhension...

Seulement un Musulman sur cinq est un Arabe. C'est sur une frustration que se bâtit à nouveau l'identité commune.

Certains artistes voient le Québec comme un terrain particulièrement fertile en matière de tolérance et d'acceptation. Peut-être à cause de sa culture et de son histoire, parce qu'il a eu à négocier constamment avec la différence (amérindienne, anglo-saxonne, française). Peut-être parce qu'il a connu le monothéisme et une forte influence de la religion, ou parce qu'il a aussi connu l'anathème politique.

Le professeur Antonius souligne en tout cas que des liens entre la communauté arabe et la réalité québécoise sont maintenant tissés, et de façon beaucoup plus serrée qu'ils ne l'étaient il y a encore quelques années. « Les mariages et les unions mixtes sont nettement à la hausse. Les conversions à l'islam aussi. » L'islam, soit dit en passant, représente maintenant la troisième religion au Québec (plus de 105 000 pratiquants).

Petit prince Khamiliya
PETIT PRINCE KHAMILIYA

DEUX MODES DE PENSÉE

Jean CeermakianD'après le professeur Jean Cermakian de l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), « Arabes et Occidentaux se comprendraient mieux s'ils ne forçaient pas l'autre à s'adapter à ses propres fonctionnements institutionnels. La méfiance mutuelle fait que nous ne voyons pas l'histoire et la culture de la même manière. La culture de l'Occident s'est dissociée de la religion. Dans la plupart des pays arabes, il existe un lien indissociable entre la religion et la culture, et c'est là tout le problème. Certains pays ont essayé divers modèles pour créer une société progressiste et ils se sont inspirés du socialisme russe. Cela a été un échec, car cette laïcisation de la société mettait de côté les valeurs traditionnelles sans pour autant apporter des solutions aux problèmes des populations. Pour Amir Maasoumi, Iranien réfugié au Québec depuis 1983 et sociologue de formation, la séparation de l'Église et de l'État reflète un mode de pensée occidentale qui n'est qu'une vérité historique relative et non LA vérité absolue comme on tend souvent à vouloir le croire. « L'Occident moderne a une vision morcelée, fragmentée, qui se reflète dans ses classifications politiques. Mais si on pense aux visions culturelles ou spirituelles non modernes (dont la musulmane et l'autochtone, par exemple) on se rend compte que la vision occidentale du monde est loin d'être universelle. Les anciennes cultures ont une vision davantage holiste. Alors que l'Occident met l'univers d'un côté et la société de l'autre, ces cultures voient l'humain en tant qu'élément d'un ensemble plus vaste. Le rôle de l'humain n'est pas alors de domestiquer l'environnement. Son rôle est plutôt de se soumettre à l'harmonie créatrice qui existe. Cela est essentiel au Coran. Il n'est donc pas étonnant que l'ère industrielle basée sur le contrôle et une domination de la planète fasse sursauter l'âme musulmane ».

Du temps des croisades

Mais revenons à Gaby Hsab.

Il soutient, comme l'écrivain Amin Maalouf, qu'il citera d'ailleurs à plusieurs reprises tout au long de notre rencontre téléphonique, que pour saisir un problème de perception qui ne date pas d'aujourd'hui, il faut remonter jusqu'aux croisades, rien de moins !

«  Il y a bien sûr des raisons historiques, reprend-il, et des raisons économiques ­ pensons au colonialisme... ­ qui expliquent l'existence de ce fossé, mais cette perception biaisée se répercute dans l'histoire depuis la confrontation brutale de l'islam et du christianisme autour des croisades. Quand deux religions à caractère universaliste et expansionniste se rencontrent, le choc ne peut être que violent. » « Pour mieux saisir ce climat dans lequel la méfiance joue un grand rôle, il faut lire Les Croisades vues par les Arabes [1983] d'Amin Maalouf. Et son Identités meurtrières [1998] aussi. Ces deux livres traduisent bien les différences entre la réalité et l'image que nous nous faisons du monde arabe. »

QUATRE GRANDS BLOCS

Géographie succincte du monde arabe

Quand on passe sur les traces des envahisseurs du VIIIe siècle, on trouve partout encore des cultures profondément marquées par l'islam... mais de moins en moins d'Arabes.

Dans les faits, seulement un Musulman sur cinq est un Arabe, selon le professeur Rachad Antonius. On connaissait déjà l'importance démographique et politique des Musulmans (non Arabes) en Inde et au Pakistan, tout comme en Indonésie ou en Afrique noire, ainsi que la précarité des populations musulmanes des Balkans s'étant lourdement imposée au fil des massacres en Bosnie comme au Kosovo. Mais l'actualité s'est aussi chargée, à travers les dévastations de l'ouragan taliban, de nous rappeler certains fondamentalismes islamiques fort éloignés de la culture arabe « séculière » et qui, par exemple, ont mené au saccage du musée de Kaboul et à la destruction des statues millénaires du Bouddha.

Même autour du bassin méditerranéen, tous les Arabes ne sont pas Musulmans et tous les Musulmans ne sont pas Arabes. Pour mieux illustrer cette diversité, le professeur Hsab trace un portrait schématique du monde arabe en quatre grands blocs.

« Il y a d'abord les pays du Moyen-Orient qui formaient l'ancien " croissant fertile ". On retrouve là la Syrie, la Jordanie, l'Irak, le Liban et la Palestine. Ces pays ont une histoire commune qui s'étend sur des millénaires et, même si on peut y trouver des différences notables, la culture qu'ils partagent est souvent la même. Ce qui n'est pas le cas de l'Égypte qui forme un deuxième bloc. On trouve là, par exemple, profondément inscrite dans le vocabulaire de tous les jours et dans les coutumes, une façon de marquer les rapports sociaux qui emprunte directement à la société hiérarchisée de l'époque des pharaons (...).

Vient ensuite le bloc formé par les pays d'Afrique du Nord, du Maghreb, qui ont leur propre histoire et leur propre culture, souvent extrêmement riches et diversifiées, qu'on peut reconnaître autant dans l'architecture que dans la littérature de ces pays. Cela se sent aussi très concrètement au niveau de la langue puisque, pour se comprendre, un Libanais et un Marocain, par exemple, vont parler le français plutôt que l'arabe (...).

Reste enfin le quatrième bloc formé par l'Arabie saoudite et les pays du Golfe où, traditionnellement, la religion islamique exerce une influence profonde sur le style de vie des populations et des sociétés.»

Ici, notre interlocuteur fait une pause ; on l'entend presque soupeser tout ce qu'on a pu lire un peu partout sur le difficile équilibre qui assure le pouvoir des maîtres de Ryad. Ou vérifier peut-être la solidité de ses blocs auxquels s'adossent les multitudes musulmanes installées de l'océan Indien au Pacifique... Puis il reprend.

« C'est une division schématique un peu arbitraire, bien sûr. Il y a beaucoup de différences locales à l'intérieur de ces blocs. Et encore plus quand on les compare l'un à l'autre. Mais aussi arbitraire soit-elle, cette division en quatre blocs permet du moins de saisir l'apparition d'une nouvelle identité commune rassemblant tous les pays de culture arabe au-delà de leurs différences. Cela s'explique par des raisons politiques en fait. »

Ce qu'il faut retenir, selon lui, c'est le profond sentiment d'injustice ressenti par les pays de culture arabo-musulmane lors de la création d'une série de nouveaux états sur les ruines de l'empire ottoman « géré » par les Français et les Britanniques... et les Américains. «Des nations qui n'avaient presque pas de liens entre elles se retrouvent aujourd'hui à manifester une conscience religieuse commune qui n'était pas là, et qui est en forte croissance depuis quelques décennies », poursuit M. Hsab.


Laïla
LAÏLA

Mille et une nuits des sens

Par Denise Proulx

Poésie sensuelle, effervescence intellectuelle et charme andalou, les arts et les sciences en provenance du Moyen-Orient se sont imposés à travers les siècles comme une vibrante recherche de la beauté.

...comment le bruit de l'eau et des enfants se mêlait aux odeurs des fleurs.

R'Kia Laroui« L'Occident a-t-il oublié que la chimie, l'algèbre, les mathématiques, les figures géométriques de l'architecture, les arabesques, la maroquinerie, la broderie sont les fruits de la créativité arabe ? Des monuments qui ont traversé les siècles et qui confirment un véritable culte du beau chez cette civilisation », rappelle Mme R'Kia Laroui, marocaine d'origine et professeure en didactique du français et de la communication interculturelle au Département des sciences de l'éducation de l'Université du Québec à Rimouski (UQAR).

Rituels d'échanges

« Il semble que le fondamentalisme religieux gomme tout et fasse oublier tout l'aspect culturel. L'intellectuel palestino-américain Edouard Saïd a parlé du "choc des ignorances", et c'est exactement ma perception. On ignore les peintres, les musiciens arabes. La musique de l'Andalousie, par exemple, possède une histoire extraordinaire, une poésie tout à fait romantique qui décrit des sentiments qui sont en contact permanent avec la nature. Tous ces éléments ont été folklorisés par des stéréotypes et des préjugés. »

C'est avec une certaine nostalgie que Mme Laroui se souvient de la fontaine située au centre de Marrakech, lieu de rencontre des familles pour écouter et jouer du luth ou de la flûte. Comment le bruit de l'eau et des enfants se mêlait aux odeurs des fleurs. Le vendredi, journée de prière communautaire, chaque maisonnée fait brûler de l'encens, embaumant des quartiers entiers. « L'aspect ludique de la beauté arabe est un héritage universel de l'humanité », poursuit-elle.

À titre d'exemple, Mme Laroui parle avec éloquence de la tradition du bain maure qui fait partie de ces rituels de prière et d'échange. Le jeudi soir, de nombreuses familles se rendent au bain communautaire pour se laver et recevoir des massages avec le rassoul, une argile parfumée de fleurs d'oranger et de plantes odorantes.

« Cet esprit communautaire a inspiré des artistes, a façonné l'architecture et l'histoire. »

Une poésie de l'ouverture

Quelque 4 000 manuscrits non publiés, d'une extraordinaire force artistique et scientifique, marquent la trace de cette grande culture. La poésie arabe est habitée par le dialogue entre les peuples. C'est une poésie de l'ouverture qui transcende les différences. Dans les années 1960, elle retraçait les malaises, le déclin de notre culture. Aujourd'hui, les poètes nous présentent l'image d'un brassage de traditions, d'un dialogue, d'une ouverture. On ne peut plus parler de culture cloîtrée.

Ce sont les artistes engagés dans la musique, la peinture, la poésie, la littérature qui
servent à déjouer les interdits.

Il y a eu une mode, dans la haute couture et les magazines, qui valorisait le port du foulard de soie, avant le 11 septembre 2001.

Déjouer les interdits

« Comme intellectuels, nous devons accepter de partager les responsabilités dans le déclin de la culture arabe. Je pense que les intellectuels et les penseurs arabes sont maintenant pleinement conscients que tout l'avenir repose dans la connaissance mutuelle de l'autre », ajoute Mme Laroui.

Pour elle, cette prise de conscience est salvatrice et marque le début d'un nouveau cycle, bien que ce nouveau regard n'apparaisse pas encore à la face du monde, surtout de ce côté-ci de l'hémisphère.

« De plus en plus d'artistes et d'intellectuels, tant hommes que femmes, se font entendre malgré une liberté d'expression cantonnée dans des réglementations très sévères. Ce sont les artistes engagés dans la musique, la peinture, la poésie, la littérature qui servent à déjouer les interdits. Il y a une circulation de produits culturels qui ne peut plus être stoppée. Les dirigeants arabes vont censurer un film, mais ils en laisseront passer quatre à cinq autres. L'éclatement des médias fait que les gens savent ce qui se passe. C'est grâce à ces éclatements que nous pourrons réhabiliter la place de la culture arabe et revenir au culte du beau et à l'harmonie qu'elle porte », croit Mme Laroui.

Le double langage du voile

Les femmes arabes profiteront-elles de cette ouverture culturelle, alors que des milliers d'entre elles n'ont pas la chance d'aller à l'école et que les fondamentalistes les cachent derrière le voile ?

« Montrer une femme voilée est un puissant symbole religieux. Et ce symbole pour moi n'a rien à voir avec la culture arabe comme telle, dit Mme Laroui commentant notre choix de page couverture. Dans les pays du Maghreb, il y a des femmes chrétiennes qui ne sont pas voilées, et elles ne sont pas moins arabes pour autant. Il y a eu une mode, dans la haute couture et les magazines, qui valorisait le port du foulard de soie avant le 11 septembre 2001. Les femmes y affirmaient leur distinction et leur goût du beau. La Maison de haute couture de Casablanca en faisait de très belles publicités. Ça n'a rien à voir avec le voile noir de la femme en Iran ou la burka de l'Afghanistan.

Aujourd'hui, dans les pays du Maghreb, c'est même devenu dangereux de porter le voile, car il est associé au fondamentalisme aveugle susceptible de faire régresser les réformes adoptées au cours des dernières années. Plusieurs femmes du Maghreb, du moins celles du Maroc et de la Tunisie, sont engagées dans des mouvements pour améliorer les conditions de vie de leurs consoeurs arabes. Vous savez, tous les éléments qui enferment les femmes dans l'isolement et l'ignorance sont contraires au premier verset du Coran qui dit que tous ont le droit de s'instruire. » 


Faucon
FAUCON

Langue et culture arabes aujourd'hui

Par Denise Proulx

Le monde arabe actuel est un chantier à ciel ouvert, à la recherche d'un projet de société digne de sa civilisation passée et soucieux d'épouser son temps.

À l'UQAM, trois professeurs dispensent cinq cours de langue et culture arabes à 175 étudiants, pour la majorité de souche québécoise.

Malika Ech-Chadli et Omar DjamaMalika Ech-Chadli et Omar Djama

 

En 1997, l'UQAM embauchait Malika Ech-Chadli, docteure en sociolinguistique, pour l'enseignement d'un cours de langue arabe à l'intérieur de son École de langues. En 2002, après avoir tenu le fort seule pendant cinq ans, Mme Ech-Chadli s'est vu confier la responsabilité de la mise en place d'un certificat de 30 crédits en langue et culture arabes, tout en assumant la gestion de la formation des langues tierces, communément appelées langues des signes (mandarin, arabe, etc.). Sept des dix cours du certificat réfèrent à l'apprentissage de la langue.

« Notre mission est d'outiller les étudiants, leur apprendre la langue pour qu'ils puissent la comprendre et l'utiliser »,  nous explique Mme Ech-Chadli. 

« Dans les cours de langue, on ne parle pas nécessairement de politique. Si des étudiants veulent approfondir cette dimension, nous leur suggérons certains cours. » À l'automne 2004, huit cours seront accessibles.

Une perspective historique 

Elle a confié à Omar Djama, un ex-ambassadeur originaire du Djibouti, l'histoire et le fonctionnement des institutions politiques ainsi que la géopolitique. Dans le cadre de sa carrière diplomatique, M. Djama a oeuvré à la conciliation entre les pays arabes et africains. Outre son enseignement, par l'entremise de divers médias dont la très réputée chaîne Al Jazeera, il explique l'évolution de la situation de la femme ainsi que l'intérêt des communautés arabes envers le reste du monde.

« À l'UQAM, nous nous situons uniquement dans une démarche académique pour faire découvrir une culture, une langue et une civilisation exceptionnelles. Nous osons croire que cette connaissance pourrait apaiser la tension internationale entre Arabes et Occidentaux », dit M. Djama.

Trop de gens ignorent encore que le monde arabe réfléchit à sa propre situation.

« C'est malheureux que l'Occident n'ait pas connu les Arabes du XIe, XIIe et XIIIe siècles, ceux qui ont traduit Aristote. Ils étaient alors à l'apogée de leur civilisation tandis que les Occidentaux vivaient encore au Moyen Âge », renchérit Mme Ech-Chadli.

« Les Arabes de cette époque ont partagé leurs connaissances et fait connaître les sciences sans pour autant imposer leur regard sur le monde. Polythéistes, les Arabes musulmans vivaient en paix aux côtés des Juifs et des Chrétiens. »

LES MOTS POUR LE DIRE

Malgré leur méfiance centenaire, Arabes et Occidentaux se sont enrichis mutuellement de la poésie des mots.

par Denise Proulx

« Chacun des pays, du Maroc au golfe Persique, possède une manière de s'exprimer, un accent, des différences de vocabulaire, des comportements, des odeurs et des saveurs qui lui sont propres», souligne Jean Cermakian, professeur associé au Département des sciences humaines et spécialiste des relations internationales liées au Moyen-Orient à l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). « Le seul point commun linguistique des Arabes se situe autour de la langue classique, celle du Coran. Les médias ont tenté d'en faire une langue d'échange. Lorsque les personnes écoutent la radio Al Jazeera, ils n'entendent pas l'arabe du Qatar mais un arabe standard.  »

Ahmed MahidjibaPour Ahmed Mahidjiba, météorologue à Environnement Canada et étudiant au doctorat en sociologie à l'Université du Québec à Montréal (UQAM), l'une des influences occidentales les plus visibles sur la culture arabe se situe au niveau des emprunts linguistiques, résultat de décennies de colonialisme. « Dans mon pays, l'Algérie, plusieurs mots français sont arabisés. Les Algériens les utilisent couramment au fil d'une conversation comme s'ils avaient toujours fait partie de la langue. Les gens ne remarquent plus leur origine et leur donnent un sens et un accent très local.  »

« En Somalie, pays charcuté en trois sections au XIXe siècle à la suite d'une colonisation de la France, de l'Angleterre puis de l'Italie, la langue parlée du Nord est très différente de celle du Sud. La langue des envahisseurs est totalement imbriquée à l'arabe local. Pour se comprendre entre eux, les Somaliens parlent la langue des Occidentaux, le français ou l'anglais.  »

Des étudiants enthousiastes

Selon plusieurs étudiants de troisième année en relations internationales, le cours d'Omar Djama, parsemé d'odeurs et de saveurs locales, est simplement... magnifique ! La vaste érudition du professeur, sa passion pour sa matière, ses méthodes pédagogiques amènent les étudiants de surprise en surprise. L'enseignant n'hésite pas à utiliser la dégustation de mets typiques ou la présentation d'objets de la vie quotidienne pour appuyer davantage son propos. « Je veux que le monde arabe connaisse mieux le Québec et que le Québec connaisse mieux le monde arabe. Je fais le point sur ce qui se passe avec un regard critique. Trop de gens ignorent encore que le monde arabe réfléchit à sa propre situation. C'est un chantier à ciel ouvert, à la recherche d'un projet de société digne de sa civilisation passée et soucieux d'épouser son temps. Il y a de nouveaux leaders à faire connaître et j'espère que ce cours de culture générale présente des pistes claires pour les découvrir et les comprendre », dit M. Djama.

Kiosque d'information enchanteur

Les étudiants sont enthousiastes. D'ailleurs, plusieurs d'entre eux ont participé activement à monter et à animer un kiosque d'information sur la culture arabe les 17 et 18 octobre 2003, au pavillon Hubert-Aquin. Le kiosque, qui a été monté grâce au soutien des missions diplomatiques du Maroc, des Émirats arabes unis, du Koweït et de la Libye, a eu un bon succès. Mme Malika Ech-Chadli et M. Djama ont été enchantés de l'expérience et confortés par l'intérêt qu'a soulevé leur initiative.

À l'automne 2003, trois professeurs dispensaient cinq cours de langue et culture arabes à 175 étudiants, de souche québécoise pour la majorité.


*Les propos de Jean-René Milot et de Amir Maasoumi ont été recueillis par la journaliste Marie-Andrée Michaud.
Merci !


Hassan
HASSAN

 L'Inde et le Pakistan ont eu au moins une femme à la tête de l'État. Avons-nous beaucoup vu cela en Occident ?

DES FEMMES, DU DJIHAD, ET DE L'ESPRIT DU CORAN

Parmi les préjugés, l'homme de la rue croit souvent que les Arabes et particulièrement les Arabes musulmans refusent le dialogue avec les autres religions, prônent la violence et prônent l'inégalité entre les hommes et les femmes. « Ceci, encore une fois, est le fait de la branche fondamentaliste de l'islam » dit Jean-René Milot professeur retraité chargé de cours en sciences religieuses à l'Université du Québec à Montréal. « Le rapport entre les hommes et les femmes a beaucoup évolué dans la culture religieuse musulmane. Si certains pays ont effectué un recul tels l'Iran et l'Afghanistan, d'autres pays tels l'Inde et le Pakistan ont eu au moins une femme à la tête de l'État. Avons-nous beaucoup vu cela en Occident ? »

Le professeur fait remarquer que parmi les principes du Coran se trouvent l'égalité, la justice en particulier devant la distribution des richesses, la recherche de paix, l'approche consensuelle et la négociation. Allah étant nommé le Miséricordieux, le pardon et la compassion sont aussi des principes premiers de la religion musulmane.
Par ailleurs, dans son livre L'esprit des religions (Milan 2003) Hesba Cailliau nous aide à recadrer notre perception du djihad.

« Le djihad n'est pas un combat sacré pour l'expansion de l'islam », dit Hesba Cailliau dans son livre L'Esprit des religions (Milan, 2003), «  mais un effort spirituel que l'on fait sur soi pour résister aux forces négatives qui nous habitent. Le traduire par guerre sainte est à la fois impropre et dévalorisant pour l'islam ».


Saviez-vous que...

Par Rachel Chouinard

Saviez-vous que la langue arabe est l'une des cinq langues officielles de l'Organisation des Nations unies (ONU) et ses agences spécialisées. C'est aussi la langue usuelle de plus d'un milliard d'individus dont près de 300 millions d'Arabes répartis dans 22 pays membres de la Ligue arabe. On peut en apprendre davantage sur cette langue et sur la culture arabe en visitant le site Web du Centre de langue et de culture arabes de l'École des langues de l'UQAM à l'adresse suivante :
http://www.unites.uqam.ca/langues/Arabe/

Ce site nous permet également d'en savoir plus long sur le Certificat en langue et culture arabes et sur le premier kiosque d'information sur le monde arabe dont il est question dans le dossier central.

Saviez-vous qu'il existe une Chaire conjointe UQAM et CONCORDIA sur les études ethniques. Comme on le mentionne dans le propos d'introduction de cette chaire, la diversité ethnoculturelle de Montréal fait de la métropole un lieu privilégié pour l'étude de la pluriethnicité et des relations ethniques. C'est dans ce contexte social unique que l'UQAM et Concordia se sont unies afin de créer une Chaire conçue pour répondre aux défis que posent les rapports entre les divers groupes qui composent la société québécoise. À l'automne 2002, l'équipe de la Chaire CONCORDIA-UQAM en études ethniques a organisé toute une série de conférences sur les communautés arabes établies au Québec. Pour en savoir davantage consultez le site de la chaire à l'adresse :
http://www.unites.uqam.ca/chaire-ethnique/

Saviez-vous que dans le réseau de l'Université du Québec la présence de la culture arabe se manifeste également parcimonieusement dans quelques départements d'études littéraires ou de sciences religieuses comme en témoignent les enseignants et étudiants qui ont contribué au dossier. Elle se traduit aussi dans quelques programmes courts.

El Haj
EL HAJ

La vision occidentale du monde est loin d'être universelle...

Retour sommaireRetour rubrique