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2004 / Magazine de l'Université du Québec Reproduction autorisée avec la mention de l'auteur et de la source. |
Crise ?
Quelle crise ?
Déjà, dans les années 60, la Californie constituait un pôle d'attraction pour les chercheurs attirés par les nouvelles théories et expériences dans le domaine des sciences sociales. De là allaient se propager, dans tout l'Occident, les nouveaux courants du changement : psychothérapie, féminisme, libération sexuelle, écologie, pacifisme...
Tout naturel, donc, de tenir ce colloque international sur les médias, la science et le changement social à Santa Barbara, ville rose, opulente et balnéaire, accrochée sur les hautes collines verdoyantes bordant le Pacifique, à une heure de route de la Cité des Anges et de Hollywood, la mecque du cinéma mondial. Là où l'on manufacture le rêve et la réalité en formats « écran géant » et DVD, avec « son surround » global pour le marché mondial.
Le colloque réunissait universitaires et gens des médias autour d'une question, lancée dès le départ par l'organisateur de la conférence, Christian de Quincey : « Au lieu de servir les agendas des politiciens et des corporations, n'est-il pas temps que les médias portent attention à ce qui compte vraiment dans la vie des gens ? » Un colloque sous les auspices du Institute of Noetic Sciences, fondé par l'ex-astronaute d'Apollo, le Dr Edgar Mitchel, dédié à « explorer les frontières de la conscience, en recourant à la recherche scientifique rigoureuse ».
Une crise mondiale
Le colloque, ambitieux, tiendra ses promesses : conférences percutantes, rencontres passionnantes avec des réalisateurs, des éditeurs de magazines réputés (YES!, Shift, Health & Environment). Sans parler de ces longues discussions avec des chercheurs universitaires renommés tels le sociologue Peter Philipps (voir notre dossier médias sur les nouvelles censurées), ou la professeure Ginette Paris (anciennement à l'Université du Québec à Montréal, devenue une véritable vedette à l'Institut Pacifica, célèbre pour ses études spécialisées autour de Carl Jung).
Pourtant, ce qui m'aura frappé le plus, c'est cette conviction partagée par la plupart des participants : nous vivons présentement une crise mondiale - économique, sociale, environnementale et spirituelle - qui devrait aller s'amplifiant au cours des 2-3 décennies à venir.
Une question de style de vie
Pour sa part, le « père » de la simplicité volontaire, Duane Elgin, croit que l'humanité adolescente pourrait faire face à des temps difficiles. « Environ 60% de la population mondiale ne peut se payer les biens essentiels au prix du marché mondial. Cependant, la plupart regardent la télévision. Et voient en couleurs des biens et des styles de vie qui ne leur seront jamais accessibles. Historiquement, conclut-il, nous retrouvons là les ingrédients qui font les révolutions. »
Éric Weiss, psychothérapeute et professeur au célèbre California Institute of Integral Studies (CIIS) de San Francisco, entrevoit rien de moins que l'effondrement de la société industrielle dépendante, au plan énergétique, du pétrole, dont les réserves vont s'épuisant.
Wayne Teasdale, moine catholique siégeant au Parlement des religions du monde, poursuit dans le même sens : « La crise écologique n'est pas seulement environnementale, mais remet aussi en question un style de vie. Or, le style de vie américain, appliqué à 6 milliards d'humains, c'est la fin de notre espèce. »
L'engourdissement médiatique
Plusieurs conférenciers ont expliqué l'aveuglement collectif face à cette crise mondiale par notre engoudissement hypnotique par les médias de masse.
C'est alors que je me rappelai cette pochette de disque du groupe rock britannique Supertramp. À l'avant-plan, des gens, jeunes,beaux et bronzés, sirotant un cocktail étendu sur des chaises longues sous des palmiers sur le bord d'une piscine. Le titre : « La crise? Quelle crise? » Et à l'arrière-plan, une ville délabrée, aux ruines encore fumantes... Rappelez-vous le Titanic, et tous ces passagers qui mangent, dansent et boivent, juste avant l'impact fatidique.
L'idée n'est pas de paniquer, mais de s'interroger. Ici même au Québec, des chercheurs en environnement1 sont désormais persuadés qu'au plan planétaire, nous avons déjà franchi le point de non-retour!
Des questions inquiétantes, ouvertes et qui mériteraient qu'on s'y attaque résolument, avec toute la science maintenant à notre portée. Afin, comme le souhaite Elgin, de pouvoir « transformer l'extraordinaire crash évolutionnaire en vue, en un extraordinaire " bond " évolutionnaire! » En Californie, ces questions sont au programme de quantité d'instituts de recherche scientifique. Elles nourrissent des réflexions porteuses, des débats passionnés, une créativité inégalée, bien loin du défaitisme habituel. À quand des programmes de collaboration soutenus entre nos chercheurs et ceux de la côte ouest américaine?
L'espoir nous est donc permis. L'astrophysicien américain Stephen Hanking a révisé récemment sa théorie sur les trous noirs, ces immenses puits de gravité au centre des galaxies d'où même la lumière ne peut s'échapper. Il a découvert que l'information n'est pas complètement anéantie dans un trou noir, qu'il en reste des éléments, des traces. Il y aurait donc de la lumière au bout du tunnel ! Une nouvelle scientifique bouleversante, lue dans un entrefilet dans un grand quotidien, en page... G-17.
1 Entendu lors d'une conversation informelle entre communicateurs et chercheurs universitaires lors du lancement du Jour de la Terre, Montréal, 2004.
Serge Cabana
Éditeur