| RÉSEAU HIVER
2005 / Magazine de l'Université du Québec Reproduction autorisée avec la mention de l'auteur et de la source. |
Le Québec
dans un contexte de multination et d'interculturalité
UNE ENTREVUE DE CLAUDE MORIN
Le politicologue Alain-G. Gagnon, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes à l'Université du Québec à Montréal (UQAM), considère le Québec comme un modèle de démocratie extrêmement avancé.
Diplômé de l'Université du Québec à Rimouski (UQAR) et nouveau directeur de la Chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes, Alain-G. Gagnon entretient des contacts internationaux avec un grand nombre de chercheurs en sciences politiques répartis à travers le monde. Voici quelques extraits d'une entrevue avec ce politicologue portant plus spécifiquement sur nos liens avec les Premières Nations.
Qu'en est-il de la délicate question amérindienne?
Alain-G. Gagnon
Il s'agit d'une question prégnante dont on ne peut pas faire l'économie. Il nous faut un discours ouvert à la plurinationalité afin, d'une part, de prendre en compte les rapports entre les nations autochtones, la nation québécoise et la nation canadienne, et afin d'instaurer, d'autre part, des mécanismes de reconnaissance et de respect mutuel. Cela m'apparaît essentiel pour assurer la continuité des expériences spécifiques à chaque nation et garantir l'avenir des sociétés pluralistes démocratiques. L'éveil des Québécois à la diversité culturelle est tout à fait remarquable, eux qui débattent depuis des années de la meilleure façon d'identifier des lieux de pouvoir et d'affirmation permettant la reconnaissance de ce que Charles Taylor désigne comme la diversité profonde. Cette sensibilisation doit être mise au profit de la reconnaissance des nations autochtones.
Dans Québec : État et société, vous comparez le modèle canadien du multiculturalisme, le modèle américain du creuset ou melting pot et le modèle québécois de l'interculturalisme. Quel est, selon vous, le modèle le plus porteur pour les années à venir?
Je suis d'avis que le modèle de l'interculturalisme est le modèle le plus achevé en vue d'une construction identitaire responsable en ce début du 21e siècle. À ce titre, les communautés ethnoculturelles qui se sont jointes au Québec au fil des ans sont invitées à participer à la construction du Québec moderne et à faire front commun en vue d'édifier une citoyenneté québécoise commune et convergente. Les diverses communautés peuvent adhérer aux pratiques démocratiques avancées qui caractérisent les institutions politiques québécoises, dont le parlementarisme qui figure au premier chef. Elles sont aussi conviées à faire le pari de la langue française comme langue commune pour livrer bataille contre toutes formes de discrimination potentielles, et ainsi assurer la pérennité de l'expérience québécoise comme lieu de vie et d'épanouissement francophone. L'interculturalisme insiste sur les liens politiques et la négociation entre les parties adhérant à un contrat moral plutôt que sur la judiciarisation de ces liens. En fait, l'interculturalisme exige un fort niveau de confiance entre les parties et une culture politique sensible aux revendications des uns et des autres dans un Canada proprement multinational.
Québec : État et Société a été publié il y maintenant 20 ans. Cet ouvrage collectif semble aujourd'hui reconnu pour mieux comprendre le Québec...
De fait, je constate qu'il est devenu progressivement une référence incontournable. Cet ouvrage en est à sa troisième édition en anglais et il sera bientôt publié en langues portugaise, espagnole, catalane et allemande, en plus, bien entendu, de son édition en français. Ce qui est intéressant aujourd'hui, dans le cadre de la chaire de recherche que je dirige à l'UQAM, c'est que nous sommes en mesure d'offrir à nos chercheurs une programmation de publications issue des collections Débats et Trajectoires. Le premier volet de la collection traite de citoyenneté, d'identité et de pluralisme, et le second se penche sur les personnalités politiques qui ont formé le Québec d'aujourd'hui, à travers les prismes de la citoyenneté, de la diversité et de l'identité. Comment fait-on pour construire une citoyenneté commune lorsqu'il y a une pluralité d'identités comme c'est le cas à Montréal? Peut-on construire un ordre québécois qui soit à la hauteur des défis actuels? Est-ce que les diverses communautés ethnoculturelles accepteront de faire le pari d'un Québec ouvert à l'ensemble de ces communautés, tout en demeurant un Québec qui accepte aussi le fait d'être distinct et où l'on valorise les particularités québécoises?
Avec la Charte québécoise des droits de la personne, on a le sentiment que le Québec réalise un projet tout à fait unique dans lequel on a des droits collectifs qui sont dominants, en même temps que des droits individuels qui sont respectés et qui font l'envie d'à peu près toutes les nations à travers le monde. Je considère le Québec comme un modèle de démocratie extrêmement avancé.
N.B. : Chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes (UQAM) : www.creqc.uqam.ca
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« Chanter ne se dissocie pas de raconter. Voyager l'hiver, se perdre dans la neige, chanter pour trouver la force, le chemin. Le fait de chanter est un élément de culture qui traverse toutes les autres dimensions de la vie autochtone. Pendant mes entretiens avec les aînés, nous nous éloignions parfois du chant, mais toujours quelque chose nous y ramenait. J'allais de surprise en surprise! » |