RÉSEAU HIVER 2005 / Magazine de l'Université du Québec
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LABORATOIRE EN EAU DOUCE

L'Université du Québec à Trois-Rivières enfante un bateau pour la recherche en écosystèmes aquatiques sur le Saint-Laurent.

PAR DENISE PROULX

Des chercheurs curieux et créatifs, une université dynamique, un fleuve à connaître et à protéger. Voilà tous les ingrédients nécessaires pour que naisse le bateau laboratoire de recherche en eau douce qui sera mis à l'eau à Trois-Rivières en mai 2005.

P. MagnanPierre Magnan

Unique au Canada et entièrement conçu par le chantier naval de Matane, le navire de recherche, le Lampsilis*, effectuera diverses sorties sur le fleuve Saint-Laurent à partir de l'estuaire (Tadoussac/Rimouski) jusqu'aux Grands Lacs. Il sera en fonction environ 160 jours par année. D'une longueur de 25,2 m et d'une largeur de 6,7 m, ce navire à très faible tirant d'eau pourra se rendre dans des zones fluviales peu profondes comme celles des lacs Saint-Pierre, Saint-François et Saint-Louis. « Ces zones sont très productives en éléments nutritifs. Elles sont à la base de la chaîne alimentaire », dit Pierre Magnan, professeur au Département de chimie-biologie de l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en écologie des eaux douces. Celui-ci a accepté avec enthousiasme de piloter ce projet de 3,7 millions de dollars obtenus après avoir cheminé à travers le dédale des programmes de subvention.

« Des chercheurs en climatologie se demandent quels sont les effets du changement du rayonnement UV, accentué par l'amincissement de la couche d'ozone, sur l'éclosion des oeufs de poissons. »

Une idée originale

Le nouveau bateau est financé par la Fondation canadienne pour l'innovation (FCI), le gouvernement du Québec, la Fondation de l'UQTR, la Ville de Trois-Rivières ainsi que par le constructeur naval.

J. FrenetteJean-Jacques Frenette

L'idée originale revient à deux jeunes chercheurs de l'UQTR, Jean-Jacques Frenette et Gilbert Cabana, professeurs associés au Groupe de recherche sur les écosystèmes aquatiques (GREA) qui étudie les zones mal connues du fleuve Saint-Laurent. « Le défi sera d'utiliser également le bateau dans des zones à fort courant comme le chenal maritime du Saint-Laurent, dont on sait très peu de choses », complète le professeur Magnan.

Nombreuses collaborations scientifiques

Le navire de recherche est le résultat d'un partenariat entre son propriétaire, l'UQTR, et cinq universités québécoises, soit l'Université Laval, l'Université McGill, l'Université de Montréal, l'Université du Québec à Montréal (UQAM) et l'INRS- Eau, terre et environnement. Des organismes publics et des agences gouvernementales canadiennes et américaines ont également exprimé leur intention de l'utiliser pour des recherches spécifiques, car les projets d'étude ne manquent pas. Le niveau d'eau du fleuve Saint-Laurent, la qualité et la contamination de ses sédiments, les espèces exotiques qui l'envahissent, les coupes forestières et le réchauffement du climat ont des impacts sur la qualité des habitats et la productivité des espèces vivantes. « Des chercheurs en climatologie se demandent quels sont les effets du changement du rayonnement UV, accentué par l'amincissement de la couche d'ozone, sur l'éclosion des oeufs de poissons. Le navire va permettre de relever des données pour y répondre », explique Pierre Magnan.

G. CabanaUn outil exceptionnel

Gilbert Cabana

Le navire, de type catamaran, se compare au navire de recherche océanique Coriolis 2, modifié par l'Université du Québec à Rimouski (UQAR) et utilisé pour des recherches dans la portion d'eau salée du fleuve Saint-Laurent. « Il est clair que nous échangerons des informations et que ces deux navires vont aider à établir un réseau de recherche Québec-Ontario. Cette infrastructure représentera un outil exceptionnel pour la mise en place de programmes de recherche intégrés et d'envergure dans la portion d'eau douce du fleuve Saint-Laurent », complète le professeur Magnan. Un premier colloque qui en fera état est prévu à l'hiver 2006.

...niveau d'eau du fleuve Saint-Laurent, qualité et contamination de ses sédiments, espèces exotiques qui l'envahissent, coupes forestières et réchauffement du climat... les projets d'étude ne manquent pas.

* Durant les derniers épisodes de l'invasion des terres par la mer de Champlain, celle-ci s'est transformée en un immense lac d'eau douce qui s'étendait de Kingston à Québec. Le Lampsilis constituait donc un sixième Grand Lac, dont les vestiges sont actuellement les lacs Saint-Pierre, Saint-Louis et Saint-François.

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