RÉSEAU Février 1997 / Magazine de l'Université du Québec
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Titre

Robert-Lionel Séguin, interview au journal Le Jour, le 13 février 1976

Vue du Musée


Vibrant témoignage de nos origines et de notre culture

LE MUSÉE DES ARTS ET TRADITIONS POPULAIRES DU QUÉBEC

Gilles Boulet

Par Gilles Boulet, directeur général

Ce musée, dont rêvait Robert-Lionel Séguin, il est né 20 ans plus tard, le 26 juin dernier. Déjà, Jean-Paul L'Allier, alors ministre de la Culture, en acceptait l'idée dans son Livre Vert de 1976. Il fallut bien des négociations pour qu'il se réalise enfin. C'est l'Université du Québec à Trois-Rivières qui a mené les premières "batailles". Il fallait tout d'abord acquérir la célèbre collection de Robert-Lionel Séguin. Celui-ci, professeur à l'Université du Québec à Trois-Rivières, acceptait de la céder à l'Université contre un montant bien inférieur à la moitié de l'évaluation qu'en avait fait trois spécialistes des objets ethnologiques. Ce n'est qu'à sa mort, en 1983, que la collection s'en vint enfin à Trois-Rivières. L'Université du Québec à Trois-Rivières l'étala dans un immense sous-sol et, pendant de nombreuses années, consacra son énergie à identifier les pièces, à les cataloguer, à les expliquer. C'est ainsi que sous la direction du professeur Maurice Carrier, et avec l'aide de plusieurs personnes engagées à cette fin, les 35 000 objets ethnologiques de la collection Séguin demeuraient vivants.

L'Université du Québec à Trois-Rivières avait aussi développé un musée d'archéologie à partir des collections et des recherches de René Ribes qui, pendant au-delà de 30 ans, dirigea des fouilles archéologiques sur tout le territoire de la Mauricie et du Québec. Grâce à ses travaux, le musée d'archéologie accueillait dans ses murs environ 30 000 artefacts préhistoriques ou amérindiens.

Ces deux éléments importants, ainsi qu'une collection de sciences naturelles que les professeurs de biologie pouvaient acquérir facilement, devaient mener, dans les intentions de l'Université, à la création d'un musée multifonctionnel qui abriterait ces immenses richesses. Mais il est difficile de faire accepter l'idée d'une construction muséale à l'intérieur d'une université. Le recteur d'alors, Jacques Parent, eut l'idée de mettre sur pied une corporation privée qui prendrait en main le projet du musée. Cette corporation vit le jour en 1985 et développa tout d'abord le projet d'un musée de la tradition et de l'évolution qui fut l'objet de nombreuses études, pour être finalement présenté en 1989 au Sommet économique de la région 04. Sous la présidence de la ministre de la Culture, Lise Bacon, le Sommet économique accepta le projet en ne retenant, cependant, que les aspects ethnologique et archéologique. La ministre demandait de plus à la corporation d'engager un directeur à plein temps et de présenter un projet entièrement nouveau.

 

Du rêve à la réalité : des étapes et des jalons

C'est à ce moment que j'entrai en course bien que j'aie déjà été mêlé à l'acquisition de la collection Séguin en tant que recteur de l'Université du Québec à Trois-Rivières, puis de président de l'Université du Québec, ainsi qu'à la mise sur pied initiale du musée d'archéologie. C'est d'ailleurs en tablant sur ces faits que le recteur Parent me convainquit - assez facilement - d'accepter la direction générale du musée au moment où je quittais la présidence de l'Université du Québec.

En décembre 1990, la petite équipe que nous avions mise sur pied présentait le document exigé par le Sommet économique au ministre canadien des Communications, Marcel Masse, et à la ministre de la Culture du Québec, Liza Frulla. Le projet fut dès lors accepté par les deux gouvernements : le gouvernement fédéral y souscrivait 6,5 millions, le gouvernement provincial 7,5 millions, tous deux exigeant toutefois que le musée recueille une contribution de 1,5 million auprès de la population. En accord avec le ministre des Affaires culturelles de l'époque, le musée devint le Musée des arts et traditions populaires du Québec.

Il ne s'agissait là, cependant, que d'un accord de principe puisque l'autorisation de procéder à la construction ne pouvait être accordée tant que la ministre de la Culture du Québec ne puisse s'assurer de la possibilité pour son Ministère de fournir une subvention d'aide au fonctionnement du Musée dans une proportion de 55 %. C'est en octobre 1993 que, grâce à l'intervention de la vice-première ministre, Lise Bacon, le Conseil des ministres du gouvernement du Québec accordait finalement au Musée l'autorisation de procéder aux diverses constructions que comportait le projet. Entretemps, et ce dès 1991, l'Université du Québec à Trois-Rivières avait concédé au Musée la gestion de la collection Séguin et du musée d'archéologie.

Rabot à moulurerCe n'est là qu'une série de dates qui permet bien peu d'exprimer ou de présenter toutes les démarches, toutes les discussions et toutes les tractations que la petite équipe du Musée a dû mener pendant ces périodes pour assurer la concrétisation du projet. Ce fut alors l'élan vers la démarche finale. Il fallait construire l'édifice public proprement dit, rénover la Vieille Prison de Trois-Rivières qui devait être rattachée au Musée, construire un édifice devant servir à la conservation des collections selon les normes sévères qui sont prévues à cet effet, et préparer le centre de documentation ainsi que les salles d'archives qui devaient accompagner le tout. L'édifice dit "de la réserve" fut le premier terminé. La restauration de la Vieille Prison et la construction du musée proprement dit suivirent quelque temps plus tard. Nous réussissions enfin à ouvrir nos portes le 26 juin 1996.

 

Une visite au musée

Doté de six salles d'exposition de différentes grandeurs, d'une salle multimédia à la fine pointe de la technologie, de deux grands ateliers pédagogiques, le Musée lui-même est un magnifique édifice entouré d'une colonnade et doté d'un hall d'accueil qui est tout à la gloire de l'architecte Marcel Lord qui en a conçu les plans.

Il comporte deux grandes salles, l'une consacrée à l'ethnologie et l'autre à l'archéologie, qui abritent des expositions de longue durée. Les autres salles servent à des expositions dont la durée de vie est plus limitée selon les expositions qu'on y fait et les budgets dont nous disposons ! La Vieille Prison, qui est reliée à cet édifice, a été entièrement restaurée et présente, sur deux étages, une vingtaine de cellules qui racontent visuellement la vie des prisonniers qui y ont passé quelques mois depuis 1822 jusqu'en 1986. Nous y avons aussi installé une septième salle d'exposition ainsi que la salle du conseil d'administration. Quant au dernier étage et aux combles de l'édifice, ils abritent les bureaux administratifs de l'ensemble du Musée.

Depuis son ouverture en juin 1996, le Musée des arts et traditions populaires du Québec a reçu au-delà de 50 000 visiteurs. Pour un musée situé en région, il s'agit là d'un succès assez remarquable.

 

Un musée qui nous ressemble

Il répond à nos objectifs puisqu'il témoigne, comme en avait l'intention Robert-Lionel Séguin et tous ceux qui ont contribué à sa réalisation, de nos traditions et des arts populaires qui ont marqué celles-ci tout au long de notre histoire. Qu'il s'agisse des gens qui étaient là avant que les Européens n'y viennent, de ceux qui sont venus avec Champlain et de tous les autres qui ont suivi, le Musée dit ce qu'ils étaient, ce qu'ils vivaient, ce qu'ils faisaient. Le Musée témoigne à chacun des détours de ses salles d'exposition du respect de la chose bien faite qui était quotidiennement vécu par nos ancêtres.

La Veillée

La Veillée, bois, vers 1915.

 

 

Ce musée n'est pas dédié aux arts savants. Il est dédié aux traditions et au culte de la beauté que les gens bien ordinaires de chez nous respectaient dans l'agir quotidien qui était le leur. Il témoigne, en quelque sorte, de l'histoire de notre culture. Si le Québec d'aujourd'hui est le foyer d'artistes de toutes disciplines qui sont d'un dynamisme exemplaire, si le Québec d'aujourd'hui vit avec autant d'intensité la création de ses artistes des arts visuels, des arts de la scène, de la littérature, du cinéma, de la télévision, c'est qu'avant eux des hommes et des femmes ont eu constamment le désir de faire de ces choses dont ils avaient besoin tous les jours, des choses extrêmement belles.

Nous disons souvent de notre Musée qu'il est le musée de la culture québécoise, tout en sachant qu'il y a bien d'autres musées qui témoignent, à leur façon, de cette culture. Mais nous voulons être le témoin des origines et des racines de cette culture.


ARTS ET TRADITIONS POPULAIRES AU QUÉBEC

LES COLLECTIONS DU MUSÉE

Céline Gélinas

Par Cécile Gélinas, directrice de l'ethnologie et des activités muséales

Les arts et traditions populaires peuvent être considérés comme l'ensemble des formes, des modes d'expression et des savoirs par lesquels un peuple manifeste son humanisme, sa personnalité et son identité.

Le Musée propose d'aborder l'univers des arts et traditions populaires en présentant le cheminement de la société par l'expression artistique et les savoirs du peuple lui-même. Ses interventions s'articulent autour de trois grands thèmes fédérateurs : la perception et l'expérience de vie, l'habitation et le quotidien, la relation avec le milieu naturel.

Le Musée des arts et traditions populaires du Québec possède des collections en archéologie et en ethnologie et conserve près de 100 000 artefacts. Le Musée est notamment gardien de la collection Robert-Lionel Séguin, reconnue comme l'une des plus importantes au Canada sur la civilisation traditionnelle du Québec. Cette collection est l'âme du musée. Toute sa vie Robert-Lionel Séguin a poursuivi un objectif : réunir les témoins matériels de l'homme quotidien, manifestations d'un passé que plusieurs avaient négligé, oublié ou condamné.

En 30 ans de recherches, Robert-Lionel Séguin a recueilli 35 000 objets témoignant de la vie domestique rurale, des savoirs et des arts de la civilisation traditionnelle. Il a constitué un imposant fonds d'archives et une bibliothèque de plus de 6 000 volumes ainsi qu'un fonds documentaire sur les murs, les coutumes et les conditions socioéconomiques des Québécois. Le tout constitue une collection ethnologique unique au pays par sa richesse, sa diversité et sa complémentarité.

Parmi les objets de cette collection, on ne peut passer sous silence le marche-à-terre, une pièce monumentale constituée d'une grande roue de 14 pieds de diamètre et d'un système d'engrenage actionné par des bêtes. Il servait de force motrice pour battre le grain. Cette pièce maîtresse a inspiré l'architecte qui dessina une rotonde pour la mettre en valeur dans le grand hall du Musée.

Plusieurs donateurs ont aussi contribué à enrichir la collection ethnologique, tant et si bien qu'elle regroupe aujourd'hui plus de 70 000 objets représentant plusieurs aspects du quotidien qui témoignent avec éloquence de la richesse de la culture québécoise. Les métiers traditionnels, l'outillage agricole, les objets de la vie domestique, le costume, les textiles et l'art populaire en sont les principales thématiques.

 

Les expositions d'ethnologie

Afin de mettre en valeur et de rendre accessible ces riches collections, nous avons basé le choix de nos thèmes d'exposition sur des sujets très près de nos collections. Dans le contexte d'un musée des arts et traditions populaires, les valeurs, les savoirs et les manières de faire donnent à réfléchir sur l'ingéniosité de nos ancêtres, sur leur sens pratique et sur leur capacité d'adaptation à l'environnement.

Pour témoigner de cet esprit créateur et des savoirs, nous avons choisi comme première exposition en ethnologie de faire découvrir la maison, lieu privilégié d'expression. L'exposition Chez nous ouvre une fenêtre sur les comportements et les valeurs qui ont influencé, à travers les époques, l'aménagement intérieur de nos maisons. Espace voué à l'expression d'un quotidien et à l'expression de soi, la maison prend tour à tour la forme d'un lieu de travail, de repos, de divertissement, de spiritualité et de créativité. Plus de 500 objets du quotidien y sont présentés. Ils sollicitent tantôt un regard contemplatif, tantôt un regard étonné et parfois nostalgique, mais suscitent toujours un dialogue intérieur entre le visiteur d'aujourd'hui et ces hommes et ces femmes d'hier.

En complément, le Musée présente dans le salon d'ethnologie des expositions de courte durée qui traitent plus spécifiquement d'une thématique abordée dans Chez nous. De février à mai 1997, les outils pour le travail du bois sont à l'honneur. Rabots, bouvets, dados, moulurières et galères des 18e et 19e siècles, collectionnés par deux passionnés d'outils anciens du Québec, Jacques Héroux et Robert Westley, sont présentés et font revivre l'univers et la vie des gens de métiers.

La langue, à l'instar des arts et traditions, est forgée d'héritages et d'emprunts, d'adaptations et de créations. L'exposition temporaire C'est à dire. Sur la trace des mots, l'histoire d'une langue porte un regard sur l'histoire de la langue française au Québec, de son métissage à travers le temps et les événements. Cette exposition se poursuit jusqu'au 4 mai 1997.

Exposition: "Séguin - Histoire d'une passion".

 

Au rez-de-chaussée, on retrouve la salle d'actualité. Cette salle d'exposition de courte durée se veut une ouverture sur le milieu, sur la vie régionale. Pour sa première exposition, le Musée rend hommage à Robert-Lionel Séguin : Histoire d'une passion est présentée jusqu'au 23 février 1997.

 

La Vieille Prison

Pour faire suite à la visite du Musée, nous vous invitons à découvrir la Vieille Prison de Trois-Rivières. Reliée au Musée par un passage, cette prison a été le centre de détention le plus longtemps en fonction au pays. Construite en 1822 par l'architecte de renom François Baillargé, elle fut classée monument historique en 1978 pour ses qualités architecturales exceptionnelles. Nous y présentons l'exposition Derrière les murs, qui nous raconte la vie quotidienne des détenus à travers un parcours de 20 cellules dont chacune propose un aspect de la vie en prison et des conditions de détention entre 1822 et 1986.

 

Les services éducatifs

En plus des expositions, les visiteurs sont invités à participer aux ateliers éducatifs. Deux salles sont ouvertes en tout temps aux visiteurs qui veulent expérimenter diverses techniques ou découvrir de nouvelles facettes des collections.

 

ChevalCheval berçant, bois, début du 20e siècle.

 

 

La taille de la pierre ou de l'os, le traitement des matières premières ; du grain à l'étoffe, la musique au temps de la préhistoire et l'univers de nos contes et légendes sont quelques-unes des activités animées par les guides et auxquelles le visiteur de tout âge est convié. De façon autonome, le visiteur peut s'initier à l'art des patenteux, au travail du conservateur, ou encore se familiariser avec les différents types d'habitations rencontrées sur le territoire québécois.

Le service de l'éducation du Musée propose des programmes scolaires qui permettent d'explorer les diverses expositions de manière originale et interactive. Des visites commentées et des activités complémentaires initient les jeunes visiteurs à l'archéologie, à l'ethnologie et leur font découvrir la richesse des héritages culturels laissés par nos prédécesseurs. Ces programmes répondent aux objectifs d'apprentissage du ministère de l'Éducation et s'adressent aux étudiants des niveaux primaire et secondaire.

De plus, le service de l'éducation offre des trousses pédagogiques aux institutions scolaires. Celles-ci peuvent être utilisées comme outils préparatoires à une visite ou comme activité complète en soi. Ces trousses nous permettent de rejoindre des clientèles qui peuvent difficilement nous rendre visite.

Le Musée des arts et traditions populaires du Québec propose aussi un calendrier d'événements culturels diversifiés : brunchs littéraires, soirées de contes, conférences et projections sont quelques-unes des activités offertes en complément à sa programmation régulière.


LA RENCONTRE DES DEUX MONDES

ARCHÉOLOGIE ET TRADITIONS ANCIENNES
AU MUSÉE

Serge Lebel

Par Serge Lebel, directeur du Service de l'archéologie

L'histoire du Québec a débuté plusieurs millénaires avant l'arrivée des premiers explorateurs européens, au moment où les ancêtres des Amérindiens actuels ont transporté dans le Nouveau Monde les valeurs et traditions de leur terre d'origine. Ces premiers occupants exploitaient le continent de l'Amérique du Nord depuis déjà 15 millénaires. Nous avons la chance de pouvoir apprendre à connaître un peu plus le riche et séculaire passé de cette terre et d'admettre également qu'il constitue une partie importante du patrimoine culturel du Québec.

Aussi, l'intérêt pour le passé est-il un peu le souci de soi-même et une telle perception peut se développer si nous donnons accès aux événements de la préhistoire et si nous montrons au public la réalité tangible du passé fascinant du Québec.

 

Les collections d'archéologie

La collection de la préhistoire du Québec a été recueillie par René Ribes lors de reconnaissances et de fouilles archéologiques qui ont porté dans les environs immédiats de Trois-Rivières et sur un immense territoire qui couvre les régions de la Haute-Mauricie, des Laurentides, des Bois-Francs, de la vallée du Saint-Laurent, de l'Abitibi et de la Gaspésie.

Cette histoire qui débute avec la première présence humaine au Québec remonte, d'après l'état actuel de nos connaissances, à environ 10 000 ans avant aujourd'hui et représente plusieurs centaines de générations d'autochtones préhistoriques. Des premiers épisodes de peuplement jusqu'aux premiers contacts avec les Européens, les grands jalons de la préhistoire mauricienne sont posés avec plus de 300 sites archéologiques reconnus et inventoriés et plus de 20 000 objets découverts : poteries, pointes, haches polies, harpons en os, etc. Ces archives archéologiques racontent l'organisation domestique et sociale de ces premiers habitants et les grandes périodes de la préhistoire du Québec méridional : périodes paléo-indienne, archaïque et du Sylvicole.

Trait d'union entre l'Ancien Monde et l'Amérique du Nord, la collection d'archéologie comprend également 10 000 objets qui proviennent de la collection René Ribes. Cette collection se compose d'ossements de vertébrés et d'outils préhistoriques dont l'étendue chronologique va de 900 000 ans jusqu'au Néolithique et aux âges du Bronze et du Fer. La collection comporte entre autres des outils lithiques caractéristiques des principales cultures qui se sont succédées en Europe au Paléolithique ; des fossiles osseux de mammifères maintenant éteints et des moulages d'objets témoignant des premières expressions artistiques de l'Homme moderne. La collection comprend également des moulages de crânes d'hominidés d'Europe et d'Afrique.

Inédites au Québec, les collections de l'Ancien Monde permettent de jeter un regard sur les origines de l'homme et ce bagage culturel témoigne des grandes périodes de la préhistoire européenne.

 

L'évolution de l'Habitat

Les recherches menées sur les sites archéologiques ne profitent pas uniquement qu'aux archéologues et les vitrines muséographiques en tirent une partie importante au Musée.

Le thème de l'habitat a été choisi comme l'idée devant structurer les deux expositions permanentes. Actuellement, l'habitat en archéologie constitue la source la plus précieuse pour acquérir des connaisssances sur les modes de vie des occupants d'un site. Présenter la forme des habitats très anciens était l'occasion de mieux faire comprendre au grand public l'expression des valeurs et des modes de vie des groupes humains qui nous ont précédés.

La première salle initie le visiteur au travail de l'archéologue par l'exposition Vestiges ou le passé recomposé et elle constitue une bonne préparation à la visite de la grande salle thématique que le visiteur traverse ensuite. Explorateur privilégié du passé, l'archéologue éveille l'âme des objets inanimés et fait revivre les traditions culturelles enfouies. Dans cette exposition, le visiteur se retrouve sur le site d'un ancien campement de 8 000 ans, grandeur nature et où il est désormais possible de reconstituer le puzzle des fragments de pierres taillées et les ossements dispersés sur le site.

L'exposition À chacun son toit, 12 000 générations, retrace l'adaptation et la transformation de l'habitat à travers les millénaires. Ici, la présentation des collections archéologiques reste fidèle à une représentation synthétique qui suit un ordre chronologique et géographique, de l'Afrique à la Sibérie jusqu'aux premières populations amérindiennes qui ont occupé le Québec. Le synopsis divise l'exposition en huit thèmes et, à l'intérieur du parcours, des zones sont consacrées à des découvertes (par exemple, une immense pirogue trouvée à Saint-Alexis-des-Monts ou un squelette de baleine de 10 mètres datant de l'époque de la Mer de Champlain), des régions ou des sites particuliers. En même temps, l'exposition illustre à la fois l'histoire et le quotidien. Le visiteur est plongé dans une ambiance qui évoque l'époque et le milieu à l'aide d'un scénario sonorisé. Dans le thème Imagerie de l'Homme des cavernes on transporte le visiteur dans une grotte habitée il y a 200 000 ans par les Néandertaliens et avec des vestiges authentiques. Grâce à la reconstitution d'un wigwam et de la remise en place des vestiges archéologiques vieux de 2 000 ans, ces objets acquièrent un nouveau pouvoir évocateur pour le visiteur. Même si la conception et l'organisation matérielle de l'aménagement des collections sont variées, nous avons voulu que l'information de cette exposition reste didactique pour un public non spécialisé et avide de s'instruire.

 

L'enrichissement des collections archéologiques

Le nouveau Service de l'archéologie veut poursuivre la mission de l'ancien Musée d'archéologie préhistorique de l'Université du Québec à Trois-Rivières à travers la recherche, son laboratoire et son centre de documentation.

FélinPour l'archéologue travaillant dans un musée, le meilleur moyen d'acquérir des connaissances nouvelles et supplémentaires sur les objets est le travail sur le terrain. Le Musée des arts et traditions populaires du Québec veut faire face de manière appropriée aux nécessités scientifiques et techniques de la recherche. Cette recherche devra prendre l'aspect de fouilles archéologiques afin d'enrichir et de développer les collections. Déjà, la carte archéologique de la région mauricienne présente des sites archéologiques potentiels pour des recherches futures.

 


À PROPOS DES AUTEURS

Diplômé de l'Université Catholique de Paris et de l'Université Laval, Gilles Boulet enseigne tout d'abord la littérature française et l'histoire du Canada au Séminaire Sainte-Marie de Shawinigan et la littérature française à la Faculté des lettres de l'Université Laval. En 1960, il met sur pied le Centre des études universitaires de Trois-Rivières et devient, en 1969, le premier recteur de l'Université du Québec à Trois-Rivières. Neuf ans plus tard, en 1978, il est nommé à la présidence de l'Université du Québec, poste qu'il occupe jusqu'en septembre 1988. En 1989, il devient le premier directeur général du Musée des arts et traditions populaires du Québec.

Directrice de l'ethnologie et des activités muséales du Musée des arts et traditions populaires du Québec, Cécile Gélinas détient un baccalauréat en arts et traditions populaires de l'Université Laval et une formation en management de l'École nationale d'administration publique. Mme Gélinas a été consultante en ethnologie pour le ministère de la Culture et des Communications, pour la Société québécoise des ethnologues et pour Parcs Canada. Elle a occupé les postes de directrice et de conservateure au Musée de la Gaspésie pendant sept ans.

Archéologue préhistorien, Serge Lebel détient un doctorat en géologie du Quaternaire, paléontologie humaine et préhistoire de l'Université Pierre et Marie Curie, à Paris. Il est professeur associé au département des sciences de la Terre de l'Université du Québec à Montréal. Depuis 1987, M. Lebel est directeur du chantier franco-canadien de fouilles préhistoriques de l'abri sous roche du Bau de l'Aubésier dans la région du Vaucluse, en France. Ce chantier, accrédité par l'UQAM, tient lieu d'école de fouilles sur l'Homme de Néandertal et réunit chaque été une douzaine de chercheurs universitaires. Serge Lebel agit à titre de directeur du Service de l'archéologie au Musée des arts et traditions populaires du Québec.

Page couv., Vol. 28, no 5, fév. 1997 RETOUR