RÉSEAU Février 1997 / Magazine de l'Université du Québec
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Pierre Couture

Pierre Couture

Recteur de l'Université du Québec à Rimouski

Pierre Couture est un homme d'action. Il faut pratiquement l'attraper au vol pour réaliser une entrevue. Mais, une fois lancé, il parle avec enthousiasme des défis qui l'attendent. Recteur de l'Université du Québec à Rimouski depuis le 5 août dernier, Pierre Couture sait qu'il devra naviguer dans les eaux tumultueuses d'un contexte financier difficile. "Je dois admettre que je suis actuellement devant la situation la plus complexe de ma carrière", reconnaît-il d'emblée.

Il aurait sans doute souhaité un contexte plus favorable, lui qui, de son propre aveu, a toujours voulu contribuer de façon significative au développement de son institution. "Je suis un développeur, lance-t-il un peu par défi. Mais, aujourd'hui, il est évident que nous devons être particulièrement créatif dans notre démarche de façon à assurer la continuité de la mission de l'université en tenant compte de l'évolution du contexte socioéconomique dans lequel nous vivons."

Né à Montréal, Pierre Couture a fait ses études en biologie à l'université du même nom. Alors qu'il étudiait à la maîtrise, il est invité à poursuivre ses travaux à l'INRS-Eau, où un programme de doctorat est en préparation. C'est avec André Caillé, alors professeur à l'INRS-Eau et maintenant président d'Hydro-Québec, qu'il développe, à partir de 1972, une approche pour caractériser, à l'aide de bioessais, l'état de pollution des étendues d'eau québécoises. "L'approche multidisciplinaire de l'INRS-Eau me plaisait énormément", raconte-t-il. Mais, en raison d'un retard dans l'approbation du programme de doctorat, il se tourne finalement vers la France où il obtient, en 1981, un doctorat de troisième cycle en hydrobiologie à l'Université de Toulouse. En 1990, la même institution lui décerne l'habilitation à diriger des recherches.

De retour au Québec à la fin de 1981, il est nommé professeur à l'INRS-Eau. Ses travaux portent principalement sur les mécanismes de résistance et d'acclimatation aux substances toxiques chez le phytoplancton. La mise au point d'indicateurs biologiques accapare une bonne partie de ses recherches appliquées. "Mes travaux dans ce domaine ont largement contribué au développement de méthodes maintenant utilisées par le ministère de l'Environnement et de la Faune ainsi que par Environnement Canada", fait remarquer le recteur, sans prétention.

De son passage à l'INRS-Eau, Pierre Couture conserve aussi, et surtout, une passion pour la formation et la recherche. "Au cours de cette période, se rappelle-t-il, j'ai dirigé ou codirigé 16 étudiants à la maîtrise et au doctorat, lesquels ont obtenu des emplois où ils consacrent leurs énergies à des recherches appliquées." Il a également mis l'épaule à la roue de l'administration : responsable du programme de maîtrise de 1986 à 1989, puis du programme de doctorat en 1990, il est aussi membre de la Commission de la recherche de l'INRS et du Conseil des études de l'Université du Québec en 1989 et 1990. Puis, cette année-là, son goût marqué pour l'action lui fait descendre le fleuve jusqu'à Rimouski, où il accepte le poste de doyen des études avancées et de la recherche. Il y trouvera aussi une qualité de vie intéressante. "À l'occasion, j'aime bien m'offrir un week-end de camping sauvage", ajoute celui qui tient à garder une frontière entre l'homme public et l'homme privé.

Il est particulièrement fier du travail accompli par son équipe au cours des six années passées au décanat. "Les subventions de recherche ou de création provenant de l'extérieur de l'Université ont augmenté de 22 % entre 1990 et 1995, compa rativement à 10 % pour l'ensemble du réseau de l'Université du Québec." Le doctorat en océanographie a aussi atteint une reconnaissance internationale certaine, après avoir connu des débuts difficiles. La mise en place, conjointement avec l'Université du Québec à Chicoutimi, du programme de doctorat en développement régional et le démarrage de la maîtrise en gestion de la faune et de ses habitats sont d'autres exemples de la détermination de Pierre Couture. "Plusieurs ne croyaient pas à nos chances d'obtenir l'approbation de ces nouveaux programmes par le Ministère", se souvient-il.

Après une longue réflexion et quelques interventions "tenaces et parfois émouvantes" de collègues, Pierre Couture a présenté sa candidature au poste de recteur. "Ce temps de réflexion m'a permis d'apprivoiser le défi, de mieux saisir la complexité de la situation et d'appréhender la nécessaire collaboration de la communauté universitaire pour qu'ensemble nous puissions avoir une influence significative, positive et durable sur l'avenir de notre institution."

Le recteur de l'UQAR estime que la communauté devra s'ouvrir à de nouvelles façons de faire. Il préconise d'abord la gestion des personnes plutôt que celle des ressources. "Nous devons aussi faire preuve d'une plus grande efficacité fondée sur une approche "proactive" où le nombre des intermédiaires est limité, les porteurs de dossiers clairement identifiés et l'obligation des résultats acceptée." Enfin, une troisième dimension, financière celle-là, devra orienter les actions : "Nous devrons davantage nous préoccuper d'administrer plutôt que de gérer trop souvent l'exception."

Pierre Couture croit en une philosophie de gestion fondée sur la nature même de l'institution universitaire. Pour lui, l'université est un haut lieu de formation et de développement des connaissances porté avant tout par les initiatives créatrices de tous les membres de la communauté : "Les personnes en constituent le cur et les étudiants occupent la place centrale". Sa conception de l'université repose sur des valeurs fondamentales : confiance, respect de la personne et reconnaissance des efforts de tous au quotidien.

"Je crois fermement qu'il est important de faire preuve de transparence et de cohérence dans nos actions. Il est aussi primordial de travailler en équipe. La cohésion et la complicité d'une équipe permettent souvent d'obtenir de meilleurs résultats, plus rapidement. Je pense avoir cette capacité d'établir des liens avec les autres, du moins je m'y consacre. Ce sera peut-être plus difficile à faire comme recteur."

Située dans une région où la situation économique sème trop souvent un vent de morosité, l'UQAR est consciente de son rôle. "L'Université constitue un des moteurs socioéconomiques de la région, mais il faut que celle-ci respecte notre mission universitaire qui est essentiellement la formation au moyen de la recherche et de l'enseignement. L'UQAR n'a pas comme première mission d'être une institution de développement économique. Elle peut toutefois, selon les circonstances et la nature des besoins exprimés, devenir un intervenant de premier plan. Avant tout un élément rassembleur qui peut jouer un rôle accru dans le développement économique local et régional, l'UQAR ne sera pas inféodée aux autorités régionales. Celles-ci doivent plutôt contribuer à ce que l'Université ait les moyens d'assumer son rôle scientifique, social, culturel et économique. Toute la communauté doit comprendre que le partenariat est la clé du succès."

Pour le recteur, un des défis de l'Université est de maintenir un équilibre entre la recherche libre et la recherche orientée, entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée. "Malgré le contexte financier actuel, nous devrons trouver des moyens de mieux répondre aux besoins de la région. Nous devons relever le défi d'offrir, sur un territoire plus grand que la Suisse, une formation de 1er cycle de qualité tout en développant davantage les programmes de 2e et de 3e cycles."

Pierre Couture salue au passage l'heureuse initiative de l'un de ses prédécesseurs, le recteur Pascal Parent qui, dans les premières années de l'UQAR, a cru en la pertinence d'une discipline telle que l'éthique. "Aujourd'hui, souligne-t-il, nos chercheurs ont acquis dans ce domaine une notoriété qui dépasse nos frontières. C'est ce genre de perspective visionnaire que nous devons avoir dans le choix de nos orientations futures. Déjà, nous voyons des axes se consolider comme l'océanographie et le développement régional. D'autres secteurs d'excellence comme l'éducation, les lettres, l'éthique, la gestion de la faune et de ses habitats, la gestion de projet, celle des ressources maritimes et celle des personnes, ainsi que les pratiques psychosociales sont en effervescence. Le défi est maintenant de consolider ces derniers secteurs et, dans la mesure du possible, de favoriser l'émergence de nouveaux domaines."

Il revient à peine d'une tournée en France où il a poursuivi des négociations pour l'établissement de collaboration avec des institutions d'enseignement supérieur afin de concrétiser des ententes concernant la bidiplomation ou la tutelle conjointe de thèses.

Pierre Coutureà"Je crois fermement
qu'il est important
de faire preuve de transparence et
de cohérence dans nos actions.
Il est aussi primordial
de travailler en équipe.
La cohésion et la complicité d'une équipe permettent souvent d'obtenir
de meilleurs résultats,
plus rapidement. [...] "

En ce qui concerne l'internationalisation, l'UQAR affiche incidemment l'un des plus hauts taux d'étudiants étrangers aux 2e et 3e cycles dans le réseau de l'Université du Québec. "Les gens du Bureau des services aux étudiants et ceux du décanat des études avancées et de la recherche consacrent de grands efforts pour bien accueillir les étudiants étrangers. La publicité de bouche à oreille fait le reste", souligne le recteur.

Plus près de Rimouski, le recteur mise sur l'établissement d'une relation de partenariat avec les cégeps, de façon à favoriser le passage des collégiens à l'université. "Il s'agit d'une volonté exprimée lors des États généraux de l'éducation, explique Pierre Couture. Hélène Tremblay, vice-rectrice à l'enseignement et à la recherche, avait déjà amorcé une réflexion et des actions en ce sens alors qu'elle était rectrice par interim."

Malgré tous les écueils qui menacent l'université, Pierre Couture garde confiance en l'avenir. Son espoir repose en grande partie sur le potentiel de créativité dont regorge l'UQAR. Le recteur entend diriger l'Université comme un scientifique gère une équipe de recherche. "L'approche du scientifique se fonde sur la connaissance du contexte et des enjeux, explique-t-il. Tout au cours de ma carrière de chercheur et de gestionnaire universitaire, j'ai misé sur cette approche. J'ai toujours eu la farouche détermination de façonner l'environnement de manière à ce que chacun des membres de l'équipe puisse exploiter pleinement son potentiel. Mes réalisations sont aussi le résultat d'un travail d'équipe qui repose sur la confiance et la responsabilisation de chacun dans l'atteinte des objectifs de la communauté. Pour l'instant, l'avenir de l'UQAR demeure toujours entre les mains de ses ressources humaines. Je crois cependant qu'il nous faut travailler ensemble pour relever les grands défis qui nous attendent au cours des prochaines années."

Gilles Drouin

Page couv., vol. 28, no 5, fév. 1997 RETOUR