RÉSEAU Avril 1997 / Magazine de l'Université du Québec
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Atlas du Québec

L'ATLAS DU QUÉBEC
ET DE SES RÉGIONS

Vers une gestion territoriale sur l'autoroute de l'information

Par Jean Carrière, Gilles Grégoire et Juan-Luis Klein

Une équipe multidisciplinaire et interuniversitaire s'est constituée au cours des deux dernières années, sous l'égide de l'Université du Québec à Montréal, afin de soutenir la création d'un Atlas du Québec et de ses régions. Ce projet, qui fait l'objet de notre dossier du mois, a une portée stratégique qui interpelle tous les établissements du réseau de l'Université du Québec, voire toutes les universités québécoises, puisqu'à ce jour il n'existe pas d'atlas d'envergure nationale au Québec. Cet atlas sera d'abord accessible sur Internet. Depuis février dernier, une série de cartes pilotes y est déjà proposée.1 Cet avant-projet est soumis à la consultation afin de recueillir des commentaires et des suggestions qui serviront à son amélioration.

L'adresse de ce site est : http://www.unites.uqam.ca/atlasquebec/

À partir de l'exploitation d'une base de données géoréférencées, c'est-à-dire spatialisées sur le territoire québécois, nous proposons la réalisation du projet en deux volets : la création de cartes par des spécialistes pour l'ensemble du territoire et la décentralisation des données dans les régions. Ces dernières assumeront l'insertion de données locales sur le réseau national, avec l'accord du Comité scientifique de l'Atlas. L'utilisation de l'information recensée par les régions permettra beaucoup plus que la consultation de données à distance. La décentralisation des informations permettra que chacune des régions s'approprie ces informations et participe à son complément par la production d'un volet régional de l'atlas national.

En résumé, l'Atlas du Québec et de ses régions est construit sur support électronique en réseau sur Internet. Il traite de l'ensemble du territoire québécois grâce à une quinzaine de grands thèmes et aborde les réalités régionales par une représentation cartographique des informations permettant la description et la comparaison des régions du Québec. L'Atlas a un but : dégager les tendances lourdes qui président à l'évolution du territoire québécois et les mettre à la disposition des acteurs sociaux engagés dans la planification du développement.

L'autoroute de l'information au service du territoire

L'information est l'un des facteurs qui façonne l'espace géographique. Mais encore faut-il y avoir accès. À titre d'exemple, l'accès à l'information intervient dans la localisation des entreprises, surtout celles qui se rattachent à ce qu'il est convenu d'appeler "la nouvelle économie". C'est d'ailleurs la volonté des villes et des régions d'attirer ce type d'entreprises qui fait la différence entre les régions qui gagnent et celles qui perdent. Or, toutes les régions n'ont pas le même accès à l'information.

Certains chercheurs ont cru que les nouvelles technologies de transmission de l'information gommeraient l'effet de distance et que les différences entre les régions centrales et périphériques et entre les agglomérations urbaines et l'espace rural disparaîtraient. Selon ce point de vue, les entreprises et les citoyens allaient bénéficier partout de l'accès à l'information en temps réel et dans un sens dialogique. Cela aurait dû renforcer les collectivités territoriales et leur permettre de se brancher sur un système globalisé et diffus. Mais l'expérience a montré le contraire. La distance géographique demeure un écueil important et la démocratisation de la transmission d'informations n'a pas été automatique. Les centres urbains concentrent les réseaux et centralisent l'information. De plus, les grandes métropoles s'insèrent dans des réseaux transnationaux, tout en se désolidarisant de leurs hinterlands.

Pourtant, les nouvelles technologies possèdent des capacités intrinsèques qui permettraient le redéploiement territorial des activités. Elles pourraient devenir un outil de gestion équitable du territoire. Mais ce n'est pas automatique. Il est donc nécessaire d'établir des systèmes territoriaux de gestion de la transmission de l'information qui rendent possible les communications entre les villes, entre les villes et leurs régions et entre les régions, tout en les "branchant" avec le monde. Ces systèmes devraient renforcer les appartenances au territoire et susciter l'échange d'informations entre les acteurs politiques, économiques et sociaux aux différents niveaux, tout en rendant cette information accessible à l'extérieur.

C'est seulement par l'implantation de ce type de systèmes que l'information pourra être utilisée au profit des collectivités territoriales et non contre elles. Profitant des possibilités de l'Internet, mais aussi des synergies régionales et interrégionales, l'Atlas veut jouer ce rôle.

Un atlas décentralisé et structurant

Le projet Atlas permettra la mise sur pied d'équipes régionales qui animeront la dynamique entre la région et le groupe de chercheurs et d'experts responsables de son contenu. Par exemple, dans une première région pilote, une table de concertation régionale s'organise, avec la collaboration de l'Université du Québec à Chicoutimi, sous la responsabilité de géographes et d'autres intervenants. Par la suite, certains établissements du réseau de l'Université du Québec seront appelés à jouer un rôle analogue dans leur région respective. Le projet mettra en outre à contribution l'ensemble des chercheurs du réseau en suscitant des groupes d'intérêt autour de diverses thématiques (dont l'écologie forestière et le potentiel d'exploitation, le développement local et les municipalités régionales de comté, etc.) partout au Québec. Le réseau informatique de l'Université du Québec sera mis à contribution afin de soutenir la mise en uvre du projet sur l'ensemble du territoire québécois. Enfin, l'expérience de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS-Urbanisation) dans le développement de systèmes d'information sur géobase sera fortement mise à contribution. L'UQAM et l'INRS devraient signer sous peu une entente de collaboration à cet égard.

Les retombées dans le domaine de la formation seront nombreuses dans le réseau de l'Université du Québec. Basé à l'UQAM, où s'est développée une expertise dans le domaine des systèmes d'information géographique et du multimédia, le projet Atlas fera appel à l'ensemble des expertises disponibles dans le réseau, non seulement en ce qui touche la gestion du territoire, mais également dans des domaines aussi diversifiés que l'écologie, l'économie, la démographie, la didactique, etc. C'est donc une approche interdisciplinaire qui sera privilégiée. Par ailleurs, sur le strict plan du développement technologique, la création d'un Groupe Atlas permettra, à partir d'échanges continus, d'éviter des difficultés d'apprentissage de base et des répétitions inutiles.

Une approche innovatrice et exportable

Cette conception de l'Atlas a déjà fait l'objet d'une présentation à l'Université libre de Bruxelles et à la Maison de la géographie à Montpellier, où les responsables se sont montrés intéressés à importer cette approche pour des applications dans le cadre de projets touchant l'Atlas économique de l'Europe et l'Atlas de France.

Mentionnons que les divers travaux de recherche appliquée au développement de cet atlas électronique engendreront des projets de maîtrise, des recherches doctorales et postdoctorales dans la plupart des champs d'expertise, surtout dans ceux liés à l'analyse spatiale, comme la répartition des divers potentiels des sols par région ou les dynamiques des populations au cours des dernières décennies.

Une réalisation interuniversitaire et interrégionale

Le Groupe Atlas est chapeauté par deux comités, un comité scientifique et un comité de rédaction cartographique, qui supervisent et coordonnent les activités complémentaires du projet, à savoir, d'une part, le traitement de l'information et son analyse et, d'autre part, la communication des résultats sous diverses formes cartographiques.

Le comité scientifique est composé de 10 membres issus d'institutions d'enseignement supérieur et de recherche du Québec. Il a un rôle fondamental dans la réalisation de l'Atlas. Il assume les fonctions d'orientation et de contrôle. Le comité donne des orientations concernant les objectifs à atteindre, les problématiques et les contenus, la compatibilité entre les formats choisis ainsi que le choix des responsables de dossiers. Il devra s'assurer que les travaux soient réalisés dans le respect des normes scientifiques et éthiques reconnues en ce qui concerne le choix des informations servant à la réalisation des diverses cartes et les analyses réalisées par les auteurs de ces cartes. En fait, le comité scientifique assurera la vigilance au plan scientifique et conceptuel ainsi que la cohérence et la complémentarité entre les différentes composantes de l'Atlas. Ce rôle est essentiel, particulièrement dans le cas d'un atlas électronique réalisé de façon progressive, où les risques d'éclatement et d'atomisation analytique sont plus grands.

Quant au comité de rédaction cartographique, il assurera la transmission des contenus approuvés par le comité scientifique dans le respect des normes géomatiques et des règles cartographiques. Ce rôle passe d'abord par l'édition d'un cahier de charges pour tous les intervenants-cartographes afin d'assurer l'homogénéité et l'uniformité du produit : utilisation d'une base géométrique commune, adéquation entre les divers contenus et leurs véhicules (textes, graphiques, cartes, vidéos, son, etc.), validation de la facture finale du produit diffusé et supervision de la diffusion de l'information sur le réseau Internet. Bref, le comité de rédaction cartographique verra à la mise en place d'un support multimédiatique pour les besoins d'un atlas électronique.

Une base d'analyse rigoureuse et représentative du milieu

Cherchant à dégager les tendances qui affectent les collectivités territoriales au Québec, les municipalités régionales de comté (MRC), les communautés urbaines et les territoires équivalents ont été retenus comme unités de base d'agrégation des données et des analyses. Il existe au Québec 96 MRC, trois communautés urbaines et trois territoires équivalents. Le découpage du Québec proposé compte 102 unités territoriales. Certes, le découpage de ces unités est encore imparfait pour rendre compte de l'évolution du territoire, surtout pour ce qui est des communautés urbaines. Mais il est plus approprié que les régions administratives et que les municipalités pour permettre d'apprécier les tendances qui affectent le cadre de vie des citoyens québécois. Ces espaces couvrent leurs lieux de résidence et de travail, surtout à travers le territoire des MRC, tout en constituant des espaces identitaires et institutionnels.

Les MRC sont appelées à devenir les maillons de base de la gestion du territoire, surtout dans le contexte actuel de décentralisation des responsabilités et des pouvoirs vers les gouvernements locaux. Les communautés urbaines seront sans doute appelées à jouer de leur côté un rôle plus important dans la planification du développement des grandes villes. En effet, leurs limites devraient être revues, surtout dans le cas de Montréal et de Québec. Dans ces deux cas, les limites administratives n'épousent pas la totalité de l'agglomération urbaine. Les observations à cette échelle demeurent toutefois plus pertinentes que celles que nous permettent les délimitations municipales, devenues peu significatives à cause des interrelations et de la mobilité qui caractérisent les collectivités urbaines.

Nous avons reconstitué les bases statistiques en utilisant ces 102 unités territoriales. Pour chaque année du recensement, entre 1871 et 1991, nous avons compilé et agrégé les informations sur la base des territoires actuels des MRC. Cette reconstitution ne va pas sans heurts, car elle ne tient pas compte des changements mineurs de population lors d'annexions partielles au niveau municipal. Nous verrons à raffiner ces données et, si possible, les corriger dans l'avenir. Pour le moment, la faible marge d'erreurs qui en résulte ne perturbe pas les analyses portant sur les grandes tendances lourdes sur la base d'unités territoriales uniformes pour l'ensemble du Québec. Ces 102 unités territoriales nous renseignent sur les régions d'appartenance. Néanmoins, nous sommes conscients que la réalité de ces territoires est loin d'être homogène et que des analyses à plus grande échelle (plus petits espaces) permettront éventuellement de les modifier (atlas régionaux).

Un outil dynamique et interactif

La décision d'opter pour un atlas électronique s'est imposée après considération de plusieurs arguments allant du rayonnement de la diffusion à la rapidité de l'édition de chacune des pages écran, en passant par la très grande facilité de la mise à jour, à faible coût, de tous les documents.

Figure 1Figure 1: Deux prises de vue aériennes de la rivière à Mars, Ville La Baie, au Saguenay. En comparant les deux images de 1994 et du 30 juillet 1996, on peut facilement reconnaître les effets de la crue des eaux par l'accumulation des dépôts à l'embouchure de la rivière près des insallations portuaires.

 

La réalisation d'un atlas électronique signifie non seulement la maîtrise d'une nouvelle technologie pour réaliser la cartographie, mais également l'adaptation d'un nouveau médium aux besoins de la lecture de documents représentant la réalité à différentes échelles. Contrairement à l'atlas classique, l'atlas électronique se veut un outil dynamique, interactif, de création et d'instantanéité. À la carte, au texte, au graphique et à la photo statiques de l'atlas classique, l'atlas électronique oppose des informations animées et sonores, des dispositifs de recherche et de traitement, des modules de création de cartes et d'analyse spatiale. Il va sans dire que cette nouvelle configuration des atlas commande de nouveaux concepts de réalisation qui doivent répondre à une très large gamme d'utilisateurs allant du simple usager consultant des cartes au chercheur qui veut produire ses propres cartes d'analyse. L'Atlas se veut donc un projet multi-usagers qui permettra l'exploitation des informations géoréférencées selon les besoins spécifiques des divers types de clientèle.

La polyvalence et la flexibilité du média électronique permettent à l'utilisateur de garder un contact en continu avec la réalité. La mise à jour des données, le renouvellement de la cartographie associée aux nouvelles informations et la transmission de ces informations sur réseau sont des qualités premières recherchées de tout temps par les auteurs d'atlas.

Cet Atlas conservera de l'atlas classique l'objectif d'être un ouvrage de référence. Non seulement allons-nous nous assurer d'une couverture complète et rigoureuse des thèmes habituellement développés dans les atlas nationaux, mais nous pourrons y ajouter des éléments reliés au quotidien. Par l'atlas électronique, la cartographie du Québec sera définitivement intégrée dans le monde des cartes virtuelles, créées selon les besoins exprimés. Comme les cartes peuvent être créées, modifiées ou remplacées à volonté, des événements d'intérêt public ou spectaculaires, exceptionnels ou de courte durée pourront faire l'objet d'apparition temporaire, dans un dossier portant la mention "événementiel". À titre d'exemple, pensons au déluge de l'été dernier au Saguenay­Lac-Saint-Jean (voir figure 1). Ce site événementiel pourrait devenir le médium pédagogique privilégié en y faisant défiler les explications des phénomènes physiques associés à une telle catastrophe. On peut donc projeter que l'Atlas pourra jouer le rôle habituellement dévolu aux atlas classiques dans les milieux scolaires, avec en plus la souplesse de la documentation électronique.

La téléformation est une réalité qui nous interpelle et cette formation va bien au-delà des activités d'enseignement scolaires puisque c'est le grand public qui est appelé à utiliser un tel outil. La Société de téléformation interactive (STEFI) s'est associée au projet Atlas du Québec et de ses régions dans le cadre de ses activités de développement de contenus pour son expérimentation de formation interactive au Saguenay.

Naviguer dans l'Atlas par l'autoroute de l'information

Pour répondre aux exigences de toutes les clientèles desservies, l'Atlas du Québec et de ses régions doit allier convivialité et rigueur. La présentation d'une page écran de l'atlas s'articule autour de trois cadres de navigation. Le plus grand des trois est dédié à l'affichage de tous les produits de communication. Des points sensibles d'appels de cartes y sont intégrés. Un deuxième, plus petit sur la gauche, servira essentiellement à recevoir les légendes, les titres et des points sensibles d'appel d'information de toute nature, sauf les cartes. Enfin, le troisième cadre, qui affiche le logo de l'Atlas, servira de point d'appel de sa première page.

La perspective de l'exploitation d'une base de données géoréférencées sur un réseau comme Internet ne signifie pas que les "dérivés" ou sous-produits de l'Atlas sont exclus d'emblée. À titre d'exemple, le Groupe Atlas travaille déjà en collaboration avec des pédagogues et des didacticiens, développeurs de matériel pédagogique, qui conçoivent tout aussi bien la production de CD que la reproduction papier de certaines thématiques en développement, selon les besoins des divers programmes scolaires.

Pour bien naviguer : "remuer les méninges"

Afin d'assurer la mise en uvre de collaborations les plus larges possibles dans le démarrage des travaux de recherche reliés à l'Atlas, le comité scientifique invite la communauté à un colloque "remue méninges" ayant pour objectif principal de solliciter les avis du plus grand nombre d'experts dans tous les champs couverts par le projet.

C'est dans cet esprit que le comité organise un colloque les 14 et 15 mai prochain dans le cadre du Congrès de l'Acfas, à l'Université du Québec à Trois-Rivières. Le colloque "Atlas du Québec et de ses régions : au-delà d'une décentralisation des données géoréférencées" a pour but premier d'amorcer les discussions sur les orientations et les thématiques soutenant le projet d'atlas électronique à partir d'ateliers animés par les responsables de dossiers (14 thèmes). Dans un deuxième temps, l'arrimage entre les données à l'échelle québécoise et les données régionales sera abordé sous l'angle de la décentralisation des informations en fonction des enjeux et des besoins locaux. La région pilote du Saguenay­Lac-Saint-Jean fera l'objet d'un atelier sur l'état du modèle actuellement en développement.

Par ailleurs, dans le cadre du congrès annuel de Carto-Québec, à l'UQAM, les 7, 8 et 9 mai, les participants pourront faire le point sur les différents enjeux des bases cartographiques et les moyens infographiques possibles dans la réalisation de l'Atlas. De plus, chacun des membres participants, des groupes de recherche ou des institutions pourront signaler leur intention de s'engager par des actions concrètes bien coordonnées.

La cartographie du peuplement : un cri d'alarme sous forme graphique

Parmi les cartes pilotes, une première série de cartes est présentée traitant de l'évolution de la population du Québec. Cette évolution a suivi une trame assez stable et déjà largement préfigurée à la fin du XIXe siècle (figures 2 et 3). Les contours de l'espace habité, assez restreint si on le compare à l'ensemble du territoire, sont déjà bien tracés en 1871. Les marges de l'koumène ne s'enrichiront qu'avec le peuplement ponctuel qu'attire la colonisation et la mise en valeur des richesses naturelles en Abitibi, au Lac-Saint-Jean et sur la Côte-Nord. Aussi, les 100 dernières années d'évolution de l'occupation du sol se caractérisent moins par l'expansion de l'oekoumène que par l'accroissement de la population, par sa densification et, surtout dans les dernières décennies, par sa concentration dans les agglomérations urbaines, particulièrement dans les grands centres.

À cet égard, le glissement du centre de gravité du peuplement vers Montréal, que commande l'industrialisation de la métropole au tournant du XIXe siècle, structure un corridor qui, partant de Québec, suit les basses terres du Saint-Laurent vers le sud-ouest, se prolongeant d'ailleurs en Ontario. En dehors de ce corridor, une frange plus nordique, structurée en halos et noyautée par de petites et moyennes villes, héberge une population qui fait face soit à l'excentricité, soit à la dispersion, soit aux deux.

Le peuplement a suivi une tendance relativement stable jusqu'à la fin des années 50 (figure 4). Après un départ tantôt fulgurant, tantôt hésitant, le territoire connaît partout un accroissement marqué de sa population. Cet accroissement est encore plus remarquable dans les agglomérations urbaines de Montréal, de Québec et de Hull, ainsi que dans leurs zones d'influence, et dans les régions pionnières et de peuplement récent.

Cependant, à partir des années 60, la tendance change. Le peuplement s'étiole. Les zones rurales se dépeuplent au profit des centres urbains qui, eux, s'étalent. L'analyse de la variation de la population entre 1961 et 1991 par MRC révèle l'existence de trois types de zones (figure 5) : d'abord, une zone de croissance située au sud, au centre de l'espace habité, structurée autour de Montréal. Il faut souligner cependant l'exception de la population de la Communauté urbaine de Montréal qui est restée stable, ce qui montre que ce sont les banlieues qui ont profité du dynamisme démographique métropolitain. L'évolution du peuplement dans cette zone correspond assez bien à la figure du "beigne". Ensuite, plus à l'est, nous trouvons une large zone de décroissance, laquelle s'intensifie vers le nord-est. Cette zone est pointée par les îlots de croissance démographique que constituent l'agglomération de Québec, le corridor qui suit la rivière Chaudière, en Beauce, et les villes intermédiaires de Chicoutimi, Rivière-du-Loup et Rimouski. La troisième zone se déploie vers le nord-ouest et est aussi marquée par la décroissance, à l'exception de la Communauté urbaine de l'Outaouais, dont la croissance s'explique par sa proximité avec la capitale fédérale.

La tendance générale montre donc que les principales agglomérations urbaines se renforcent, à des rythmes d'ailleurs plus élevés dans les banlieues résidentielles, commerciales et industrielles, et que les espaces ruraux se dépeuplent, configurant ainsi une situation de type tiers-mondiste, où de vastes régions devenues périphériques perdent leurs ressources humaines au profit des métropoles. Cette situation est néfaste pour l'équilibre territorial et engendre un cercle vicieux qui accroît les inégalités de développement entre les régions et met en danger la qualité de vie des citoyens.

Afin d'activer la mise en place d'une véritable politique territoriale, l'Atlas ne pourrait-il pas constituer une plate-forme de départ pour amorcer les discussions entre les autorités gouvernementales et locales ? Qui sait ? Cet outil qu'est l'Atlas pourrait éventuellement devenir porteur d'un réseau d'échanges entre régions sur les diverses façons de traiter l'information visant à soutenir le développement du territoire.


À PROPOS DES AUTEURS

Les auteursDans l'ordre habituel, Juan-Luis Klein, Jean Carrière et Gilles Grégoire.

 

 

 

 

Jean Carrière, Ph.D., Université de Montréal, est professeur au département de géographie de l'Université du Québec à Montréal depuis 1971. Ses principaux champs de recherche sont la cartographie scolaire et les atlas thématiques adaptés aux nouvelles technologies de communication. Il est coauteur, avec Jean-Pierre Thouez, de la carte "La diversité ethnique au Canada", parue dans l'Atlas du Canada, 1993, 5e édition.

Gilles Grégoire, candidat au doctorat, Université de Montréal, est directeur du Service de cartographie de l'INRS-Urbanisation depuis 1972. Il est actuellement en prêt de service intra-réseau pour la coordination du comité de rédaction cartographique et l'intégration multimédiatique de l'Atlas du Québec et de ses régions.

Juan-Luis Klein, Ph.D., Université Laval, est professeur au département de géographie de l'UQAM depuis 1993. Il a concentré ses recherches sur le développement local et régional. Ses derniers articles ont été publiés, notamment, dans les Cahiers de géographie du Québec, la Revue canadienne des sciences régionales, dans Lien social et Politiques-RIAC et Recherches sociographiques. Il a contribué à plusieurs ouvrages collectifs dont Contre l'exclusion : repenser l'économie, qu'il a codirigé avec Benoît Lévesque (1995), L'espace québécois, sous la direction d'A. Gagnon et d'A. Noël (1995), et Le phénomène régional au Québec (1996).


Comité scientifique
Juan-Luis Klein, UQAM, responsable
Jean Carrière, UQAM
Henri Dorion , Université Laval
Jean-Marie Dubois, Université de Sherbrooke
Jules Dufour, UQAC
Bruno Jean, UQAR
Claude Manzagol, Université de Montréal
Sherry Olson, Université McGill
Mario Polèze, INRS-Urbanisation
Paul Villeneuve, Université Laval
Comité de rédaction cartographique
Gilles Grégoire, INRS-Urbanisation, responsable
Julie Archambault, INRS-Urbanisation
Yves Baudouin, UQAM
Majella Gauthier, UQAC
Pierre Paradis, Cégep de Limoilou
Jean Raveneau, Université Laval
Michel Rheault, Université de Sherbrooke

 

Page couv., Vol. 28, no 7, avril 1997 RETOUR