RÉSEAU Février 1998 / Magazine de l'Université du Québec
Reproduction autorisée avec la mention de l'auteur et de la source.

Environnement familial

et développement de l'enfant

en situation de risque

COMPRENDRE,

PRÉVENIR,

INTERVENIR

Louise S. Éthier et Germain Couture, UQTR

Les études en psychologie du développement de l'enfant ont connu une évolution remarquable au cours des dernières décennies. Les changements que l'on a pu constater sont tant d'ordre conceptuel, liés à l'environnement immédiat de l'enfant qu'à son environnement social. C'est à ces problématiques que s'attachent les chercheurs du Groupe de recherche en développement de l'enfant et de la famille (GREDEF), du département de psychologie de l'Université du Québec à Trois-Rivières. Ils font l'objet de notre dossier du mois.


GREDEF

Issu du Laboratoire de développement de l'enfant, le GREDEF a été reconnu à titre de groupe de recherche par l'Université du Québec à Trois-Rivières en 1986. Cinq de ses chercheurs forment une équipe reconnue et subventionnée par le Fonds FCAR depuis 1988, sous la direction d'Ercilia Palacio-Quintin. De plus, l'équipe du GREDEF, associée au Centre Jeunesse Mauricie­Bois-Francs, est reconnue et subventionnée par le Conseil québécois de la recherche sociale à titre d'équipe université-milieu depuis 1993. Cette équipe est dirigée conjointement par Louise S. Éthier et Pierre Pinard, du Centre Jeunesse Mauricie­Bois-Francs.

Pour des informations supplémentaires concernant les activités de recherche, les publications du GREDEF et le détail des références bibliographiques fournies dans ce texte, consultez le site web suivant : http ://www.uqtr.uquebec.ca/gredef



Les changements dans la psychologie du développement de l'enfant sont d'abord d'ordre conceptuel. Ainsi, les relations que l'on croyait antérieurement linéaires, relativement simples et directes entre l'enfant et son environnement immédiat nous sont apparues plus complexes et intriquées au fur et à mesure que nos connaissances empiriques se développaient. Conséquemment, les chercheurs considèrent aujourd'hui qu'un même problème du développement peut être attribué à des causes différentes selon les individus et leur contexte de vie et, réciproquement, qu'un même facteur peut être associé à différents problèmes du développement. Des changements sont aussi survenus dans l'environnement immédiat de notre objet d'étude, avec la fréquence accrue de familles monoparentales et de familles reconstituées, et la redéfinition des rôles parentaux qui en découle. Nous avons également constaté des changements dans l'environnement social avec, par exemple, l'accroissement du phénomène de la pauvreté et de ses corollaires, qui se répercute directement sur la qualité de vie familiale. Ces conditions familiales et sociales plus difficiles placent souvent l'enfant et sa famille en situation de risque à l'égard de l'adaptation psychologique et sociale, comme en témoigne la recrudescence de problématiques variées telles que la violence familiale, la négligence, le décrochage scolaire et le suicide chez les adolescents. Finalement, des changements sont apparus dans les pratiques professionnelles reliées à notre discipline, avec l'avènement de programmes de prévention en santé mentale et, plus récemment, avec les restructurations des services sociaux et de santé.

Ce contexte de changements a fortement contribué à orienter les activités du GREDEF, dont le noyau principal se compose de huit chercheurs possédant chacun des intérêts de recherche particuliers dans le vaste domaine du développement de l'enfant.

L'ensemble de nos recherches s'organise selon une approche tenant compte des caractéristiques et de la complexité des interactions entre différents systèmes : l'enfant lui-même, sa famille et l'environnement au sein duquel ils évoluent. Les résultats de ces recherches conduisent à l'élaboration ou à l'amélioration d'instruments d'évaluation utiles aux différentes personnes devant intervenir auprès des enfants et de leurs familles ainsi qu'au développement de stratégies d'intervention auprès de ces mêmes familles. À cet égard, notre programmation de recherche s'oriente surtout vers la prévention. Il s'agit, en fait, de connaître et de chercher à atteindre les conditions permettant le développement harmonieux des individus, surtout en bas âge ; de dépister de façon précoce les problèmes possibles du développement ; de mettre sur pied et d'évaluer des interventions permettant de modifier les trajectoires développementales déviantes ou pathologiques.

 

Des problématiques de recherche centrales

Les chercheurs et un des auteurs

Les chercheurs Carl Lacharité et Pierre Nolin, en compagnie de l'un des auteurs du dossier, Germain Couture.

 

Depuis la formation du GREDEF en 1986, les chercheurs qui le composent ont conduit des recherches sur des problématiques variées. Pour en donner un aperçu, mentionnons les effets sur l'enfant d'un milieu socioéconomique défavorisé (Palacio-Quintin, 1995), l'adaptation sociale de jeunes déficients intellectuels (Ionescu, Jourdan-Ionescu, et Milea, 1993 ; Lacharité, Boutet, Gladu et Dionne, 1996), les conditions favorisant le développement de la pensée logico-mathématique (Palacio-Quintin, 1991), le développement de jeunes enfants infectés par le VIH (Jourdan-Ionescu et Ionescu, 1996) et le développement de l'agressivité chez l'enfant (Éthier et LaFrenière, 1993). Cette diversité de recherches est toujours présente. Cependant, pour les fins de ce dossier, nous avons choisi de ne présenter que les problématiques constituant le tronc commun autour duquel viennent se greffer les activités des différents chercheurs. Ce tronc commun s'est élaboré depuis 1988 et concernait, au départ, la problématique des mauvais traitements, plus particulièrement la violence physique et la négligence envers les jeunes enfants d'âge préscolaire. Il s'est élargi au cours des années pour inclure l'étude de familles à risque pour le développement de l'enfant, dont les mères adolescentes, les parents présentant une déficience intellectuelle ou les familles nécessitant une intervention psychosociale. Quelques résultats de recherches issues de ces problématiques vous sont présentés ici, ainsi que quelques-unes des recherches en cours les concernant.

 

La négligence et la violence

Les termes "mauvais traitements" désignent différentes situations où on observe des conduites parentales inappropriées, d'une nature telle qu'elles mettent en danger le développement normal de l'enfant. Il n'existe pas de consensus universel sur ce qu'est la maltraitance, mais on considère qu'elle est présente lorsque la conduite du parent à l'égard de l'enfant transgresse les normes culturelles du milieu où évolue la famille. Les formes de mauvais traitements les plus souvent rapportées aux organismes de protection de la jeunesse sont, dans l'ordre, la négligence et l'abus physique. Au Québec, 51 % des cas retenus par les Centres de protection de l'enfance et de la jeunesse (CPEJ) concernent la négligence, 25 % la violence physique, 16 % les abus sexuels et 8 % d'autres formes de mauvais traitements (Éthier et Pinard,1997).

Alors que la négligence se définit comme étant l'incapacité du parent à répondre aux besoins de base de l'enfant aux niveaux physique (hygiène, nourriture, santé) et psychologique (affection, stimulation), l'abus physique fait référence à toute forme de violence physique vis-à-vis l'enfant (coups, mutilations, usage excessif de la force). L'abus physique s'accompagne souvent de violence psychologique, situation où l'enfant est menacé ou ridiculisé. Au cours de la période préscolaire, ce sont les situations de négligence qui sont le plus souvent l'objet de signalements. L'abus physique, pour sa part, devient plus fréquent lorsque l'enfant acquiert une certaine autonomie. Dans une proportion importante de familles, il semble y avoir une relation dynamique entre la violence et la négligence, les comportements de violence venant se greffer à une situation de négligence déjà établie.

 

Des résultats qui parlent d'eux-mêmes

Nos premières recherches en ce domaine ont porté sur l'étude des caractéristiques individuelles et familiales des enfants négligés ou violentés, en tenant compte du contexte socioéconomique.

Les jeunes enfants victimes de maltraitance, qu'il s'agisse de négligence ou de violence parentale, présentent des retards intellectuels, de même que des retards au niveau du développement langagier et moteur (Jourdan-Ionescu et Palacio-Quintin, sous presse). Dans les cas de négligence physique, on a pu constater que les enfants d'âge préscolaire, souffrant de retard de croissance, représentaient 19,9 % de la population maltraitée. Ces résultats constituent les premières données québécoises sur les effets physiques du maltraitement pour une population homogène (quant à l'origine de souche franco-québécoise) et au statut socioéconomique (milieu défavorisé de région) (Jourdan-Ionescu et Palacio-Quintin, 1997). Dans la majorité des cas, les enfants négligés physiquement sont aussi négligés émotionnellement. La négligence émotionnelle peut être définie comme la non-disponibilité psychologique du parent envers les besoins de son enfant. Nos travaux ont notamment démontré que la majorité des mères négligentes manifeste des niveaux de dépression élevés qui expliquent, en partie, la non-disponibilité émotionnelle du parent (Éthier, Lacharité et Couture, 1995).

Parmi les familles maltraitantes, les familles négligentes sont les moins scolarisées et les plus pauvres de la société. Nos travaux ont mis en relief le profond sentiment d'impuissance de ces parents et, pour bon nombre d'entre eux, des difficultés intellectuelles qui nuisent considérablement à la scolarisation (Guay, Éthier, Palacio-Quintin et Boutet, à paraître).

Dans la plupart des familles négligentes, l'ensemble des responsabilités envers l'enfant, en incluant la responsabilité financière, est assumé par les femmes. Les mères cohabitent habituellement avec un conjoint pour une période de temps limitée, mais celui-ci assume très peu de tâches liées au rôle de parent. Le lien entre le statut de monoparentalité et la présence de mauvais traitements est souvent mentionné dans les recherches en maltraitance. Cependant, seulement 15 à 20 % des mères de nos échantillons peuvent être qualifiées de mères seules (Lacharité, Éthier et Couture, 1996). Outre l'instabilité du couple parental, nos études ont démontré l'isolement social de ces familles et le taux extrêmement élevé de stress vécu par ces parents (Éthier, 1993).

Par ailleurs en étudiant les antécédents familiaux de ces parents, nous avons constaté une fréquence élevée de ruptures et de placements vécus dans l'enfance ainsi que la présence marquée d'abus sexuels intrafamiliaux (Éthier, 1996).

 


L'équipe du GREDEF

Outre les auteurs de ce dossier, les autres membres de l'équipe du GREDEQ sont : Ercilia Palacio-Quintin, Ph.D., Colette Jourdan-Ionescu, Ph.D., Carl Lacharité, Ph.D., Jean-Pierre Gagnier, Ph.D., Pierre Nolin, Ph.D., George Tarabulsy, Ph.D. et Max Kendirgi, M.D. pédiatrie.

Le GREDEF compte également une équipe de professionnels de recherche : Micheline Benoît, M.A.Ps., Sylvie Calille, M.A.Ps., Denise Côté, M.A.Ps., Rémi Coderre, M.A.Ps., Renèle Desaulniers, M.A.Ps., Réal Ménard, B.Ps., Jacques Moore, M.A.Ps. et Carmel Sonier, M.A.Ps. Enfin, près d'une cinquantaine d'étudiants des trois cycles d'études en psychologie et en psychoéducation collaborent aux activités du groupe.

Membres du groupe

Quelques membres du groupe de recherche photographiés en pleine discussion : Louise Éthier, Jacques Moore, Ercilia Palacio-Quintin, Denise Côté, Colette Jourdan-Ionescu et Rémi Coderre.


 

La poursuite des recherches fondamentales

Ces résultats ont conduit à la formulation de nouvelles hypothèses et questions qui sont abordées dans les recherches en cours. Chez les enfants, un suivi longitudinal, sous la direction d'Ercilia Palacio-Quintin, a été amorcé dans le but d'étudier les trajectoires développementales et l'adaptation scolaire des enfants victimes de négligence. Un nouveau secteur d'expertise est aussi en voie de développement sur les aspects psychophysiologiques et neurologiques du développement des enfants maltraités. En effet, l'exposition à la violence physique est susceptible, à la suite d'un traumatisme crânien léger, de provoquer des microlésions au système nerveux central. Ces travaux sont sous la direction de Pierre Nolin. Elle peut également amener des réactions physiologiques au stress, caractérisées par une augmentation du taux de cortisol dans l'organisme. Cette deuxième étude est sous la direction de George Tarabulsy et Max Kendirgi. La démonstration de telles atteintes organiques chez les enfants victimes de mauvais traitements aurait des retombées sur le diagnostic et sur les stratégies d'interventions auprès de ces enfants. D'ailleurs, au niveau du diagnostic et du dépistage des enfants maltraités, d'autres recherches, sous la direction d'Ercilia Palacio-Quintin, ont conduit à l'élaboration d'un test de dépistage de la violence parentale (TDVP) (Palacio-Quintin, 1994),utilisé auprès d'enfants âgés de 4 à 6 ans. Les travaux pour la normalisation et la validation de cet instrument se poursuivent.

Parallèlement au suivi longitudinal des enfants, nous avons entrepris, sous la direction de Louise S. Éthier, le suivi des parents. Les principales questions qui sont abordées dans ces recherches concernent l'évolution psychosociale du parent et l'évolution de la situation de mauvais traitements au sein de la famille après qu'une intervention ait été effectuée par un Centre de protection de l'enfance et de la jeunesse (CPEJ). On sait que chez certaines familles, la maltraitance possède un caractère chronique et que la récidive est fréquente ; chez d'autres, il s'agit d'un phénomène transitoire, associé à des périodes de stress intense. Cette étude permettra de dégager les caractéristiques et les processus familiaux qui ont cours au sein de ces différents types de familles et d'ajuster en conséquence l'intervention psychosociale. Pour le CPEJ, le placement d'un enfant en famille d'accueil constitue l'ultime façon d'assurer sa protection. Une meilleure connaissance des facteurs déterminant la chronicité des mauvais traitements ou leur récidive permettrait de faciliter la décision de maintenir, ou non, l'enfant dans son milieu familial d'origine.

Le rôle de la figure parentale masculine au sein de ces familles est souvent difficile à saisir. D'une part, le conjoint est souvent identifié comme une source de violence ou de perturbation au sein de la famille. D'autre part, il paraît plutôt absent des mesures d'intervention et il est plus ardu d'assurer sa participation. Enfin, les restructurations familiales fréquentes que nous avons pu observer peuvent conférer au rôle paternel un caractère transitoire. Une recherche, sous la direction de Carl Lacharité, vise à identifier les facteurs qui déterminent et favorisent l'engagement paternel au sein de ces familles, en explorant, entre autres, le partage des tâches liées au soin des enfants, le stress parental et le réseau social des pères.

Sous la direction de Louise S. Éthier, George Tarabulsy et Carl Lacharité, des recherches ont finalement cours sur les liens entre les expériences de vie du parent dans sa famille d'origine et les conduites parentales négligentes ou violentes. Le phénomène plus spécifiquement étudié ici est le rôle de la relation d'attachement dans la problématique du mauvais traitement. Selon la théorie élaborée par J. Bowlby, et reprise par M. Ainsworth, la relation d'attachement entre l'enfant et la personne qui en prend soin (dans nos sociétés, plus souvent la mère) constitue le modèle de base à partir duquel vient se construire et se modeler l'ensemble de nos relations interpersonnelles. Les plus récentes hypothèses formulées dans ce domaine proposent que le type de relation d'attachement qu'une personne a connu avec ses parents puisse être en relation avec des formes spécifiques de mauvais traitements envers ses enfants. Encore une fois, la démonstration empirique de telles relations aurait des répercussions importantes sur l'intervention effectuée auprès des familles maltraitantes.

 

Les familles à risque

Les chercheurs du GREDEF s'intéressent également à des populations évoluant dans des conditions de vie tout aussi difficiles qui placent, à maints égards, le développement de l'enfant dans une situation de risque. Plusieurs enfants vivant dans de telles conditions développeront, ultérieurement, divers problèmes d'adaptation alors que ce ne sera pas le cas pour d'autres. Dans ce dernier cas, on parlera de "résilience". L'étude de ce phénomène est relativement récente et porte principalement sur la compréhension de mécanismes de protection qui font que la trajectoire développementale de l'enfant à risque mène parfois, malgré tout, à une bonne adaptation individuelle et sociale. La connaissance et la compréhension de ces mécanismes peuvent trouver des applications évidentes dans le domaine de la prévention des problèmes du développement.

L'une des recherches en cours, sous la direction de Colette Jourdan-Ionescu, porte sur l'étude des interactions entre les facteurs de risque présents chez l'enfant ou son milieu familial et différentes variables susceptibles de jouer ce rôle de protection. Le cours développemental des jeunes enfants est étudié sous différents angles (affectif, intellectuel et social) et mis en relation avec des variables environnementales (réseau de soutien social du jeune enfant, qualité des relations avec les personnes de son entourage, etc.) susceptibles de jouer un rôle de protection chez l'enfant à risque.

Cet intérêt pour les populations à risque se concrétise également à l'intérieur d'autres recherches, dont celle sous la direction de George Tarabulsy portant sur la qualité de la relation d'attachement chez les dyades enfant-mère adolescente ainsi que sur le développement cognitif, social et affectif d'enfants de milieux à risque psychosociaux.

 

À propos des auteurs

Louise S. Éthier est membre du GREDEF depuis sa fondation et assume la direction du groupe depuis juin 1996. Détentrice d'un doctorat en psychologie sociale de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris, elle est professeure titulaire au département de psychologie de l'UQTR. Psychologue clinicienne et chercheure, elle s'intéresse plus particulièrement aux processus familiaux impliqués dans l'émergence de la négligence parentale ainsi qu'à l'intervention et la prévention auprès de ces familles.

Les auteurs du dossierLes auteurs du dossier, Germain Couture et Louise Éthier, avec la secrétaire du GREDEF, Micheline Langevin (debout).

 

Germain Couture exerce des fonctions de professionnel de recherche au sein du GREDEF depuis 1986. Détenteur d'une maîtrise en psychologie de l'Université du Québec à Trois-Rivières, il poursuit actuellement ses études de doctorat en psychologie à l'Université Laval. Responsable de l'analyse des données et de la coordination des recherches de l'équipe Conseil québécois de la recherche sociale université-milieu, Germain Couture s'intéresse plus particulièrement au cours développemental des enfants à risque et au phénomène de la résilience.

 

Améliorer les interventions

Outre ces recherches de type fondamental, le GREDEF développe et expérimente des programmes d'intervention auprès de l'enfant et de la famille en collaboration étroite avec ses partenaires du milieu de l'intervention psychosociale. Des chercheurs du Groupe ont élaboré un programme d'aide personnelle, familiale et communautaire (PAPFC) (Palacio-Quintin, Éthier, Jourdan-Ionescu et Lacharité, 1995), qui a été expérimenté, en collaboration avec le Centre jeunesse Mauricie­Bois-Francs, auprès de familles négligentes et à risque de négligence. Ce programme permet une intervention différente du suivi psychosocial traditionnel en adoptant une approche multidimensionnelle recourant, entre autres, à des groupes de parents et des familles soutien, dans le but de briser l'isolement social auquel ces familles sont confinées. À court terme, les résultats de cette expérimentation indiquent une diminution marquée du niveau de dépression chez les mères, un élargissement du réseau de soutien social à l'extérieur du noyau familial immédiat ainsi qu'une diminution du nombre de placements dans des foyers d'accueil. Deux études sont actuellement en cours, sous la direction de Louise S. Éthier et d'Ercilia Palacio-Quintin, afin d'évaluer les effets à plus long terme de ce programme d'intervention.

Dans une même perspective de développement de nouvelles stratégies d'intervention et de prévention, un programme destiné aux mères adolescentes et à leur nourrisson est en cours de réalisation, sous la direction de George Tarabulsy. L'intervention auprès de ces mères vise principalement l'amélioration de leur sensibilité aux signaux émis par l'enfant témoignant de ses états physique et affectif. Utilisant des enregistrements vidéo d'interactions entre la jeune mère et son enfant, l'intervenant renforce les compétences parentales déjà présentes, démontre à la mère comment ses comportements influencent ceux de son enfant et lui fait part de la signification de certains signaux de l'enfant qui n'auraient pas été interprétés adéquatement. On espère ainsi favoriser l'établissement d'une histoire positive d'expériences d'interactions entre la mère et son enfant, élément que l'on sait important dans le cours du développement.

D'autres études sur la prévention sont menées actuellement. Une intervention préventive auprès de familles ayant un jeune enfant déficient intellectuel est présentement en expérimentation, sous la direction de Jean-Pierre Gagnier. Une autre, sous la direction de Carl Lacharité, concerne les effets d'un programme d'intervention communautaire en périnatalité. Notons, enfin, qu'une recherche se poursuit sur les stratégies individuelles et interpersonnelles adoptées au sein des familles négligentes ou à risque qui sont l'objet d'une intervention psychosociale. Ces travaux, sous la direction de Jean-Pierre Gagnier, visent à identifier les facteurs qui influencent la progression ou non de ces familles à la suite d'une intervention, à partir des perceptions qu'ont les usagers de l'impact des services qu'ils reçoivent.

 

Le partenariat avec les milieux d'intervention

Ces recherches du GREDEF sont effectuées grâce à la collaboration des responsables et intervenants de différents organismes oeuvrant dans le domaine des services à l'enfance et à la famille. Ce cadre multidisciplinaire nous permet d'entreprendre des études répondant aux besoins du milieu et, réciproquement, permet aux organismes du milieu de profiter de l'expertise des chercheurs. Les membres de l'équipe contribuent à la conceptualisation théorique des recherches, apportent leur expertise et leurs ressources méthodologiques, effectuent l'analyse des données et participent au transfert des connaissances générées par la recherche. Nos collaborateurs sur le terrain contribuent à l'identification de nouveaux objets de recherche pertinents à leurs besoins et participent à l'interprétation des résultats en vue d'en dégager des applications pratiques, adaptées aux besoins de leurs clientèles.

Depuis 1993, le Centre Jeunesse Mauricie­Bois-Francs forme, avec le GREDEF, une équipe université-milieu subventionnée par le Conseil québécois de la recherche sociale. Ce partenariat a donné naissance à plusieurs des recherches décrites plus haut. Au cours des dernières années, d'autres partenaires se sont joints, dont les Centres locaux de services communautaires et des organismes communautaires de notre région.

 

Un juste retour des choses

Le transfert des connaissances s'effectue sur la base de contacts fréquents entre chercheurs et intervenants. Des efforts particuliers sont cependant nécessaires pour que le rayonnement de la recherche déborde du cadre des collaborateurs immédiats de l'équipe. La diffusion du document vidéo La négligence : dans l'ombre du quotidien, décrivant l'expérience du Programme d'aide personnelle, familiale et communautaire, vise à sensibiliser les intervenants psychosociaux aux multiples besoins des familles présentant une problématique de négligence. Ce document veut aussi favoriser une réflexion sur les façons de modifier l'intervention psychosociale auprès de ces familles.

 

Micheline BenoîtLa professionnelle de recherche Micheline Benoît.

De même, le GREDEF a récemment mis sur pied des ateliers de formation sur l'intervention auprès de familles maltraitantes, ateliers auxquels sont conviés intervenants psychosociaux et gestionnaires de services. D'une durée de quatre jours, ces formations visent à partager les connaissances et les expertises, tant des intervenants que des chercheurs. Notons, enfin, la rédaction d'un document, en collaboration avec le Centre jeunesse Mauricie­Bois-Francs, portant sur les indicateurs de réussite dans l'intervention auprès des familles négligentes, lequel s'adresse aux intervenants et gestionnaires de services sociaux. Ce document devrait être diffusé sous peu à l'échelle provinciale.

La professionnelle, le chercheur et le directeur

La professionnelle de recherche Renèle Desaulniers, le chercheur Jean-Pierre Gagnier et le directeur des services à la qualité du Centre jeunesse Mauricie­Bois-Francs, Pierre Pinard.

 

Un milieu de formation et d'échanges

Le GREDEF est aussi un lieu de formation et d'échanges. L'équipe de chercheurs et de professionnels encadre un nombre important d'étudiants. Au cours de la présente année, 35 étudiants de 2e cycle et 12 étudiants de 3e cycle sont supervisés par des professeurs du GREDEF. De plus, chaque année, environ 25  étudiants de 1er cycle font l'apprentissage de diverses techniques de base nécessaires à la recherche. Les intérêts de recherche et les questionnements suscités régulièrement par toutes ces personnes contribuent grandement au dynamisme de l'équipe.

Au fil des ans, des liens se sont développés avec des chercheurs d'autres institutions universitaires du Québec et d'ailleurs, plus particulièrement d'Ontario, des États-Unis, de France et de Belgique. Ces recherches et réflexions sur des problématiques touchant l'enfant et la famille mènent régulièrement à des réalisations communes. Elles permettent, en outre, d'adopter des points de vue diversifiés, tant au niveau des perspectives disciplinaires que sur les dimensions culturelles et sociales dans l'étude du développement de l'enfant.

Page couv., Vol. 29, no 5, février 1998RETOUR