RÉSEAU Avril 1999 / Magazine de l'Université du Québec
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Carole Dion

Carole Dion

PRIX D'EXCELLENCE EN PÉDAGOGIE 1997-1998
DE L'UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À CHICOUTIMI

Neuropsychologue et pionnière du programme d'études en psychologie de l'Université du Québec à Chicoutimi, Carole Dion a récemment reçu le Prix d'excellence en pédagogie de l'UQAC. Ce prix voulait souligner les qualités de pédagogue de la lauréate, son intérêt manifeste pour l'encadrement des étudiants et ses actions destinées à améliorer les pratiques de l'enseignement universitaire.

Selon Gilles Lalande, directeur de la maîtrise en psychologie de l'UQAC, le choix de Carole Dion correspondait à un apport remarquable en matière de pédagogie : "Son dynamisme, dit-il, est tel que l'intérêt de l'étudiant est capté et maintenu. Elle semble avoir découvert l'équilibre entre la rigueur et le plaisir, entre le sérieux et l'humour, entre la théorie et la pratique !"

La jeune professeure se réjouit, bien sûr, de la reconnaissance que lui expriment ses pairs et ce Prix vient alimenter sa passion pour l'enseignement. Vous l'aurez compris, avec Carole Dion, nous parlons effectivement d'une passion pour la pédagogie ; une passion qui se double d'une fascination pour l'intelligence humaine. Sa formation de neuropsychologue transparaît d'ailleurs derrière l'une des questions fondamentales qu'elle se pose : "Le cerveau peut-il comprendre le fonctionnement du cerveau ? Si oui, comment est-ce possible ? Peut-on utiliser l'objet d'une étude (le cerveau humain) pour faire avancer cette étude ? Autrement dit, peut-on se lever avec la chaise sur laquelle nous sommes assis ?"

La professeure rit un peu de cette métaphore, qui peut sembler surréaliste, mais qui est bien réelle. Elle précise : "N'oublions pas que le cerveau humain, notamment les facultés d'apprentissage qui lui sont liées, est encore très méconnu !" Loin de naviguer sur la théorie et sur le flou qui caractérise encore la connaissance scientiÞque du fonctionnement du cerveau, Carole Dion semble une femme très pragmatique. Entre autres, ses plans de cours et les activités pédagogiques qu'elle utilise afÞchent une grande logique. Une logique pédagogique qui s'appuie sur un engagement actif auprès des étudiants. Gilles Lalande le conÞrme : "Sa préoccupation sans équivoque pour la réussite des étudiants fait en sorte qu'elle est souvent sollicitée pour le soutien qu'elle offre à ceux et celles qui en ont besoin. Elle a même réussi, avec ses étudiants, à mettre en place un système d'entraide où les plus forts aident les plus faibles."

 

À sa sortie du cégep, la jeune Jeannoise hésitait entre des études universitaires en philosophie, en psychologie ou en communication. Entre ces disciplines qui, toutes, touchent la compréhension de l'être humain, elle choisit la psychologie et s'inscrit à l'Université du Québec à Trois-Rivières. "Je suis partie vers Trois-Rivières en ne sachant pas très bien dans quoi je m'embarquais. En psychologie, je m'imaginais, comme la majorité de mes confrères et consoeurs de classe, que l'on me donnerait des recettes pour tout comprendre. Je pensais que je serais bientôt capable de dire aux gens "faites ceci" ou "faites cela" pour régler leurs problèmes. Mais ce n'était pas magique et j'ai eu de fortes déceptions. Par exemple, je ne comprenais pas pourquoi je devais étudier des matières comme les statistiques, d'arides méthodes de recherche ou la physiologie, alors que je pensais étudier l'âme humaine."

La qualité de la pédagogie pratiquée par Carole Dion en 1999 n'est pas, selon elle, que le résultat de ses propres aptitudes. Elle affirme avoir été fortement marquée par des professeurs qu'elle considère encore aujourd'hui comme des mentors. En plus d'avoir étayé l'acquisition de ses compétences en psychologie et en neuropsychologie, ces enseignants ont notamment favorisé l'accroissement de son goût pour la pédagogie, l'enseignement et le suivi personnalisé des étudiants. Elle dit avoir été très influencée, entre autres, par la professeure Maryse Lassonde, actuellement directrice des études de doctorat que Mme Dion devrait terminer dans quelques mois, et par les professeurs René Marineau et Serban Ionescu, de l'UQTR.

Le professeur Ionescu a particulièrement soutenu Carole Dion dans ses premières expériences d'enseignement. "Ce n'était pas un homme qui avait une matière à voir avec un groupe, se souvient-elle. Lorsqu'il entrait dans une salle de cours, il se souciait d'abord de la compréhension de chacun de ses étudiants. Il nous répétait souvent, en nous remettant un texte : "Prenez le temps de le lire et d'écrire ce qui vous frappe. Ensuite, nous l'analyserons." Elle a constaté que cette vision pédagogique, différente des logiques traditionnelles, lui permettait d'apprendre plus facilement. Plus tard, lorsqu'elle se préparait à donner son premier cours, le professeur Ionescu allait encore imprégner son approche en lui transmettant ce qui deviendrait l'un de ses modus vivendi. Il lui disait ainsi : "Quand on enseigne, pour être à l'aise, il faut donner 30 % de ce que l'on connaît. Mais, parce que ce sera la première fois, tu donneras dans ce cours tout ce que tu sais. Tu te calmeras, cependant, lorsque tu sentiras que tu possèdes plus que la matière à transmettre. À ce moment-là, tu arriveras à un enseignement de qualité. Tu seras capable d'amener l'étudiant à une véritable compréhension."

D'autres influences allaient contribuer à façonner la professeure, qui est aussi chercheure et clinicienne. Ainsi, sur le plan de la pratique thérapeutique en psychologie, le chercheur René Marineau, de l'UQTR, l'a convaincue de l'importance de la qualité de l'approche avec la clientèle. "Avec lui, j'ai compris qu'il fallait connaître à fond les outils de l'entrevue et, en tout temps, privilégier l'écoute et l'empathie." Avant que ces leçons lui servent dans ses relations d'enseignement, elles allaient lui être utiles lors d'un stage de deux ans en neuropsychologie à l'Hôpital de Chicoutimi, plus spécifiquement auprès de malades atteints de maladies héréditaires affectant le système nerveux central. "Ce contact m'a amenée à modifier mon approche thérapeutique, notamment avec les gens souffrant de la maladie d'Alzheimer et leurs proches. J'ai alors pris conscience de la situation inacceptable que vivent ces personnes et j'ai renoncé à inciter les malades et leur famille à accepter la maladie et la douleur en découlant. J'ai plutôt opté pour un suivi plus étroit de leur propre processus psychologique, qui passe par la peine, la colère, la révolte, le désespoir, pour idéalement aboutir à une adaptation." Ce nouveau pas allait faire évoluer la pratique de Carole Dion. Et pas seulement en regard du volet thérapeutique de sa vie professionnelle ! "Je découvrais que, là encore, nous parlions d'apprentissage et je voulais m'en servir pour aller vers ce "concret" que je recherche encore", admet-elle.

Mais le doute allait resurgir et la neuropsychologue se remettra encore en question devant la méconnaissance du fonctionnement du cerveau et l'extrême complexité des liens en cascades qui régissent les comportements humains. "Le cerveau est façonné, bien sûr, par notre environnement, explique-t-elle. Mais il façonne aussi notre façon d'être. Tout cela sans que l'on ait nécessairement de contrôle."

 

La continuité et l'intégration successive des intérêts et des expériences de Carole Dion se lisent dans la qualité de la pédagogie que lui reconnaît l'UQAC. Ainsi, au fil de ses 10 ans de travail à l'Université, elle a non seulement assumé la responsabilité de la mise en route du programme de baccalauréat en psychologie, mais elle a dirigé ce programme et le module lui-même pendant 5 ans. Lors du démarrage du programme, elle a, en outre, conçu une grande part des cours, dont certains sont encore donnés dans ce champ disciplinaire à l'UQAC.

Au niveau des outils pédagogiques, Carole Dion mise sur une panoplie de moyens faisant appel à la mémoire, base de toutes les méthodes d'apprentissage. Elle joue ainsi sur des schémas, des acétates, des tableaux, des spécimens de cerveaux et même des coloriages. Elle a aussi recours aux ressources de l'inforoute, particulièrement riches en matière de pathologie. Et elle se réjouit de voir ses étudiants s'impliquer de plus en plus personnellement, en apportant de la documentation, des revues, des enregistrements et même des radiographies provenant de gens qu'ils connaissent et qui présentent des lésions cérébrales.

Carole Dion

"En réalité, ma motivation se renforce encore.
Par exemple, lorsqu'un étudiant me fait part de son intention
de produire une conférence, former un groupe de discussion
ou présenter une activité pédagogique.
C'est d'ailleurs ce qui s'est passé avec la création
du Club de neuropsychologie de l'UQAC,
grâce à l'initiative de deux étudiants au baccalauréat.
J'ai alors compris que la petite graine semée chez mes étudiants avait germé
et pouvait désormais se développer sans moi."

On constate la préoccupation de la pédagogue pour l'encadrement à la lecture de ses plans de cours clairs et à l'étroite relation qu'elle établit avec ses étudiants. Elle fait aussi partie des personnes qui estiment important que les universitaires sortent de l'université. En conséquence, les visites dans le milieu professionnel (hôpitaux, centres de réadaptation, etc.) et l'accueil de praticiens conférenciers sont-ils devenus une tradition dans les programmes en psychologie et en neuropsychologie de l'UQAC.

 

En résumant son parcours, Carole Dion dessine, en quelque sorte, la logique de son cheminement. Un cheminement fondé sur le désir de connaître, de transmettre et d'aider. À différents moments, des catalyses se sont opérées et, selon elle, l'une de ces intégrations s'est sans doute concrétisée en 1989, lors de son embauche à titre de professeure et responsable de la création du premier programme en psychologie de l'UQAC. "J'ai vu devant moi une longue file d'aspirants étudiants, remplis d'attentes et de besoins. J'ai dès lors décidé que je me devais de leur donner le meilleur de moi-même." La résolution allait porter ses fruits puisque, dès sa deuxième année d'existence, le module de psychologie était le second plus important module de l'UQAC, pour ce qui est de la clientèle. "Certaines années, nous avions plus de 500 dossiers à gérer !", rappelle-t-elle.

Aujourd'hui, après 10 années d'engagement à l'UQAC, Carole Dion estime que ses étudiants lui rendent bien son investissement. "En réalité, ma motivation se renforce encore. Par exemple, lorsqu'un étudiant me fait part de son intention de produire une conférence, former un groupe de discussion ou présenter une activité pédagogique. C'est d'ailleurs ce qui s'est passé avec la création du Club de neuropsychologie de l'UQAC, grâce à l'initiative de deux étudiants au baccalauréat. J'ai alors compris que la petite graine semée chez mes étudiants avait germé et pouvait désormais se développer sans moi." Semer dans ces conditions, ça en vaut la peine !

Élaine Hémond

Page couv., vol. 30, no 7, avril 1999RETOUR