Le séminaire
Il fut un temps où les Messieurs de Saint-Sulpice étaient les propriétaires de toutes les terres entourant le site du Grand Séminaire. Au cours des ans et comme la ville de Montréal s'agrandissait vers l'ouest autour de ses terres, les autorités les ont divisées et vendues en lots. Les deux tours de pierre (construites par le sulpicien François Vachon de Belmont) sises au sommet de la rue du Fort du côté nord de la rue Sherbrooke sont tout ce qui reste du deuxième "Fort des Messieurs" qui fut établi comme une mission indigène en 1676. Ces deux tours sont les deux plus vieilles structures de l'île de Montréal.
En 1825, Mgr Jean-Jacques Lartigue, évêque auxiliaire de Québec résidant à Montréal, fonde une école de théologie qu'il loge dans l'évêché. Son successeur, le deuxième évêque du nouveau diocèse de Montréal érigé en 1836, Mgr Ignace Bourget, décide en 1840 de confier à Saint-Sulpice cette institution qui devient alors le Grand Séminaire de Montréal. À cette fin, il signe avec monsieur Joseph-Vincent Quiblier, supérieur du Séminaire de Saint-Sulpice, un concordat où l'évêque et ses successeurs s'engagent à confier la formation de ses clercs pour toujours et irrévocablement au Séminaire de Saint-Sulpice de Montréal. Cette maison sera régie selon les règles et usages de la Compagnie. Le Séminaire et les directeurs n'auront de compte à rendre qu'à l'évêque.
Sous la direction de monsieur Pierre-Louis Billaudèle, le Grand Séminaire s'installe d'abord dans l'aile est du bâtiment du Collège de Montréal sis rue Saint-Paul Ouest près de la rue McGill. En novembre 1840, il accueille 19 séminaristes et, en novembre 1842, 40 séminaristes et dans les années suivantes, environ 50 étudiants. En 1857, la Maison occupe un nouvel édifice construit au Fort de la Montagne sur le site actuel de la rue Sherbrooke.
En 1878, le Grand Séminaire de Montréal devient faculté de théologie. D'abord rattachée à l'Université Laval de Québec, cette faculté obtient en 1925 son statut canonique à titre de Faculté de l'Université de Montréal. Elle détenait déjà la reconnaissance civile depuis 1920. Jusqu'en 1967, elle conservera son siège sur le campus du Grand Séminaire.
À compter de 1967, la Faculté, aussi bien son enseignement que son administration, est pleinement intégrée à l'Université de Montréal sur la montagne. Toutefois, après une expérience de quelques années, on reprend un enseignement autonome sur le campus de la rue Sherbrooke et, en 1979, le Centre de Formation théologique du Grand Séminaire obtient l'affiliation à l'Université du Latran.
L'orgue
La chapelle actuelle fut construite en 1864 sur les plans de John Osteel, et fut beaucoup agrandie entre 1904 et 1907, dans le style Beaux-Arts, selon les plans de John-Omer Marchand. La chapelle originale de 1864 possédait un petit orgue de deux claviers construit par un facteur inconnu. En 1907, un orgue tubulaire-pneumatique est installé sur la tribune arrière par Joseph-Émile Pépin. L'instrument a été électrifié par Casavant Frères en 1938, sous le numéro d'opus 1596, en même temps qu'ils y installèrent une nouvelle console. En 1958, un nettoyage complet de l'orgue est effectué et quelques nouveaux jeux sont ajoutés. Il a été subséquemment agrandi par Odilon Jacques en 1964.
Pour célébrer dignement le 150è anniversaire de la fondation du Grand Séminaire de Montréal (1840-1990), les autorités du Grand Séminaire, grâce à un donateur anglophone protestant anonyme, ont chargé les facteurs Guilbaut-Thérien de construire, dans la chapelle, un grand 16' dont la construction, la composition et l'harmonisation en feraient une reproduction des plus fidèle d'un instrument classique français. Le coût de l'instrument fut de 450 000 $.
Le devis et la conception du buffet sont l'oeuvre des architectes Claude Beaulieu et Gilles Lavigueur. C'est la première fois au Québec qu'un orgue est alimenté par des soufflets cunéiformes. Les 4 soufflets sont actionnés soit manuellement ou soit par un ventilateur électrique. La composition est inspirée des traités de Dom Bédos et de François-Henri Clicquot. Les tailles des tuyaux sont toutes sans exception dans la tradition française et l'harmonisation est à pied fermé. Toute la tuyauterie est faite d'étain martelé ou de chêne. La dimension des claviers et des touches suit fidèlement les prescriptions de Dom Bédos. Les mixtures sont non cymballisantes et, à peu de choses près, celles de Poitiers. Le marchepied à la française de 30 notes est interchangeable avec un pédalier allemand de 27 notes.
Le buffet est de chêne massif et est décoré de feuilles d'or 24k. Il mesure 11.5m (37,7 pieds) de haut par 6.1m (20 pieds) de large. Il est orné de 8 statues provenant de l'ancienne église Sainte-Anne, démolie en 1970. Une neuvième statue au centre supérieur de l'instrument (un berger avec deux flûtes) est l'oeuvre du sculpteur Jean Dutin.
L'orgue a été inauguré le 7 novembre 1990 par Pierre Grandmaison.
[cliquer sur l'image ou ici pour obtenir une version agrandie]
The Seminary
The Gentlemen of St-Sulpice once owned all the land surrounding the site of "Le Grand Séminaire". Over the centuries, as the city of Montreal expanded westward around the estate, they divided and sold the land in lots. The two stone towers (built in 1685 by the Sulpician François Vachon de Belmont) at the top of Fort Street on the north side of Sherbrooke Street are all that remain of the second "Fort des Messieurs" that was first established as an Indian mission in 1676. These towers are the two oldest structures on the Island of Montreal.
In 1825, Jean-Jacques Lartigue, auxiliary Bishop of Quebec living in Montreal, erected a school of theology located in the bishop's house. His successor, the second bishop of the newly formed Montreal diocese in 1836, Bishop Ignace Bourget decided in 1840 to entrust the school to the Sulpicians, that will become the Montreal's Great Seminary. The officialized this decision, a concordat is signed between the Bishop and the superior of the Seminary, Rev. Joseph-Vincent Quiblier whereby the Bishop and his successors entrust forever and irrecovably the traning of his clerics to the St. Sulpice Seminary in Montreal. The institution is to be governed according to the rules and practices of the Sulpicians. The Seminary and his superior will report only to the Bishop.
Under the direction of Rev. Pierre-Louis Billaudèle, the Great Seminary is first housed in the east wing of the Montreal College located on St. Paul Street West near McGill Street. In November 1840, there were 19 clerics and, in november 1842, 40 and the following years, about 50 students. In 1857, the Seminary occupies a new building at Fort de la Montagne on the actual Sherbrooke Street site.
In 1878, the Grand Seminary became a Faculty of Theology. First linked to the Laval University in Quebec, this faculty was granted, in 1925, a canonical status as a Faculty of the University of Montreal. A civil status had been granted since 1920. Until 1967, its management was located on the Great Seminary campus.
Since 1967, the Faculty, its teaching activities and its management, is completely integrated into the University of Montreal campus. After a few years of experience, an autonomus teaching activity is going on the Sherbrooke street campus and, in 1979, the Theological Training Center of the Great Seminary was granted an affiliation to the Latran University.
The Organ
The present chapel was originally designed by John Osteel and completed in 1864, but was subsequently enlarged between 1904 and 1907 upon plans in Beaux-Arts style by John-Omer Marchand. The original chapel of 1864 housed a small two-manual organ by an unknown builder. In 1907, Joseph-Émile Pépin provided a new pipe organ with tubular-pneumatic action. The instrument was electrified by Casavant Frères in 1938, as their Opus 1596, along with the addition of a new console. In 1958, the organ was cleaned and new ranks were added. It was further enlarged by Odilon Jacques in 1964.
To celebrate the 150th anniversary of the Great Seminary of Montreal (1840-1990), the Seminary's authorities, owing to an anonymous English Protestant donator, contracted with builders Guilbault-Thérien to build, in the Chapel, a large 16' instrument whose construction, compass and voicing would make it an almost exact replica of a great classic French organ. The cost of the instrument was $450,000.
The conception and design of the organ case are the work of architects Claude Beaulieu and Gilles Lavigueur. It is for the first time in Quebec that an organ would be wind-supplied by cone windchests. The 4 windchests are either actionned manually or by an electric blower. The specifications are inspired by the treatises of Dom Bédos and François-Henri Clicquot. The pitches used for the pipes are all, without exception, within the French tradition and the voicing was done with closed toe-hole. All the pipe work is done using thin hammered or oak. The dimension of the manuals and keys follow exactly the prescriptions of Dom Bédos. The mixtures are non-cymbal and are very close to those of Poitiers. The 30-note French pedalboard is interchangeable with a 27-note German pedalboard.
The solid oak case is decorated in 24k gold leaf and is 37.7 feet (11.5m) high and 20 feet (6.1m) wide. The eight statues which adorn it are from the former St. Ann's church which was demolished in 1970. A ninth statue, at the top center of the instrument (a shepherd with two flutes), was carved by local sculptor Jean Dutin.
The organ was inaugurated, on November 7, 1990 by Pierre Grandmaison.
[click on the image of here to obtain a larger picture]
II. Grand-Orgue |
|
I. Positif |
| 1Montre | 16' |
|
1Principal | 8' |
| Bourdon | 16' |
|
Bourdon | 8' |
| Montre | 8' |
|
Prestant | 4' |
| Bourdon | 8' |
|
Flûte | 4' |
| Prestant | 4' |
|
Nazard | 2 2/3' |
| Flûte | 4' |
|
Doublette | 2' |
| Grosse Tierce | 3 1/5' |
|
Tierce | 1 3/5' |
| Nazard | 2 2/3' |
|
Larigot | 1 1/3' |
| Doublette | 2' |
|
Fourniture 1' | IV |
| Quarte de Nazard | 2' |
|
Cymbale 1/4' | III |
| Tierce | 1 3/5' |
|
Trompette | 8' |
| 2Cornet 8' | V |
|
Cromorne | 8' |
| Fourniture 1 1/3' | V |
|
Tremblant | |
| Cymbale 2/3' | IV |
|
| |
| 1ère Trompette | 8' |
|
| |
| 2è Trompette | 8' |
|
| |
| Clairon | 4' |
|
| |
| Voix humaine | 8' |
|
| |
III. Récit |
|
IV. Écho |
| Cornet 8' | V |
|
Cornet 8' | V |
| Hautbois | 8' |
|
| |
Pédale |
| Flûte | 16' |
| Flûte | 8' |
| Flûte | 4' |
| Bombarde | 16' |
| Trompette | 8' |
| Clairon | 4' |
- Légende / Legend
| 1 |
|
Basse commune de 6 tuyaux (C-F) avec le Bourdon 16' / Common 6-pipe bass (C-F) with Bourdon 16' |
| 2 |
|
c1-e3 |
- Autres caractéristiques / Other details
- Étendue des claviers / Manual compass: 53 notes (C-e3)
- Récit: 36 notes (f-e3)
- Écho: 28 notes (c1-e3)
- Étendue du pédalier / Pedal compass:
- français / French: 30 notes (A,A#,B,C-d1)
- allemand / German: 27 notes (C-d1)
- Acouplements / Couplers:
- POS/GO (à tiroir / shove), GO/PED, POS/PED
- Traction mécanique suspendue selon la tradition française du XVIIIe siècle /
Suspended key action according to 18th-century French tradition
- Tempérament d'après Rameau / Temperament after Rameau: A=415Hz
- Tremblant fort et doux / Strong and mild Tremulant
- Tuyauterie en alliage étain-plomb / Pipeworks in tin-lead alloy: (75%, 60%, 30%, 10%)
- 2 rossignols: Roméo et Juliette / 2 nightingales: Roméo and Juliette
Enregistrements / Recordings:
- Helios S-110603: Couperin à l'orgue et au clavecin (Yves G. Préfontaine)
- ATMA ACD 2-2120: Magnificat (Yves G. Préfontaine)
Références / References:
- Congrès AIO/ISO Convention, Montréal 2010
- Bigras, Yvon: Histoire de l'orgue du Grand Séminaire, Le Grand Séminaire de Montréal 1840-1990, Éditions du Grand Séminaire de Montréal, 1990
- Grandmaison, Pierre: Le grand orgue Guilbault-Thérien de la chapelle du Grand Séminaire de Montréal, Le Grand Séminaire de Montréal 1840-1990, Éditions du Grand Séminaire de Montréal, 1990
- Marineau, Benoît: Grand orgue Guilbault-Thérien de la chapelle du Grand Séminaire de Montréal, Bulletin CRCO/RCCO Bulletin, v3, n2, Février/February 1991
- Orgues du Québec, FFAO 1991
- Raudsepp, Karl J.: Organs of Montreal (Organs of the Vth International Congress of Organists), Pointe-Claire, Oriel Press, 1993, ISBN 0-9697397-0-2
retour au menu