Spécialiste en géopolitique des relations internationales et professeur associé à l'Université du Québec à Trois-Rivières, Jean Cermakian estime que les racines de la crise financière mondiale actuelle ont pris naissance il y 25 ans sous l'administration du président américain Ronald Reagan.
Au cours de ses deux mandats, de 1981 à 1989, «on a tout déréglementé aux États-Unis: les transports aériens, les télécommunications, la télévision, les fréquences des ondes et les marchés financiers», rappelle-t-il. Loin de corriger le tir, le président suivant, Bill Clinton, a soutenu cette déréglementation. «C'était essentiellement de dire aux joueurs de la scène financière: l'État ne s'occupe pas de vous, vous êtes de grands garçons, enrichissez-vous, mais faites en sorte qu'il y ait un effet de percolation du haut vers le bas. S'il y a des gens qui s'enrichissent beaucoup, ça veut dire qu'il y a des actionnaires qui s'enrichissent», explique-t-il.
Or, ce laisser-faire a rapidement mené à des situations explosives comme la crise des papiers commerciaux, l'éclatement de la bulle hypothécaire ainsi qu'aux divers scandales financiers. «À partir du moment où les gens vendent leurs actions, il y a moins d'argent qui circule, l'argent se fait plus rare, les banques ne prêtent plus autant et là, la machine commence tranquillement à ralentir et à s'arrêter. Et c'est ce qui est en train de se passer en ce moment», explique le professeur Cermakian.
Ajoutez à cela un taux d'endettement élevé des individus, des banques qui ont prêté 40 fois plus qu'elles ne possèdent, une mondialisation des marchés financiers et une technologie qui permet de suivre les bourses planétaires en temps réel (quelque chose qu'on n'avait pas en 1929 lors du krash boursier) et vous avez là tous les ingrédients pour une crise majeure de l'économie mondiale, explique-t-il.
Les États-Unis auront beau avoir voté un plan de sauvetage des banques de 850 milliards $ et l'Europe de 2500 milliards $, la route risque d'être cahoteuse d'ici les prochains mois, peut-être même les prochaines années, prévoit le professeur Cermakian. «Je pense que cette récession va durer longtemps», estime-t-il. On peut espérer que le soutien financier aux banques va encourager ces dernières à réinvestir dans l'économie en refaisant des prêts, dit-il. Le problème, dénote-t-il, c'est que la confiance envers les politiciens et en l'économie est actuellement très basse. «Les gens voient les p.d.g. des compagnies qui font faillite s'en aller avec des parachutes dorés», illustre-t-il, ce qui suscite le cynisme.
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Source : http://www.cyberpresse.ca/
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