Retour à la liste
2011-04-28 | ACTUALITÉS |Université du Québec

La tordeuse des clochers : les poutres des premières églises renferment des informations précieuses sur l'état de nos forêts au XIXe siècle

Photo : Pierre-Yves Plourde

Les géologues ont l'habitude de prélever des carottes de terre pour étudier la composition du sol, mais qui aurait cru que l'on puisse appliquer cette méthode d'investigation à des clochers d'église? L'équipe de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), dirigée par la chercheuse Cornelia Krauze, a effectué des prélèvements dans des églises construites entre 1864 et 1924, au Saguenay. L'objectif était de trouver dans le bois les traces anciennes laissées par la tordeuse des bourgeons de l'épinette.

La tordeuse est assez unique au monde. Peu d'insectes font autant de ravages que cette bestiole qui peut détruire des millions d'hectares de forêt. Elle aimait les arbres de la Laurentie bien avant que Jacques Cartier n'arrive à Québec. Et que cela fasse notre affaire ou non, elle fait partie de l'écologie forestière.

Ce que les chercheurs ont voulu savoir en étudiant les poutres des églises, c'est si notre manière d'exploiter la forêt a favorisé ce parasite.

«La première chose que les colons construisaient lorsqu'ils s'installaient, c'est l'église, raconte Daniel Lord, membre de l'équipe de l'UQAC. Le bois qu'ils utilisaient était généralement fait d'épinette et de pin, des essences dans lesquelles on est capable de bien lire l'histoire des épidémies passées.» En prélevant des carottes dans les poutres des églises, les biologistes ont pu retracer les marques laissées par les infestations de tordeuse des bourgeons remontant jusqu'au XVIIe siècle. «On a pu constater qu'il y avait eu deux sévères épidémies à chaque siècle avant la colonisation.»

L'intérêt de tout cela? «Lorsque l'on veut faire des aménagements écosystémiques qui s'inspirent des perturbations naturelles, explique le biologiste, on doit savoir ce que la forêt a enduré lors des siècles passés. Or, on constate que la tordeuse a joué un rôle dans la manière dont la forêt s'est développée.» Parce qu'elle ne dévaste pas l'écosystème de la même manière qu'une coupe ou qu'un feu, la «bibitte» honnie a façonné le paysage différemment. C'est à cause d'elle que nous avons au Québec une forêt étagée (c'est-à-dire composée d'arbres d'âges différents). Elle a sans doute favorisé une diversification des espèces forestières boréales et donc une forêt plus naturelle que celle laissée après le passage des scies mécaniques.

Lire les autres articles du bulletin

Source :
La recherche dans le réseau de l'Université du Québec
Volume 1, numéro 1
Avril 2011

 

   

Retour à la liste

Copyright © 2008 Université du Québec - Tous droits réservés. Avis légal   Webmestre