Attention, économie fragile!

2017-04-05

Attention, économie fragile!

Brexit, montée du protectionnisme, spectre de guerres commerciales, banques centrales à bout de souffle : la planète économique est en proie à des soubresauts qui ne présagent rien de bon. Nous dirigeons-nous vers une nouvelle récession? Pis, une crise financière? Le sociologue Éric Pineault et l’économiste Pierre Fortin, tous deux professeurs à l’Université du Québec à Montréal, se font peu rassurants.

Éric Pineault (à gauche), en compagnie de Pierre Fortin.

Québec Science : Le contexte économique mondial est pour le moins préoccupant. Croyez-vous qu’une crise semblable à celle de 2008 est sur le point d’éclater?

Pierre Fortin : Difficile à dire, mais une chose est sûre : le risque de récession est là. Au cours des 50 dernières années, il s’est produit une récession tous les 9 ans. Ce phénomène a longtemps été provoqué par les banques centrales afin de combattre l’inflation…

Éric Pineault : … Jusqu’aux années 1990 où c’est plutôt le cycle financier mondial qui, avec ses propres crises récurrentes, est devenu le déclencheur de récessions. Pourquoi? À cause de la déréglementation qui a permis aux institutions de créer de la valeur financière (et non de la valeur réelle) de deux façons : l’endettement et le gonflement des actifs. C’est ainsi qu’on a vu la bulle techno gonfler, puis éclater en 2001. Même chose pour la bulle immobilière en 2008.

PF : Voilà pourquoi la loi américaine Dodd-Frank est si importante [NDLR, législation garde-fou mise en oeuvre par l’administration Obama pour empêcher les excès de l’activité financière]. Maintenant que le président Donald Trump souhaite procéder à son démantèlement, on ne peut que s’inquiéter. On reviendrait au système antérieur qui nous a donné 2008.

ÉP : Et l’ennui, c’est que, dans ce système, il n’est pas toujours facile de repérer quelle classe d’actifs fait l’objet de gonflement. Parfois, c’est clair. Prenez la crise de 2008. Dans ma thèse déposée en 2002, j’évoquais déjà que la prochaine crise serait liée au marché immobilier.

PF : J’ai moi aussi dit cela lors d’une conférence à la Caisse de dépôt et placement du Québec en 2005. On m’a accueilli avec un éclat de rire.

ÉP : En ce moment, je ne vois pas de signes apparents de bulle. Loin de me rassurer, cette incertitude m’effraie d’autant plus que notre économie mondiale ne cesse de se fragiliser. Les ménages n’ont jamais été autant endettés. Les entreprises ne veulent pas investir et sont assises sur des montagnes d’argent. Les gouvernements n’ont plus le réflexe de répondre immédiatement à une récession par des dépenses automatiques – comme ils le font présentement avec des investissements dans les infrastructures, chose qui aurait dû être faite il y a sept ans – et ont tué la reprise économique en 2010 en ayant recours à des mesures d’austérité. Les grands groupes bancaires sont toujours plus concentrés, puissants et opaques, et les régulateurs internationaux n’ont pas suffisamment de pouvoir pour les contrôler. Si une crise survenait, je ne vois pas comment nous pourrions y faire face.

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Source :
Marie Lambert-Chan
La recherche dans le réseau
de l'Université du Québec
Québec Science
Avril-mai 2017, p. : III-IV.