Commotions cérébrales : la science progresse

2018-12-13

Commotions cérébrales : la science progresse

Joueuses portant le bandeau conçu par des chercheurs de l'ÉTS pour mieux détecter les différents types d’accélération de la tête. (Photo : Éric Wagnac)

Une commotion cérébrale sur deux n’est jamais décelée. Pour renverser la tendance, des chercheurs perfectionnent les techniques de détection et les protocoles de guérison.

Le Québec est le premier endroit au monde à s’être doté d’un protocole de gestion des commotions cérébrales − c’est dire comme le sujet s’est élevé au rang de préoccupation collective au cours des dernières années ! Publié en 2017, le document gouvernemental d’une douzaine de pages détaille la marche à suivre en cas de traumatisme craniocérébral léger (TCL). Surtout, il cristallise la prise de conscience du milieu sportif vis-à-vis d’un fléau qui touche plusieurs disciplines. « Tous les intervenants, des joueurs aux parents en passant par les fédérations, sont plus que jamais sensibilisés aux commotions cérébrales. C’est sur toutes les lèvres », confirme Éric Wagnac, professeur au Département de génie mécanique de l’École de technologie supérieure (ÉTS) de Montréal.

Malgré tout, les commotions cérébrales sont encore très fréquentes. Selon l’expert en traumatologie, jusqu’à une commotion sur deux n’est jamais détectée. Les joueurs de soccer sont tout particulièrement à risque. Paradoxal pour un sport qui, en théorie, n’implique pas de contacts ! « C’est un des rares sports dans lequel on utilise activement sa tête. Or, ces impacts répétés causent des microdéchirures au cerveau qui, à long terme, peuvent provoquer des symptômes de commotion cérébrale comme les maux de tête ou les pertes de mémoire », explique le jeune chercheur.

Mise en jeu

Le risque réel auquel sont exposés les as du ballon rond n’a toutefois jamais été calculé. La raison : il est difficile de mesurer les accélérations de la tête subies par des joueurs sur le terrain lorsque les instruments de détection sont dotés… de fils. Résultat : les rares études parues sur le sujet ont été principalement réalisées en laboratoire, « ce qui est plutôt imparfait », souligne Éric Wagnac. Avec son collègue Yvan Petit, aussi du Département de génie mécanique de l’ÉTS, et la doctorante Caroline Lecours, il a donc entrepris de corriger la situation. Pour y arriver, les collaborateurs ont misé sur le SIM-G, un bandeau constitué d’un gyroscope et de deux accéléromètres qui a le mérite de se faire facilement oublier.

Huit joueurs et 16 joueuses de bon niveau et âgés de 18 à 24 ans ont ainsi enfilé ce petit bijou technologique avant de s’affronter dans des matchs « amicaux ». Les accélérations de la tête des participants ont été enregistrées tout au long de leurs passes d’armes, qui étaient elles-mêmes captées par l’œil attentif d’une caméra. Le but : distinguer les différents types d’accélérations subies par la boîte crânienne, puis déterminer le risque de commotion cérébrale associé à chaque type. « Nous nous attendions à ce que les mouvements de rotation, comme une redirection du ballon, soient plus dangereux, puisqu’ils provoquent du cisaillement entre les matières blanche et grise du cerveau », affirme Éric Wagnac.

Leurs doutes ont été confirmés : tant chez les hommes que chez les femmes, les techniques de tête, et tout particulièrement celles où s’effectue un mouvement de rotation, ont entraîné des accélérations potentiellement dommageables. Les impacts involontaires, comme la collision entre deux joueurs, étaient aussi synonymes de risques, mais bien moindres. Les défenseurs sont, semble-t-il, plus touchés que les attaquants. « La prochaine étape est d’établir des seuils de détection spécifiques au soccer, puisque les seuils utilisés dans cette étude pilote sont ceux en vigueur au football, les seuls dont nous disposons encore. À terme, nous voulons mettre le doigt sur des patrons distincts de coups à la tête qui causent des commotions cérébrales », révèle le scientifique.

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Source : 
Maxime Bilodeau
La recherche dans le réseau
de l'Université du Québec
Québec Science
Décembre 2018, p. 5