Contrôler la prolifération des cellules souches pour vaincre le cancer

2018-02-14

Contrôler la prolifération des cellules souches pour vaincre le cancer

Et si la plupart des cancers naissaient d’un dérèglement des cellules souches? Cette piste de recherche avant-gardiste pointe vers les mutations apparaissant aléatoirement durant la prolifération de ces cellules, qui jouent un rôle central dans le développement des organismes et le maintien de leur intégrité au cours de la vie adulte. C’est dans cette optique que le chercheur Patrick Narbonne, du Département de biologie médicale de l’UQTR, souhaite mieux comprendre et utiliser les mécanismes qui contrôlent la prolifération des cellules souches, en vue de prévenir et combattre le cancer.

Patrick Narbonne, professeur au Département de biologie médicale, et Catherine Sanche , étudiante au baccalauréat en biologie médicale.

La piste s’appuie sur une étude publiée dans la prestigieuse revue Science (Tomasetti et Vogelstein, 2015), où des chercheurs ont démontré une forte corrélation positive entre le nombre de divisions des cellules souches pour un tissu donné et le risque de cancer dans ce même tissu. «Cette hypothèse part du fait que plus les cellules souches se divisent, plus elles sont sujettes à incorporer des mutations aléatoires qui, sous l’effet de la sélection naturelle, ont tendance à les transformer en cellules cancéreuses», soutient le professeur Narbonne.

Il précise : «Dans beaucoup de cas, le cancer pourrait donc provenir de cellules souches qui se seraient déréglées en accumulant des mutations et changements épigénétiques. Ce phénomène se produit principalement durant la réplication cellulaire, qui est un processus naturellement imparfait. En bref, plus les cellules se divisent pendant notre vie, plus elles accumulent des changements, plus elles se dérèglent.»


Coup de soleil et cancer de la peau

Prenons un exemple : le coup de soleil est une brûlure mineure qui endommage l’épiderme et amène une perte des cellules différenciées. Celles-ci sont issues de la différenciation des cellules souches et assurent les fonctions spécifiques des tissus; pour l’épiderme, elles forment une barrière protectrice, c’est-à-dire les couches superficielles de la peau. Il s’en suit une stimulation de la prolifération des cellules souches pour «réparer» le tissu endommagé. Ce mécanisme implique une réplication des cellules souches, dont certaines vont ensuite se différencier pour régénérer le tissu endommagé par le soleil.

«À partir du moment où les cellules souches se différencient, leur nombre de divisions est limité et, donc, leur potentiel d’accumuler de nouveaux changements pour devenir cancéreuses est faible. Seules les cellules souches continuent de se répliquer durant toute la vie et peuvent ainsi accumuler des mutations sur une longue période, ce qui peut leur permettre, si une personne est malchanceuse, de se transformer progressivement en cellules cancéreuses», ajoute le chercheur de l’UQTR.

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Source :
Pierre Pinsonnault
UQTR, 14 février 2018