Démocratiser l’université, une mission perpétuelle

2018-04-13

Démocratiser l’université, une mission perpétuelle

Des étudiants de l’UQAR en excursion au Mont-Saint-Joseph, à la baie des Chaleurs en 2013, dans le cadre d’un cours sur le patrimoine de l’Est du Québec.

En créant le réseau de l’Université du Québec (UQ), le gouvernement du Québec souhaitait ouvrir les portes de l’université au plus grand nombre. Cinquante ans plus tard, peut-on crier «mission accomplie»?

Val-d’Or, 1973. Serge Marchand est un ado de 15 ans qui aspire davantage à travailler à la mine aux côtés de son père plutôt qu’à mettre les bouchées doubles pour améliorer ses résultats scolaires décevants. On le devine, l’idée de fréquenter l’université ne l’effleure pas. « Je n’y pensais pas, même dans mes rêves les plus fous », confie-t-il. Avec un diplôme d’études secondaires en poche, le jeune homme fait l’impasse sur le cégep et cumule les petits boulots. Il travaille notam-ment auprès de jeunes délinquants. Puis, un jour, des agents d’information de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) croisent son chemin. « Ce fut une révélation : on m’a appris que je pouvais être admis au bac en psychoéducation grâce à mon expérience professionnelle et que, en prime, j’avais droit à des prêts et bourses. » Serge Marchand ne se doutait pas alors qu’il se destinait à une brillante carrière de chercheur en neurosciences, pas plus qu’il ne savait qu’il deviendrait, en 2017, directeur scientifique du Fonds de recherche du Québec – Santé. « Si l’UQAT n’avait pas été présente sur le terrain, je ne serais pas là où je suis maintenant. C’est certain, certain, certain », répète-t-il.

L’histoire de Serge Marchand est celle de nombreux Québécois : un étudiant de première génération – c’est-à-dire né de parents qui n’ont pas fréquenté un établis-sement d’enseignement supérieur – et issu d’un milieu modeste, qui accède à l’université grâce à l’une des 10 établissements de l’UQ. On tend à l’oublier, mais, il y a 50 ans au Québec, les études supérieures étaient réservées à la bourgeoisie. Si l’UQ a vu le jour, c’est parce que le gouvernement caressait l’espoir d’ouvrir les portes de l’université au plus grand nombre. « Comme société, cela nous a permis de faire un bond de géant », remarque Edmond-Louis Dussault, agent de recherche au Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Il rappelle au passage ce chiffre surprenant : au début des années 1960, les Québécois francophones passaient en moyenne neuf ans sur les bancs d’école, ce qui faisait d’eux des individus moins scolarisés que les Afro-Américains. En quelques décennies, la province a troqué le bonnet d’âne pour la toge et le mortier. L’Institut de la statistique du Québec calcule que, en 2016, 30,6 % de la population québécoise âgée entre 25 et 64 ans détenaient un certificat, un diplôme ou un grade universitaire. Et d’où sortent ces diplômés ? En large partie du réseau de l’UQ qui compte désormais 41 % des inscriptions dans les universités de langue française au Québec. Aujourd’hui, au Québec, un diplômé sur trois provient d’un établissement du réseau de l’UQ.

Sans surprise, les groupes qui ont le plus bénéficié de cette démocratisation sont ceux qui y avaient le moins accès : les francophones, les femmes (aujourd’hui majoritaires à l’université), les étudiants adultes et, bien sûr, les habitants des régions. « Rendre le savoir accessible partout sur le territoire, c’est probablement la plus belle contribution de l’UQ », estime Jean Bernatchez, professeur en sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR). Ainsi, en 1966, seulement 6 % des universitaires poursuivaient leurs études à l’extérieur des villes de Montréal et de Québec; en 2007, ils étaient 22 %. « Il y a toutes sortes de conditions gagnantes pour aller à l’université et la proximité géographique en est une », signale Jean-Pierre Ouellet, recteur de l’UQAR. Il en sait quelque chose : s’il a osé s’inscrire au baccalauréat en biologie, il y a de cela 39 ans, « c’est parce que l’UQAR était dans ma cour ». « Aller à l’Université de Montréal ou à McGill n’était certainement pas dans les cartons », poursuit-il.

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Source :
Marie Lambert-Chan
La recherche dans le réseau
de l'Université du Québec
Québec Science
Avril-mai 2018, p. 3