Quel retard?

2018-02-07

Quel retard?

*Les signataires de ce texte d'opinion sont Pierre Doray et Benoît Laplante. Pierre Doray est professeur au Département de sociologie de l'UQAM et membre du Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST). Il s'intéresse particulièrement à la sociologie de l'éducation et aux parcours étudiants, à l'accès et à la persévérance dans l'enseignement postsecondaire. Benoît Laplante, professeur au Centre urbanisation, culture et société de l'Institut national de recherche scientifique, est spécialisé en démographie sociale et dans les méthodes statistiques en sciences sociales.

Les systèmes d’enseignement du Québec et de l’Ontario sont différents. La chose est indiscutable, mais elle n’a pas l’effet que les auteurs prétendent voir. Photo: Nathalie St-Pierre

Des articles récents du Devoir et de La Presse faisaient état d’une recherche de R. Lacroix et L. Maheu1 concluant au retard du Québec, et spécialement des francophones du Québec, en matière de diplomation universitaire en comparaison avec l’Ontario. S’appuyant sur une étude comparant la répartition de la population canadienne par province et celle de la répartition de la population ayant un diplôme universitaire, les auteurs concluent que le Québec – et en particulier les francophones du Québec – seraient sous-représentés, alors que la population universitaire de l’Ontario serait surreprésentée. L’étape suivante du raisonnement identifie les causes de cette situation : l’existence des cégeps, qui fut une mauvaise décision en 1964, et le fait que les francophones du Québec valoriseraient peu ou moins que d’autres groupes sociaux les études universitaires. Ainsi, le propos de la recherche devient une évaluation de l’efficacité des politiques éducatives des différents gouvernements depuis plus de 50 ans. 

Les auteurs s’appuient sur des données administratives agrégées : le nombre de diplômes décernés par année au Québec et en Ontario, le nombre de diplôme décernés par année selon la langue maternelle au Québec, le taux de diplomation des universités, etc. Or, ce type d’informations ne permet pas de tirer les conclusions que les auteurs en tirent. Nous le savons parce que nous avons déjà eu à étudier cette question et que, pour parvenir à y répondre, il a fallu utiliser des données d’une autre nature2.

On ne peut pas mesurer la proportion des individus qui détiennent un diplôme universitaire dans une population à un moment donné à partir du nombre des diplômes qui sont décernés par les universités au fil des années. Le fait de détenir ou non un diplôme est une caractéristique des individus. On ne peut mesurer cette proportion qu’à partir de données recueillies auprès de la population. La bonne manière de calculer la proportion des individus qui détiennent un diplôme universitaire commence par utiliser de telles données, comme celle du recensement.

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Source :
Service des communications
UQAM, 1er février 2018